Le monde de la navigation est en pleine mutation, et le foiling est désormais sur toutes les lèvres. Tant dans le milieu professionnel que chez les sportives et sportifs amateurs, les engins nautiques à foils tels que le kitefoil, le wingfoil et le pumpfoil connaissent actuellement un grand engouement, transformant radicalement la manière de concevoir la vitesse et l'efficacité sur l'eau. Cette fascination pour les bateaux volant au-dessus des vagues n'est pas nouvelle, mais elle atteint aujourd'hui des sommets de sophistication technique et de popularité.
La Classe A : Une Division Historique à la Pointe de la Technologie
Au cœur de cette révolution se trouve la classe A, souvent désignée comme la "Formule 1" de tous les bateaux à voile. C'est une catégorie qui a toujours été à la pointe de l'innovation, repoussant constamment les limites de la performance et de la technologie. En 1956, la « A-Division » a été fondée en Angleterre par l’ancienne « International Yacht Racing Union » comme classe de construction libre. Aujourd’hui, elle fait partie d’une des plus vieilles et plus actives classes dans le monde entier, témoignant de sa pertinence et de son dynamisme.
La philosophie de cette classe encourage l'expérimentation et l'adoption rapide des matériaux et des concepts les plus avancés. Des matériaux les plus sophistiqués comme le carbone et le kevlar s’utilisent dans la production de masse des coques et des mâts là où les autres constructeurs se contentent encore des fibres de verre et de l’aluminium. Cette approche sans compromis permet à la Classe A de bénéficier constamment d'innovations de pointe. Le Classe A a toujours bénéficié ou été précurseur de ces évolutions, et c’est ce qui en fait son attractivité auprès d’amateurs ou de professionnels. Les championnats du monde et européen sont régulièrement suivis par les barreurs les plus fameux du monde, ce qui souligne le niveau de compétition et l'expertise requis pour maîtriser ces engins de haute technologie. Pourtant, c’était toujours un spécialiste en Class A qui gagnait les championnats, soulignant la spécificité des compétences nécessaires.
Depuis sa création, le Classe A n’a cessé d’évoluer d’un point de vue matériel, mais aussi dans sa manière de naviguer. Ces dernières années ont vu apparaître de nombreuses évolutions majeures. Dans les années 90, on a assisté à l'introduction du mât carbone à la place d’aluminium et à l'apparition de coques inclinées. Les années 2000 ont vu l'arrivée des voiles à corne, des étraves inversées et des dérives courbes. Plus récemment, dans les années 2010, les foils sur dérives et safrans, la voile decksweeper, et le gréement court ont marqué des avancées significatives. Ces apports technologiques ont permis de rendre le support plus accessible à tout type de profil, qu'il s'agisse du gabarit, de l'âge, ou du budget. Mais également de faire évoluer la manière de naviguer et plus généralement son approche par rapport à la voile. Par exemple, la manière de naviguer au portant est assez révélatrice des changements au fil des décennies. Dans les années 90, tout le monde se trouvait sur le caisson. Puis, dans les années 2000, le portant sur une coque, plus connu sous le nom de “bootherie”, a prévalu. Enfin, dans les années 2010, le portant au trapèze pour déjauger, puis le vol, sont devenus la norme.
En 2017, au vu des changements rapides sur le matériel et la pratique du Classe A, l’International A-Division Catamaran Association (IACA) a défini la discipline Classic, sans modification de jauge mais avec des restrictions supplémentaires. Cette initiative ne s'inscrit pas en opposition avec le vol, mais vise à stabiliser un type de bateau et de pratique associée. Ainsi, conformément à la définition IACA, l’AFCCA reconnaît cette pratique par la mise en place d’un double classement : Open et Classic, permettant de valoriser différentes approches au sein de cette classe dynamique.
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L'Innovation Suisse : Le NTFM Syra 18, Un Projet Ambitieux de Foiler Accessible
L'esprit d'innovation qui caractérise le monde du foiling est également incarné par des projets audacieux, comme celui du NTFM Syra 18, fruit du travail de deux navigateurs professionnels suisses, Nils Frei et Yves Detrey. Passionnés par le foiling depuis ses prémisses en 2007, ces deux navigateurs de 46 et 40 ans ont travaillé dur pour proposer un bateau innovant et puissant tout en restant simple d’utilisation et donc accessible pour le grand public. Leur objectif était de concevoir un bateau pour le double qui intègre des technologies de pointe tout en garantissant une expérience de navigation intuitive et sécurisée.
La première particularité du bateau pour le double imaginé par Nils Frei et Yves Detrey réside dans son système de foil. Il est muni d’un foil en T central inclinable, géré par un rail, qui peut basculer de 45 degrés d’un bord à l’autre et permet un moment de redressement supérieur à celui des grands multicoques. Cette conception intelligente permet d'optimiser la portance et la stabilité. La taille du foil permettra au bateau de décoller déjà avec 6-7 noeuds de vent, offrant des sensations de vol rapides même par vent léger. Si un équipage aguerri le commande, le NTFM Syra 18 devrait facilement atteindre les 35 noeuds, selon ses créateurs. Un point crucial de leur conception est la sécurité : le foil central restera dans l’eau et évitera ainsi tout risque de blessure comme cela peut être le cas avec les foils inclinables des autres bateaux actuels qui dépassent au niveau du pont.
