La scène musicale française est riche de métissages, et le reggae, genre emblématique né sous le soleil jamaïcain, a su s'y forger une place de choix, souvent teinté d'influences locales et de messages engagés. Parmi les figures qui incarnent cette fusion unique, certains artistes ont tissé des liens profonds entre leur passion pour les sports de glisse, notamment le surf, et leur expression musicale, créant ainsi un courant distinctif : le surf reggae. Ces artistes apportent une fraîcheur et une authenticité à la musique, imprégnée des rythmes chaloupés du reggae et de l'esprit libre des surfeurs. L'histoire de Tom Frager, un chanteur dont le parcours est intrinsèquement lié à l'océan et à une conscience environnementale aiguisée, illustre parfaitement cette symbiose.
Des Racines Africaines aux Vagues des Antilles : Le Début du Parcours de Tom Frager
L'histoire de Tom Frager, figure emblématique du surf reggae français, débute loin des plages atlantiques qui le verront plus tard briller. Il est né au Sénégal, à Dakar en 1977, avant de passer son enfance et de grandir à Bamako au Mali. Cette immersion précoce dans un environnement où les ressources étaient précieuses et le travail de son père essentiel à la vie locale a profondément marqué le jeune Tom. Sa famille a traversé l’Atlantique pour atterrir en Guadeloupe alors qu'il avait 12 ans. Ce déménagement était lié à la carrière de son père, qui œuvrait dans les énergies renouvelables. Pionnier pour l’époque, il avait commencé par installer des pompes à eau dans des villages africains, avant de se diriger vers des sources d'énergie plus modernes comme le solaire et l’éolien. La nature de son métier a ainsi permis à la famille, dès le plus jeune âge, d’être sensibilisée au respect de l’environnement et à la préservation des ressources fondamentales comme l’eau et l’électricité. Cette conscience écologique deviendra un pilier de son engagement futur, aussi bien dans sa vie personnelle que dans son art.
Bien avant les embruns marins de la Guadeloupe, les premiers contacts de Tom Frager avec l'eau se sont faits en Afrique. C'est donc sur le fleuve Niger au Nord du Mali que le jeune Tom a commencé la planche à voile. À l'époque, il était encore petit, naviguant entre les jambes de son père au milieu des hippopotames, une expérience qu'il décrit comme « assez incroyable à vivre ». Le surf, tel qu'on le connaît, est apparu plus tard dans sa vie. Tous les étés, il revenait en France pour voir sa famille du côté d’Hossegor, et c’est là qu'il a réellement débuté le surf. Il se souvient d’avoir regardé les Championnats du Monde sur la plage, voyant les pros et rêvant, un jour, de faire la même chose qu’eux. C’est en Guadeloupe, où il est arrivé vers l’âge de 12 ans, qu'il s'est mis au surf à bloc, avec une détermination sans faille. Il a rapidement obtenu de bons résultats, ce qui lui a permis à 15 ans d’intégrer l’équipe de France et de participer aux championnats d’Europe et du Monde. À travers les stages et les compétitions professionnelles, il a eu la chance de découvrir des spots partout dans le monde, affûtant son talent sur les vagues les plus exigeantes de la planète.
Des Planches de Surf aux Microphones : La Révélation Musicale
Après une décennie passée à déferler sur les vagues du monde entier, un autre art allait captiver Tom Frager : la musique. En parallèle de sa carrière de surfeur, il a poursuivi ses études avec une licence de sport à la faculté, se prédestinant à entraîner le haut niveau dans le milieu du surf. Cependant, la vie en a décidé autrement. À 22 ans, une blessure à la cheville l'a contraint à rentrer à Bordeaux pour se soigner. Pendant sa convalescence, immobilisé et incapable de surfer, il s’est réfugié dans la musique. Cette année « OFF » fut une période de découverte intense. Il s’est inscrit dans une école de musique à Bordeaux et a rapidement eu le coup de foudre pour cet art, réalisant que c’est ce qu'il voulait faire pour vivre.
