Le surf, sport emblématique et souvent associé à une communion profonde avec la nature, est confronté à un défi environnemental majeur, un paradoxe qui habite l'esprit de nombreux passionnés. On ne vous apprend rien, les océans sont pollués, l’air est quasiment intoxiqué, le tout par l’activité humaine. Si en surf on se sent si concerné par le sort de l’environnement, il reste certain que notre pratique n’est pas 100% naturelle. Derrière les paysages idylliques des plages de Lacanau, Hossegor, Biarritz ou La Rochelle, se cache une industrie souvent à contre-courant des enjeux environnementaux. Le paradoxe du surfeur, c'est cette image du surfeur connecté à son environnement, mais qui utilise des produits dérivés du pétrole.
En France, plus d'un million de surfeurs pratiquent ce sport, générant un chiffre d'affaires de 1,7 milliard d'euros en Nouvelle-Aquitaine. Au niveau mondial, on estime qu'un Australien sur 10 pratique le surf au moins de manière occasionnelle, soit environ 2 millions de personnes. En France, on estime le nombre de surfeurs à environ 150 000 et au Royaume-Uni, en dépit des conditions météorologiques peu favorables, on compte plus de 400 000 fans de surf. Ces chiffres montrent l'ampleur d'une pratique qui, bien que perçue comme naturelle, repose sur une chaîne de production et de consommation aux impacts significatifs. Chaque année, 400 000 planches de surf sont produites, principalement en Asie. Plus globalement, 2,4 millions de planches de surf sont fabriquées chaque année, avec pour conséquence la production de 15 000 tonnes de déchets toxiques et non-recyclés. Ces matériaux, difficiles à recycler, posent un sérieux problème environnemental.
L'Analyse du Cycle de Vie d'une Planche de Surf : Du Pain de Mousse à la Fin de Vie
Pour bien appréhender l'impact d'une planche de surf, il est important de prendre de la hauteur et d'analyser les impacts tout au long de la vie du produit, des matières premières jusqu'à la fin de vie. Et pour le faire on réalise une « Analyse de cycle de vie » (ACV) selon une méthode standardisée et rigoureuse qui permet de comparer les résultats quelle que soit la personne ayant réalisé l'ACV. Cette analyse révèle que l'impact carbone d'une planche 6’0 de 2kg est de 270kg, un chiffre significatif en comparaison, par exemple, avec l'impact carbone d'un PC portable qui est de 320kg. Bien sûr, c’est bien le processus de fabrication et les produits utilisés qui posent problème. S’ajoute à cela le fait qu’un surfeur souhaite parfois, si ce n'est la plupart du temps, avoir un quiver assez développé, multipliant son impact environnemental par le nombre de planches qu’il possède.
La Composition Traditionnelle et ses Enjeux Toxiques
Historiquement les planches de surf étaient fabriquées en bois. Mais avec les avancées technologiques, la composition a évolué. La base d’une planche en pain de mousse pollue énormément. Les produits utilisés pour fabriquer une planche, hors alternatives plus écologiques bien entendu, sont majoritairement issus de la pétrochimie, ce qui explique le fort impact environnemental de la construction d’une planche de surf. Rien que le pain de mousse représente à peu près 26% de l’impact environnemental de la planche une fois terminée. De plus, la partie coupée du pain de mousse est souvent jetée et n’est pas réutilisée.
Les premières planches fabriquées en mousse polyuréthane (PU) et résine polyester sont alors nées, souvent appelées planches « polyester » en rapport avec le type de résine utilisé. Le polyuréthane est composé majoritairement des molécules isocyanates, très volatiles et considérées comme nocives par inhalation. La découpe et le façonnage de la mousse PU entraînent également des rejets toxiques pour la santé humaine. Tous les acteurs qui travaillent ce matériau doivent donc se protéger efficacement. Cependant, une fois stratifiées, les planches polyester sont inertes et ne présentent pas de risque de toxicité pour le surfeur. Une autre information non négligeable est que les pains de mousse PU ne sont actuellement pas recyclables et finissent en décharge, en incinération ou dans la nature.
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La résine en polyester pollue plus qu’une résine époxy. La première est essentiellement composée de styrènes avec des composés chimiques cancérigènes. Quelques années plus tard, une autre technologie a vu le jour, celle de la pétrochimie, qui utilise des énergies fossiles pour synthétiser ces matériaux. C'est ce composite fibre de verre + résine qui va donner à la planche de surf ses propriétés d’étanchéité et de solidité.