Deuxième spécificité, ce foiler possède une carène hybride permettant de bénéficier de l’aérodynamisme d’un monocoque et de la stabilité d’un multicoque, sa plateforme se terminant à l’arrière comme un catamaran. Cette caractéristique est essentielle pour les non-professionnels à qui s’adresse aussi ce bateau, compte-tenu des nombreux problèmes d’instabilité conduisant à des chutes sur les monocoques du genre. Pour améliorer encore la stabilité, les deux navigateurs ont décidé d’équiper leur navire de deux safrans avec plans porteurs, assurant un contrôle accru et une meilleure assiette en vol.
Au début de leur projet, Nils Frei et Yves Detrey ont testé le système de foil central basculant sur un catamaran Classe A pour s’assurer de la faisabilité et valider leur concept. Cette étape a été déterminante pour affiner la conception et confirmer les performances attendues. Le NTFM Syra 18 a finalement été mis à l’eau pour la première fois le 15 août 2019 sur le lac Léman, marquant une étape importante dans le développement de ce foiler innovant. « Nous avons été très satisfaits des premiers essais et le bateau s’est bien comporté », ont expliqué ses concepteurs sur leur site web, confirmant le succès de leurs efforts.
Principes Fondamentaux du Foiling : Comment les Bateaux S'élèvent au-dessus de l'Eau
Le phénomène du foiling, qui permet à ces embarcations de "voler" au-dessus de l'eau, repose sur des principes aérodynamiques adaptés au milieu liquide. Les foils fonctionnent en principe comme des ailes d’avion, mais dans l’eau. Cette analogie simple permet de comprendre la force fondamentale en jeu. L’aile avant - combinée à la dérive sur les dériveurs, ou placée du côté sous le vent sur les plus grands yachts et les catamarans - génère de la portance grâce à sa forme et à son angle d’incidence. Le mécanisme est le suivant : la vitesse d’écoulement est plus élevée au-dessus qu’en dessous du foil, ce qui crée une dépression sur sa surface supérieure et engendre une poussée vers le haut. Cette force de portance permet de soulever la coque hors de l'eau.
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La réduction de la résistance du bateau, une fois que la coque est décollée, entraîne une augmentation spectaculaire de sa vitesse. Cette augmentation de vitesse accroît à son tour le vent apparent à bord - le bateau génère en quelque sorte son propre vent. C'est un cercle vertueux de performance. La taille, la forme et la conception des foils varient énormément selon la taille du bateau, son type (quillard, monocoque, multicoque) et son usage. Le choix de la conception adaptée dépend également de l’objectif recherché : assurer un vol stable grâce à la forme du bateau, ou viser des vitesses maximales, au prix de réglages plus complexes.
Dans le cas des monocoques à foils de la classe AC75, par exemple, la technologie est poussée à l'extrême. Le Class AC possède deux foils, mais ne vole en ligne droite que sur un seul ainsi que sur les deux plans porteurs des safrans à l'arrière. Pour maintenir la stabilité directionnelle et contrer la dérive, le shaft empêche le bateau de dériver (de se déplacer en crabe) et contre l'effort des voiles. Le tip, contrairement à une dérive classique, permet de pousser vers le haut pour que le bateau décolle. Franck Cammas, expert dans le domaine, souligne la puissance de cette petite section : "3 tonnes sont appliquées vers le haut uniquement sur cette partie-là, ce qui est beaucoup moins de 1 m2". Le jeu consiste alors à régler cette partie-là pour avoir en permanence une hauteur de vol stable. Cela nécessite une précision extrême : "C'est pour ça qu'on a des commandes à la barre avec des tout petits steps de changement d'angle et ça corrige de cette façon-là l'angle de tip et on appelle ça le réglage du rake." Cette capacité à ajuster finement l'angle du tip (le réglage du rake) est fondamentale pour le contrôle du vol.
L'Évolution du Foiling dans la Voile de Compétition : Des Premiers Essais aux Navires Modernes
L'idée de soulever un bateau hors de l’eau afin de réduire la résistance et d’augmenter ainsi sa vitesse a vu le jour il y a déjà plus de 100 ans. Les premiers essais concrets ont été réalisés à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, marquant le début d'une quête incessante de performance.
Dans le domaine des régates, la voie a été ouverte par la classe Moth, une catégorie de dériveurs légers qui a embrassé le foiling très tôt. L’Australien Rohan Veal, lui-même très impliqué dans le développement des foils, est devenu le premier champion du monde de Moth à foils en 2025, un jalon qui a démontré le potentiel de cette technologie en compétition.
La véritable percée médiatique et technologique à la Coupe de l’America a eu lieu lors de sa 34e édition, avec l’arrivée des premiers catamarans à foils. Cet événement a propulsé le foiling sur le devant de la scène internationale, captivant un public bien au-delà du cercle des initiés. Depuis, il serait aujourd’hui difficile d’imaginer une Coupe de l’America disputée avec des voiliers à déplacement « lents ». Actuellement, la compétition se déroule sur les monocoques à foils de la classe AC75, dont le développement se poursuit à un rythme soutenu, chaque édition apportant son lot d'innovations et de records de vitesse.
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