Guide Complet de la Carte et des Itinéraires pour un Voyage en Voilier

L'idée de parcourir le globe à la barre d'un voilier, en particulier d'un catamaran, n'a rien d'un rêve inaccessible. Loin des exigences sportives, physiques et mentales d'une course comme le Vendée Globe, l'aventure de la circumnavigation est bel et bien à portée d'étrave, comme le prouvent des couples et des familles entières, parfois avec trois ou quatre enfants, embarquées à bord de Nautitech 40 ou 46. De nombreux navigateurs ont même témoigné avoir réalisé la grande boucle sans rencontrer la moindre tempête, se contentant parfois d'orages ou de grains précédés de bonnes rafales, prouvant ainsi la faisabilité de cette entreprise sans que le plus léger coup de vent ne vienne gâcher le plaisir. Un tour du monde en voilier n’est pas qu’un simple tracé sur une carte : c’est avant tout une chorégraphie élaborée avec les saisons, une danse délicate entre les vents et les courants, exigeant une planification minutieuse et une connaissance approfondie des routes maritimes.

La Planification Stratégique : Quand Partir et Combien de Temps Prévoir

Lorsqu'on se penche sur la carte pour explorer la meilleure route possible autour du monde en catamaran à voile, la question primordiale, au-delà du budget, n'est pas tant de savoir où aller, mais plutôt quand partir pour ce voyage d'une vie. Cette interrogation conduit naturellement à une considération préalable essentielle : de combien de temps dispose-t-on ? L'expérience montre qu'il est sage de compter large. La famille Dolley, par exemple, avait initialement prévu un voyage de trois années à bord de leur catamaran Nautitech 46 Open Kumbaya, mais en a finalement passé quatre. Bien qu'il soit toujours tentant de lutter contre le chronomètre, comme on n'est pas lancé dans un Trophée Jules Verne ni dans un record du monde, une durée de trois ans constitue une période raisonnable pour une circumnavigation, même si l'on ne part pas pour une simple croisière. Un voyage planifié n'est pas non plus immuable, il est toujours possible de modifier ses projets en cours de route, mais avoir une estimation généreuse permet d'aborder les imprévus avec plus de sérénité.

Maîtriser les Vents Dominants et Éviter les Pièges Météorologiques

L'autre évidence fondamentale pour un tour du monde réussi est de naviguer là où le vent souffle toujours dans la bonne direction, idéalement dans le sens vers lequel on se dirige, avec la mer de l'arrière. Les catamarans, par leur conception, sont parfaitement adaptés pour abattre leurs 160 à 200 milles par vingt-quatre heures en moyenne, poussés par les vagues et le vent. Heureusement, la nature a bien fait les choses : cette route existe, c'est celle des alizés. Ces vents réguliers et portants sont le fruit de la rotation de l'air autour de bulles de haute pression. Dans l'hémisphère nord, les vents tournent dans le sens des aiguilles d'une montre autour de ces anticyclones, et en sens inverse dans l'hémisphère sud. En suivant une route au sud des anticyclones dans l'hémisphère nord et au nord de ceux-ci dans l'hémisphère sud, on est assuré de bénéficier de cette merveilleuse trouvaille de la nature que sont les alizés, un véritable itinéraire tout tracé que les Anglo-Saxons baptisent "trade winds" ou vents du commerce.

Cependant, il ne suffit pas de se laisser porter par les vents chauds et réguliers. L'importance de la météo dans la planification est cruciale, car elle est le véritable chef d'orchestre de la circumnavigation. Certes, les régions tropicales ne connaissent pas l'hiver, mais elles subissent en été de redoutables perturbations nommées ouragans, cyclones ou typhons selon la région où ces tourbillons sévissent. Sachant que l'été dans l'hémisphère nord correspond à l'hiver dans le sud et vice-versa, les candidats au tour du monde en catamaran doivent bâtir une route qui évite scrupuleusement la saison des cyclones dans les deux hémisphères. Ou du moins qui écarte l'éventualité de traverser un océan durant cette période mal famée. Les deux grands principes qui guident un tour du monde réussi sont donc clairs : suivre les alizés et éviter les saisons cycloniques. La majorité des circumnavigations se fait ainsi « ouestabout » (d’est en ouest) pour profiter au maximum des vents portants dans l’Atlantique et le Pacifique. La règle météo simplifiée est la suivante : cyclones Atlantique et Caraïbes/Pacifique Nord de juin à novembre ; cyclones Pacifique Sud et Océan Indien de novembre à avril.

