Le territoire de Nages, et plus largement la région environnante de la Vaunage, est une terre d'une richesse historique et archéologique remarquable, dont les racines plongent dans les profondeurs du temps. Il est constitué d'une plaine principale, autour de laquelle s'articulent de nombreuses collines, offrant un paysage à la fois varié et propice aux activités humaines depuis des millénaires. C'est aussi une région très viticole, notamment au niveau du terroir du Vieux Langlade, situé sur la commune du même nom. Ce terroir est prisé depuis le XVe siècle pour ses vins, témoignant d'une tradition agricole ancestrale. Sans oublier la culture de l'olivier, très présente et emblématique du paysage méditerranéen. Cette richesse naturelle et agronomique a, de tout temps, attiré les populations, marquant le sol de Nages d'une empreinte humaine continue, depuis les premières sédentarisation jusqu'à l'époque contemporaine, avec une période romaine particulièrement influente, souvent désignée comme le "Romain de Nages".
L'Oppidum des Castels : Un Site Protohistorique d'Importance Majeure
Au cœur de cette région s'élève l'un des joyaux du patrimoine archéologique local : l'oppidum de Nages, également connu sous les noms d'oppidum des Castels ou oppidum de Saint-Dionisy. Situé stratégiquement dans la vallée de la Vaunage, sur la commune de Saint-Dionisy et à proximité immédiate de Nages-et-Solorgues, dans le département français du Gard, ce site représente un témoignage exceptionnel des civilisations qui se sont succédé. Occupé de manière quasi ininterrompue du Néolithique à la période romaine, cet oppidum est avant tout reconnu comme l'un des sept oppidums gaulois qui rassemblaient la population de la Vaunage à l'âge du Fer, une période s'étendant de 800 à 50 avant notre ère. Ces sites fortifiés jouaient un rôle crucial pour les communautés, leur assurant sécurité et organisation sociale.
L'oppidum des Castels à Nages se distingue comme l'un des sites pré-romains du Midi de la France dont l’architecture est la mieux conservée. Les traces archéologiques révèlent une succession de plusieurs remparts et de plans d’urbanisme complexes qui se sont développés et transformés durant les trois siècles précédant l'ère chrétienne. La richesse de ces vestiges permet de comprendre l'évolution des techniques de fortification et d'organisation urbaine des populations gauloises face aux influences extérieures et aux besoins croissants de leurs sociétés.
L'Évolution Urbaine de l'Oppidum de Nages : Stratification et Planification
L'histoire urbaine de l'oppidum de Nages se décline en plusieurs phases distinctes, chacune apportant son lot d'innovations architecturales et urbanistiques, illustrant une capacité remarquable d'adaptation et de développement.
La première phase, Nages I, est datée d'environ 290 à 250 avant J.-C. Fondée au début du IIIe siècle avant notre ère, cette ville était entourée d’une enceinte en pierre sèche, de forme à peu près circulaire. Les connaissances actuelles sur cette période ne permettent pas d'identifier de tours ou de portes spécifiques dans cette première enceinte, suggérant une structure défensive plus rudimentaire ou des éléments non encore découverts.
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Vient ensuite Nages II ancien, s'étendant approximativement de 250 à 175 avant J.-C. Durant cette période, un deuxième rempart a été érigé, formé d’une courtine en double mur, également en pierre sèche. Chacun des deux murs présentait une épaisseur impressionnante de trois mètres, et l'ensemble était équipé de petites tours espacées de 10 à 15 mètres, renforçant considérablement les capacités défensives de l'oppidum. À l’angle nord-ouest du site, au point le plus élevé, les archéologues ont mis au jour une tour monumentale à double parement, dont la taille surpassait de loin celle de toutes les autres tours, probablement un point d'observation stratégique ou un élément de prestige. La ville, construite simultanément à cette fortification, était organisée selon un plan remarquablement ordonné. Elle était constituée de 25 îlots allongés, tous parallèles entre eux, et séparés par des rues qui maintenaient toutes la même largeur. Chaque îlot comprenait des maisons à pièce unique, de surface semblable. Les murs de ces habitations étaient faits de pierre sèche, extraite directement sur place à partir de la roche calcaire. La création de cette deuxième ville, au milieu du IIIe siècle avant notre ère, offre un exemple précoce de mise en œuvre d’un véritable plan d’urbanisme. La trame de ce plan reprenait le système de mesures des Grecs de Marseille, caractérisé par un carré de 27 pieds de côté, soit l'équivalent de 7,42 mètres. Dans cette organisation, un tiers de l'espace (2,47 mètres) était réservé à la rue, et les deux tiers restants (4,95 mètres) étaient dédiés aux habitations, chacune bénéficiant d'une surface d'environ 55 m². Ce niveau de planification urbaine témoigne de l'influence des modèles méditerranéens et d'une organisation sociale avancée.
