Le monde du surf de gros, discipline extrême où la nature impose sa loi avec une brutalité rare, a vu émerger une figure singulière. Clément Roseyro, surfeur de 24 ans originaire du Pays basque, a marqué les esprits par une performance aussi inattendue que magistrale lors du Nazaré Challenge. Si son nom est désormais associé aux vagues les plus colossales de la planète, son parcours n'a rien du destin tracé d'avance. Entre maîtrise technique, approche artistique du geste et humilité face aux éléments, ce sportif hors norme redéfinit les contours de ce que signifie « dompter » l’océan.
La naissance d’une passion à Praia do Norte
L’histoire de Clément Roseyro avec la vague de Nazaré a pris racine le 16 novembre 2018. Il fait le déplacement jusqu'à Praia do Norte pour la compétition du Big Wave Tour. Les surfeurs étaient à la rame, la falaise bondée. Il applaudit, fait du bruit et s'extasie devant le tube hallucinant de Natxo Gonzalez, un perfect 10. Forcément, il a le coup de foudre.
Cette première expérience, bien que vécue depuis le rivage, a agi comme une révélation. Pour Roseyro, il ne s'agissait pas seulement d'observer une performance sportive, mais de ressentir l'âme d'un lieu mythique. Comme il le confie lui-même : « Cela m'avait procuré tellement d'émotion de voir ces gars dans l'eau. Et là, ce matin (lundi), j'ai pris la route pour la compétition à Nazaré. J'étais un des surfeurs invités par la WSL pour y participer et je me suis mis à pleurer. J'ai réalisé que c'était la chance de ma vie, ça m'a beaucoup ému et vraiment aussi beaucoup boosté. D'autant que je n'ai su que deux jours auparavant que je serai dans la compétition. »
L’allié inattendu : l’influence de Nic Von Rupp
Le chemin vers le podium ne fut pas linéaire. Quelques jours encore avant la compétition, Clément Roseyro n'était donc pas dans les petits papiers de la World Surf League. Mais une bonne fée nommée Nic Von Rupp s'est penchée sur son cas. Le Portugais, figure emblématique du circuit, a su déceler le potentiel brut du jeune Basque. Nic Von Rupp voulait vraiment faire ce Nazaré Challenge avec moi alors qu'on ne s'est rencontré il n'y a qu'un mois. Il a insisté auprès de la WSL et ça a marché. Il était sûr de lui alors que moi je ne l'étais pas. Il m'a dit : "c'est toi qui es capable d'aller chercher ces gars, de rivaliser avec les meilleurs".
Cette confiance a été le moteur d'une performance historique. Non seulement le duo Roseyro - Von Rupp a terminé 2e mais le Français a décroché une incroyable 2e place derrière l'intouchable Lucas Chianca. C’est une consécration rare pour une première participation. « On a assuré, on a eu de bonnes vagues et deux excellents résultats nous ont récompensés Nic et moi. Je pense que ce n'est jamais arrivé qu'un surfeur finisse deuxième pour une première participation. Au fond de moi, je savais que j'allais faire un truc de fou. Je me suis même permis de faire un 360. C'est mon petit truc, ça m'amuse de tenter ça juste pour montrer que je sais le faire. »
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La gestion de la peur : une approche intellectuelle du risque
Malgré ses prouesses, Clément Roseyro ne fait pas preuve d'inconscience. Quand bien même il est escorté par une grosse confiance en lui liée à un apprentissage qui est allé intelligemment crescendo, comme tous les surfeurs présents au line up à Praia do Norte un jour de gros, Clément Roseyro n'échappe pas à la peur. La peur de se noyer, de percuter les rochers… Le spot de Praia do Norte est très effrayant.
Le surfeur aborde cette dimension avec une lucidité remarquable : « Les grosses vagues de ce spot m'attirent énormément. Il y a un plaisir et un feu au fond de moi qui me le confirme clairement. J'ai fait les choses étape par étape, je ne suis pas là par hasard. Mais je n'oublie pas que c'est un spot très dangereux. J'ai bien conscience qu'ici à Nazaré tu peux avoir la plus belle vague de ta vie mais aussi connaître ta pire expérience. Ce spot me fait peur évidemment, mais je me dis que si tu as bien fait les choses avec les éléments, il n'y a pas de raison. »
L'esthétique avant tout : le surf comme spectacle
Au-delà de la performance physique, Clément Roseyro revendique une approche artistique de sa pratique. Clément Roseyro a grandi à Biarritz, mais vit désormais dans la cité voisine d'Anglet. Et ce qui lui a toujours plu, c'est de faire le show pour les plagistes. Avec une obsession pour la beauté du geste. Pour lui, la compétition n'est qu'un cadre, mais l'essentiel réside ailleurs.
