Maîtrise et techniques de navigation en solitaire : guide complet du skipper

Naviguer en solitaire est une expérience singulière, une quête de liberté qui impose au skipper une rigueur exemplaire, une connaissance intime de son navire et une préparation mentale infaillible. Que l’on évolue le long des côtes ou sur les océans, la capacité à gérer son bateau sans aide extérieure est la clé de la sécurité et du plaisir en mer.

L’art du pilotage : maîtriser sa route seul

Barrer un voilier demande une certaine rigueur, de bons gestes, pour optimiser sa route, sa vitesse et le confort. C’est une question qui revient souvent « qui prend la barre ? ». C’est souvent le poste préféré, qui donne l’impression d’être le patron, de prendre les commandes. Si apprendre à barrer n’est pas très compliqué, il est important d’avoir quelques éléments en tête afin de bien barrer.

Sur un voilier léger, le barreur se dirige à vue, en observant les voiles, le comportement du bateau et les effets du vent sur l’eau. En général, le barreur s’installe au vent, cela lui permet de mieux observer les voiles, les risées, les vagues. Le barreur devra tenir la barre avec la main la plus en arrière sans la serrer, sauf quand cela devient nécessaire lorsque le vent monte. Le but est d’anticiper les mouvements du bateau et de ne jamais donner des grands coups. Pour diriger le bateau dans la direction désirée, il faut tourner la barre dans le sens inverse de la direction souhaitée.

Il est possible, voir même indispensable, d’équiper sa barre d’un stick de barre franche. Le barreur doit oublier l’idée qu’un bon sillage est un sillage systématiquement rectiligne. Avant de bien barrer, il faut que les voiles soient bien réglées, que le bateau soit bien équilibré afin que le barreur n’ait plus qu’à s’occuper des éléments externes au bateau. Les vagues doivent être prises en considération. En effet, elles vont freiner le bateau, au près par exemple, il faut donc les anticiper et apprendre à contrôler son voilier. La technique consiste à abattre avant de prendre la voile afin de prendre de la vitesse. Quand le bateau monte sur la vague, le barreur va lofer avant d’abattre à nouveau sur le dos de cette dernière.

Pour barrer un voilier, les sensations sont essentielles. « Un bon barreur barre avec ses fesses ! » La boutade est connue de tous les moniteurs de voile. Elle signifie que les sensations ressenties dans le corps, assis sur le bateau la barre en main, sont primordiales. N’hésitez pas à vous entraîner à barrer les yeux fermés. C’est une excellente méthode pour faire appel à toutes ses autres sensations afin de barrer près du vent en conservant le meilleur compromis entre la route qu’on veut suivre et la vitesse du bateau.

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La préparation comme rempart contre l’imprévu

La navigation en solitaire n’est pas toujours volontaire. C’est un sentiment agréable de pouvoir gérer des situations sans aide extérieure. Cependant, la préparation est importante. Celui qui part seul pour une croisière au long cours devrait déjà être entraîné et ne plus avoir à se soucier de la conduite du bateau proprement dite. Amarrer par vent fort, prendre des ris, changer de voile dans des conditions difficiles, réparer et improviser, tout cela ne doit pas seulement être un plaisir, mais doit aussi être maîtrisé dans des conditions défavorables.

Pour les projets en solitaire, la capacité du skipper est plus importante que l’aptitude particulière de son bateau. Le renvoi de toutes les drisses, des extenseurs et des ris dans le cockpit, souvent souhaité par les navigateurs, présente l’inconvénient, outre le wuhling qu'ils y provoquent rapidement, que leurs nombreux renvois génèrent un frottement important. Plus c’est simple, mieux c’est, c’est mon credo personnel. Tout ce qui est installé finit inévitablement par tomber en panne. Seul en haute mer, on se réjouit au plus tard lorsque les appareils sont gérables et faciles à réparer ou à remplacer.

Gestion des situations critiques et manœuvres en mer

Que faire si votre unique équipier tombe à l’eau ? En solitaire et sous voiles, récupérer un homme à la mer est une manœuvre délicate… mais pas impossible. Entraînez-vous à blanc, avec un seau et un pare-battage avant de demander à votre équipier de se jeter à l’eau. Tomber par-dessus bord signifie généralement une mort certaine lorsqu’on navigue en solitaire dans l’espace maritime libre. Il est donc important d’anticiper le comportement et les mouvements du bateau et, si les conditions l’exigent, de se sécuriser avec la ceinture de vie.

Il existe une astuce qui est franchement efficace : la mise à la cape. Ça arrête votre bateau, qui dérive un peu mais globalement ne bouge pas beaucoup. Pour se mettre à la cape, vous faites comme si vous alliez virer de bord, mais vous ne passez pas votre génois, qui se gonfle à l’envers. À ce moment vous libérez la grand-voile et vous bloquez votre safran pour qu’il soit parallèle à votre génois. Je trouve ça assez efficace pour aller à l’avant y faire ce que vous avez à faire.

En solo, bloquer la barre est souvent la bonne solution. Une main pour moi, l’autre pour la manœuvre. À moins qu’un vent descendant ne soit expressément prévu, je prépare toujours la voile immédiatement inférieure dans le port. Le pilote automatique figure en tête de ma liste d’équipement. Pour ceux qui souhaitent être particulièrement bien équipés, il est même recommandé de veiller à la redondance. Sur mon bateau, c’est le cas grâce à un régulateur d’allure et à un pilote de barre franche, conçus pour des bateaux nettement plus grands.

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Les défis de l’amarrage en solitaire

Les navigateurs en solitaire sont confrontés à des défis particuliers lors des manœuvres au port. Aussi banal que cela puisse paraître, les taquets centraux et les deux grandes défenses sphériques sont essentiels. Pour toutes mes manœuvres d’amarrage en box, les lignes de poupe passent par les taquets centraux et sont ramenées vers l’arrière sur les winchs. Cela me permet de me diriger tranquillement vers le ponton, au centimètre près.

Si je veux ou dois me mettre sur le côté, une grande défense à boules est placée assez loin vers l’avant, l’autre assez loin vers l’arrière. Le ponton ou le mur de quai est alors abordé de manière à ce qu’après l’arrêt, il y ait une possibilité d’amarrage côté terre à hauteur du taquet central. Un nœud d’amarrage gansé a l’avantage de se dénouer à distance, ce qui peut permettre de se libérer de l’amarrage en halant l’extrémité de l’aussière d’un coup sec.

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