La phase de Nages II récent, aux alentours de 200 à 175 avant J.-C., a vu la ville s’agrandir de manière significative. Un nouveau quartier a été fondé à l'ouest du quartier précédent, bien qu'à l'extérieur du rempart principal de Nages II. Parallèlement, dans le quartier primitif, la « vieille ville », les îlots d’habitation ont été élargis par l’ajout de nouvelles pièces aux maisons existantes. Cette extension s'est faite au détriment des espaces publics, réduisant de moitié la largeur des rues existantes, signe d'une densification de l'habitat et d'une pression démographique croissante.
Enfin, Nages III, vers 100 avant J.-C., représente l'ultime développement majeur de l'oppidum. Une dernière enceinte a été construite, permettant de doubler la surface de la ville par l’ajout, au nord, d’un grand tronçon de mur. Ce dernier était constitué par un double mur en pierre, percé de nombreuses portes, facilitant les entrées et sorties. Les trois portes situées à l’angle nord-ouest, à l’arrière de la voie principale d’accès à la ville, étaient particulièrement bien protégées par trois grandes tours. Cette enceinte, érigée à la fin du IIe siècle avant J.-C., est restée en usage jusqu’au début du Ier siècle après J.-C., marquant la transition vers l'ère romaine. L'ensemble de cette histoire, de Nages I à Nages III, témoigne de la vitalité et de la capacité d'organisation des communautés gauloises, avec des échanges fructueux avec d'autres cultures, notamment celles de la Crète, qui durèrent probablement plusieurs siècles. Ces périodes illustrent le grand rayonnement de cette communauté humaine dans la région.
La Fontaine du Ranquet et les Infrastructures Hydrauliques Romaines : Au Cœur de la Vie Quotidienne
La pérennité de l'occupation humaine à Nages est indissociable de la présence de ressources naturelles essentielles, parmi lesquelles l'eau tient une place prépondérante. La Fontaine du Ranquet, source permanente, a joué un rôle crucial dans le développement des différents habitats de la région.
À la période gauloise, du IVe au Ier siècle avant J.-C., cette source a été le principal lieu d’approvisionnement en eau pour les habitants de l’oppidum de Roque de Viou à Saint Dionisy, puis par la suite pour ceux de l'oppidum de Nages. Les découvertes archéologiques confirment cette utilisation ancienne, notamment par un linteau préromain figurant des têtes coupées, une symbolique guerrière fréquente chez les Gaulois, retrouvé en contrebas de la source. Ce linteau est aujourd'hui exposé au musée de la Romanité à Nîmes, attestant de l'importance historique et culturelle du site.
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C'est à la période romaine, durant les Ier et IIe siècles de notre ère, que l’oppidum gaulois est progressivement abandonné. Parallèlement à ce déclin du site perché, une agglomération dense, s'étendant sur 10 à 12 hectares, se développe au pied de la source. Les mœurs ayant changé avec la romanisation, l’eau ne sert plus seulement à étancher la soif des hommes et des animaux, mais également à répondre aux besoins croissants du confort urbain. C’est à cette période que l'on peut vraisemblablement rattacher la construction d’un bâtiment quadrangulaire à double voûte, conçu pour protéger la source et gérer son débit. L'eau de la fontaine était alors recueillie dans un bassin quadrangulaire dont on peut encore aujourd'hui observer les fondations en façade et sur les côtés. Du bâtiment originel, il ne reste malheureusement que le noyau central en mortier de tuileau, les pierres de parement ayant été récupérées au fil du temps pour d'autres constructions.
À partir de ce point de captage, les eaux étaient acheminées par un canal souterrain vers deux citernes, où l'eau était stockée avant d’être distribuée dans le vicus, la bourgade romaine qui s'était établie à cet emplacement. Ce système sophistiqué de gestion de l'eau illustre l'ingéniosité des ingénieurs romains et leur capacité à organiser la vie urbaine.
