Le Vendée Globe, souvent qualifié d'« Everest des mers », n'est pas seulement une épreuve sportive hors normes consistant à boucler un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. C'est également une expérience de vie radicale où l'humain doit s'adapter à un environnement hostile, confiné et en mouvement permanent. Pour les quarante marins qui s'élancent des Sables-d’Olonne, chaque geste quotidien devient un défi logistique et technique.
Une organisation du sommeil radicalement différente
En mer, la vie est très différente. Finies les longues nuits de sommeil : on dort rarement plus de 45 minutes d’affilée ! Il faut toujours vérifier que le bateau va bien et que le pilotage automatique fait suivre le bon trajet. La gestion de la fatigue est le plus grand ennemi de tous. Les skippers adoptent une stratégie connue sous le nom de sommeil polyphasique. Cette méthode fragmentée maximise les périodes de récupération courtes, mais fréquentes. Ainsi, chaque cycle peut durer entre 20 et 40 minutes en fonction des conditions de navigation.
Sur le bateau, il n’y a pas de vrai lit car ça pèserait trop lourd : les navigateurs ont un petit coin arrangé avec des coussins ou un petit hamac pour faire leurs siestes. En cas de problème inattendu, les skippers peuvent compter sur leurs alarmes et autres systèmes d’alerte embarqués. Reliés aux capteurs du bateau, ils préviennent automatiquement les skippers en cas de changement brusque de vent ou de proximité avec un obstacle. Grâce à ces dispositifs, les navigateurs peuvent alors s'endormir en toute sécurité, sachant qu’ils seront réveillés en cas de besoin. Malgré ces innovations technologiques, la vie à bord reste stressante et, au moindre bruit, chaque marin doit se tenir en alerte.
L'impact des avancées technologiques sur le confort acoustique
Lors du Vendée Globe 2016, l’arrivée des foils a révolutionné la course. Ces grandes « moustaches » qui se trouvent de chaque côté du bateau ont permis aux skippers d’aller encore plus vite. Cette augmentation de la vitesse n’est pas sans conséquence : le bruit dans le bateau a lui aussi augmenté. Ce bruit incessant est particulièrement épuisant et peut être provoqué par les foils, les voiles et les bouts (cordes) qui sifflent, les écoutes qui claquent, les vagues qui déferlent, la coque du bateau qui tape fort dans l’eau dans des moments d’accélération ou de décélération.
Et avec les foils, la vitesse peut augmenter très vite ! Les alarmes des différents appareils électroniques ajoutent à ce vacarme qui peut empêcher le repos du skipper et lui faire perdre un peu d’audition. Pour se couper de ce bruit assourdissant, les solitaires emportent à bord un casque anti-bruit, devenu un accessoire aussi essentiel que les voiles.
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Une autonomie totale en eau et en nourriture
Comme il n’y a aucune escale, c’est-à-dire aucun arrêt possible à terre, il faut prendre dès le départ tout le nécessaire pour vivre. Pour l’eau, c’est facile : les skippers ont un dessalinisateur, un appareil qui enlève le sel de l’eau de mer et rend l’eau potable. L’eau est indispensable à la vie à bord. Pour boire, se laver et cuisiner, les skippers ont besoin de 3,5 litres d’eau douce par jour, soit 135 kg d'eau pour un voyage de 90 jours. Ils transforment alors l’eau de mer en eau douce avec leurs 2 dessalinisateurs. Il est important d’en avoir 2, car si l'un d'eux est en panne l'autre peut être utilisé. Le règlement oblige à partir avec un peu moins de 20 litres de réserve.
Il se peut que les dessalinisateurs tombent en panne malgré tout. C'est ce qu'a vécu Louis Burton lors du Vendée Globe 2020. Il n'avait plus d'eau potable à bord et a récupéré de l'eau de pluie lors de son passage dans le pot-au-noir pour terminer sa course.
