Le Surf en Guadeloupe et le Contexte Mondial des Championnats : Regard sur 1995 et au-delà

L'univers du surf, avec ses compétitions et son mode de vie, a toujours fasciné, que ce soit sur les côtes métropolitaines ou dans les territoires d'Outre-mer. Si l'année 1995 ne marque pas la tenue d'un Championnat du Monde de surf spécifiquement en Guadeloupe, elle s'inscrit néanmoins dans une période cruciale de structuration et de reconnaissance du surf français, avec des implications directes et indirectes pour des régions comme la Guadeloupe. Cette époque témoigne d'une volonté affirmée de professionnalisation et de développement des talents, jetant les bases de l'excellence actuelle que l'on observe dans les départements d'Outre-mer. Le parcours du surf guadeloupéen, ancré dans une histoire plus large du surf français, révèle un potentiel constant, jadis en gestation et aujourd'hui reconnu sur la scène nationale et internationale.

Le Moule, porte-drapeau du surf guadeloupéen et son potentiel émergent

Le Moule, en Guadeloupe, est une ville qui incarne l'engagement pour le surf et son développement local. Récemment, elle a accueilli les championnats de la Guadeloupe de surf, événement qui aurait pu laisser croire qu'elle était déjà une référence et même qu'elle l'avait toujours été. Pourtant, cette ville se distingue en étant la première d'Outre-mer à recevoir le label "Ville de surf". Cette distinction la place sur le même échelon que des sites métropolitains emblématiques tels que Biarritz, Lacaneau ou Canne, soulignant l'investissement de la ville aux côtés des surfeurs. Misant sur cette discipline, Le Moule lui a donné les moyens de se développer, et c'est tout cet investissement qui s'est vu couronné par le label décerné par la Fédération, une source de fierté pour la ville.

En visiteur averti, Jacques Lajuncomme, le président de la Fédération Française de Surf, a observé durant tout le week-end la tenue des championnats de Guadeloupe de surf sur ce spot du Moule, particulièrement prisé par les adeptes de la discipline. Malgré des conditions météorologiques particulières, les amoureux de la glisse sont à peine perturbés et les performances sont au rendez-vous. La ligue de surf de la Guadeloupe, avec 12 clubs inscrits à ces championnats et 22 catégories engagées, sait qu'elle a un vrai potentiel. Même par un temps comme celui de ce dimanche, les compétitions organisées par elle sont de grandes factures, car la reconnaissance est à ce prix. À 13 ans, Salomé Villoing, championne du jour, a remporté le titre dans la catégorie "ondine minime" et sait d'ores et déjà qu'elle sera du voyage pour les championnats de France. Par ailleurs, la Guadeloupe sait déjà faire valoir son potentiel dans le surf français, avec au moins trois de ses représentants qui seront du voyage à Tahiti en 2024 lors des compétitions de Surf des Jeux Olympiques, illustrant un long processus de développement et de reconnaissance.

Un jeune surfeur, pensionnaire du Pôle Espoir Surf de Guadeloupe depuis trois ans, est d'ailleurs considéré comme une étoile montante du surf français, comme on le commente à la Ligue de Surf de Guadeloupe. Ce Pôle Espoir en Guadeloupe est le fruit d'une politique nationale de développement des talents, dont les bases ont été solidifiées durant les années 1990.

Le circuit professionnel mondial et la performance française autour de 1995

Alors que la Guadeloupe développait son potentiel local, le circuit professionnel mondial voyait s'affronter les meilleurs athlètes de la planète. L'année 1995 s'inscrit dans une période où les surfeurs français devaient franchir encore beaucoup de vagues pour rejoindre l'élite mondiale. Didier Piter, le meilleur surfeur de l'Hexagone, avait battu en 1994 l'Américain Rob Machado, l'actuel numéro 2 mondial, au cours d'une série de l'épreuve du championnat du monde professionnel de Lacanau, en Gironde. Mais, cette année-là, les vagues de l'océan se sont refermées, dès le 16 août, sur l'espoir qu'il avait fait naître. Baptiste Dupouey, un des responsables de l'équipe de France, regrettait : « Depuis seize ans qu'existe l'épreuve de Lacanau, nos surfeurs sont condamnés à regarder passer le circuit professionnel ».

