Le gréement dormant d'un voilier est un ensemble crucial d'éléments qui garantissent la stabilité et la sécurité du mât. Sur un voilier de 10 mètres, son intégrité est d'autant plus importante que les contraintes mécaniques sont significatives. Bien que le réglage du gréement dormant puisse sembler mystérieux ou délicat au premier abord, et qu'il soit souvent nécessaire - ou du moins recommandé - de s’adresser à un professionnel, cela ne doit certainement pas dissuader un propriétaire consciencieux de s’y intéresser de près, et de manière très régulière. Il y a tout à y gagner, notamment d'éviter un démâtage, et ce processus est loin d'être aussi compliqué qu'on l’imagine parfois. Cet article propose une exploration détaillée du remplacement du gréement dormant, en s'appuyant sur l'expérience de professionnels et de plaisanciers avertis.
Comprendre le Gréement Dormant et son Rôle Essentiel
Le gréement d’un voilier désigne l’ensemble des éléments, fixes ou mobiles, qui permettent de propulser et de manœuvrer le bateau grâce à ses voiles. Le gréement dormant, lui, regroupe tous les éléments fixes qui maintiennent le mât en position verticale et assurent sa stabilité. Il est composé principalement des haubans, de l’étai, du pataras, des bas-haubans et des galhaubans. Ces câbles, en acier ou en textile, sont soumis à des contraintes mécaniques permanentes et doivent résister aux efforts de traction, aux intempéries et à la corrosion. En contraste, le gréement courant est l’ensemble des cordages mobiles (drisses, écoutes, balancines, hale-bas, etc.) qui servent à hisser, affaler et régler les voiles. Cette distinction est importante car le gréement dormant, bien que fixe, s’use avec le temps et les efforts répétés.
Les câbles qui constituent le haubanage assurent le maintien du mât et son réglage. Tous ces câbles sont fixés à l'aide de terminaisons et ridoirs. L'inspection et le remplacement de ces composants sont fondamentaux pour la sécurité à bord. Personne n’a envie de prendre le mât sur la tête, alors bien sûr, pour éviter un tel incident potentiellement dangereux, contrôler régulièrement son gréement dormant est pour le moins judicieux.
Quand Faut-il Envisager le Remplacement du Gréement Dormant ?
La question de la durée de vie d’un gréement de voilier revient souvent et fait souvent débat, que ce soit au bistrot du port ou sur les pontons. Pour certains, il faut le changer très régulièrement, pour d’autres, ils naviguent avec des gréements de plus de 30 ans. Chacun y va de son anecdote ou de son histoire justifiant tel ou tel avis. Mais, mis à part nos opinions, qu’en est-il réellement ?
Les professionnels s’accordent sur une durée de vie moyenne de 10 ans pour un gréement dormant en acier inoxydable, selon l’intensité d’utilisation, l’exposition aux éléments (sel, UV, humidité) et la qualité de l’entretien. Un gréement vieux ou abîmé présente des risques de rupture en mer, ce qui peut entraîner la perte du mât. Le remplacement d’un gréement dormant est recommandé tous les 10 ans selon l’usage du bateau et son exposition aux éléments. En principe, les fabricants préconisent un remplacement de tout le gréement dormant au bout d’une dizaine d’années, ou 15 ans pour un bateau qui navigue moins.
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Yann Dubé, de Prépa Nautic à La Rochelle, souligne l'importance du contrôle des tensions : « On peut déjà commencer par contrôler les tensions, parce que si ça n’a pas été fait depuis 10 ans, ça chute beaucoup, du fait que le câble s’allonge, et on peut se retrouver avec 1/3 de la charge préconisée, avec un risque de démâtage à la clé. » Il est vrai que lorsque l'on inspecte son mât et que l'on voit qu’il n’y a pas de défauts sur les câbles, on se dit qu’il n’y a pas de problème. Sauf qu’un câble, c’est quand même un peu élastique, et en dynamique, quand on navigue notamment avec de la mer, le câble absorbe des chocs. Et au bout d’un moment cette élasticité, elle n’existe plus. L’effort va alors se concentrer sur les sertissages, qui sont les points faibles, puisque c’est là que le câble a été écrasé.
