Le comportement d'un cheval qui secoue ou hoche la tête de manière inhabituelle, parfois frénétiquement, est un signal d'alerte qui ne doit jamais être pris à la légère. Souvent connu sous le nom d'« encensement » ou de « Headshaking », ce phénomène n'est pas qu'une simple manie, mais une pathologie caractérisée principalement par des mouvements de tête parasites, parfois violents. Il peut être le signe d’une maladie sous-jacente grave affectant la santé et le bien-être de l’équidé. Ces mouvements sont le plus souvent verticaux mais peuvent être aussi horizontaux et circulaires. Des frottements de nez, des ébrouements, un jetage nasal, des éternuements et des bruits respiratoires à l’effort peuvent également être observés dans le syndrome d’encensement. Un cheval qui secoue la tête en montant est généralement un problème de communication avec une raison physique sous-jacente. Il est crucial de comprendre que secouer la tête est rarement aléatoire ; souvent, le cheval essaie de modifier la pression, d'échapper à une sensation ou de communiquer que la conversation sous la selle n'est pas confortable.
Déchiffrer les Signaux : Causes Profondes des Mouvements de Tête Anormaux
L'apparition de mouvements de tête anormaux, tels que le Headshaking, peut avoir des origines multiples, allant de l'inconfort physique aigu à des problèmes de bien-être plus généralisés. Explorer ces causes est essentiel pour un diagnostic et une intervention appropriés.
Inconfort Physique et Douleur : Les Manifestations Corporelles
La douleur ou l'inconfort physique est une cause prépondérante des mouvements de tête inhabituels chez le cheval. Ces manifestations peuvent être très variées et touchent différentes parties du corps.
Problèmes Buccaux et Dentaires : Un cheval qui secoue la tête dès que le contact est pris peut réagir à un inconfort buccal. Cela peut inclure l'irritation dentaire ou du mors, une mauvaise adaptation du mors, ou des problèmes dentaires non détectés. Un problème de dents, un mors ou une main trop dure peuvent être à l'origine d'une douleur qui pousse le cheval à adopter ce comportement.
Tensions Musculaires et Squelettiques : Certains chevaux protègent une raideur de la nuque ou du haut du cou en levant et en secouant la tête. La tension de la nuque et du cou peut entraîner une gêne importante. De même, un cheval protégeant sa ligne du dessus peut non seulement creuser le dos, mais il peut aussi utiliser sa tête et son encolure pour échapper à la pression dorsale qu'il ressent, causée par la pression de la selle ou des douleurs dorsales.
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Syndrome de Headshaking Idiopathique et Névralgie du Trijumeau : Lorsque le cheval se met à hocher la tête ou à la secouer frénétiquement sans aucune mouche à l’horizon, il souffre peut-être du syndrome de Headshaking. Ces symptômes doivent être pris très au sérieux car ils peuvent être le signe d’une maladie grave. Le Headshaking est une pathologie du cheval caractérisée principalement par des mouvements de tête parasites, parfois violents. Souvent, d’autres symptômes s’ajoutent aux mouvements de la tête, comme des écoulements nasaux, une dilatation des narines, ou de la toux chez le cheval. En outre, certains équidés se frottent la tête contre des objets tels que des piquets ou contre leurs propres antérieurs. Selon l’origine et la gravité du Headshaking, les chevaux ne secouent pas la tête à la même fréquence et avec la même force. Chez certains, l’encensement ne se manifeste que lorsqu’ils sont montés, chez d’autres il est persistant et les suit même jusqu’au pré.
Le syndrome de Headshaking chevalin peut être la conséquence de nombreuses maladies, qui ont souvent en commun de déclencher des douleurs au niveau de la tête de l’équidé, comme la névralgie du trijumeau chez les humains. Le nerf trijumeau est le cinquième nerf crânien, et ses trois branches transmettent les stimuli sensibles de la tête, comme la pression ou la chaleur. La névralgie du trijumeau, qui est une inflammation ou une lésion du nerf trijumeau, provoque de fortes douleurs qui apparaissent souvent sous forme de crises soudaines. Ces douleurs peuvent survenir plusieurs fois par jour et sont d’une intensité extrême, voire insoutenable. Malheureusement, malgré des examens approfondis, les vétérinaires ne trouvent pas toujours la cause. Il s’agit alors du Headshaking idiopathique, la forme la plus courante du syndrome, dont les causes restent encore aujourd’hui peu connues et visiblement très variées.