Le "Milk Run" : L'Itinéraire Classique des Alizés en Détail

Le parcours le plus courant, souvent qualifié de "milk run" (route du lait de coco), est conçu pour optimiser le plaisir, avec un maximum d'escales et des vents portants la plupart du temps. Ce type d'itinéraire privilégie la détente et l'exploration, évitant la pression du temps et les conditions météorologiques extrêmes.

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Le départ de l'Europe vers les Canaries

Le voyage débute généralement de France, par exemple de La Rochelle, durant l'été. Un Nautitech fin prêt, avec un équipage amariné par des sorties de week-end ou de petites vacances, met le cap au 240° pour quitter le Golfe de Gascogne sans trop tarder. Ce n'est pas que cette zone soit hostile l'été, bien au contraire, même si une dépression orageuse peut parfois lui donner mauvaise mine. Si un départ en juillet ou août est impossible, il est préférable de ne pas s'attarder en début d'automne. Un départ fin septembre ou début octobre reste évidemment fort possible, mais il faudra alors se méfier de l'escale à La Corogne, dans le coin nord-ouest de la péninsule ibérique, où l'on peut se trouver coincé des journées entières par les premières grosses dépressions automnales. Mieux vaut alors viser directement Cascais, à l'ouverture du Tage, que l’on atteint en cinq jours en moyenne depuis La Rochelle. Au passage, on double le Cap Finisterre, un véritable Cap Horn à échelle européenne, et les voiles poussées par « l’alizé portugais », on descend vers Lisbonne, une superbe capitale offrant toutes les infrastructures nécessaires pour préparer l'étape suivante : les Canaries.

L'été, la traversée de six-cents milles vers Graciosa ou Lanzarote (compter quatre jours ou moins) permet de s’accoutumer au grand large sans risquer de pièges météo, ce qui n’est pas toujours le cas en automne. Si le planning est un peu serré et l’itinéraire plus flexible, on peut se lancer directement dans la traversée vers les Antilles. Le mieux, avec un catamaran Nautitech, est de viser le sud de la Martinique, distante d'un peu moins de 3 000 milles, que l’on atteindra en quinze à vingt jours en voilier en moyenne.

Option Africaine : Cap-Vert ou Dakar

Cependant, si l’on a le temps ou presque, quitter Lanzarote pour une traversée, parfois non exempte de calmes, d'un millier de milles vers les îles du Cap Vert ou Dakar présente plusieurs avantages. Dans le premier cas, en visant Mindelo, en face de l’envoûtante Sant Antao, au nord-ouest de l’archipel, on poursuit l’apprentissage et l'accoutumance au grand large, avec une traversée en gros deux fois plus longue que la précédente. Il est possible, à cette étape, de faire cap vers Dakar pour explorer une Afrique captivante.

Traversée de l'Atlantique : Antilles ou Amérique du Sud

Après avoir quitté l’Afrique, un nouveau choix s’offre : soit mettre le cap au 220° pour la plus courte des traversées de l’Atlantique, environ 1650 milles, vers la marina de Jacaré au Brésil, entre Recife et Natal. Cette option implique le franchissement du Pot-au-Noir et de l’Équateur, ce qui peut prendre jusqu’à deux semaines en moyenne. Soit naviguer vers la Guyane, ce qui allonge la traversée de 600 milles (quatre jours environ) au cap 255° mais donne accès à un morceau de France équatoriale, des îles du Salut au site de Kourou, avec un peu plus au nord la remontée possible du Maroni. Le catamaran s’y révèle une fois de plus parfaitement adapté. Il est à noter qu’on peut réserver cette visite sud-américaine au retour, si l’on a décidé de passer Le Cap, au sud de l’Afrique, plutôt que par le Canal de Suez. Cayenne se situant par 4°52 Nord, on rencontrera une météo équatoriale dans ces parages (voire un bout de Pot-au-Noir), synonyme de temps lourd, très humide et peu venté. La bonne nouvelle, si l'objectif suivant est de remonter vers les Caraïbes, est que si l’alizé est paresseux aussi bas en latitude, une branche du courant nord-équatorial porte au nord-est vers les Antilles et que sa vitesse peut atteindre deux nœuds.

