Maîtrise des règles de navigation et prévention des abordages : l'art d'éviter la collision en mer et en eaux intérieures

La navigation de plaisance, qu'elle s'exerce sur le littoral ou sur des voies navigables intérieures comme le Rhône ou la Saône à Lyon, exige une vigilance constante et la maîtrise de compétences vitales. Parmi celles-ci, l'identification d'une route de collision est une aptitude fondamentale qui permet d'anticiper un risque d'accident entre deux navires et de réagir à temps. La route de collision désigne la trajectoire de deux navires qui gardent leur cap et leur vitesse, menant inévitablement à un risque d'abordage si aucune manœuvre n'est entreprise. C'est une notion essentielle en navigation, enseignée dès les premières heures de formation au permis bateau. Si cette maîtrise est indispensable pour le permis côtier dans les zones portuaires à forte densité, elle devient encore plus cruciale pour le permis fluvial, où les canaux étroits, les écluses et la présence de péniches multiplient les risques.

La détection précoce du risque d'abordage

Pour reconnaître une route de collision, la méthode de l'alignement est la plus fiable. Fixez un point repère sur l'autre bateau, comme un hauban ou une étrave. Si ce point reste stable dans votre champ de vision alors que la distance diminue, c'est qu'il y a danger. Le risque d'abordage peut arriver si, pendant un temps donné, deux bateaux restent sur le même alignement. À défaut de posséder un compas, il suffit de prendre un point sur votre propre bateau, puis de viser un autre point sur l'autre navire. Si le point de repère ne change pas à intervalles réguliers, alors il y a route de collision. Attention, de petites variations de l'alignement peuvent tout de même être un signe de route de collision si le navire en question est très gros ou très proche.

Une fois le risque identifié, il est impératif d'agir de façon claire et compréhensible. Les règles stipulent qu'il faut manœuvrer largement à l'avance en réduisant sa vitesse, en changeant de cap ou, en dernier recours, en faisant marche arrière. Le RIPAM (Règlement International pour Prévenir les Abordages en Mer) ne donne pas de droits, mais impose des obligations visant à prévenir tout risque d'abordage.

La hiérarchie des priorités entre navires

Les règles de priorité ne sont pas universelles et dépendent de la nature du navire et de sa capacité de manœuvre. Il est essentiel de comprendre que les grands navires commerciaux ont une manœuvrabilité limitée, surtout dans les chenaux étroits. Leur arrêt nécessite du temps et de la distance, parfois un mille ou plus, et un navire qui ralentit perd sa direction car son gouvernail nécessite un flux d'eau pour fonctionner.

Il existe une hiérarchie claire en cas de croisement : les navires non maîtres de leur manœuvre, ceux à capacité de manœuvre restreinte ou handicapés par leur tirant d'eau sont prioritaires. Les voiliers, quant à eux, sont généralement prioritaires sur les navires à propulsion mécanique. Toutefois, cette règle comporte une exception majeure : dès qu'un voilier utilise son moteur, il est considéré comme un navire à propulsion mécanique et doit respecter les mêmes règles que ces derniers, peu importe si ses voiles sont hissées.

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Pour les navires à propulsion mécanique, la règle de la priorité à droite s'applique lorsqu'ils se croisent : le navire qui aperçoit l'autre sur sa droite doit le laisser passer. L'usage veut que celui qui laisse passer croise derrière l'autre. En cas de dépassement, c'est toujours le navire rattrapant qui doit manœuvrer, qu'il s'agisse d'un voilier ou d'un bateau à moteur, car il doit s'écarter du navire rattrapé sans le gêner. La règle du navire rattrapant s'applique dès lors qu'un bateau arrive avec un angle de plus de 22,5 degrés par rapport au tableau arrière du navire rattrapé.

La gestion des priorités spécifiques aux voiliers

Pour déterminer la priorité entre deux voiliers, il faut identifier leur amure. Un bateau est tribord amure s'il reçoit le vent sur son côté tribord. Le voilier bâbord amure doit modifier sa route ou sa vitesse pour éviter la collision. Si les deux voiliers sont tribord amure, la priorité ne joue plus sur l'amure mais sur le vent : le bateau situé sous le vent est prioritaire sur celui qui est au vent. Même prioritaire, un voilier doit à tout moment se maintenir prêt à manœuvrer pour éviter un abordage.

La communication par signaux sonores et lumineux

Les signaux sonores et lumineux permettent d'expliciter clairement la manœuvre à un autre navire. Ils sont divisés en catégories selon la visibilité. Par temps clair, les signaux de manœuvre (coups courts) indiquent une intention : un coup court pour venir sur tribord, deux coups courts pour bâbord, et trois coups brefs pour une marche arrière. Ces signaux peuvent être doublés de signaux lumineux blancs synchronisés, visibles sur tout l'horizon.

En cas de visibilité réduite, comme dans le brouillard, les signaux changent pour identifier le type de navire et son activité. Les navires à moteur faisant route émettent des signaux toutes les deux minutes, tandis que les navires au mouillage ou échoués utilisent des cloches ou des gongs selon leur taille. La radio VHF, bien que non utilisée pour éviter les collisions en cas d'urgence immédiate, reste un outil précieux pour organiser le passage, notamment le canal 13 pour les échanges entre navires commerciaux.

Navigation nocturne et reconnaissance des feux

Naviguer de nuit requiert une parfaite connaissance des feux de navigation. Un navire à moteur est équipé d'un feu de tête de mât blanc, d'un feu arrière blanc, d'un feu vert à tribord et d'un feu rouge à bâbord. La règle d'or est simple : si vous voyez le feu vert sur le feu rouge d'un navire, le risque de collision est réel. Les navires de plus de 50 mètres ajoutent un second feu de tête de mât.

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Les navires spéciaux affichent des signaux nocturnes distinctifs. Par exemple, un navire non maître de sa manœuvre montre deux feux rouges superposés, tandis qu'un navire à capacité de manœuvre restreinte arbore trois feux superposés (rouge, blanc, rouge). Il est essentiel de ne jamais laisser ses propres feux masqués par des voiles, des drapeaux ou des équipements, afin de rester visible en toute circonstance.

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