La pratique de la voile est une question de vocabulaire, d’anticipation et de réglage. Il est donc important de comprendre et de se faire comprendre, à bord d’un voilier. Parmi les nombreuses manœuvres et expressions techniques qui jalonnent l'apprentissage de la navigation, les notions de "border" et "choquer" la grand-voile ou le génois sont fondamentales. Ces deux expressions sur un voilier font partie des premières que vous allez devoir apprendre lorsque vous êtes équipier. Ce sont aussi les deux manœuvres qui sont effectuées par les embraques, sur les voiliers de régate, poste qui est généralement le premier quand on commence comme équipier. Pour maîtriser un voilier, il est crucial de comprendre non seulement la signification de ces termes, mais aussi leurs implications techniques et l'art de les appliquer avec précision afin d’optimiser la performance du bateau en toutes circonstances.
Les Fondamentaux du Réglage des Voiles
Sur nos voiliers, de façon générale, nous disposons d’une grand-voile et d’une voile d’avant (Génois, foc, tourmentin, etc.). Ces explications se basent ici sur un voilier gréé en sloop, la configuration la plus courante. Le réglage des voiles se fait en fonction du cap que vous prenez, donc de la direction du vent par rapport au bateau, ainsi que de la force du vent. Pour régler les voiles, nous allons utiliser des écoutes. Ces écoutes sont les manœuvres qui vont permettre, pour faire simple, de gonfler ou raidir les voiles. L’objectif est d’optimiser le flux de vent dans les voiles. Un bon réglage est celui qui permet de visualiser l'écoulement du vent sur la voile et de s'assurer que le vent dévie pour créer de la portance. Ce n'est pas une "poussée", c'est une « aspiration » qui propulse le bateau en avant quand l’écoulement est correct.
Border la Voile: Gagner en Tension et en Cap
La première manœuvre que vous allez faire quand vous avez hissé la grand-voile ou déroulé le génois, est de border la voile. Pour border la voile, vous allez tirer sur l’écoute sous le vent. Pour parler marin, vous allez reprendre de la tension d’écoute. Typiquement, lorsque vous remontez vers le vent, vous allez faire du près. Le verbe "border" signifie donc mettre une voile sous tension pour la tendre et la rapprocher de l'axe longitudinal du bateau. Lorsque la voile est bordée, le bateau avance, et l'objectif est d'atteindre le meilleur compromis cap-vitesse. Une voile bordée est une voile « pris », une voile « bordé ». Quand la voile est bordée à la limite du fasseyement, nous avons un réglage correct. Cela signifie que la voile est tendue au maximum sans que son bord d'attaque ne faseye, c'est-à-dire sans que le vent ne passe alternativement d'un côté à l'autre. Le creux recule, on peut naviguer plus près du vent, on le rend plus puissant. Cette action est essentielle pour les allures de près et de bon plein, où l'on cherche à remonter le plus possible au vent.
Choquer la Voile: Libérer la Puissance et Adapter l'Allure
Maintenant, que votre voile est bordée, vous faites votre cap. Mais voilà, vous décidez d’abattre et de vous écarter du lit du vent, c’est-à-dire de la direction du vent. Vous allez donc changer d’allure et vous mettre vent de travers. Mais pour optimiser votre vitesse, vous allez devoir ouvrir vos voiles, pour leur donner plus de puissance. Pour cela, vous allez donner du mou à l’écoute de la voile pour la laisser filer un peu. « Choquer » signifie donc pour tout autre bout à bord « relâcher », « donner du mou ». Il est crucial de noter que choquer ne signifie pas larguer. Larguer, c’est tout lâcher, tandis que choquer, c’est donner du mou progressivement et de manière contrôlée. Si la voile dévie beaucoup trop le vent, elle fait barrage au vent, créant des tourbillons derrière la voile. Dans ce cas, il faut choquer largement. Cela ouvre la voile et réduit la traînée excessive, permettant au vent de mieux s'écouler. L'action de choquer est fondamentale sur les allures plus ouvertes, du vent de travers jusqu'au vent arrière, où l'on cherche à maximiser la surface projetée de la voile pour capter un maximum de vent.
L'Impact du Vent Apparent et la Vitesse du Bateau
Le réglage des voiles est intrinsèquement lié au concept de vent apparent. Le vent apparent est la combinaison du vent réel (celui que l'on ressent à l'arrêt) et du vent créé par le mouvement du bateau. Un même réglage de voile peut être complètement différent selon la vitesse du bateau. Par exemple, à 5 nœuds, le catamaran de course, naviguant à 30 nœuds, n'a pas les mêmes besoins. Pour un voilier naviguant à petite vitesse, les ajustements seront différents que pour un bateau qui peut aller plus vite. Plus le bateau va vite, plus le vent apparent se renforce et se décale vers l'avant. Les angles de vent apparent par rapport à l'axe du bateau peuvent varier considérablement. À grande vitesse, le vent réel vient plus de l'arrière, mais le vent apparent est ainsi moins fort et plus latéral, poussant le navigateur à border les voiles beaucoup plus qu'avec un bateau plus lent. De ce fait, les angles de vent correspondants n'ont donc pas beaucoup de sens pour la détermination des réglages, car ils ne sont pas des valeurs absolues mais dynamiques. Il est donc essentiel de connaître le concept de vent apparent, mais aussi connaître leurs limites dans les réglages absolus. L'orientation des voiles est trop défavorable si elles ne sont pas ajustées en fonction de cette réalité. Le vent apparent est la seule force propulsive puissante déviant juste le vent.