Autres Affections Cranio-Faciales : Plusieurs autres affections peuvent être impliquées dans le phénomène d'encensement. Une sinusite fongique, qui est une affection des sinus d’origine mycosique, peut en être la cause. La présence de néoformations, telles que des kystes, des sarcomes ou encore des fibrosarcomes dans les sinus, est également une possibilité. Les poches gutturales sont en lien avec des paires de nerfs crâniens, et une atteinte de ces dernières pourrait avoir comme conséquence un encensement chez le cheval. Une otite, avec la douleur qui y est associée, peut également provoquer l’encensement. Enfin, une fracture d’un ou plusieurs os de la boîte crânienne peut entraîner des signes neurologiques traduits par la présence d’un encensement, et l’origine nerveuse peut être consécutive au passage d’un virus ou de parasites neurotropes.
Fatigue et Faiblesse Générale : Certains chevaux commencent bien la séance, puis commencent à secouer la tête une fois qu'il devient physiquement plus difficile pour eux de se porter. Dans ce cas, la fatigue, la faiblesse de l'arrière-main ou une mauvaise stabilité peuvent faire partie du tableau clinique. Lorsque le secouement de tête s'accompagne d'une foulée plus courte, d'une hésitation ou d'une réticence à se plier, cela peut faire partie d'un problème de confort plus large. Le Headshaking peut également apparaître indépendamment de l’âge, de la race et du sexe, bien que les hongres semblent y être plus sujets. Le tempérament de l’animal peut influencer la sévérité de la pathologie. L’encensement augmente lors de l’exercice, en général au bout de 5 à 10 minutes suite à la mise au travail.
Facteurs Environnementaux et de Gestion : L'Influence du Milieu
L'environnement et les conditions de vie du cheval jouent un rôle crucial dans son bien-être et peuvent directement influencer l'apparition de comportements anormaux, y compris le Headshaking.
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Conditions de Vie Sous-Optimales : Naturellement, les chevaux consacrent en moyenne 15 heures par jour à la recherche et à la consommation de nourriture, et peuvent ainsi parcourir plus de 20 km chaque jour tout en interagissant avec d’autres congénères. Néanmoins, les conditions de vie offertes aux chevaux domestiques peuvent être en deçà des normes de bien-être et peuvent être à l’origine de mal-être. Une limitation du temps consacré à l’alimentation, une réduction des contacts sociaux et des déplacements, accroissent les risques de troubles physiologiques (ulcères gastriques, coliques, anomalies au niveau du tube digestif) mais aussi comportementaux. Les animaux souffrent entre autres du fait que l'on a restreint leur espace et qu'on les isole dans un box. L'isolement dans un box et l'absence de contact social peuvent conduire le cheval à développer un comportement agressif dit de stress dans le troupeau, ou à présenter d'autres signes de mal-être.
Sensibilité aux Stimuli Extérieurs : Les jours chauds et ensoleillés peuvent aggraver les symptômes du Headshaking. C’est pourquoi la plupart des chevaux souffrant de Headshaking se mettent à l’abri du soleil et du vent l’été. Il a été remarqué que sur des chevaux souffrant d’encensement, l’ensoleillement avait tendance à empirer le phénomène, d'où l'existence d'un headshaking photo-induit. Une saisonnalité a été mise en évidence avec une augmentation de chevaux présentant des symptômes vers le printemps et l'été. Une hypersensibilité pourrait être due à des allergènes présents dans l’air (du pollen, des spores) provoquant une inflammation des voies respiratoires hautes ou des voies oculaires.
Interaction avec le Cavalier : Une Communication Délicate
La qualité de l'interaction entre le cavalier et le cheval est fondamentale. Des incohérences dans la monte peuvent masquer ou exacerber des problèmes. Des mains incohérentes, des messages contradictoires entre la main et la jambe, ou des changements soudains de contact peuvent provoquer le secouement de tête même sans douleur majeure. L'intolérance à l’effort peut également être supposée comme cause de l’encensement, l’exercice étant un facteur de risque important. Ces mouvements de balanciers auraient alors pour fonction de libérer les voies respiratoires comprimées par la position de l’encolure imposée par le cavalier. Si un cheval a pris le "vice" de bouger la tête, il faut toujours se demander "pourquoi cette défense ?" car c'est généralement un souci de dents, un mors ou une main trop dure, des problèmes de dos, bref une douleur qui a été négligée, et le cheval a réagi en développant ce comportement. Au départ, c'est bien de notre faute si nous n'avons pas écouté le cheval qui nous disait qu'il avait un problème.
Le Mal-être Équin : Signaux Comportementaux et Stress
Le Headshaking n'est pas le seul indicateur de mal-être chez le cheval. Certains troubles comportementaux doivent vous alerter sur l’état de santé de votre cheval, offrant une vision plus large des défis que l'animal peut rencontrer.