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Aujourd'hui encore, l'Américain Kelly Slater, champion du monde en titre, vainqueur à Lacanau en 1992 et 1994, entouré de gardes du corps comme une rock star, provoque l'hystérie sur la plage. Le Tahitien David Vetea excepté, qui se maintient au milieu du classement après neuf ans sur le circuit, aucun Français ne figure parmi les quarante-quatre meilleurs mondiaux qui ont accès aux douze épreuves du circuit professionnel. Les Brésiliens, arrivés bien plus tard que des métropolitains qui ont découvert le surf en 1957, sont déjà au nombre de sept dans le Top 44. C'est Victor Ribas qui a battu en finale, le dimanche 20 août, l'Américain Todd Holland, après avoir sorti Kelly Slater.

La discrétion des Tricolores n'en rend que plus singulière l'importance des épreuves de surf professionnel en France. Avec l'étape de la Réunion début juillet, et celles d'Hossegor et de Biarritz qui devaient se succéder jusqu'au 3 septembre, Lacanau a été, du 16 au 20 août, l'une des quatre épreuves françaises du circuit mondial. Alan Hunt, le directeur de l'Association des surfeurs professionnels (ASP), expliquait la raison de cette présence : « Nous venons en France parce que c'est là que les grandes marques de surf veulent investir. C'est en Europe que se vendent le plus de vêtements du style imposé par les surfeurs, même si c'est en Australie, aux États-Unis et au Brésil que se trouve la grande masse des pratiquants. » Cette vision commerciale soutient l'organisation de compétitions en France, contribuant au prestige du sport sur le territoire, y compris indirectement dans les Outre-mer où des talents étaient en éclosion.

L'évolution et la professionnalisation du surf en France : un cadre national favorable

L'année 1995 se situe à un moment clé dans l'histoire de la Fédération Française de Surf (FFS), une période de structuration qui allait impacter toutes les régions, y compris la Guadeloupe. La Fédération Française de Surfriding a été créée en 1964 par Guy Petit, alors maire de Biarritz. Son siège était basé à l'office du tourisme de Biarritz. L’objectif de la création de la Fédération était de réunir toutes les « tribus » des plages qui se faisaient concurrence. Le 20 août 1964, au lendemain de la diffusion à la télé de l'émission « Les coulisses de l'exploit » consacrée au surf, a lieu à la Côte des Basques la réunification de ces clubs par le Maire de Biarritz Guy Petit.

Si la Fédération est créée en août 1964, la déclaration en préfecture n’intervient que le 13 juin de l’année suivante. Les premiers Championnats de France de la FFS ont eu lieu en 1965 à Anglet. Joël de Rosnay et Marie-Christine Delanne sont sacrés champions de France. Deux ans après la création de la FFS, en 1966, le Comité régional d’Aquitaine voit le jour, et le surf gagne les Landes et la côte girondine avec deux pôles incontournables : Hossegor et Lacanau. La F.F.S. obtient son habilitation en 1972.

Les années soixante-dix marquent le développement de la Fédération Française de Surfriding. En 1977, avec le boom du skateboard, la F.F.S. est habilitée à réglementer la discipline et change de sigle pour devenir la Fédération Française de Surf et Skate. Jean-Baptiste Caulonque succède à Jacques Fagalde à la tête de la Fédération. Puis, c'est pourtant dans son berceau historique qu'elle revient lorsqu'elle décroche l'organisation des 8es championnats du monde. En 1980, Biarritz accueille les Mondiaux qui marquent l'émergence d'un jeune Américain du nom de Tom Curren. La France sera de nouveau le pays hôte des Mondiaux de l'International Surfing Association (ISA) en 1992 (Lacanau) et 2008 (Seignosse).

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Jean-Pierre Vilaverde est élu président de la Fédération en 1980. Après l'intermède Seignosse, la FFSS déménage et s'installe en 1984 à Hossegor, dans un bâtiment de la mairie. Les années 80 sont également marquées par l'apparition du surf à l'école. Puisque les jeunes désertent l’école pour aller surfer, la Fédération a mis dans l’école du surf ! Finement joué, car du coup les surfeurs y sont restés. En 1987, la création du Sport-Étude officialise le premier acte et par la suite, l’accompagnement scolaire du haut niveau sera couronné par la labellisation du Pôle France en 1996, quatre Pôles Espoirs complètent le dispositif en région. Ces démarches de la Fédération visent à accompagner le double projet, sportif et scolaire.

Le surf se professionnalise notamment grâce à la création du brevet d’État de surf. Le premier diplôme, le Brevet Fédéral, voit le jour en 1973. En 1984, un arrêté ministériel crée le Brevet d’État de surf. Il y a une réelle volonté de la Fédération que les surfeurs puissent vivre du surf. La première session se déroule en septembre 1987. Six récipiendaires obtiennent le premier BE surf. L’enseignement du surf peut être rémunéré. Chose inimaginable 20 ans auparavant, des jeunes surfeurs peuvent vivre du partage de leur passion.

