La pêche aux poissons-nageurs, et plus particulièrement aux crankbaits, représente une discipline où la simplicité apparente du geste - lancer et ramener - cache une complexité technique fascinante. Contrairement aux leurres souples, lestés et armés en fonction des postes prospectés, les poissons-nageurs, conçus pour des utilisations spécifiques à des profondeurs établies, peuvent être utilisés tels quels. Cependant, pour exploiter pleinement leur potentiel, il est indispensable de comprendre comment optimiser chaque détail de son équipement et de son animation.
L'équipement de base et le choix du matériel
Pour bien pêcher aux poissons-nageurs, il convient d’abord de choisir son équipement. On peut aisément définir l’ensemble de base, 80 % des poissons-nageurs du marché pesant entre 5 et 25 g. On choisit donc une canne dans cette fourchette de puissance et d’action rapide. Une 2,10 m et un moulinet 2500 au ratio moyen (70-75 cm/tmv) et garni d’une tresse en 12/100, permettent de couvrir la majorité des approches.
Toutefois, la question de la spécialisation se pose : canne spinning ou casting, souple ou rigide ? Moulinet à ratio élevé ou pas ? Un seul ensemble est bien souvent insuffisant. À l’inverse, une action plus souple est plus confortable pour réaliser une animation linéaire avec un crankbait. Un moulinet au ratio élevé permettrait de récupérer plus rapidement le mou dans la bannière entre chaque animation, un ratio faible convenant mieux aux crankbaits ou autres poissons-nageurs récupérés en linéaire.
La canne devra être parabolique pour absorber les vibrations des poissons nageurs, le must étant selon moi un blank avec un certain % de fibre de verre. Pour avoir essayé les deux, la fibre contrairement au carbone ploie et se rétracte plus doucement, avec plus d’amplitude, les décrochages sont pratiquement inexistants avec le bon fil et les vibrations très bien absorbées, de surcroît les cannes en fibre sont généralement de bonnes lanceuses grâce à leur souplesse. En revanche, ces dernières ne sont par essence pas très sensibles, ce n’est pas grave car le but est juste de pouvoir sentir la touche qui se traduit en général par un arrêt mou. La puissance devra être globalement comprise dans une plage entre 30 et 100 grammes pour lancer le plus grand nombre de gros poissons nageurs existant.
Le moulinet devra quant à lui avoir un ratio très faible pour ramener sans effort ces leurres qui tirent souvent énormément, il faut également que son mécanisme soit robuste pour la même raison et qu’il soit un bon lanceur dans cette catégorie de leurre. En outre, de mon point de vue, il est plus agréable d’accélérer la cadence avec la manivelle dans le cas où l’on voudrait pêcher plus vite que de devoir se forcer à mouliner lentement dans le cas où il faudrait aller moins vite.
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La gestion de la ligne : entre profondeur et discrétion
On peut également affiner sa tresse pour faciliter la descente du leurre et pêcher les eaux les plus creuses. En revanche, un diamètre un peu plus fort n’aura pas réellement d’impact dans les faibles profondeurs et garantira en outre une bonne résistance en milieu encombré. Le fluorocarbone est ce que l’on fait de mieux pour confectionner les bas de ligne. D’une longueur d’un mètre en général, on détermine son diamètre en fonction de l’espèce visée, du matériel et des poissons-nageurs utilisés. Plus le bas de ligne est fin, moins il contrarie la nage du leurre, mais il ne s’agit pas non plus de sacrifier la résistance de la ligne.
Si l’on souhaite, et c’est généralement le cas, que le poisson nageur atteigne sa profondeur de nage annoncée, voire plus, la règle est d’utiliser un diamètre de fil le plus faible possible. En effet, plus le fil est fin et plus le leurre nagera profondément car il exerce moins de force sur l’eau. Les nylons et le fluorocarbone coulent dans l’eau, la tresse quant à elle flotte. Dans une étude sur les profondeurs de nage des crankbaits menée par Steven Holt et Mark Romanack en 2000, il est déterminé qu’une ligne de 8 livres entraînerait un crankbait 20% plus profondément qu’une ligne de 14 livres, et qu’une ligne de 20 livres ferait plonger le même crankbait 10% moins profondément que celle de 14 livres.
