Les réalités économiques du métier de skipper : Entre passion et complexité financière

Le monde de la voile professionnelle, et plus particulièrement la course au large, fascine par son mélange d'aventure humaine et de prouesse technique. Ce dimanche à 13h02, le coup d'envoi de la 10e édition du Vendée Globe a été donné, marquant le début d'une épopée de plusieurs mois autour du monde, sans escale et sans assistance, pour les 40 marins en lice. Si cette course mythique est synonyme de prouesse sportive et d’aventure humaine, elle cache une réalité économique bien plus contrastée : les salaires des skippers. Il est essentiel de comprendre que celui qui se lance dans la voile pour faire fortune sera déçu. L’argent est souvent la dernière raison qui pousse les skippers à choisir ce métier. Comme le rappelle Marcus Hutchinson, ancien vice-président de la classe Figaro et directeur de plusieurs écuries, « ils sont là pour la passion, pour faire quelque chose d’extraordinaire. Leur rémunération ne vaut d’ailleurs absolument pas les risques encourus, inhérents à la course au large où ils peuvent perdre la vie. »

La disparité des revenus selon la renommée et le modèle d’entreprise

Chez les marins, les rémunérations varient considérablement. Marcus Hutchinson nous en donne une fourchette : « Pour les skippers les plus établis, les salaires peuvent atteindre 10 000 euros par mois, alors que pour d’autres, les revenus peuvent descendre à 3 500 euros mensuels. Tout dépend si le skipper est propriétaire de son écurie ou salarié d’un sponsor. »

Le métier de skipper professionnel se divise généralement en deux modèles de revenus. Certains skippers, intégrés aux grandes équipes comme Charlie Dalin chez Macif, perçoivent un salaire fixe en tant que salariés ou prestataires. Ce système leur assure une stabilité, souvent associée à des contrats de sponsoring de longue durée. D’autres, à la tête de leur écurie et parfois même propriétaires de leur bateau, s’inscrivent dans un modèle entrepreneurial où la rémunération dépend des dividendes générés par leur structure, avec davantage de risques financiers.

Une enquête menée récemment par Ouest-France confirme cette dichotomie, précisant que plus de la moitié des skippers interrogés (24 sur les 40 engagés sur le Vendée Globe) gagne moins de 45 000 euros par an, soit 3 750 euros mensuels. Parmi eux, 4,2% perçoivent moins de 1 250 euros par mois, tandis que 25% se situent entre 1 250 et 2 500 euros, et 29,2% entre 2 500 et 3 750 euros.

Primes de course et leviers de revenus annexes

Outre leur salaire de base, les skippers peuvent également compter sur les primes de course. Pour le Vendée Globe, le vainqueur reçoit 200 000 euros, le deuxième 140 000, et jusqu’à 15 000 euros pour le dixième du classement. Les skippers classés au-delà de la 10e place se répartissent ensuite 100 000 euros, mais la part de chacun ne pourra être supérieure au prix reçu par le dixième. « Dans la pratique, les primes sont ensuite divisées par deux : 50% pour le bateau, et les 50% restants pour l’équipe technique », commente Marcus Hutchinson, qui précise que ces primes sont parfois doublées par le sponsor principal selon les contrats en vigueur. Tout est soumis à l’imposition.

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Pour gonfler son compte en banque, les marins peuvent actionner d’autres leviers, notamment dans l’immobilier. « Beaucoup possèdent des hangars à Lorient, un lieu stratégique où les loyers sont toujours prisés », précise Grégoire du Penhoat, expert en marketing dans le milieu de la course au large. Certains, comme Marcus Hutchinson ou Charles Caudrelier, possèdent plusieurs bateaux Figaro qu'ils louent à d'autres navigateurs. La location de semi-rigides permet également à certains marins de rentrer dans leurs frais. Très sollicités lors des départs de course, ils se louent à prix élevé pour des événements comme le Vendée Globe. « Leur location pour un départ peut rapporter à leur propriétaire jusqu’à 5 000 euros par jour, avec des réservations faites un an à l’avance », explique Grégoire du Penhoat.

