Multiplast : Un Pilier de l'Innovation Navale et Industrielle, du Sun Fast 30 aux Matériaux Recyclables

Multiplast, un acteur majeur basé à Vannes dans le Morbihan, s'est imposé comme un constructeur de référence dans le domaine des matériaux composites, particulièrement reconnu pour son expertise dans les voiliers de course au large de haute performance. Au-delà de cette spécialisation, l'entreprise a stratégiquement diversifié ses activités vers des applications industrielles avancées, tout en restant à la pointe de l'innovation environnementale dans la plaisance. Le projet du Sun Fast 30 One Design incarne parfaitement cette dynamique, alliant accessibilité, performance et une démarche pionnière en matière de durabilité, couronnée par le titre de "Voilier de l'année".

La Genèse du Sun Fast 30 One Design : Une Réponse à l'Appel de la Course au Large Accessible

Le Sun Fast 30 One Design représente la concrétisation d'une initiative significative, celle lancée par l'Union Nationale pour la Course au Large (UNCL) en France et le Royal Ocean Racing Club (RORC) au Royaume-Uni. Leur objectif était de proposer un voilier économique, spécifiquement conçu pour l'initiation à la course au large en équipage. L'idée maîtresse derrière ce projet était d'imaginer un monotype abordable, capable de donner le goût de la régate et du grand large à une nouvelle génération de marins. Cette volonté de démocratiser l'accès à la course au large s'est traduite par le lancement d'un concours visant à associer un architecte naval à un chantier de construction.

C'est le tandem formé par le cabinet d'architecte VPLP et le constructeur Multiplast qui a remporté ce concours, marquant une signature prestigieuse pour le projet initialement baptisé Class30. Le cabinet d’architecte, voisin de Multiplast à Vannes, est réputé pour ses réalisations d'Imoca et d'Ultim, garantissant une expertise de pointe. Cependant, Multiplast, n'étant pas un chantier traditionnellement spécialisé dans la production en série, et encore moins dans la fabrication de produits économiques, a dû relever un défi de taille. Yann Penformis, le patron du constructeur vannetais, l'a formulé clairement : « nous sortons des bateaux qui valent environ 1 000 € le kilo », soulignant la nature haut de gamme et prototype de leurs réalisations habituelles.

Face à cette contrainte économique et à la nécessité de produire un monotype à un prix plancher, les équipes de Multiplast se sont lancées dans la quête d'un chantier capable de prendre en charge la fabrication de ce nouveau voilier, tout en respectant leur cahier des charges rigoureux. Cette recherche s'est avérée complexe dans un contexte où les chantiers nautiques manquent souvent de main-d'œuvre qualifiée et où les chaînes d'approvisionnement restent fragiles. Après une phase de recherche peu concluante, Multiplast s'est finalement rapproché du groupe Bénéteau, un géant de l'industrie nautique.

L'Intégration de Jeanneau et la Synergie d'une Collaboration Stratégique

L'alliance entre Multiplast et le groupe Bénéteau, via sa marque Jeanneau, a été déterminante pour l'industrialisation du Sun Fast 30 One Design. Paul Blanc, directeur de Jeanneau, a relaté les étapes clés de cette collaboration. Il a expliqué qu'ils « regardaient cela de près » dès le départ, bien qu'ils n'aient pas participé à la compétition initiale. L'intérêt de Jeanneau s'est concrétisé lorsque Multiplast a remporté le concours, ouvrant la voie à des discussions. Une relation de travail existait déjà entre les deux entités, notamment sur le projet Figaro 3 pour lequel Multiplast avait fabriqué les foils. Cette connaissance mutuelle a facilité les échanges.

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L'une des conditions majeures pour Jeanneau était la possibilité d'intégrer ce nouveau monotype dans sa gamme Sun Fast, reconnue pour ses voiliers performants. De plus, le projet offrait une opportunité unique de développer et d'appliquer la technologie du composite recyclable. Paul Blanc a souligné leur ambition : « On voulait en faire un premier cas pratique d’application d’une technologie qu’on maîtrisait et qu’on voulait développer à plus grande échelle. » Les discussions sérieuses ont abouti rapidement : « en moins d’un mois on a bouclé l’accord et c’est parti comme ça ». Ainsi, le bateau, conçu et dessiné par VPLP et Multiplast, a été intégré à la production de Jeanneau et à sa gamme de la même manière que tout autre voilier.