C’est à ce moment-là qu'il a rencontré les musiciens qui sont devenus les membres du groupe Gwayav’, qu'il a fondé en 2003. Au départ, Tom était « vraiment pudique avec la musique », jouant dans son coin, sans aucune prétention. Mais petit à petit, grâce à ses amis musiciens du groupe, qui lui ont donné confiance en lui, il a appris le live, le studio, et l’écriture. Ils ont commencé à faire leurs premiers concerts, à enregistrer leurs premiers morceaux et même à sortir leur premier album. Grâce à sa proximité avec le milieu du surf professionnel, le groupe a pu se produire lors de plusieurs concerts pendant les grosses compétitions de surf, un peu partout dans le monde. La communauté du surf a rapidement apprécié le côté reggae rock proposé par Gwayav’, ce qui a considérablement aidé le groupe à se faire connaître. Cette transition marque une évolution profonde dans la vie de l'artiste : « Avant je surfais en pro et je faisais de la musique pour le plaisir. Maintenant je fais de la musique de manière pro et je surfe pour le plaisir. »
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Cette transformation ne signifie pas un abandon total de sa première passion. Très souvent, les gens pensent qu'il a tout arrêté après sa blessure, mais ce n'est « pas du tout » le cas. Sa cheville a été soignée, il a pu retrouver son niveau de surf et a même participé à quelques compétitions, allant jusqu'à refaire une demi-finale au Portugal sur le circuit WQS. Cependant, c'est lui qui a décidé à un moment d’arrêter le haut niveau. Il avait « bouffé » du surf de compétition pendant plus de 10 ans et en avait « un peu assez ». La musique lui apportait alors quelque chose dont il avait davantage besoin à ce moment de sa vie, notamment la dimension collective. Il reste un surfeur à vie, ayant besoin des vagues. Mais il s’est rendu compte qu’il en avait plus besoin comme une chose ressourçante, comme un jardin secret qu’il partageait avec son frère et ses potes. La musique lui apporte une dimension plus large, de partages et d’échanges avec les musiciens et avec le public. Il a le sentiment d’être plus « utile » que sur sa planche de surf, jugeant cette voie moins personnelle. La musique lui permet de faire passer des messages, d’offrir un regard sur le monde et de défendre des valeurs liées à l’écologie, par exemple. Il avait le sentiment que c’était une mission plus grande que de surfer pour son plaisir personnel, c'est pourquoi il s'est dirigé vers la musique de manière professionnelle.
Une Passion du Surf Toujours Vive, Loin des Projecteurs de la Compétition
Aujourd'hui, Tom Frager n'a en rien abandonné le surf. Au contraire, il trouve toujours le temps de pratiquer cette passion. Habitant à Capbreton, à seulement 300 mètres des dunes, il lui est super facile d’aller surfer. Il se décrit comme un « fou de surf » et en a besoin quotidiennement, mais a inversé l’ordre des choses. Si autrefois il surfait en pro et faisait de la musique pour le plaisir, il fait désormais de la musique de manière professionnelle et surfe pour le plaisir. Il s’entraîne presque tous les jours, bien sûr quand les conditions le permettent. Cette passion et cette pratique régulière lui ont même permis de gagner le championnat de France Grand Master (catégorie 41 - 45 ans), preuve que son talent sur l'eau est resté intact.
Parmi ses souvenirs les plus marquants, il évoque la meilleure session de sa vie en termes de qualité de surf. La plus belle vague qu’il ait surfée s’appelle Macaroni, dans les îles Mentawai, au large de Sumatra. C’était en 2009, et il n’avait « jamais vu une vague aussi parfaite ». D’un point de vue plus affectif, il nourrit une tendresse particulière pour certains spots en Guadeloupe, où il a grandi et où il connaît « chaque centimètre du reef ». Il affectionne particulièrement une vague appelée le Plombier, qui se trouve à Anse-Bertrand. C’est dans ces tubes-là qu’il a fait ses armes, en faisant de ce spot, qu'il connaît par cœur, son véritable « home spot ». En dehors du surf, il pratique un peu de planche à voile et a essayé le wake, qu'il trouve « sympa », mais il n'est pas un grand fan des sports « motorisés », ce qui le pousse à ne presque jamais le pratiquer. Il adore également le tennis et le football.
Le Reggae comme Porte-Voix d'un Engagement Écologique Profond
L'engagement de Tom Frager pour l'écologie n'est pas récent ; il l'accompagne depuis son enfance, une sensibilité héritée du métier de son père. Il essaie, à son niveau, par la chanson, de dénoncer certaines choses. Dès 2003, dans son premier album avec Gwayav’, il avait écrit un titre intitulé « Prestige », du même nom que le bateau qui a provoqué une énorme marée noire, témoignant de cette conscience précoce des catastrophes environnementales.
Son dernier album, « Au large des villes », propose en trame de fond une prise de distance par rapport à notre mode de vie moderne, à la surconsommation, à l’utilisation du plastique et à la voiture individuelle. Ce message est plus que jamais présent dans ce qu'il défend, et comme les choses ne vont pas dans le bon sens, cela reste son cheval de bataille. Il constate avec regret la dégradation de ses spots préférés. « Oui complètement, je trouve que la qualité de l’eau s’est bien dégradée. C’est le cas ici dans le Sud Ouest. Mais le pire c’est en Indonésie, il y a des coins c’est hallucinant. T’es en Indonésie au milieu de nul part et tu te retrouves avec plein de canettes et de morceaux de plastique partout autour de toi. Bali c’est le pire, ça fait peur. »
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Pour les gestes du quotidien, il essaie surtout de faire attention à ce qu’il achète, moins souvent et moins de plastique. Et bien sûr, il pratique le tri sélectif depuis très très longtemps. Il est également impliqué auprès de l’association Surfrider Foundation, avec laquelle il pratique le principe du « 1 session = 1 déchet », simple et efficace : à la fin de chaque session, on remonte avec au moins un déchet. Convaincu que l’éducation est la base de la conscience, il fait le maximum pour que son fils soit élevé avec cette conscience écologique. Il souligne qu'aujourd’hui à l’école, son fils apprend des chansons sur l’écologie, ce qui n’était pas du tout le cas pour sa génération. Il nourrit l'espoir que dans 15-20 ans, les enfants d’aujourd’hui seront des adultes plus éco-responsables que nous, tout en espérant qu’il ne soit pas trop tard.
