L'évolution et l'usage du bout-dehors dans la navigation à voile

Définition et rôle structurel du bout-dehors

Le bout-dehors est, par définition, une pièce d'espar horizontal installée à l'avant d'un voilier, dépassant la coque, et servant à gréer ou fixer une voile. Historiquement, alors qu'il trustait les étraves de tous les navires à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, cet espar, appelé beaupré à l’époque, a peu à peu disparu au fil du temps avant de revenir en force depuis une vingtaine d’années. Il restera encore à finaliser des cloisons et poser le bout-dehors, une pièce servant à gréer des voiles à l'avant du navire. Cette petite pièce métallique est vissée sur l'avant de la coque, juste au-dessus du bout-dehors et fixe l'étai, un câble qui sert à maintenir le mât vers l'avant.

La présence du bout-dehors influence grandement la silhouette d'un navire. Il a fière allure avec son tableau arrière très décoré et sa longue silhouette dont le bout-dehors (sorte de mât horizontal) dépasse la coque. À travers l'histoire littéraire, son importance a été soulignée par de nombreux auteurs : ainsi que cela avait été déjà reconnu à l'aide de la lunette, ce mât - un bout-dehors de beaupré - provenait des débris du navire. La littérature marine évoque souvent ces éléments, comme lorsqu'un personnage aperçoit à une encablure le bout-dehors d'un vaisseau qui se balançait, ou encore lorsque des matelots, se balançant aux cordages du bout-dehors, le regardaient avec admiration. En période de tempête ou de combat, cette pièce pouvait être endommagée, comme le décrit la meute des pêcheurs grondant par derrière, discutant l'abordage, les avaries, la grand'voile trouée, le bout-dehors rompu.

Le contexte du voilier : du côtre aux unités modernes

Pour comprendre l'utilité du bout-dehors, il convient de situer le support sur lequel il s'inscrit. Un côtre ou cutter (qui "coupe" les vagues) est un voilier équipé d’un seul mât. Si la grand voile à flèche est d'un seul tenant on parle de côtre houari. Si en revanche, la grand voile est fractionnée en deux voiles triangulaires on parle alors de côtre aurique. Le célèbre Pen Duick d’Eric Tabarly en est un bel exemple. Enfin, si le côtre est muni de deux grand voiles dont une voile carrée en haut, on parle alors de côtre à hunier ; Le Renard de Surcouf est un superbe exemplaire de côtre à hunier. Ces bateaux, très rapides, emportaient les commandos de l’époque, profitant de leur vitesse supérieure pour rattraper les navires ennemis. En effet, en traversée, il n’est pas possible d’éviter le mauvais temps. Le côtre permet de gréer une voile d’avant de mauvais temps rapidement et sans difficulté car celle-ci est souvent déjà installée sur son propre étai à enrouleur.

Avec les plans de voilure actuels, le bout-dehors est devenu incontournable. Mais, sur nos voiliers modernes, ils peuvent avoir plusieurs formes et être en alu, en carbone, pivotant, rétractable. Sur nos multicoques de croisière, il a d’abord fait sa réapparition sur des unités performantes, où il permet d’avancer le centre vélique des voiles d’avant. Mais la géométrie des récents plans de voilure lui redonnent sa justification sur des croiseurs de grande production plus placides. De manière générale, les génois ont perdu du recouvrement afin de faciliter les virements de bord. Ils sont même devenus parfois autovireurs. Mais voilà, même quand le mât a été reculé - comme sur certains modèles très récents -, quand on navigue aux allures débridées, petit largue et travers, ils ne sont plus assez puissants. Un gennaker ou un Code D devient indispensable pour tenir une bonne moyenne.

Avantages techniques et aérodynamiques

L'intégration d'un bout-dehors apporte des solutions concrètes aux problèmes de performance. Si cette voile puissante est enroulée juste devant le bord d’attaque du génois, cela perturbe grandement les entrées d’air au guindant, faisant chuter drastiquement le rendement de celui-ci. Et de même, quand le génois est enroulé, il perturbe le gennaker. La solution la plus simple consiste donc à éloigner le point d’amure de ces deux voiles, grâce au bout-dehors. Les avantages sont alors nombreux. En premier lieu, la surface des voiles de portant peut être augmentée d’autant que la bordure va être plus grande. Ensuite, les voiles ne se gênent plus et les écoulements d’air sont parfaitement laminaires. Mais on peut aussi les faire travailler ensemble, ce qui est très efficace au petit largue en créant un effet Venturi entre les deux.

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Pour les allures plus abattues, le bout-dehors a pour effet d’éloigner le bord d’attaque du spi asymétrique, et permet de descendre facilement 10° supplémentaires par rapport à un spi amuré sur la poutre avant. On peut ainsi descendre facilement jusqu’à 150-155° du vent apparent. Les poutres avant en alu sont renforcées avec un module interne pour la compression. On peut donc monter un bout-dehors sans problème tant qu’il reste d'une taille raisonnable. Pour un bateau de 45’, une longueur de 80 à 100 cm est la taille habituelle. Cet engouement est dû en partie à la popularité des voiles asymétriques de portant, qui offrent une grande facilité de manœuvre, notamment en équipage réduit. Mais même sur un bateau principalement équipé d’un spi symétrique, un bout-dehors est nécessaire pour envoyer un code 0 ou une autre voile asymétrique spécialisée de reaching.

Solutions de retrofit et montage

Un bout-dehors est aujourd’hui un équipement presque incontournable sur un voilier de course ou un croiseur performant, et il existe aussi de nombreuses solutions de retrofit disponibles « sur étagère ». Si vous cherchez un bout-dehors pour votre bateau, cela vaut la peine de vérifier s’il existe des options dédiées proposées par le chantier. Sinon, les options de retrofit standardisées sont variées. Les bouts-dehors en A de Trogear sont légers et rigides, ce qui les rend aussi adaptés à la course qu’à la croisière. Plusieurs options de montage existent, dont une compatibilité avec la plupart des supports de davier. Le grand avantage de ces bouts-dehors est qu’ils n’encombrent pas le pont avant.

Les bouts-dehors à tube simple, comme ceux de Selden et Facnor, sont généralement bien plus abordables et peuvent être autoportés sans sous-barbe. On y parvient en fixant environ 50 % de la longueur totale du tube sur le pont avant, le reste étant projeté vers l’avant. En conséquence, ils occupent une part importante de la surface disponible du pont avant. Enfin, si vous n’avez toujours pas trouvé ce qu’il vous faut, une approche sur mesure ou semi-sur mesure peut être la seule solution. Concernant le montage pour une voile asymétrique de portant sans emmagasineur, la bosse d’amure est reliée directement au point d’amure de la voile. C’est la configuration la plus simple, ne nécessitant qu’un seul bloc, anneau ou réa à friction à l’extrémité du bout-dehors. Selon le type de bout-dehors, une sous-barbe peut ne pas être nécessaire pour les voiles de portant.

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