La répartition des rôles entre Multiplast et Jeanneau a été clairement définie, garantissant une complémentarité essentielle à la réussite du projet. Louis Vaquier, responsable commercial chez Multiplast, a confirmé l'implication continue de son entreprise au-delà de la simple conception. « C’est un bateau qui a été conçu par VPLP et Multiplast, et on reste à la manœuvre sur tout ce qui va être maîtrise d’œuvre, mise au point du bateau, toute la phase de test, toute la partie de la relation avec les partenaires que sont le Yachting Club de France, l’UNCL, le RORC », a-t-il précisé. Multiplast s'engage également à « venir en appui du réseau Jeanneau pour la connaissance du bateau », affirmant une collaboration main dans la main. La puissance de Jeanneau en matière de distribution et de service après-vente constitue une « vraie plus-value » pour Multiplast.

Le suivi de production est également assuré par Multiplast, avec une équipe dédiée travaillant en étroite collaboration avec le chantier de Cheviré, stratégiquement situé à équidistance de la Vendée et du Morbihan. Marc Vallier, figure historique du site de Cheviré, et Philippe Roulin, du bureau d'études de Multiplast qui a conçu le bateau avec VPLP, œuvrent ensemble. L'objectif est de ne pas « dénaturer le bateau qui a été conçu chez nous », garantissant la fidélité à la vision originale. La collaboration avec Jeanneau a apporté une avancée majeure : l'intégration de la résine Elium®, une véritable révolution en matière de recyclabilité. Géry Trentesaux, président de l'UNCL et initiateur principal du projet, a salué cet apport, y voyant « une satisfaction, un plus par rapport au projet ». Il a reconnu que la présence de Jeanneau et du groupe Bénéteau apportait une expertise de production en grande série et de commercialisation inégalée, renforçant encore la crédibilité d'un projet déjà validé par l'excellence de Multiplast.

Concernant une potentielle concurrence interne entre le Figaro 3 de Bénéteau, utilisé pour le Tour Voile, et le Sun Fast 30 de Jeanneau, Paul Blanc a clarifié la situation. Pour le directeur de Jeanneau, il n'y a pas de « rififi entre Les Herbiers et Saint-Gilles-Croix-de-Vie ». Il estime que « ces deux bateaux ont chacun leur philosophie » et peuvent « tout à fait coexister ». Le Figaro 3 est davantage « technique plus réservé à des pros ou semi-pros, qui est un bateau plus exigeant en solo ou en double », tandis que le Sun Fast 30 est « plus accessible et destiné à être mené en équipage ». Il y a donc « de la place pour tout le monde », et l'objectif commun est de « développer la voile offshore ».

Le Sun Fast 30 One Design : Innovation, Conception et Récompense

Le Sun Fast 30 One Design s'est rapidement imposé comme un voilier moderne et performant, récompensé par le titre prestigieux de "Voilier de l'année 2024". Cette distinction a été décernée le 15 décembre 2023 par Voile Magazine à l'entreprise Multiplast de Vannes, VPLP et Jeanneau, reconnaissant ainsi l'ensemble du travail accompli. Yann Penfornis, directeur général de Multiplast, a comparé cette récompense à « l’équivalent de Miss France pour les bateaux », soulignant son importance. Le jury a testé le « nouveau plan VPLP Design » lors d’essais en mer à La Rochelle et a conclu que « le bateau était bien né, avec de bonnes fées qui se sont penchées sur son berceau, entre les clubs qui ont lancé le projet, VPLP, Multiplast et Jeanneau. »

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Ce voilier, dont les premiers bords ont été tirés à l'été 2023, est éco-conçu spécifiquement pour les amateurs et la jeune génération désireuse de se former à la course au large. Le Sun Fast 30, avec son code zéro amuré à l'extrémité du bout-dehors, offre une allure impressionnante tout en conservant des dimensions très raisonnables. En tant que monotype, il possède un cahier des charges simplifié, favorisant l'égalité des chances en régate.