Des Antilles au Panama, une étape incontournable

De là, on monte ainsi jusqu’à l’île de la Grenade, une perle méconnue des Antilles que certains jugent la plus belle de toutes. Cette région offre de nombreuses opportunités d'exploration avant de faire cap vers le Canal de Panama, une étape incontournable du voyage. Le franchissement de ce drôle d’ascenseur à cargos nécessite une planification préalable et l'accomplissement de formalités spécifiques. Une fois le canal passé, on ne traînera pas trop du côté de Panama City, mais on préférera préparer la traversée et le parcours vers les Galapagos (en tenant compte des lourdes et coûteuses procédures administratives indispensables pour y entrer) dans l’archipel des Perlas par exemple.

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Explorer les mythiques Galapagos et le Grand Pacifique

Les 850 milles de traversée vers les mythiques Galapagos (cap au 232°), véritable pays des merveilles au large de l’Équateur, peuvent s’effectuer très rapidement, en moins d’une semaine, en particulier durant la période favorable, soit de février à mai. Cependant, il est possible d’y rencontrer des vents contraires qui obligent à louvoyer et donc à rallonger sérieusement la route dans les eaux d’Amérique du Sud. Il ne faut pas oublier que les courants peuvent également compliquer cette traversée inaugurale des eaux pacifiques. L’entrée dans cet archipel, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, ne peut se faire que dans l’île principale de San Cristobal.

L'étape suivante, vers les Marquises, est à peu près aussi longue que la traversée Canaries-Antilles (un peu moins de 3 000 milles environ au cap 258°). Une différence importante est à noter : dans le Pacifique, l’alizé souffle en général moins fort qu’en Atlantique. D’autant qu’on part de l’équateur, sur lequel se trouvent les Galapagos, et qu’on ne descend qu’à 9° Sud, ce qui signifie que l’alizé de sud-est est parfois mal établi. Le chanteur Jacques Brel a montré que l’on pouvait passer sa vie aux Marquises. Les tourdumondistes ont d’autres pays et d’autres îles à voir. Néanmoins, beaucoup seront surpris de découvrir que, depuis le début de la navigation sur le Pacifique, les oiseaux du large se retrouvent souvent d’île en île. Pour la bonne raison que l’alternance des saisons conditionne les moments de traversée en bateau. Ainsi, la meilleure période pour rallier Tahiti depuis les Marquises s’étend, elle, d’avril à juin. Longtemps redoutée des navigateurs, la traversée de ces atolls et récifs sur lesquels déferle la grande houle du Pacifique n’est pas devenue une formalité avec le GPS - les passes d’entrée restent parfois délicates à négocier en voilier - mais presque.