Un événement marquant dans l'histoire de la fabrication des planches de surf a été la fermeture de Clark Foam le 5 décembre 2005. Clark Foam répondait à plus des deux tiers de la demande mondiale en pains de mousse et avait été pendant des décennies le seul fournisseur des shapers américains. La California Environmental Protection Agency avait commencé à imposer des règles strictes en ce qui concernait l’usage des solvants et du TDI (diisocyanate de toluène), un des produits majeurs pour la production des pains de mousse polyuréthane et des résines polyester, et est derrière la fermeture du Clark Foam. Et dans les faits, l’interdiction définitive d’utiliser des matériaux remit en question la technique utilisée pour produire 90 % des planches de surf. La situation singulière rencontrée par le secteur fit des vagues au-delà du microcosme de l’industrie du surf, attirant l'attention des investisseurs et ouvrant la porte aux fabricants asiatiques, surtout chinois, qui proposèrent des produits à des prix peu élevés.
La Mousse EPS et la Résine Époxy : Une Alternative Nuancée
La mousse EPS (polystyrène expansé) est également issue de la pétrochimie et est obtenue par polymérisation du styrène. D’un point de vue environnemental et sanitaire, la mousse EPS est considérée comme beaucoup moins nocive que la mousse PU. La mousse EPS relargue moins de vapeurs nocives et la pollution qui lui est imputable est liée à l’extraction et la transformation du pétrole nécessaire à sa fabrication. L’autre principal avantage de la mousse EPS par rapport à la mousse PU c’est qu’elle est 100% recyclable. Le polystyrène expansé est un matériau très utilisé comme emballage et les professionnels du déchet ont développé une filière de recyclage pour regénérer ce déchet en nouvelle matière première. Bien qu’il existe une filière de recyclage du polystyrène, il n’existe pas à ce jour de filière de recyclage des planches de surf en mousse EPS. Pour recycler le noyau en mousse EPS, il faut passer par une étape de délamination permettant de séparer le pain de mousse de la stratification. À ce jour, aucune technologie industrielle n’existe pour réaliser cette étape qui doit par conséquent être réalisée manuellement. Des projets ont été initiés, comme le projet Resurf notamment, pour mettre en place cette filière de recyclage des surfs EPS mais ils n’ont malheureusement pas abouti faute de rentabilité. Cependant, les chutes de fabrication au niveau du fabricant des pains de mousse EPS sont recyclables et recyclées chez les principaux fournisseurs comme Marko Foam par exemple.
Quant à la résine époxy, elle possède peu de composants cancérigènes mais peut causer des réactions allergiques sur le long terme. L’autre avantage environnemental des planches époxy par rapport aux planches polyester est la durabilité. La plus grande solidité des planches époxy est principalement due à l’utilisation de résine époxy qui dispose de caractéristiques plus résistantes. Ces planches absorberont mieux les chocs et présenteront beaucoup moins d’enfoncements. Il faut tout de même nuancer cet aspect durabilité car en cas de gros « pet », la planche époxy va présenter des faiblesses. La première est que la mousse EPS absorbe l’eau beaucoup plus vite que la mousse polyuréthane. Il faudra donc être rigoureux sur l’entretien et réparer le plus rapidement possible sa planche. L’autre principale faiblesse est la difficulté de réparer les planches époxy, qui sont des thermodurcissables issues également de la pétrochimie avec des performances différentes. D’un point de vue émissions de CO2, les deux types de résines sont relativement équivalentes. Par contre, la résine époxy est moins toxique que la résine polyester.
Le Poids des Déchets : Un Chiffre Alarmant et Difficile à Quantifier
Le marché des planches de surf a connu une croissance soutenue pendant une longue période, du début des années 1990 jusqu’à aujourd’hui, et en 2009 la production s’est élevée à 3 millions d’unités, tandis que les ventes totales allaient jusqu’à 1,2 milliards de dollars. Cependant, cette production massive a un revers environnemental significatif. Comme mentionné précédemment, 2,4 millions de planches de surf sont fabriquées chaque année, avec pour conséquence la production de 15 000 tonnes de déchets toxiques et non-recyclés. Ces déchets, souvent la face cachée de l’iceberg, ne sont pas recyclés et finissent incinérés ou enfouis, ou pire, dans la nature.