À la période moderne, la mémoire de ces infrastructures anciennes perdure. Dans les cadastres de Nages datant de 1548, cet ensemble est désigné sous le nom de « bains antiques ». Son appellation actuelle de « fontaine romaine du Ranquet » apparaît pour la première fois en 1659, et se retrouve ainsi sur le cadastre napoléonien de 1835. C'est de cette fontaine que la rue y menant tire aujourd'hui son nom, la Rue de la Fontaine Romaine. Cette rue, qui monte sur le côté est de l'Oppidum de Nages, abrite cet ancien espace de fontaine, conférant au lieu une atmosphère intemporelle où l'on peut encore percevoir l'écho de civilisations passées. La fontaine elle-même est dite "romaine" et est réputée pour être très fraîche, même en plein été, offrant un point d'eau apprécié par les habitants et les visiteurs.
Les Citernes "Romaines" : Témoins d'une Maîtrise Hydraulique Avancée
En face de la source de la Fontaine du Ranquet, à environ 15 mètres de l’autre côté de la rue de la Fontaine romaine, se dressent les vestiges imposants de deux citernes jumelles. Ces structures, construites selon les techniques romaines, témoignent d'une ingénierie hydraulique avancée. Chacune de ces citernes mesurait une longueur impressionnante de 24,30 mètres et une largeur de 4,60 mètres.
Malheureusement, le temps et les éléments ont laissé leur marque sur ces ouvrages. La citerne qui longe la rue est aujourd'hui partiellement obstruée en raison de l’effondrement de sa voûte. Quant à la seconde citerne, elle est désormais entièrement comblée, masquant ainsi une grande partie de sa structure originelle. Cependant, la profondeur supposée de ces citernes, estimée entre 6 et 8 mètres, donne une idée de leur capacité de stockage considérable.
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Ces citernes n'étaient pas de simples réservoirs ; elles faisaient partie intégrante d'un réseau de distribution d'eau complexe. Anne de Rulman, en 1626, fait allusion à la présence de plus d’une tonne de plomb à cet endroit, un indice fort qui suggère une distribution de l’eau vers les habitations par des tuyaux de plomb, un système couramment utilisé et maîtrisé par les Romains. Plus tard, en 1842, A. Pelet, un observateur attentif, remarque que « plusieurs aqueducs, dans des directions différentes, partent de cette piscine qui recevait elle-même ces eaux de l’abondante source ». Ces observations historiques et archéologiques confirment l'existence d'un système d'adduction et de distribution d'eau élaboré, essentiel au fonctionnement de l'agglomération romaine qui s'est développée au pied de l'oppidum. Ces infrastructures sont un exemple éloquent de la période dite "Romain de Nages", où les savoir-faire romains ont profondément transformé l'organisation du territoire.
Des Premiers Habitats à l'Émergence de Saint-Dionisy
Bien avant l'apogée de l'oppidum de Nages et le développement de l'agglomération romaine, la région a vu l'émergence d'autres formes d'habitats. Le premier habitat de la région serait l'oppidum de Roque de Viou, connu également sous les noms de Veo, Veia ou Viou. Cet ancien groupement de cabanes, qui fut alimenté par la Fontaine du Ranquet, fut cependant occupé moins d’un siècle avant d'être complètement déserté durant près de 200 ans. Son site serait situé sur les hauteurs de Saint Dionisy.
Le développement ultérieur du village de Nages s'est opéré autour de la fontaine, puis plus tard autour de l'église. En 945, on trouve la première mention d'une "ecclesia de S. Dionysio", attestant de la présence d'un lieu de culte dédié à Saint Dionisy. Cette église, qui fut plusieurs fois reconstruite et agrandie, notamment au XIIe siècle, devint un prieuré dépendant du chapitre de la cathédrale de Nîmes.
L'histoire de Saint Dionisy est intimement liée aux vicissitudes des guerres de religion qui ont secoué la France. Ces conflits ont eu des conséquences dramatiques, notamment la fin du culte dans la région, accompagnée de nombreuses disettes et de troubles qui ont décimé la population. La révocation de l'Édit de Nantes en 1685 marqua un tournant majeur, entraînant la fermeture du temple protestant. Le culte fut alors interdit, mais continuait en secret, dans la clandestinité, jusqu'à l'Édit de tolérance de 1787 qui permit la réouverture du temple. À cette époque, le village était presque totalement protestant, reflétant la forte implantation du protestantisme dans cette partie du Gard. Le clocher du village, tel qu'il existe aujourd'hui, s'élève du VIIe siècle avant J-C, et domine la plaine de la Vaunage, sa base étant creusée dans le rocher calcaire.