Poursuite du tour du monde vers l’archipel des Fidji et la Nouvelle-Zélande

Tahiti, Moorea, Bora Bora, la séduction des îles de la Société ne se dément pas et n’a guère besoin de publicité. Là encore, un tour du monde en catamaran ne peut s’y contenter d’un simple « pit stop » de Formule Un. Il faut donc s’y autoriser quelques semaines voire quelques mois tout en gardant en tête la suite du voyage et en se donnant une date de départ. La meilleure saison pour continuer sa navigation vers les Fidji, la Nouvelle Calédonie et éventuellement la Nouvelle-Zélande (comme la famille Kumbaya), se situe de juin à octobre. Ce qui signifie qu’il est possible d’atteindre les antipodes, soit en gros la moitié du voyage en distance, en une grosse année à la voile. À condition de ne jamais traîner. Mais là encore il n’est pas question de battre un record, seulement de profiter pleinement de chaque escale. Car à propos de distance, justement, on réalise à ce moment du voyage que le Pacifique est très grand. L’archipel des Fidji se trouve dans l’ouest de Tahiti à 1800 milles, soit à deux petites semaines voire dix à quinze jours de navigation en catamaran. De là, on pourra descendre, cap au 246°, vers la Nouvelle Calédonie (650 milles au 245°) et son lagon légendaire. Puis mettre le cap - pour la première fois depuis le départ - dans l’est du sud (au 150° exactement) pour rallier Auckland (à 950 milles) en Nouvelle-Zélande. Est-il besoin de préciser que ces archipels - Fidji, Nouvelle Calédonie, Nouvelle-Zélande - méritent chacun d’y passer des semaines pour une exploration approfondie ?

La dernière étape de la traversée de l’océan Pacifique : Destination l’Australie

La question mérite néanmoins un examen minutieux des dates de suite du voyage et des itinéraires de navigation. Parce que le meilleur itinéraire pour la suite du tour du monde suggère de naviguer en remontant vers le détroit de Torres, entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Or, là encore, la meilleure période pour quitter le Pacifique, franchir Torres, avant de s’arrêter à Darwin au nord de l’Australie pour viser Bali et éventuellement l’Indonésie, est aussi de juillet à octobre. Comme le détroit est à près de 2 500 milles d’Auckland, il faut encore compter raisonnablement au moins quinze jours de traversée. Et garder en tête que la saison des cyclones commence en décembre, novembre étant déjà jugé « tard en saison ». Or, qui, avec du temps devant soi en bateau, aurait envie de zapper Sydney (à 1300 milles environ au 277°) et la Grande Barrière, longue de centaines de milles (il y a encore 1 500 milles à faire cap au nord jusqu’au détroit) ? Ce sont des choix à faire en fonction de ses envies et du temps disponible.

La Navigation dans l'Océan Indien : Un Choix Stratégique et Parfois Complexe

Une fois aux portes de l’océan Indien se pose un nouveau choix, éventuellement cornélien. Le choix de la route du nord permet de visiter des destinations fabuleuses : le Sri Lanka et/ou les Maldives, à 2 500 milles de Bali, cap au 286°, puis en redescendant cap au 250°, les Seychelles, à 1200 milles des Maldives, avant de remonter vers le Golfe d’Aden puis d’attaquer les 1 200 milles d’une mer Rouge au système météo parfois compliqué. Ce dernier tronçon n’est pas anodin en termes de sécurité. Même si les attaques de pirates se sont raréfiées, elles n’ont pas disparu. Franchir le Golfe d’Aden en convoi de bateaux impose de nombreuses contraintes, en termes de vitesse au moteur en particulier. Quant à la saison idéale pour traverser à la voile l’océan Indien dans son nord, elle se situe en théorie de novembre à avril. Sachant qu’aux Seychelles, par exemple, l’alizé de sud-est souffle de mai à octobre alors que les vents dominants soufflent du nord-ouest de décembre à avril, on approche un peu du casse-tête. Sur le papier du moins, car les intersaisons seychelloises - octobre-novembre et avril-mai - promettent des vents réguliers de 10 à 15 nœuds en moyenne et des météos clémentes. Encore faut-il garder en tête qu’au sud, la période des cyclones qui peuvent menacer l’île Maurice, la Réunion et Madagascar commence vers le 15 décembre.