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Il est difficile d’analyser le nombre total de planches de surf jetées par an avec précision, car il n'existe pas de statistiques mondiales ou nationales centralisées sur la fin de vie des équipements de surf. Cependant, les chiffres de production combinés aux défis du recyclage donnent une indication claire de l'ampleur du problème. L'absence de filières de recyclage industrielles pour les planches de surf, qu'elles soient en mousse PU ou EPS, signifie qu'une grande majorité de ces équipements terminent leur vie dans les décharges ou les incinérateurs, ou sont simplement abandonnées.
Au-delà de la Planche : L'Impact des Équipements de Surf
L'empreinte environnementale du surf ne se limite pas aux planches. Une gamme d'autres équipements, essentiels à la pratique, contribue également de manière significative à la pollution globale, notamment celle des océans.
Les Combinaisons en Néoprène : Un Défi Pétrochimique
L’industrie textile est souvent citée comme l’industrie la plus polluante sur terre. En effet, les combinaisons en néoprène sont composées du produit synthétique issu directement de dérivés pétrochimiques non recyclables. Tout d’abord, l’extraction du pétrole, par forage, et du calcaire, par mines, les deux matériaux nécessaires au néoprène, émettent d’importants gaz à effet de serre. Le processus de transformation des deux matériaux en matières premières, respectivement butadiène et acétylène, est très polluant, d’autant plus qu’il nécessite par la suite un troisième processus pour obtenir le polymère principal qu’est le néoprène. Une fois usées, si elles sont jetées, les combinaisons sont soit enfouies soit incinérées étant donné qu’aucun point de récolte n’est, pour l’instant, mis en place de manière généralisée.
Heureusement, des initiatives commencent à émerger pour pallier ce problème. Paul Le Guen, chargé de mission recyclage pour l’entreprise de Charente-Maritime Soöruz, a mis en place un programme de collecte et de recyclage de combinaisons de surf, comme le font d’autres marques comme Rip Curl ou Srface. Son entreprise collecte entre 10 et 20 000 combinaisons par an via son réseau en France. Le processus de recyclage commence par l'enlèvement du zip, suivi d'un déchiquetage et d'une granulation pour obtenir des copeaux de néoprène réutilisables.
Les Accessoires : Petits Objets, Grande Pollution
Crème solaire, wax, même leash ou dérives peuvent être nuisibles à l’environnement océanique. Certains sont nuisibles de par leur utilisation. La crème solaire est un des plus gros polluants des accessoires cités. Chaque année, ce sont entre 4 000 et 6 000 tonnes de crèmes solaires qui sont déversées dans les océans. Si on ne connaît pas encore toutes les conséquences que ce déversement peut causer, on sait déjà que la quantité de crème solaire pollue l’environnement marin, notamment à proximité des coraux.
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La wax quant à elle, émet de fines particules dans les océans qui se joignent à des milliers d’autres, impactant la biodiversité marine. Le plastique, c'est fantastique : émissions de gaz à effet de serre, marées noires, micro-particules ingérées, toutes ces problématiques sont exacerbées par la production et l'utilisation de ces accessoires.
Vers un Surf Plus Responsable : Innovations et Solutions Durables
Heureusement, cette situation n’est pas désespérée et il existe de plus en plus de solutions pour réduire notre impact lorsque l’on pratique notre passion. Le rôle de La Green Session est justement de sensibiliser à ces alternatives. Des innovations significatives ont vu le jour ces dernières années, tant dans la fabrication des planches que des accessoires, et de nombreuses entreprises s'engagent dans une démarche éco-responsable.
Les Matériaux Révolutionnaires pour les Planches
Pour la planche, de nombreuses innovations ont vu le jour ces dernières années, tendant vers une fabrication plus éco-responsable. On est passé de la planche en bois à la planche en liège, sans omettre la planche en laine, en mégots, en algue ou même en champignons. De nombreux shapers essayent ainsi de diversifier les matériaux de base pour réduire l'empreinte écologique.