De plus, un gréement trop ancien peut ne plus être couvert par les assurances en cas de dommages. Les assurances nautiques recommandent souvent un remplacement systématique après 10 ans, même si l’état visuel semble correct. Passé ce délai, la plupart des assurances nautiques refusent de couvrir les dommages causés à votre voilier ou à des tiers en cas de casse. Imaginer perdre votre mât en pleine croisière, avec des amis ou de la famille à bord, est une situation à haut risque que personne ne souhaite vivre. Un gréement usé ou mal entretenu peut en effet entraîner des risques importants, qui coûteront encore plus cher que le changement de gréement : chute du mât, déchirure des voiles, voire accident en mer.
Il est vital d'anticiper à l'avance les échéances de remplacement des pièces d'usure. N'hésitez pas à en parler avec votre assureur pour connaître les implications de l'âge de votre gréement.
Inspection Préliminaire et Préparation
Avant toute intervention, il est primordial de procéder à une inspection visuelle complète. En sortie d'hivernage, une inspection de chaque pièce s'impose. Profitez de l’hivernage pour inspecter minutieusement chaque élément du gréement dormant, du pied de mât jusqu’en tête de mât. Il faut vérifier l'ensemble du gréement et inspecter les câbles autant que possible.
Les points clés de l'inspection incluent :
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- Vérification des tensions : Comme le souligne Yann Dubé, une tension insuffisante peut être un signe d'allongement des câbles et de risque accru.
- Examen des câbles : Des torons cassés sont un signe évident qu'il faut changer le câble. Cependant, l'absence de défauts visibles ne garantit pas la bonne santé du câble, car la perte d'élasticité est un facteur invisible mais critique.
- Inspection des sertissages : Ce sont des points faibles où l'effort se concentre.
- Ridoirs et terminaisons : Vérifiez l'état de toutes les chapes et les embouts à sertir ou à sertissage manuel, ainsi que les filetages de ridoirs. Assurez-vous que les réas tournent tous librement.
Votre mât est vérifié, ainsi que votre tangon, la bôme et le bout-de-hors le cas échéant. Il est essentiel de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris les mesures exactes des ridoirs d'axe à axe ouverts et fermés, et de noter les réglages sur les filetages de ridoirs avant de commencer à les dévisser. Nous recommandons de prendre quelques photos pour documenter l'état initial.
Pour un gréement livre clé en main, comme mentionné par pepere, c'est un bon prix si la pose est incluse.
Types de Gréement Dormant et Leurs Caractéristiques
Le choix du type de gréement dormant influence sa résistance, son poids et son coût. Il faut passer en revue les différents types de gréement, puisque la manière de procéder au réglage en dépend assez étroitement.
- Monotoron : Câble standard, économique et fiable, constitué d’un toron central entouré de 19 fils. Il est largement utilisé pour sa robustesse et son coût abordable.
- Dyform : Plus résistant et moins sujet à l’allongement que le monotoron, il est idéal pour les voiliers performants. Sa conception le rend plus rigide et moins élastique.
- Rod : Barre d’inox ronde ou profilée, très rigide et légère, réservée aux gréements très exigeants, notamment en course au large. Le Rod offre une performance maximale en termes de poids et de rigidité, mais son coût est plus élevé.
Le diamètre des câbles dépend de la taille du voilier, de la hauteur du mât et des efforts calculés. Il est crucial de choisir le bon diamètre du câble.
Démâtage ou Remplacement Sans Démâtage ?
Le remplacement d'un gréement dormant sans démâter est une opération délicate mais réalisable avec méthode et sécurité. Cependant, si le voilier est démâté, ce sera plus facile de contrôler et de remplacer le gréement dormant. Il y a du pour et du contre pour chaque option et il est difficile de trancher.