Pour manger, les skippers utilisent principalement de la nourriture déshydratée ou des plats stérilisés. Pas de frigo ni de micro-ondes ! Les navigateurs utilisent un réchaud à gaz pour chauffer l’eau afin que le plat « reprenne forme ». Chaque skipper emporte à bord entre 150 et 200 kg de nourriture, un poids important qui doit être réparti intelligemment pour équilibrer le bateau. Parfois, pour optimiser les performances, les skippers sont amenés à matosser (déplacer le matériel pour équilibrer le bateau) plusieurs fois par jour ces sacs lourds. En zone froide, les besoins énergétiques sont plus élevés et les skippers peuvent monter jusqu’à 4 repas quotidiens.
L'hygiène, un défi sans infrastructure
L’hygiène à bord est essentielle, mais pourtant, les skippers n’ont ni douches ni toilettes. Inconvénient de la vie à bord : le seau est alors un outil indispensable ! Les navigateurs utilisent souvent des seaux qu’ils vident dans la mer, mais ils ne peuvent rien jeter d’autre afin d'éviter toute pollution superflue. Rassurez-vous… le seau pour se laver n’est pas le même que pour faire ses besoins.
L’hygiène buccale est également primordiale. Se brosser les dents fait partie des priorités pour les skippers. Maxime Sorel confie être « assez à cheval là-dessus » et s’oblige à se laver les dents au moins une fois par jour. L'ancien médecin de la course, Jean-Yves Chauve, rappelle que le brossage des dents fait partie des tâches quotidiennes, répétitives, qu’il faut faire, comme dans la vraie vie. Trois grandes « histoires de dents » ont marqué l’histoire de la course : Guy Bernardin a abandonné à cause d’une rage de dents, Bertrand De Broc s’est coupé la langue et a dû se recoudre lui-même, et Bernard Stamm s’est cassé une dent en mangeant.
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Protection solaire et équipement vestimentaire
Pendant le Vendée Globe, les skippers affrontent différentes conditions météorologiques : froid, vent violent, forte chaleur. Pour les zones tropicales très ensoleillées, il est nécessaire que le skipper dispose d’une bonne crème solaire pour protéger les zones non couvertes de son corps. En mer, les dangers liés au soleil sont plus importants que sur la terre car l’eau renvoie 10 % à 30 % des rayons ultraviolet (UV), auxquels s’ajoute la réflexion sur les voiles et le pont.
Le vêtement indispensable est sans nul doute le vêtement imperméable. Ces tenues sont généralement composées de matière néoprène qui rend le vêtement étanche. La tenue comprend une salopette et une veste à capuche haute, avec des poignets et des chevilles ajustables. Les couleurs vives, comme le jaune ou l’orange, augmentent la visibilité en mer, essentielle en cas d’incident. Les bottes sont également les fidèles compagnons des marins, fabriquées avec des matériaux comme le caoutchouc, le néoprène ou le Gore-tex, et dotées parfois de ventouses pour faciliter l’adhésion au sol.
Santé et maintenance technique : l'art du "système D"
Avant de partir, le navigateur doit suivre obligatoirement un stage médical. Le règlement indique que c'est une course sans assistance, à l'exception de l'assistance médicale : les skippers contactent régulièrement le médecin de course par téléphone, courriel ou visioconférence. La trousse de secours est un élément important, pensée pour les besoins spécifiques de la navigation en solitaire. Au fil des éditions, les blessures deviennent comparables à celles rencontrées dans le sport mécanique, incluant des fractures et des traumatismes crâniens.
La caisse à outils est un autre élément essentiel pour la survie. Tout seul à bord, le skipper doit pouvoir se débrouiller en cas de casse. Leur caisse contient toutes sortes d’outils : tournevis, clés, pinces, marteaux, mais aussi des équipements de soudure et de résine pour les réparations d’urgence de la coque ou encore des tissus adhésifs pour réparer les voiles. Tous ces outils sont indispensables au skipper qui passe parfois des journées entières à bricoler.
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