« Quand j'étais plus jeune, je ne prenais pas vraiment de plaisir à faire de la compétition. Le seul truc qui me plaisait c'était, quand il y avait de belles vagues et des gens au bord, de montrer de jolies choses. Le sens du spectacle, j'ai toujours apprécié ça. Surtout, j'aime rendre ça beau une manoeuvre. Ça a toujours été plus important que les notes des juges. C'est comme pour mes planches, je veux qu'elles soient belles et décorées avec des dessins d'artistes. »
Cette volonté d'esthétisme s'étend jusqu'au matériel utilisé, quitte à explorer des pistes innovantes, voire décalées dans le milieu très normé du surf de gros.
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Une quête d'innovation : la planche en liège
Le rapport de Clément Roseyro à son matériel témoigne de son ouverture d'esprit. Son budget ne lui permet pas d'avoir un quiver avec 50 planches. Pour le surf de gros, il n'en a que deux assez particulières : une en carbone et une en liège. Pour le moins atypique, cette planche en liège est une idée de son "shaper". Pour lui, c'est censé apporter un peu de flexibilité et de confort dans la manière de surfer.
« Les planches en carbone, c'est performant mais pas forcément toujours agréable. Et, comme lui, ça le faisait rêver de me fabriquer cette planche, j'ai accepté. Sachant qu'en plus, c'était le seul moyen pour moi à ce moment-là d'en avoir une deuxième. Honnêtement, elle fonctionne bien. Lundi, pendant la compétition, j'avais toutefois l'impression d'aller un peu moins vite avec. Alors que parfois, en freesurf, j'ai l'impression qu'elle va au contraire un peu plus vite. Tout ça, c'est un peu nouveau mais certaines marques commencent à investir le marché, ça remplace les planches en mousse. »
L'apprentissage du "Waterman" : la polyvalence comme force
Le surfeur basque a toujours voulu et aimé toucher à toutes les disciplines qui tournent autour du surf. Il a fait du shortboard, du longboard, du Stand Up Paddle, du foil et du kite. Roseyro est assurément un vrai waterman ! Cette curiosité insatiable n'est pas fortuite : elle constitue le socle de son expertise en grandes vagues.
« Quand je voyais quelqu'un faire quelque chose de différent, je voulais essayer. Pour le longboard, à Biarritz, on a la chance d'avoir Antoine et Édouard Delpero. Alors du coup, j'ai voulu faire du longboard et j'ai été en lice sur le World Tour. Et ensuite le SUP, j'ai vu qu'Antoine Delpero et Peyo Lizarazu en faisaient, alors je m'y suis mis, je les ai suivis. Aux Mondiaux, je finis deux fois 5e. Puis le foil est arrivé, j'ai évidemment voulu essayer. Et je m'éclate avec Matt Etxebarne. Tout faire, c'est pour moi un énorme avantage. Toutes ces disciplines m'apportent beaucoup pour le surf de gros. Toute cette expérience me sert. »
Le documentaire : témoin d'une évolution
La progression de Roseyro a été immortalisée par le réalisateur Arthur Picard, natif d'Anglet, dans un documentaire de 20 minutes qui a marqué un tournant dans sa visibilité médiatique. Ce projet, né d'une rencontre fortuite et d'une persévérance de la part de Clément, illustre la dynamique de travail du surfeur. Arthur Picard, qui a suivi ses premiers pas à Nazaré, a pu capturer l'essence de son ascension : « Clem, c'est un mec que je voyais souvent sur les réseaux sociaux, ou lors des compétitions et là, tu le vois surfer des vagues de ouf. »
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Arthur et Clément passeront un mois à Nazaré, tissant une solide amitié et créant un réseau autour de leur projet. Cette immersion a permis de mettre en lumière non seulement le talent du surfeur, mais aussi les exigences logistiques du surf de gros moderne. Clément est conscient de cette nouvelle dimension : « C’est long et difficile, Nick est super exigeant. Mais il a une super lecture de l’océan. C’est aussi un surfer qui connait bien le business et l’importance des photos. Tout ce travail qu’il faut faire en dehors du surf, et que les marques demandent. »
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