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Remplacement Sans Démâtage
Les étapes clés pour un remplacement sans démâtage sont les suivantes :
- Inspection préalable : Comme mentionné, un contrôle visuel complet du gréement pour évaluer l'état général et anticiper les risques est nécessaire.
- Sécurisation du mât : Pour garantir la stabilité du mât durant l'opération, nous utilisons des étalingures temporaires (drisses de sécurité ou étais provisoires) fixées solidement au mât et au pont. Ces points de renfort permettent de maintenir la tension nécessaire pendant le remplacement.
- Remplacement progressif des haubans et câbles : Le gréement est remplacé un câble à la fois pour éviter tout déséquilibre. Nous desserrons le hauban à remplacer, retirons l'ancien câble, puis installons le nouveau immédiatement. Chaque nouveau câble est tendu progressivement et ajusté avec précision. Nous remplaçons également l'étai dans l’enrouleur sans démontage, s’il est toujours fonctionnel.
- Contrôle de la tension et symétrie : Une fois tous les câbles remplacés, nous effectuons un réglage précis du mât, incluant la vérification de l’équilibre latéral du mât et l'ajustement des tensions pour une répartition homogène sur toute la structure.
- Inspection finale et rapport : Un dernier contrôle est effectué pour s'assurer que chaque point de fixation est sécurisé.
Pourquoi Hiverner le Bateau Démâté ?
Hiverner le bateau démâté est une pratique courante qui offre plusieurs avantages significatifs :
- Réduction des contraintes : Bien sûr les mâts sont conçus pour résister aux vents violents. Ne perdons pas de vue qu'à terre la coque est posée sur un ber, les efforts restent concentrés sur des points précis et le matériau de la coque est soumis à des efforts et vibrations. Le démâtage permet de soulager la coque de ces contraintes, évitant ainsi un vieillissement prématuré et des dommages potentiels, ce que chaque propriétaire doit prendre au sérieux.
- Accès facilité pour l'entretien : Le mât peut être rincé à l'eau douce afin d'éliminer les traces de sel et les saletés sur l'aluminium. Il est également plus facile de polir le mât, d'appliquer une pâte protectrice, et de retourner le mât pour accéder à toutes les pièces et aux réas. Les produits de traitement des métaux de Yachticon ont prouvé leur efficacité.
- Protection des équipements : Les équipements fragiles et démontables doivent être enlevés pour éviter les prises au vent et les vibrations. Les pavillons, tangons, bômes et hale-bas sont démontés et stockés au sec. Les équipements électriques et électroniques sont à protéger avec un produit comme le WP100 de TALAMEX.
- Inspection approfondie : Le mât peut être vérifié de manière bien plus exhaustive lorsqu'il est à plat, permettant de repérer d'éventuels problèmes (corrosion, fissures, usure des réas, etc.) qui seraient invisibles en place.
- Nettoyage complet : Il est plus aisé de nettoyer le mât en profondeur, de retirer les poussières émanant de travaux d'autres plaisanciers. Passez une éponge humide en ajoutant éventuellement un produit nettoyant léger. Une fois propre, le mât peut être ciré et protégé pour l'hivernage. Il peut être stocké au sec, et les antennes peuvent être montées le long du mât.
Le stockage du mât pour l'hivernage et les hivernages des mâts sont des considérations importantes. La taille et le type de mât peuvent dicter la décision d'hiverner le bateau mâté. Nous vous encourageons à trouver un endroit bien abrité pour hiverner le bateau.
Le Processus de Remplacement du Gréement Dormant
Le remplacement du gréement dormant est un travail qui peut être à la portée d’un bon bricoleur, mais il doit être mené avec précaution. Il est crucial de disposer des bonnes informations et des outils nécessaires pour maintenir le bon état de votre gréement dormant.