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Bref, ce qui ressemblait à une route évidente et paisible dans le Pacifique, se complique un peu dans l’océan Indien. Il est alors possible de viser Maurice, la Réunion puis l’Afrique du Sud (avec un détour éventuel par Madagascar) au meilleur moment, c’est-à-dire de juin à octobre. Depuis Bali, la route passe par l’île Christmas à moins de 600 milles (cap au 260°), puis par l’archipel des Cocos Keelings (en gros à nouveau même distance et même cap). C’est sans doute le moment le plus délicat du tour du monde en multicoque. Les eaux sud-africaines, balayées par de puissants courants, tel celui des Aiguilles, et des contrastes de masses d’air importants, entre l’air chaud d’Afrique et l’air glacial de l’Antarctique, sont parfois très agitées. C’est bien pourquoi la sagesse recommande de prendre tout son temps. Qui ne sera pas du temps perdu. Il est conseillé d'accoster le bateau et de profiter de l'Afrique du Sud, qui, en dépit de ses difficultés de navigation, compte parmi les pays les plus beaux et les plus attachants du monde. Car il n’y a pas de record à établir, seulement de magnifiques souvenirs à se construire.

Le Retour vers l'Atlantique et la Fin de la Boucle

Il sera temps ensuite, vers le début janvier, de se remettre en route et de reprendre la navigation à travers l’Atlantique sud. Sainte-Hélène se trouve à 1 500 milles du Cap (cap au 310°), soit une grosse semaine en catamaran, poussé par un alizé de sud-est plus régulier que son cousin de l’hémisphère nord. Après cette escale historique, la route logique mène progressivement vers l'Europe, bouclant ainsi la grande aventure.

Des Itinéraires Alternatifs pour des Aventures Variées

Outre le "milk run" classique, il existe d'autres routes pour la circumnavigation, chacune avec son propre "esprit". Ces cinq itinéraires couvrent 90 % des styles possibles, du « milk run » hédoniste aux longitudes australes héroïques.

  • La route méditerranéenne et l'océan Indien Nord : Cet itinéraire permet de boucler la boucle sans faire le tour de l’Afrique, avec une grande part de Méditerranée et d’océan Indien Nord (Inde, Maldives). Il offre une expérience différente, explorant des cultures et des paysages maritimes distincts.
  • La route des coureurs océaniques : Ouverte aux croisières hauturières aguerries, cette route fait le tour par les quarantièmes et cinquantièmes rugissants, avec des escales rares mais marquantes. La fenêtre de navigation privilégie le printemps et l'été austral (novembre à mars) pour des conditions moins extrêmes.
  • Le contournement de l'Amérique du Sud : Cette option consiste à contourner l’Amérique du Sud par le Cap Horn en sens ouestabout, puis à gagner le Pacifique Sud par la route Chili → Rapa Nui → Gambier → Marquises. Elle inclut la navigation dans les canaux de Patagonie (Chili), de Puerto Montt à Puerto Natales en passant par Chiloé, le Golfo de Penas, le Canal Messier et le Canal Beagle, offrant des paysages grandioses et des défis maritimes uniques.

Ces itinéraires alternatifs nécessitent des ajustements de durée au rythme de vie de chacun, avec la possibilité de ménager des hivernages quand la météo l’exige. Il est crucial de soigner le facteur plaisir : un village de pêche de Patagonie, une passe turquoise des Tuamotu, un mouillage sous Table Mountain ou un café taché de sel au Peter Café Sport d’Horta marquent autant qu’un sillage bien tiré.

Les Outils Essentiels pour Préparer Votre Route de Voilier

Une préparation minutieuse est la clé d'une navigation sereine et sécurisée. Il est bon de faire quelques recherches approfondies sur la zone dans laquelle notre voilier devra évoluer avant de partir en croisière. Y a-t-il des dangers à éviter ou des éléments particuliers dont se méfier ? Existe-t-il une route privilégiée à emprunter ? Quels sont les ports ou zones de mouillages recommandés ? Y a-t-il des astuces pour y accéder ? C’est la première chose à faire lorsqu’on projette de partir en croisière.

Les Ouvrages de Référence et Guides de Navigation

Pour concevoir un itinéraire cohérent et sécurisé, certains ouvrages sont indispensables. L'ouvrage de référence absolue est "Routes de Navigation" de Jimmy Cornell, qui figure parmi les meilleures ventes de la librairie spécialisée. Les Instructions Nautiques, disponibles en version papier ou numérique, sont également essentielles. Elles offrent une description textuelle détaillée des côtes et des accès aux ports que les cartes seules ne peuvent fournir, et aident ainsi à sécuriser ces grands itinéraires.