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Réglage Avancé de la Grand-Voile
La grand-voile est la principale source de puissance d'un voilier. Son réglage est complexe et implique plusieurs éléments :
La Tension de Drisse de Grand-Voile
La tension de drisse de grand-voile est cruciale pour le profil de la voile. Si des plis verticaux apparaissent au guindant, cela indique un manque de tension. Un réglage correct implique une tension suffisante de la drisse. La tension de drisse permet d'affiner le bord d'attaque et de faire reculer le creux de la voile. Plus la drisse est tendue, plus le creux recule, ce qui permet de naviguer plus près du vent et de rendre la voile plus puissante. Par vent faible à médium, une tension de drisse modérée est souvent préférée pour conserver un profil profond et puissant.
L'Écoute de Grand-Voile et le Chariot d'Écoute
Le réglage de l'écoute est le réglage de l'angle entre le vent apparent et le tissu de la voile. Il est un élément central de l'ajustement de la grand-voile. L'écoute permet de contrôler la tension sur la chute de la voile et, en conjonction avec le chariot d'écoute de grand-voile, de gérer le vrillage. Le vrillage est un réglage très important, car il permet aux différents niveaux de la voile de travailler efficacement avec les variations de direction du vent apparent en hauteur. Lorsque le creux de la voile est reculé, à environ 50%, c'est à cette position que la voile donnera le plus de puissance. Une écoute trop bordée peut provoquer une surpuissance ou rendre la voile trop vrillée, surtout par vent fort. À l'inverse, une écoute trop choquée peut faire décoller le haut de la voile et la rendre moins efficace.
Le chariot d'écoute de grand-voile, souvent placé sur un rail perpendiculaire à l'axe du bateau, permet d'ajuster le point de tire de l'écoute. En le déplaçant au vent ou sous le vent, on modifie l'angle d'attaque de la voile et son vrillage. Pour le près, on cherche à avoir une chute relativement fermée afin de chercher à faire du cap. Le déplacement du chariot vers le centre du bateau (au vent) ferme la chute de la voile, augmente sa puissance et réduit le vrillage. Si le pennon du haut décroche, on avance le chariot. Si la voile paraît creux, et la chute fermée, on recule le chariot. Par vent fort, on peut le déplacer sous le vent pour ouvrir la chute, dévriller la voile et évacuer l'excès de puissance. Le couple écoute/chariot de grand-voile est une interaction constante pour trouver le meilleur compromis cap-vitesse.
Le Hâle-Bas de Grand-Voile
Le hâle-bas empêche la bôme de trop monter, stabilisant ainsi le profil de la voile. C'est un contrôle crucial du vrillage. Le hâle-bas soulage le travail de l'écoute de grand-voile, en exerçant une tension verticale sur la bôme. Il permet de bloquer ou de laisser plus ou moins monter la bôme. Une tension excessive du hâle-bas peut provoquer de la "traînée" et aplatir la voile de manière contre-productive sur certaines allures. Néanmoins, son rôle est primordial pour maintenir un profil stable, en particulier lorsque le bateau subit des surventes. Il est utile pour contrôler la chute et éviter qu'elle ne s'ouvre trop, surtout sur les allures portantes où l'écoute est choquée et ne peut pas exercer seule une tension suffisante vers le bas.
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Le Pataras
Le pataras est une manœuvre qui agit sur l'étai, et par extension sur le profil de la voile d'avant. Plus il est raidi, plus il tend l'étai, ce qui affine le bord d'attaque de la voile d'avant et recule son creux, la rendant plus performante au près. Cependant, la tension du pataras a aussi un effet secondaire sur la grand-voile : elle cintre le mât, ce qui a pour effet d'aplatir la grand-voile et d'ouvrir sa chute. C'est l'effet que produit une tension du pataras. Par conséquent, on peut gérer les surventes au pataras en le tendant pour décharger la grand-voile et l'adapter aux conditions de vent. Si le pataras est détendu, l'étai est mou, courbé sous le vent, et la voile d'avant est plus creuse.
Réglage Avancé du Génois (Voile d'Avant)
Le génois, ou foc, est la voile d'avant du voilier. Son réglage est tout aussi important que celui de la grand-voile.
Le Point de Tire du Génois
Le point de tire du génois, souvent ajusté via un chariot sur un rail latéral, détermine le profil de la voile d'avant. Il est essentiel pour optimiser le vrillage de cette voile. Si le point de tire est très avancé, le bas de la voile devient très creux. Cette configuration est souvent utilisée par vent faible pour maximiser la puissance dans la partie basse de la voile. Avancer le point de tire affine le bord d'attaque et fait reculer le creux. Cependant, cela peut aussi fermer excessivement la chute de la voile, piégeant le vent et créant de la traînée. Reculer le point de tire, en revanche, ouvre la chute du génois et aplatit son profil, ce qui est préférable par vent fort pour décharger la voile et améliorer le vrillage. L'objectif est de faire travailler les trois étages de pennons en même temps, assurant un écoulement laminaire sur toute la hauteur de la voile. On peut plaquer le point d'écoute de la voile d'avant contre le hauban pour un maximum de cap au près.