Concernant la mousse EPS recyclée, bien que la fabrication des pains de mousse EPS émette du CO2, le polystyrène est recyclable. Même si la filière de recyclage des planches de surf n’est pas encore aboutie, il existe une filière de recyclage de l’EPS provenant d’autres sources. Pour réduire l’impact de la fabrication des pains de mousses EPS, certains fabricants proposent d’intégrer une part d’EPS recyclé. D'autres explorent l'utilisation de matériaux comme le PLA, un plastique biodégradable et bio-sourcé, et le PET recyclé, issu du recyclage des bouteilles en plastique. Ces deux matières premières sont utilisées grâce à la technique d’impression 3D. Parmi les marques qui utilisent l’impression 3D, on retrouve Yuyo. Pour la fabrication de ses noyaux, la marque montpelliéraine a mis au point une composition mixte à base de PLA et de PET recyclé. Du côté de la marque HEXA surfboard, l’approche vis-à-vis de ces matières premières est légèrement différente. Pour alimenter l’imprimante 3D, la marque utilise actuellement uniquement du PLA. Cependant, l’objectif annoncé est de remplacer dans un avenir proche le PLA par du PET recyclé. Cette méthode présente le gros avantage d’utiliser des matériaux recyclés ou bio sourcés et de ne pas, ou très peu, produire de déchets pour la fabrication du noyau.
Une autre alternative, bien que plus originale, est la planche en carton. Depuis, la société néerlandaise Westkust a repris le concept et souhaite le démocratiser avec la vente de kits d’assemblage à monter soi-même. Tous les plans sont en open source et chacun peut y accéder pour dessiner et fabriquer soi-même sa planche de surf en carton. Si l'on se dit que le carton dans la flotte ce n’est quand même pas l’idée du siècle, ce concept innovant est à saluer pour son approche durable.
La fabrication à partir de champignons, ou mycélium, est aussi une piste très sérieuse. Le mycélium est la partie immergée de l'iceberg végétal, le système racinaire souterrain des champignons. Le processus de fabrication des pains de mousse en champignon a été inventé et développé par la société Ecovative. D’un point de vue environnemental ce procédé semble très vertueux. Le processus nécessite peu d’énergie, il consomme peu de ressources (déchets agricoles principalement) et est biodégradable. Cependant, comme pour les algues, le développement de cette alternative est encore au stade de la R&D. Cette technologie poserait également un problème au niveau du poids et ne serait pas suffisamment performante par rapport aux autres planches actuellement.
Certains shapers artisanaux proposent même des planches qui sont huilées ou vernies, évitant la consommation de résine et de fibre de verre. Pour garantir un impact environnemental minimum, tu devras t’assurer de la provenance du bois. Il doit être sourcé localement et provenir d’une forêt gérée durablement.
Les Résines Écologiques et les Fibres Naturelles
La résine est le principal polluant d’une planche de surf. C'est pourquoi les résines époxy bio-sourcées offrent un avantage considérable. Elles sont formulées à partir de déchets végétaux et ont un impact carbone réduit. La fibre de lin, qui est cultivée en France, présente également des propriétés mécaniques intéressantes. Grâce à ses propriétés mécaniques plus importantes (315 g/m²) que le tissu en fibre de verre (125 à 200 g/m²), le shaper peut réduire le nombre de couches utilisées. Cela permet de réduire significativement l’impact de la planche.
Si on analyse le cycle de vie d’une planche qui utilise un pain de mousse EPS recyclé, de la résine époxy bio-sourcée, une méthode de stratification sous vide et du liège pour limiter la quantité de résine tout en augmentant la solidité de la planche alors on obtient un gain de 45% sur l’impact global. En utilisant les alternatives écologiques déjà existantes, il est donc possible de réduire de presque de moitié l’impact d’une planche de surf sur l’ensemble de son cycle de vie. C’est déjà un bon début.
Les Équipements Éco-conçus
Côté combinaisons, vous reconnaîtrez les combinaisons respectueuses de l’environnement si ces dernières sont composées de caoutchouc naturel pour réduire le taux de néoprène, aussi appelé Yulex. De même, d’autres combinaisons ne comprennent pas de Yulex mais du limestone, à base de roches calcaires et donc sans néoprène. Soöruz utilise également des alternatives écoresponsables dans la fabrication de ses combinaisons, comme de la poudre de coquille d'huître et du caoutchouc naturel. Cependant, l’entretien de la combinaison joue aussi un grand rôle dans sa durabilité. Une combinaison bien entretenue c’est une combinaison qui dure et qui n’a pas besoin d’être jetée pour en acheter une nouvelle. Paul Le Guen ajoute même : "On propose un service de réparation pour pousser la durée de vie des combinaisons".