La popularité croissante du Vendée Globe ouvre d’ailleurs la porte aux skippers à des interventions en entreprise, pouvant leur rapporter jusqu’à 3 000 euros par conférence, et jusqu’à 15 000 euros la journée de séminaire pour les skippers les plus sollicités. Certains skippers, comme Vincent Rioux ou Lilian Mercier, se sont spécialisés dans le coaching sportif pour les nouveaux venus sur le circuit, une activité lucrative et essentielle pour de nombreux débutants dans la voile.

Le coût de l'exploit et la réalité du quotidien

Le métier de skipper est une profession passionnante qui allie navigation et aventure. Le skipper s'occupe du convoyage de bateaux pour le compte d'un tiers ou du transport de passagers pendant la saison touristique. Pour mener à bien sa mission, le skipper analyse les données météorologiques afin de déterminer les itinéraires. Il donne les directives lors des manœuvres de voile et forme l'équipage. Ce métier requiert une connaissance précise de la navigation et une capacité à manœuvrer habilement les bateaux, même dans des conditions difficiles ainsi qu'un grand sens des responsabilités.

Sujet souvent tabou, l’argent dans la voile est abordé sans faux-semblants par les marins. Dimanche, Vincent Riou (PRB) prenait le départ de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Quatorze ans après son succès dans le tour du monde en solitaire et sans escale, le Finistérien vit de la course au large, confortablement grâce à un fidèle partenaire mais sans signe ostentatoire de richesse. La prime de victoire est estimée (aujourd’hui) entre 160 000 € pour le marin qui dompte la planète le plus vite. Celle de la Route du Rhum, dans sa catégorie (20 000 €) est jugée « anecdotique » par rapport, notamment, au coût d’inscription (20 000 € également). La majorité ne vit pas de son sport. « En Imoca, parmi les professionnels, on va dire que personne ne gagne moins de 2 000 à 3 000 € par mois. Mais je ne sais pas si quelqu’un gagne plus de 10 000 € par mois », poursuit Riou.

Formation, responsabilités et cadre réglementaire

Il n'existe pas de diplôme de skipper à proprement parler mais pour mener un voilier de plaisance dans un cadre réglementé il est obligatoire d'obtenir au minimum le brevet de capitaine 200. Le brevet de capitaine 200 voile est le diplôme à obtenir pour devenir skipper à titre professionnel et percevoir une rémunération en échange. France Compétence indique que ce brevet permet de commander un navire de plaisance à voile de jauge brute inférieure à 200 ou de puissance propulsive inférieure à 250 kW en tant que capitaine ou chef mécanicien. La formation pour devenir skipper permet l’obtention du brevet de capitaine 200 voile, ce qui se prépare grâce aux modules des formations, dispensés en 925 heures de cours alliant pratique et théorie.

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La rémunération d’un marin se fait la plupart du temps par salaire fixe. Exception faite des contrats de voyage, notamment pour les missions de convoyage, qui se basent sur une rémunération forfaitaire en fonction du nombre de milles nautiques parcourus. Cette rémunération varie en fonction du type de prestation, du rôle à bord, de la durée de la mission, du type de bateau, de l’éloignement des côtes et du pays. Le coût pour obtenir un Brevet de Capitaine 200 voile est d’environ 4 500 €. La plupart de ces diplômes et formations sont soumis à une revalidation tous les 5 ans. Cela oblige donc les marins à effectuer une demande de revalidation en justifiant d’un certain temps effectifs en mer et/ou en participant à une formation de recyclage.

Le métier de marin est un métier à forte responsabilité. Notamment en ce qui concerne la position de Skipper / Capitaine : « seul maître à bord ». C’est d’ailleurs la notion de responsabilité qui explique en partie la différence de salaire entre un skipper et un matelot ou hôtesse. En effet, le skipper en tant que chef de bord est responsable de la sécurité du bateau et des passagers.

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