La Tension de Drisse du Génois
Comme pour la grand-voile, la tension de drisse du génois influence le creux et la forme du bord d'attaque. Par vent faible, une faible tension de drisse est préférée pour laisser la voile plus creuse et plus puissante. À l'inverse, plus le vent est fort, plus il sera raidi, afin d'aplatir la voile et de reculer son creux, ce qui permet de mieux remonter au vent et de réduire la gîte. Le creux de la voile est reculé, à environ 50%, et c'est à cette position que la voile donnera le plus de puissance. Une tension appropriée contribue à stabiliser le creux et à le maintenir à la bonne position, même lorsque le vent se renforce.
Réglage du Spi (Voile de Portance)
Le spi est une voile de portance, conçue pour les allures portantes, du largue au vent arrière. Il travaille avec le vent apparent, qui doit être le plus possible à la même hauteur. Le spi ne doit jamais fasseyer; on doit toujours en garder un peu pour tenir le mât. L'objectif principal est de maintenir le spi gonflé et "portant" sans qu'il ne s'écroule.
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Le Tangon et le Barber Hauler
Le tangon permet de contrôler la hauteur du point d'écoute au vent et de l'éloigner du mât, ce qui optimise la surface projetée du spi. Le point d'écoute au vent est tenu par un barber qui permet d'optimiser le point d'écoute et de maîtriser le vrillage. La balancine et le hâle-bas doivent être libres pour permettre le réglage du tangon. L'objectif est d'avoir le point d'écoute le plus loin possible du mât, afin de maximiser la surface projetée et la puissance du spi.
Choquer et Border le Spi
Par vent soutenu, deux logiques s'affrontent. Soit on borde l'écoute pour brider le spi, soit on le choquer pour mieux laisser échapper le vent et éviter la surpuissance. Quand le bateau gîte ou est surpuissant, il est essentiel de choquer le spi pour le décharger et maintenir un bateau équilibré. L'écoute de spi et le barber hauler sont constamment ajustés pour que le spi « porte » toujours bien. Si le spi "s'écroule", c'est qu'il est trop choqué ou mal réglé. Lorsque le bateau gîte, le barreur perd le contrôle, et le bateau peut éventuellement se charger d'eau. La capacité à border et choquer rapidement l'écoute de spi est essentielle. Tout cela doit être effectué en quelques secondes.
Manœuvres du Spi
Les manœuvres de spi, comme le départ à l'abattée, exigent une coordination parfaite de l'équipage. Il faut rapidement débrasser (lâcher la sous-barbe), border l'écoute sous le vent, puis ajuster la grand-voile et le hâle-bas de grand-voile. Quand c'est parti, il faut baisser les têtes ! Ces opérations sont un test de la capacité de l'équipage à jouer avec le feu et à exploiter pleinement le potentiel du spi.
Optimisation des Réglages: Stratégie et Sensations
Au-delà des réglages techniques spécifiques à chaque voile, l'optimisation globale de la performance du voilier repose sur une combinaison de connaissance, de sensation et d'observation.
Utilisation des Pennons
Les pennons, petites bandelettes de tissu ou de laine fixées sur les voiles, sont des outils visuels inestimables pour visualiser l'écoulement du vent sur la voile. Ils permettent de juger instantanément de l'efficacité du réglage. Un écoulement laminaire des deux côtés du pennon indique un réglage optimal. Si le pennon au vent décroche, la voile est trop choquée ou l'angle d'attaque est insuffisant. Si le pennon sous le vent décroche, la voile est trop bordée. L'objectif est de faire travailler les 3 étages de pennons en même temps pour un vrillage idéal.
Le Facteur Humain et la Sensation
La sensation du barreur et de l'équipage est primordiale. Sentir le bateau, son comportement face à la mer et au vent, est un art qui s'acquiert avec l'expérience. Un bateau équilibré est un bateau qui remonte au vent avec un minimum de barre et de gîte, ce qui est un signe de réglages optimaux. La stabilité du bateau est aussi importante. Le vent en haute mer est rarement stable, il est turbulent. L'action du vent dans les voiles est donc faible.
Mesure de la Performance: VMG et Vitesse
Pour évaluer l'efficacité des réglages, on peut se poser plusieurs questions : "Ma vitesse a-t-elle augmenté ? Mon cap s'est-il amélioré ?" La fonction VMG (Velocity Made Good) du GPS est un excellent indicateur. Elle mesure la vitesse effective du bateau vers un point ou au vent, en prenant en compte la dérive et le courant. Le VMG permet de comparer mon cap avant et après le réglage. Une augmentation du VMG indique une amélioration des réglages. Le mieux… c'est d'avoir des concurrents pour se jauger directement !