La figure de Steve Jobs, né le 24 février 1955 à San Francisco et mort le 5 octobre 2011 à Palo Alto, demeure indissociable de l'évolution technologique contemporaine. Entrepreneur et inventeur américain, souvent qualifié de visionnaire, il fut une figure majeure de l'électronique grand public, notamment pionnier de l'avènement de l'ordinateur personnel, du baladeur numérique, du smartphone et de la tablette tactile. Cofondateur, directeur général et président du conseil d'administration de l'entreprise multinationale américaine Apple Inc, il dirigea aussi les studios Pixar et devint membre du conseil d'administration de Disney lors du rachat en 2006 de Pixar par Disney. Pour comprendre l'héritage de cet homme, il faut explorer la signification particulière qu'il accordait au concept de "folie", un moteur intellectuel qu'il a cultivé tout au long de sa carrière.
La genèse d'une vision hors normes
Steve Jobs, Steve Wozniak et Ronald Wayne créèrent Apple le 1er avril 1976 à Cupertino. Cette naissance marque le début d'une aventure où l'audace fut le premier moteur. Au début des années 1980, Steve Jobs saisit le potentiel commercial des travaux du Xerox Parc sur le couple interface graphique / souris, ce qui conduit à la conception du Lisa, puis du Macintosh en 1984, les premiers ordinateurs grand public à profiter de ces innovations. Dans cette trajectoire, le mot FOLIE est utilisé avec une connotation méliorative. Celui qui est considéré comme fou est celui qui refuse les conventions, les situations bloquées (comme le statu quo), qui va de l'avant, qui construit son avenir grâce à sa créativité et à son esprit d'innovation.
Steve Jobs, pionnier des technologies modernes, aimait que ses rêves deviennent réalité. Cette citation montre que la folie n'est pas qu'un repoussoir, mais que par son originalité et le fait qu'elle conduise l'homme qui la vit en dehors des sentiers battus, elle lui permet d'inventer sa vie. À travers des produits comme l'Apple II, le Macintosh, la génération d’iMac, le Mac Pro, l’iPod shuffle, l’iPod nano, l’iPod classic, l’iPod touch, l’iPhone, ou encore l’iPad, Jobs a généré des milliards de bénéfices, tout en défendant une pensée unique et singulière qui dénotait radicalement avec le paysage industriel de l'époque.
Les fondements de la pensée créative
La pensée de Jobs ne se résumait pas à une simple accumulation de technologies. Il déclarait souvent : « C’est dommage que développer de grands produits n’est pas aussi facile qu’émettre un chèque. » Pour lui, la création exigeait une discipline rigoureuse : « C’était l’un de mes leitmotivs favoris : concentration et simplicité. Le simple est plus difficile à obtenir que le complexe : il faut travailler dur pour nettoyer votre pensée afin de le rendre simple. » Cette exigence de simplicité est intimement liée à sa définition de l'innovation. Contrairement aux idées reçues, « l’innovation n’a rien à avoir avec le montant que vous dépensez dans la R&D ». Pour lui, « la créativité consiste à relier les choses ».
Il rejetait les méthodes conventionnelles de gestion : « Il est vraiment difficile de concevoir des produits en se basant sur les focus groups. » Cette défiance envers les consensus est le cœur même de sa "folie". Il préférait s'inspirer de modèles artistiques : « Mes modèles en affaires ce sont les Beatles. Ils sont quatre gars qui compensent les défauts des uns et des autres. » Cette recherche d'excellence esthétique le rendait parfois sévère, comme lorsqu'il critiquait ses concurrents : « Le seul problème avec Microsoft, c’est qu’ils n’ont aucun goût. Ils n’ont absolument aucun goût. Je ne dis pas un peu, mais vraiment aucun goût. »
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Le courage de suivre son intuition
Le concept de folie est aussi lié au risque personnel. « J’avais 17 ans, j’ai lu une citation qui ressemblait à ce qui suit : Si vous vivez chaque jour comme si c’était le dernier, vous finirez par avoir raison un jour. » C’est ce rappel constant de la finitude qui orientait ses décisions. « Me rappeler que je vais mourir bientôt est l’outil le plus important que j’ai eu à ma disposition pour faire les choix les plus importants de ma vie. Parce qu’en effet, presque tout le reste - toutes les attentes des autres à votre égard, votre fierté, votre peur pour la honte et l’échec - tout ceci s’écroule devant la mort, laissant place aux seules choses qui valent la peine. »
Cette approche l'a poussé à des décisions radicales très tôt : « Je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire de ma vie ni comment l’école allait m’y aider. J’y dépensais les économies que mes parents avaient mis toute leur vie à rassembler. Alors j’ai décidé d’arrêter (après seulement six mois). C’était fou de prendre une pareille décision en ce temps-là. » La "folie" est ici synonyme de liberté vis-à-vis du dogme : « Votre vie est limitée, alors ne passez pas votre temps à vivre la vie d’une autre personne. Ne tombez pas dans le piège du dogme qui consiste à vivre suivant le résultat de la pensée des autres. Et pardessus tout, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. »
La distinction entre le mythe et la réalité
La figure de Steve Jobs a généré de nombreux mythes, souvent amplifiés par internet après sa disparition. Le 5 octobre 2011, Steve Jobs s’éteignait à 56 ans des suites d’un cancer dans sa maison à Palo Alto, en Californie. Suite à son décès, un post viral prétendant reproduire ses derniers mots a circulé massivement, partageant une philosophie de vie très codifiée. Ce post a été partagé plus de 95.000 fois et est accompagné de deux photos du PDG, visiblement affaibli par la maladie. On y prêtait à Jobs des leçons sur les "six meilleurs docteurs au monde" (la lumière du soleil, le repos, l’exercice physique, l’alimentation, la confiance en soi, les amis).
Cependant, il faut exercer un esprit critique face à ces contenus. On imagine difficilement Steve Jobs prononcer cette bien peu originale leçon de vie aux derniers moments de sa vie. La réalité est bien plus sobre et humaine. Selon sa sœur, les derniers mots de l’informaticien ont simplement été « oh wow, oh wow, oh wow ». « Les derniers mots de Steve, des heures plus tôt, ont été des monosyllabes, répétés trois fois, a confié Mona Simpsons lors d’une cérémonie en mémoire du PDG d’Apple. Avant d’embarquer, il avait regardé sa sœur Patty, puis pendant un long moment ses enfants, puis la partenaire de sa vie, Laurene, et ensuite au-dessus de leurs épaules, derrière eux. »
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