Concernant votre leash, de nombreux leashs sont dits éco-conçus, c’est-à-dire que leur impact carbone de production est bien plus faible qu’un leash normal. Certains sont produits à base de Yulex, qui émet 80% de CO2 de moins qu’un polymère habituel, d’autres, à base de plastiques recyclés. Niveau wax, pourquoi faire venir des wax biodégradables de Californie ou d’ailleurs, alors même qu’il y en a deux en France ? Greenfix est basée dans le Pays Basque et est fabriquée uniquement à base de composants naturels. Il en est de même pour les crèmes solaires. Deux principales marques françaises sont reconnues pour leur respect de l’océan, à savoir EQ et les Laboratoires de Biarritz. La première marque propose des protections solaires minérales non éco-toxiques pour le corail et le milieu marin. Enfin, pour ce qui est des dérives, certaines entreprises se sont mises à la production de dérives à base de bouchons de plastique recyclés.
Labels et Initiatives de l'Industrie
Le label ECOBOARD project est un projet de label développé par l’association Sustainable Surf. Ce projet vise à identifier et promouvoir les planches de surf fabriquées avec des matériaux et des processus plus durables. Le niveau GOLD, le plus exigeant, requiert qu'une planche de surf utilise dans sa construction au moins un matériau certifié GOLD et un matériau certifié ONE ou GOLD.
Des entreprises comme NOTOX, Nomads Surfing et Surf Squid sont des exemples de fabricants français à proposer des planches de surf éco-responsables. Thomas Cervetti, cofondateur de Nomads Surfing, entreprise basée à Bordeaux, a décidé de relocaliser la production de ses planches en France et en Europe. Il explique que "90% des produits sont faits en Asie, en plastique, dérivés du pétrole". Comme les surfs Notox ou Surf Squid, les planches de surf écologiques de Thomas sont fabriquées à partir de mousse 100% recyclée et d'un mélange de lin et de liège, avec une résine biosourcée issue de déchets végétaux.
La marque de glisse NOTOX veut réconcilier les surfeurs avec leur matériel de prédilection. En effet, la fabrication des surfs, polluante pour l'environnement, est aussi nocive pour les artisans qui les sculptent, en raison des matières premières employées. Surfeurs ascendant ingénieurs, Pierre Pomiers et Benoît Rameix ont fait face depuis toujours à ce paradoxe. Face à ce cas de conscience, les deux natifs du Pays Basque décident en 2009 de changer la donne et de s’associer pour créer leur propre atelier de fabrication de planches de surf à Anglet. Exit mousse polyuréthane, résine polyester, styrène, acétone, fibres de verre qui contiennent des solvants et des composants dangereux. Les surfs NOTOX sont créés à partir de matériaux locaux recyclables et/ou issus du recyclage, d’origine naturelle ou bio-sourcés. En outre, l’atelier a été pensé pour préserver la santé et la sécurité des shapers, avec des systèmes d’extraction d’air, d’aspiration des poussières lors du ponçage et de filtration très performants. Ouvert et mutualisé, cet atelier permet aussi aux artisans locaux d’exercer dans des conditions répondant à une charte qualité environnementale ambitieuse. Mais l’équipe souhaite aller plus loin et vise pour la suite une approche 100 % vertueuse. Elle aimerait supprimer de ses planches tout matériau issu de ressources fossiles finies en développant des planches en composite « mono-matériau », à base de cellulose. Constituées d’une seule matière et donc plus facilement démantelables, elles seraient recyclables à l’infini. En fin de vie, ces planches pourraient être rapportées à l’atelier pour servir de matière première à la création d’une nouvelle planche. Une autre façon d’appréhender l’objet, en investissant finalement dans un matériau plus que dans un produit fini, pour ne payer ensuite que sa « transformation ».
Une autre initiative innovante est celle de Shred MFG. Dans l'entreprise de Marcelo, le « shredding » (déchiquetage) fait référence aux déchets de planches de surf qui sont recyclés pour fabriquer des planches de skateboard. Les déchets du processus, par exemple la résine en excès et d'autres produits résiduels, sont collectés et placés dans un broyeur industriel pour produire des confettis multicolores. Cette matière recyclée à 100 %, appelée « shred », est ensuite employée pour fabriquer les planches de skate. Il y a quelque chose de poétique dans la notion que, tout comme le skateboard est né du surf, les planches de skate de Shred MFG naissent de planches de surf recyclées. L'utilisation de méthodes de fabrication éprouvées empruntées à l'automobile ou à l'aéronautique permet de proposer des produits robustes et résistants. Pour Marcelo, le fondateur, "Il est important de pouvoir apporter une contribution simplement en mettant en place des pratiques durables et en adoptant des méthodes novatrices, pour que la génération qui nous suit puisse profiter des mêmes choses que nous aujourd'hui."