Les Stéréotypies : Comportements Répétitifs Anormaux
Les tics ou stéréotypies sont des comportements répétitifs et indésirables chez les chevaux, souvent liés au stress, à l’ennui, au manque d’activité et de stimulation ou à d’autres problèmes sous-jacents. Ils peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé physique des chevaux, comme une usure excessive des dents et une perte de poids. La communauté scientifique s’accorde à dire que la présence de comportements stéréotypés est généralement associée à des conditions de vie peu favorables, voire sous-optimales en termes de bien-être, notamment une quantité journalière de fourrage trop faible, l'absence de contacts sociaux, une restriction des mouvements, ou un mode de sevrage brutal. Ces comportements nécessitent une attention particulière pour identifier et traiter la cause du stress ou de l’ennui chez votre cheval.
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Parmi ces stéréotypies, on retrouve le tic à l’appui, où le cheval fait grincer ses incisives contre un objet, généralement sur la porte de son box ou sur des piquets de clôtures en bois, causant des dommages considérables sur ses dents. Le tic à l’air, lui, se manifeste lorsque le cheval adopte la même posture d’encolure que pour le tic à l’appui et produit le même bruit, mais sans prendre appui sur un support. Le tic de l’automutilation est caractérisé par le fait que le cheval s’inflige des morsures sur les flancs, le ventre, les membres et d’autres parties du corps qu’il peut atteindre. La lignophagie se caractérise par l’ingestion de bois. Le fait de taper au box (stall-kicking) implique que le cheval tape de façon incessante sur la paroi de son box avec un antérieur ou un postérieur. Enfin, le tic de l’ours se manifeste par le cheval qui balance continuellement son encolure d’un côté à l’autre en transférant successivement le poids de son corps d’une jambe à l’autre, souvent avec la tête basse, le nez sous le niveau du genou, les yeux dans le vague et les oreilles détendues ; il le fait pour se détendre, le tic produisant des endomorphines apaisantes.
Il est important de distinguer le Headshaking des stéréotypies classiques. Une stéréotypie est un comportement invariable sans fonction apparente, révélant un mal-être. Certains comportements du Headshaking font notamment penser aux stéréotypies souvent retrouvées chez les chevaux, comme les hochements de tête. Cependant, dans la plupart des cas, une stéréotypie ne comprend qu'un seul mouvement inlassablement répété. Or, dans le cas du Headshaking, différents mouvements peuvent être répétés et il peut y avoir des signes cliniques non comportementaux tels que le jetage nasal, ce qui ne coïncide pas tout à fait avec une stéréotypie. De plus, ces signes cliniques sont plus ou moins exprimés pendant la journée, selon les saisons, ce qui contredit la répétition invariable de la stéréotypie. Enfin, alors que dans le cas d’une stéréotypie le comportement n’a aucune fonction, ici on peut supposer que l’encensement est réalisé dans le but de soulager une douleur faciale.
Comportements Répétitifs Anormaux et Signes de Frustration
D’autres comportements répétitifs et anormaux peuvent être des indicateurs de mal-être. Les morsures ou le léchage compulsif et répétitif d’un même objet dans son environnement ou d’une partie de son corps, ainsi qu’un frottement de dents sur la partie supérieure de la porte du box, des claquements de dents, des mouvements de mastication, de déglutition et d'extension de la langue ne doivent pas être négligés. Ces comportements ne sont pas anodins. En effet, le mâchouillement peut être associé à de la relaxation et être un signe de détente lors de soins ostéopathiques par exemple, mais dans d’autres contextes, il peut s’apparenter à du stress ou de l’inconfort.
Par ailleurs, le bâillement est généralement considéré comme un signe de relaxation, associé, par exemple, à des phases de pré-sommeil. Cependant, s’il se produit de manière très répétée, il peut être interprété comme un indicateur de mal-être lié à de la frustration. En parallèle, le Flehmen, qui est le relèvement de la tête avec recourbement de la lèvre supérieure pour faire rentrer de l’air et inhaler des odeurs, est une réaction normale lors de l'inhalation de fluides âcres et est fréquent chez les étalons pour détecter les phéromones des juments en chaleur. Toutefois, si ce comportement se produit en dehors de son contexte, il peut être un signe de douleur ou d’inconfort.
Les signes d’agacement, de frustration ou d’ennui incluent le fait de lancer de tête ou de tourner la tête ou de gratter le sol avec l’antérieur de manière rythmique. Ces signes peuvent survenir, par exemple, lorsque le cheval anticipe la distribution de nourriture. Les actions de mordre, de lécher ou de se frotter contre des objets tels que la paroi du box ou la mangeoire reflètent souvent la frustration causée par l’incapacité à trouver une posture confortable ou à soulager un inconfort prolongé.