La Fédération est officiellement reconnue par le Comité National Olympique et Sportif Français en 1989. C'est la première Fédération nationale de surf au monde à être reconnue par son propre Comité National Olympique. Un an plus tard, en 1990, la Commission Nationale du Sport de Haut Niveau reconnaît le surf comme discipline de Haut Niveau. Le surf bénéficie des dispositions prévues pour les sportifs de Haut Niveau : suivi social, aides individualisées, suivi médical, structures d'accession au Haut Niveau, etc. Toujours en 1990, on assiste à la création d’un poste et nomination d’un Directeur Technique National, agent du Ministère des sports, placé auprès de la FFSS pour en assurer le développement. Francis Distinguin est le premier DTN du surf français, fonction qu'il occupera jusqu'en 2008. Jacques Hèle, originaire de Lacanau, est élu président de l'International Surfing Association, ce qui permettra notamment à la France d’accueillir les championnats du monde en 1992 à Lacanau.

C'est dans ce contexte de forte structuration que l'année 1995 prend toute son importance. En effet, en 1995, la Commission Nationale de Sport de Haut niveau valide la filière Haut niveau surf. C'est également l'année de la création du label qualité « École Française de Surf ». En 1993, Alain Farthouat succède à Jean Saint-Jean à la tête de la Fédération. Un an plus tard, les appellations antérieures « Sports études, Centre Permanent d'Entraînement et de Formation » sont remplacées par « Pôle France ». Les Pôles Espoirs à La Réunion et en Guadeloupe, puis de Bretagne, obtiendront bientôt leur labellisation en 1996, ce qui montre l'engagement de la Fédération dans le développement des talents ultramarins. Cette période a été marquée par la montée en puissance des équipes de France. Nicolas Capdeville remporte le premier de ses deux titres mondiaux à Lacanau lors des Mondiaux ISA que la France organise en 1992.

L'apport des Outre-mer : Polynésiens et Réunionnais comme catalyseurs

Après les Australiens et les Américains, ce sont les Tahitiens qui vont apporter un nouvel élan au surf français. Ceux-ci dominent implacablement les compétitions nationales. Henri Lucas, Patrick Juventin, Arsène Harehoe sont au-dessus du lot. Harehoe, surnommé le Dark Horse, remporte notamment 5 titres nationaux entre 1976 et 1989. En 1976, Tahiti accueille même les championnats de France à 20 000 km du siège de la FFS. Le comité tahitien les organisera une seconde fois, en 1987, avant de quitter le giron fédéral avec la création de la Fédération tahitienne de surf. Au cours de la quinzaine d'années de relations étroites, les Polynésiens ont apporté une vague de fraîcheur au surf national, avec un engagement total, une insolente décontraction en compétition et une maîtrise parfaite des tubes.

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Le surf métropolitain va toutefois superbement réagir, entraîné par le Biarrot Thierry Sansoube. Trois surfeurs vont dominer le surf français pendant de nombreuses années : Thierry Fernandez, Jean-Louis Poupinel et Thierry Domenech. Ceux-ci vont également porter haut les couleurs de la France lors des championnats d'Europe mais aussi du monde dans les années 80.

Après Tahiti, le surf français va s'enrichir d'une autre terre de surf. La Ligue réunionnaise de surf voit le jour en 1984 par la volonté d'un homme : Maxence de la Grange qui parvient, comme Guy Petit en 1964, à fédérer les deux clubs rivaux des Roches Noires et de Boucan Canot. Sur ce caillou de l'océan Indien, léché par les swells massifs de l'Antarctique, le surf est apparu au début des années 70. Influencés par les pionniers australiens, installés sur l'île Maurice voisine, mais aussi par les Sud-Africains, les Réunionnais se mettent à organiser des compétitions à grande échelle, et une génération de compétiteurs aux dents longues débarque en métropole. Éric Coutelier est vice-champion de France derrière Vetea David en 1984, Anne-Gaëlle Hoarau va dominer le surf féminin français pendant plus de dix ans, Stéphane Sisco est le numéro 1 européen du bodyboard pendant cinq ans. Pour progresser et aller chercher le titre en surf, les Réunionnais comprennent que le passage obligé est la formation. Avec Christophe Mulquin et Patrick Florès à leur tête, les sélections réunionnaises dominent les championnats de France dans les années 90.