L'aménagement intérieur du Sun Fast 30, dans sa version One Design, est pensé pour la fonctionnalité et la vie en équipage. Il comprend une grande table à carte, un petit coin cuisine et quatre couchettes, bien que les deux couchages avant ne soient pas prévus pour être utilisés en navigation. Le cockpit est large et fonctionnel, offrant au barreur un poste privilégié avec un cale-pieds tubulaire repliable. À l'arrière, l'accès au radeau est aisé, tout comme celui aux secteurs de barre, et un panneau de pont facilite l'accès à la soute.

En termes de performances, les retours des utilisateurs sont élogieux. En vent modéré, entre 14 et 20 nœuds, le bateau se montre très agréable et réactif, atteignant des vitesses de 11 nœuds au portant sans spi. Dans des conditions de vent médium, entre 7 et 10 nœuds, avec l'envoi du Gennaker, le bateau « se calle sur son bouchain », procurant un grand plaisir de barre et une facilité de conduite remarquable, frôlant les 8 nœuds à 60° du vent. Le pilote et les instruments Simrad sont jugés faciles d'utilisation et performants, avec une excellente lisibilité même en plein soleil.

La clientèle a rapidement répondu présente pour ce monocoque de 30 pieds, qui peut être mené aussi bien en double qu'en équipage de quatre ou cinq personnes. Multiplast a déjà enregistré la vente de 40 bateaux, avec des clients pour des régates d'entreprise à Lorient, Marseille et Cork. La version One Design attire également les particuliers, notamment à l'étranger où le format double est très populaire, avec des ventes enregistrées au Japon, en Italie, en Espagne, aux États-Unis et à Dubaï. Les outillages et moules ont été lancés chez Ouest Composites, et la production proprement dite a débuté en vue des premières livraisons. Les premiers Carboman 30 devraient faire leur apparition lors du Spi Ouest-France. Des épreuves spécifiques sont également prévues, avec l'idée de relancer des sections du Tour Voile, potentiellement à partir de Dunkerque vers la Belgique, la Hollande et l'Angleterre, pour se terminer en Normandie.

La Révolution de la Résine Elium® : Un Engagement Avant-Gardiste pour la Durabilité

La durabilité et la recyclabilité sont devenues des préoccupations majeures et des moteurs d'innovation au sein de l'industrie nautique. Le marché de la plaisance est confronté au défi d'une flotte de voiliers dont les coques et les mâts traditionnels ne sont pas actuellement recyclables, générant ainsi une quantité importante de déchets non valorisables en fin de vie. C'est dans ce contexte que la résine Elium® d'Arkema représente une avancée fondamentale.

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Sponsor d'un trimaran Multi 50, Arkema s'engage depuis des années à proposer aux constructeurs de voiliers des matériaux recyclables ultra innovants. Le skipper Lalou Roucayrol et son écurie Lalou Multi sont impliqués dans l'aventure de la résine Elium® depuis ses débuts. Une étroite collaboration unit les ingénieurs d'Arkema du Groupement de Recherche de Lacq et la Team Lalou Multi, dont l'objectif est de « concevoir, fabriquer et améliorer nos modèles de bateaux de course ». Cette coopération va au-delà d'un simple sponsoring, permettant une interaction directe sur les matériaux avec leurs concepteurs.

Les premiers tests de la résine Elium® ont commencé en 2014, dès le début de sa production. L'Arkema 3, un Mini-6.50 construit en 2016 pour une transatlantique, a été le tout premier prototype de voilier à intégrer ce matériau. Hormis le mât, la quille, le safran et les foils, l'ensemble du bateau, y compris la coque et le pont, a été réalisé avec la résine Elium®. Les enjeux étaient considérables : la question de la solidité par rapport aux composites en résines thermodures, dominant le marché, et celle de l'équivalence des performances de navigation.