Comportements Agressifs, Craintifs et l'Hypervigilance
Une augmentation de l’agressivité accrue envers les humains ou d’autres animaux (mordre, donner des coups de pied, charger de tout son poids) peut découler d’une situation de stress, d’inconfort importante, comme la douleur, l’incompréhension, la peur, le besoin de s’exprimer, de bouger, ou à la suite d’un choc post-traumatique par exemple. Le cheval est connu pour être un animal craintif ; en réalité, il est surtout extrêmement attentif à son environnement.
L’hypervigilance ou hyperréactivité à l’environnement et aux stimuli se manifeste par des postures d’alerte. Ces postures se caractérisent par l’élévation de l’encolure, la fixité des paupières et du regard, l’orientation et la fixité des oreilles en direction de la menace potentielle. Les naseaux peuvent se dilater et les pupilles peuvent s’agrandir, indiquant ainsi de l’inquiétude et de l’agitation. Les muscles du cheval peuvent également se tendre. Cette posture peut évoluer vers une posture d’alarme, qui se distingue par des paupières largement ouvertes et une encolure plus relevée.
À l'inverse, l’inactivité, l’insensibilité et le désintérêt envers divers stimuli et interactions témoignent d’un profond mal-être. Une sudation plus importante est également considérée comme un signe de stress. En situation de stress, le cheval aura le réflexe instinctif de prendre la fuite. C'est encore un indicateur de stress chronique lorsqu'il a la tête étendue, l'angle entre sa mâchoire et l'encolure est ouvert, l'encolure et le dos sont à la même hauteur, la tête est fixe, les oreilles sont en arrière, et le signe caractéristique est la fixité de son regard, un "regard tourné vers nulle part". Face à la présence d'un "nouvel objet" dans l'environnement, ces chevaux réagissent de façon disproportionnée. Le fait qu'on lui apporte des repas à rythme réguliers, au lieu de le laisser se nourrir à volonté, souvent associé à une alimentation riche en céréales et à un rythme de travail soutenu (entraînement, sorties, etc.) peut provoquer des ulcères gastriques. L'état général du cheval va alors se dégrader, il va maigrir, son poil se piquer, ses crottins vont devenir mous, ce qui nécessitera de vérifier le diagnostic par une gastroscopie et de faire attention ensuite à son alimentation.
Diagnostic et Stratégies de Traitement du Headshaking
Pour les vétérinaires, un cheval qui secoue beaucoup la tête est généralement une indication claire du syndrome de Headshaking. Cependant, le diagnostic précis de la cause sous-jacente est un processus complexe qui nécessite une approche méthodique et multidisciplinaire.
Démarche Diagnostique Approfondie
Le diagnostic du Headshaking dépend de l’anamnèse et de l’observation du cheval dans les conditions supposées comme favorisant l’encensement. Pour déterminer la cause du Headshaking chez votre cheval, le vétérinaire commence par poser des questions au propriétaire au sujet des conditions de vie, de l’alimentation et des antécédents médicaux de votre monture. Puis, il passe à l’examen général, afin d’évaluer l’état de santé de l’animal. Enfin, il procède à un examen neurologique pour vérifier, entre autres, le fonctionnement des nerfs crâniens.
Si les résultats et les informations recueillies ne sont pas concluants, d’autres examens sont envisagés. Les procédés d’imagerie, comme la radiographie par exemple, ou des analyses en laboratoire peuvent être nécessaires. L'examen clinique du cheval est ensuite réalisé, où l'on recherche des signes de douleurs au niveau de la tête, des écoulements nasaux (muqueux, sanguins), et l'on inspecte les yeux et les oreilles. On évalue ensuite si la présence d’insectes a une influence ou non, et on fait de même avec le harnachement. L’endoscopie est un examen qui permet d’aller visionner l’entrée des sinus, l’aspect des cavités nasales, les poches gutturales ainsi que la gorge. Des anesthésies locales, notamment des nerfs infra-orbitaires mais aussi du nerf nasal caudal, peuvent être réalisées pour aider à localiser la source de la douleur.
Étant donné la diversité des causes probables évoquées, il est assez évident que le diagnostic ne sera pas simple à poser. Les signes cliniques comportementaux du Headshaking conduisent le diagnostic vers une douleur d’une partie de la tête. De nombreuses maladies peuvent donc être impliquées dans ce phénomène. Cependant, dans la majorité des cas, aucune cause ne peut être mise en relation avec cette pathologie, on parlera alors d’encensement ou de Headshaking idiopathique.
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