Dans l'album « Au large des villes », une chanson en particulier porte même le nom de l'album et dénonce cette dérive : c'est le titre « Au large des villes ». C’est un blues pop africain dont les paroles parlent des bateaux qui se vident, des billets qui décident des mouvements de l’histoire. Pour Tom Frager, « Tant que l’économie ne fera pas un pas en arrière pour laisser l’écologie faire un pas en avant, on n’y arrivera pas. » Il a l’impression qu’il y a une amnésie générale. Après toutes les catastrophes écologiques vécues - les Fukushima, les marées noires et les autres - rien ne change, on continue à surconsommer, comme si on oubliait à chaque fois. On n’en tire aucune leçon, ce qui est dommage. Il insiste sur la nécessité que chacun fasse des efforts à son niveau, mais estime que c’est surtout « là-haut qu’il faut que ça change », plaidant par exemple pour l’interdiction du plastique. Tom Frager rappelle qu’il reste profondément attaché au littoral, qu’il protège et soutient avec un engagement de plus de 17 ans auprès d’associations de protection de l’environnement, à qui il reverse une partie de ses bénéfices.
Nouveaux Horizons et Collaborations Musicales
Le nouvel album « Au large des villes » est tout juste sorti, et Tom Frager a de nombreux projets pour les prochains mois. Un grand concert est prévu le 9 août 2019 à Seignosse, au Tube, où il se produira avec 12 musiciens sur scène, une expérience qu'il n'a jamais vécue et qu'il anticipe avec enthousiasme. Trois clips sont également en préparation, suivis d'une tournée pour l'album qui inclura une date à Paris et plusieurs en Guadeloupe. Quand il part en tournée, sa planche de surf est toujours de la partie, elle le suit « presque partout ». Quand il se rend au Sénégal, c’est un peu plus compliqué, mais il a toujours des amis sur place qui lui prêtent du bon matos, confirmant son credo : « Jamais sans ma planche ». Lors de ses concerts, au Croisic, il dévoilera notamment son nouveau titre « Fais moi penser », un message d’amour dont le clip est déjà visible sur internet.
Tom Frager a également eu l'occasion de collaborer avec d'autres artistes partageant des valeurs similaires. Il a réalisé un duo dans son dernier album avec Mishka, un artiste qu'il adore. Mishka, qui a grandi aux Bermudes, est décrit comme « super root » et est devenu un « super pote ». Il aborde fréquemment des thèmes écologiques dans ses textes, s'inscrivant ainsi dans la même veine d'engagement que Tom Frager. Pour recommander une personne comme prochain « Green Rider », Tom Frager pense à Landon McNamara.
La Scène Française du Reggae : Un Écho de Diversité et d'Engagement
Le reggae, genre musical qui a émergé dans les années 60 en Jamaïque, est devenu la musique populaire prisée à l'échelle mondiale dans les années 70 grâce au chanteur reggae Bob Marley. Le genre musical voyage, se chante dans toutes les langues et a donné naissance à de nombreux sous-genres tels que le rockers, le rub-a-dub, le reggae-dub, le stepper, le skin-head reggae, ou encore le reggaeton. Il a même été inscrit au patrimoine culturel de l’humanité, attestant de son influence universelle.
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En France, le reggae a trouvé un terrain fertile et une identité propre, mêlant ses racines jamaïcaines à des influences hexagonales. Dès les années 70, le reggae prend une dimension internationale et s'exporte hors des Caraïbes. Serge Gainsbourg, bientôt suivi de Bernard Lavilliers, part enregistrer en Jamaïque, et popularise ses cadences chaloupées dans l’Hexagone. Le style trouve alors son public grâce à des artistes engagés comme Tonton David, Pierpoljack ou encore Massilia Sound System. Les années 90 marquent son avènement avec des groupes sillonnant les festivals et inondant les ondes radio, de Tryö à Sinsémilia en passant par Raggasonic. Les sonorités des années 1970 ont imprégné l'enfance de nombreux artistes, avec des influences multiples, des Beatles à Bob Marley ou de la variété française, façonnant un univers musical que certains qualifient aujourd'hui de world music.
Parmi les chanteurs français qui ont marqué et continuent de marquer la scène reggae, plusieurs figures se distinguent par leur parcours et leur style.