À la fin des années 90, un phénomène émerge : Jérémy Florès. Né à La Réunion, formé par son père sur les vagues australiennes, il intègre les équipes de France très tôt et deviendra à 17 ans le plus jeune surfeur à remporter le circuit WQS pour intégrer le WCT dès 2007. Les années 2000 marquent aussi l'avènement du surf féminin en France, où la shortboard, planche préférée des surfeurs, par son nom une planche courte, étroite et fine, permet de générer de la vitesse, des courbes serrées et des manœuvres radicales. Le shortboard est un type de planche de surf caractérisée par sa dimension réduite. Depuis la fin des années 1960 et l’apparition des planches en polyuréthane, la plupart des planches de surf sont des shortboards, c’est-à-dire des planches courtes de dimension réduite. Le shortboard est plus facile à manœuvrer que les autres types de planches, mais sa petite taille entraîne un manque de flottabilité, l’équilibre est plus précaire et son utilisation moins accessible. De par son faible volume, la shortboard « coule » davantage qu’une planche de surf en mousse.

Figures emblématiques et compétitions majeures en France

Les années 80 et 90 sont marquées par des figures emblématiques du surf mondial et des compétitions majeures en France. En 1979, une poignée de pionniers de la côte landaise avaient eu la surprise de voir les meilleurs surfeurs du monde accepter de disputer une étape de leur circuit professionnel à Lacanau. Francis Boutrois, fidèle à l'organisation d'une épreuve qui reste une vitrine, racontait : « Ainsi ces Australiens et ces Américains qui nous faisaient rêver dans les magazines pouvaient servir de modèles aux jeunes de la région. »

L'Américain Kelly Slater est le champion de surf le plus titré au monde, ainsi que le plus vieux champion du monde, après avoir été le plus jeune en 1992 (il est né en 1972), année où il a remporté l'épreuve landaise comptant pour le championnat WCT, le Rip Curl Pro Landes. Il a été dix fois champion du monde entre 1992 et 2010. Il s'est retiré du circuit professionnel en 1999, puis est revenu en 2003 et a regagné son titre en 2005, terminant premier du WCT, mais ne gagnant pas le Quiksilver Pro France à Hossegor. Quiksilver est son sponsor. Il dit volontiers que son modèle est Tom Curren, né en 1964, qui l'a précédé sur les plages landaises.

En 1980, à Hossegor, Tom Curren décroche son premier titre de champion du monde de surf en junior ISA, puis en 1982 en Open ISA. Il est ensuite champion du monde ASP en 1985, 1986 et 1990. En Aquitaine, il a gagné en 1989 le Rip Curl Pro Landes à Hossegor, le Lacanau Pro en 1986 et en 1990 et l'Arena Surfmasters à Biarritz en 1990. Lee-Ann Curren, sa fille, est une surfeuse française junior née le 23 septembre 1989 à Biarritz. En 2009, elle termine 7ème du championnat WQS 2009 et gagne sa place pour l'ASP World Tour 2010 (28 ans après son père). Elle a co-réalisé avec André Silva en 2010 un film documentaire sur la place du surf dans l'univers d'enfants défavorisés du nord du Brésil.

La station d'Hossegor accueille en 1980 le Championnat du monde amateur de surf (bisannuel, organisé par l'ISA), puis, à compter de 2001, avec Seignosse, une épreuve comptant pour les championnats du monde professionnel (WQS) : le Rip Curl Pro 6* WQS se déroule sur la plage Les Bourdaines à Seignosse ; le Quiksilver Pro France, sur la plage La Gravière d'Hossegor, l'un des sites (ou "spots") les plus appréciés des grandes compétitions de surf, pour la qualité des vagues avec celles du Nord et des Culs Nus. Les spots français, dont celui de la Barre, médiatisés dans les magazines et films de surf américains, attirent de plus en plus d'étrangers. On organise alors des compétitions internationales auxquelles participent les grands noms de l'époque : les Australiens Bob Keenan, Mickael Hickey, Nat Young, Wayne Carroll, Peter Troy, les Hawaïens Jan Lee, Gerry Lopez, Jeff Hackman. Ceux-ci ne font pas que passer. C'est en les voyant glisser sur leurs vagues que les pionniers français se mettent à progresser, qu'une nouvelle génération voit le jour. Cette période est marquée par la mentalité hippie des années 70.

Le sextuple champion du monde de surf, Kelly Slater, s'était retiré de la compétition pendant trois ans, loin des médias et des fans, avant de revenir sur les plages landaises, pour le Quick Silver Pro d'Hossegor, en quête d'un septième titre.

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