Les nombreux essais se sont révélés concluants, dissipant les incertitudes. L'Arkema 3 a démontré des performances mécaniques équivalentes à celles des modèles en époxy, considéré comme le haut de gamme des résines thermodures. La résine Elium® a même apporté « un léger avantage au bateau : elle accepte un peu plus de déformation par rapport à l’impact - vagues, bout de bois…- pour revenir à sa forme initiale sans perdre en qualité mécanique en matière de restitution de l’énergie. » Ces résultats encourageants ont conduit à la conception et à la fabrication de l'Arkema 4, un autre prototype de trimaran intégrant la résine Elium®, avec l'objectif de prouver au marché la viabilité complète de la technologie et la « recyclabilité exceptionnelle et unique de cette résine ».

Une première mondiale a été réalisée fin 2020 avec l'Arkema 4 : 30 % des pièces ont été fabriquées à partir de résine Elium® recyclée. Les moules de bras, par exemple, ont été coupés, broyés, puis soumis à des phases de dépolymérisation et de purification pour récupérer le monomère. Ce monomère régénéré a ensuite été utilisé pour formuler une nouvelle résine Elium® dite « recyclée » aux propriétés inchangées, et introduite dans le processus de construction de nouvelles pièces composites. Cette avancée représente un véritable déclic pour l'industrie.

Désormais, l'utilisation de ce matériau dans la plaisance se développe, et ses perspectives s'étendent à d'autres applications, comme les bateaux d'exploitation, tels que les cargos à voile, qui pourraient gagner en légèreté avec une coque en aluminium et une superstructure en composite Elium®. Les professionnels de la voile comme Jeanneau ont intégré cette innovation majeure, faisant du Sun Fast 30 un voilier qui sera possible de déconstruire en fin de vie, grâce à l'utilisation de cette résine. Les perspectives sont très encourageantes pour une industrie qui, une fois accoutumée à cette nouvelle résine, pourra s'engager dans une production plus raisonnée et durable.

Multiplast : Un Leader des Composites au Cœur de Projets d'Excellence Navale

Multiplast, installé au bord de l'eau à Vannes pour faciliter les travaux sur les voiliers, s'est forgé une réputation d'excellence dans la construction de bateaux de course. Le chantier est notamment connu pour ses réalisations emblématiques, comme les voiliers de l'assureur Groupama. L'entreprise est au cœur de projets navals de pointe, concevant des bateaux pour la course au large qui ont marqué l'histoire de la voile. Le maxi-trimaran Edmond de Rothschild et l’IMOCA Arkéa-Paprec, tous deux sortis du chantier naval de Vannes, ont respectivement brillé lors de la Route du Rhum et de la course Retour à La Base.

La collaboration avec des skippers de renom est une constante. Multiplast a notamment construit le Malizia Seaexplorer, le nouveau 60 pieds de Boris Herrmann, conçu par VPLP et mis à l'eau à Lorient. Boris Herrmann a témoigné de l'importance de cette collaboration : « Nous avons trouvé dans le binôme VPLP-Multiplast la volonté et les ressources pour nous aligner sur cette double ambition. Le choix du chantier s’est imposé comme une évidence, il repose sur la relation de confiance que Yann Penfornis avait établie avec nous lors de la construction des foils de mon précédent bateau. » Il a souligné la « force de frappe et des équipes compétentes » du chantier.

La philosophie de conception chez Multiplast, notamment sous la direction de Samuel Napoléoni qui a chapeauté le bureau d’études dédié au projet Malizia, vise à créer des bateaux solides, marins et capables de mieux passer la mer pour atteindre des vitesses moyennes plus élevées. Les architectes ont travaillé à corriger certains défauts, comme l'enfournement des foilers très performants dans les vagues, en adoptant des dessins aux lignes plus arrondies. L'accent est mis sur un grand cockpit, très protégé, pensé comme un véritable lieu de vie pour les manœuvres en équipage ou le repos en solitaire, permettant d'avoir tout à portée de main.

Bien que spécialisé dans la fabrication de prototypes, Multiplast relève également le défi de la construction en série avec des projets comme le Sun Fast 30 One Design (précédemment connu sous les noms de Class30 et Carboman 30). Yann Penfornis a rappelé que l'entreprise a l'habitude de ce type de production dans ses activités industrielles. Cette capacité à s'adapter aux différentes échelles de production témoigne de la polyvalence et de l'ingéniosité du chantier vannetais.

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