Pour ma part, j’ai tout choisi sauf la tresse, en effet avoir de l’élasticité amortit l’ensemble en évitant encore un peu plus les décrochages à la touche et pendant le combat sans retirer les hameçons de la gueule du poisson par une trop grande pression, et cela vaut je pense pour toutes les pêches en linéaire. De plus, la tresse retransmet toutes les vibrations et même si elle permet par exemple de détecter la nature du fond et le moindre changement sur la ligne, ce n’est pas du tout agréable pour le poignet. L’information n’est pas la clé dans la pêche en cranking.
Optimisation et personnalisation des leurres
Le poids, la taille, la densité et la longueur de sa bavette déterminent le champ d’action d’un poisson-nageur. Mais ces caractéristiques, a priori figées, sont tout à fait ajustables. On peut notamment lester la plupart pour modifier leur densité. Quelques grammes astucieusement placés permettent d’atteindre des distances de lancer et des profondeurs de nage plus importantes. En règle générale, on peut ajouter 10 à 15 % du poids total sans entraver la nage.
Enrouler du fil de plomb sur la hampe des hameçons permet d’obtenir un lestage léger et équilibré. Avec cette astuce, on peut faire évoluer un leurre de surface sous la pellicule d’eau ou modifier le comportement d’un minnow ou d’un jerkbait à l’arrêt. On peut également retirer l’hameçon ventral d’un crankbait ou d’un minnow de taille moyenne pour y pincer un plomb de quelques grammes. Seuls les gros poissons-nageurs articulés, de type swimbaits, acceptent des plombées plus lourdes tout en conservant une même qualité de nage. On peut ajouter un plomb agrafe ou un plomb poire sur l’agrafe en tête pour que le leurre pique du nez ou sur l’anneau brisé ventral pour qu’il coule plus lentement mais à l’horizontale.
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Autre modification possible, remplacer les triples par des simples offre de nombreux avantages. Les leurres ne s’entremêlent plus entre eux, sont plus faciles à stocker et à sortir des boîtes, les risques de blessures pour le poisson comme pour le pêcheur sont moindres. Les leurres évoluent aussi plus facilement dans les obstacles et les risques de décrocher les prises sont plus rares. Remplacer les triples par des simples d’une taille à peine supérieure n’a que des avantages.
Pour booster l’attractivité d’un leurre ou répondre à des conditions difficiles, il est possible d’ajouter en queue une palette feuille de saule, qui n’entrave pas la nage et va émettre des flashs supplémentaires. Ces palettes vont ajouter d’importants signaux vibratoires à ceux déjà émis par ces leurres. Enfin, on peut corriger la nage d’un leurre à bavette qui vire sur un côté en redressant l’anneau d’attache vers le côté opposé.
Stratégies de prospection et lecture de l'eau
Quand on utilise des poissons-nageurs à bavette, la position de la canne lors de la récupération ou des animations a une influence directe sur la profondeur à laquelle évolue le leurre. Un crankbait récupéré canne basse, scion dans l’eau, passera toujours plus creux que récupéré canne haute. On peut donc jouer avec le positionnement de sa canne pour chercher la profondeur maximale qu’est capable d’atteindre un leurre ou rester volontairement dans les couches superficielles.
Il faut donc bien sûr choisir le modèle en fonction du poste. Les deep crankbaits et les deep longbill sont idéaux pour les profonds cassants, les plateaux et les fosses en lac de barrage ou en grande rivière par exemple. Le but de cette pêche reste cependant de peigner large. On lance, on ramène et on recommence, le tout en étant toujours sûr de bien pêcher. On peut ajuster la profondeur de nage simplement en plongeant plus ou moins le blank de la canne dans l’eau, taper le fond n’est pas un mal en soi puisque c’est parfois très attractif pour les carnassiers. Sur ce point, j’ai constaté qu’environ 80% des attaques avaient lieu après un accro sur un obstacle, viser plus profond que la réalité peut donc s’avérer payant.
Dans cette démarche assez spéciale, ce n’est généralement pas le leurre qui se déplace en fonction du pêcheur mais le pêcheur qui se déplace en fonction du leurre, tout devient une histoire d’angles d’attaque, de vitesses de récupération, de distances, de postes propices et de dérives. Les poissons-nageurs ne se destinent pas uniquement aux carnassiers actifs en période chaude, tout est possible avec eux ; ce sont les seuls leurres à pouvoir se ramener à une vitesse extrêmement faible, à la limite du décrochage tout en conservant une profondeur stable voire être suspending.
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