Étapes du Démâtage et Préparation au Remplacement
- Désassemblage du mât : Avant de procéder au démâtage, il est essentiel de desserrer tous les ridoirs et de retirer les goupilles. Changez toutes les goupilles pour des neuves, car l'utilisation répétée ou un simple fil inox le fragilise considérablement. Ne négligez pas ce point ; les goupilles fendues sont à changer à chaque mâtage. Il est recommandé d'utiliser des goupilles ou des écrous auto-bloquants.
- Retrait des équipements : Les câbles électriques, les feux de navigation et l'éclairage, les accessoires, antennes et girouette-anémomètres doivent être soigneusement débranchés et protégés. Marquez chaque cordage avec une étiquette et prenez quelques photos pour faciliter le remontage. Testez les feux et les projecteurs avant de mâter. Il est beaucoup plus facile de changer une ampoule ou de vérifier les feux de navigation lorsque le mât est au sol. Pour les instruments, retirez l'anémomètre et la Windex en place, vérifiez bien leurs fonctionnement. Déconnectez le réseau d'instrumentation et faîtes tourner la pale et les godets pour lire les valeurs.
- Manœuvre de grutage : Une fois le mât prêt, la manœuvre de grutage peut commencer. Il est important de bien sécuriser le mât pour qu'il ne batte pas pendant le transport.
Mesure et Commande des Nouveaux Câbles
Pour un remplacement précis, il est indispensable de déterminer la bonne longueur des nouveaux câbles. Pour optimiser vos câbles, il faut disposer des mesures exactes des ridoirs d'axe à axe ouverts et fermés. Il est également recommandé de changer les axes, rondelles, goupilles et écrous le cas échéant.
Remontage du Mât et Réglage Final
Une fois le gréement dormant neuf installé, le mât doit être remonté. Le principe général reste le même dans tous les cas : on commence par mettre le mât bien droit en latéral, et on met l’espar en compression petit à petit, progressivement, en commençant par le bas - logique. Ensuite, les principaux enjeux seront : la tension dans le haubanage latéral ; la rectitude du mât en latéral, cela va de soi ; avoir le cintre voulu (en longitudinal) ; et enfin, last but not least, avoir une bonne tension d’étai pour les allures serrées dans le médium et la brise.
Le réglage du gréement est un art qui demande de l'expérience, comme le soulignent des experts tels que Stéphane Hébert de Cornouaille Gréement à Concarneau, Jean-François Nevo d'AG+ Spars à Rochefort, ou Frédéric Toche de VMG Soromap. Yann Dubé de Prépa Nautic est également un spécialiste du réglage de gréement, particulièrement pour les bateaux de course. Ce remplacement d’un gréement dormant pour un bateau Bavaria 46 dans un atelier à Port St Louis a été réalisé par des techniciens certifiés, avec contrôle de tension et ajustement précis.
Coûts et Estimations
Le coût de remplacement d’un gréement dormant varie considérablement en fonction de la taille du bateau, du type de gréement choisi (monotoron, Dyform, Rod) et de l’inclusion ou non de la pose. La question du changement de gréement revient souvent dans les discussions entre plaisanciers, mais vu le prix de l’investissement, nous avons tendance à le retarder.
Voici quelques exemples de prix mentionnés par des plaisanciers :
- 1780 euros pour un 9m et 2 étages de bdf (juliusse). C'est un bon prix si la pose est incluse (pepere).
- Environ 3000€ pour un Oceanis 311 (roc).
- Certains devis peuvent atteindre 3700 € tout de même.
- Un cas extrême mentionne 13800 Euros pour un démâtage et un remplacement.
Ces chiffres montrent qu'il est essentiel de demander plusieurs devis pour se faire une idée précise du budget à prévoir. Les prix peuvent varier significativement entre les entreprises, certaines comme Petersen en Angleterre étant reconnues pour leurs services. Il est important de s'assurer que le devis inclut la prise de côtes précise, le remplacement des câbles (avec ou sans démâtage selon le type de gréement), et le réglage final pour une performance optimale en navigation.
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