Pour aller plus loin dans la préparation de votre croisière, la lecture de guides de la zone concernée est fortement recommandée. Comme pour les cartes marines, il existe des guides de navigation, ou guides nautiques, pour la plupart des régions du monde. La plupart sont de véritables « guides de voyage en bateau » : ils présentent les ports, précisent les routes de navigation et détaillent les zones de mouillage. Les guides Imray, notamment, couvrent de nombreuses régions et sont déclinés à la fois en français et en anglais. Pour en savoir plus sur l’histoire de la région de navigation que vous allez rencontrer, sa population, ou connaître les différents éléments à visiter à l’occasion de votre passage, vous pourrez compléter votre recherche d’informations par la lecture de guides touristiques.

Cartographie : Papier et Numérique

La lecture d’une carte marine, qu'elle soit papier ou numérique, mais impérativement à jour, vous permettra d’identifier les routes possibles et les principaux dangers. Pour un tour du monde, la complémentarité des deux supports est recommandée. En effet, au stade du choix de la route côtière, la carte papier dispose d’un immense avantage sur son homologue électronique. Il est sage de visualiser en amont le relief de la côte, les dangers, les abris. Tracer sa route sur papier permet même d’impliquer tout l’équipage autour d’un objectif de croisière. À l’heure des GPS traceurs, il faut mille fois continuer à faire sa navigation sur carte papier, c'est simple et ludique.

Il est primordial d’avoir toujours à l’avance les cartes dont vous aurez besoin. Même avec l'ère du numérique, il ne faut pas avoir l'impression de pouvoir télécharger les cartes au jour le jour ; ce n'est clairement pas le cas partout et toujours. Sur les logiciels de navigation comme Navionics Boating, les plaisanciers ont parfois la possibilité d’annoter les différentes zones pour apporter un complément d’informations. Attention, cependant, en fonction de la région dans laquelle vous envisagez de naviguer : certaines zones peuvent ne pas être détaillées. Certaines cartes marines indiquent en effet des zones non hydrographiées ou zones incomplètement hydrographiées. C’est le cas, par exemple, en plusieurs points de l’archipel des îles Tuamotu, en Polynésie Française. En l’absence d’informations, il est recommandé de naviguer de jour, dans l’idéal en plaçant un équipier à l’avant du bateau pour veiller les différents dangers.

Gestion des Courants et Marées, et Préparation Médicale

Chaque itinéraire mondial traverse des zones aux conditions hydrographiques variées. Des documents spécifiques sont nécessaires pour gérer les courants et les marées sur ces routes, des informations que l'on retrouve souvent dans les Instructions Nautiques et les atlas de courants. Le service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM, connu de tous les navigateurs) constitue des bases de données maritimes pour de nombreux thèmes : profondeur des fonds marins, épaves, courants, température de l’eau, salinité, nature des fonds.

L'éloignement des secours sur les grandes routes maritimes impose une autonomie totale en matière de santé. C'est pourquoi le "Guide médical de bord" est systématiquement recommandé dans la préparation d'un tour du monde.

Ressources Collaboratives et Numériques

Pour affiner sa planification et s'inspirer, de nombreuses ressources sont disponibles. Vous manquez d’inspiration pour choisir votre route ? Vous pourrez aussi trouver, en ligne, des idées d’itinéraires de croisière, ou des articles de blog sur les meilleures zones de navigation à parcourir. Si vous disposez encore d’un peu de temps avant de partir en croisière, pourquoi ne pas profiter de l’expérience de marins à travers leurs récits de navigation ? Les blogs, comme celui de Damien et Anaïs (probablement le blog le plus connu d'un voilier en voyage que l'on a rencontré il y a quelque temps à Bora-Bora), ou des sites comme Sail the World, sont des mines d'informations et d'inspiration. Le site de la grande croisière est également un site de référence dans le domaine, regroupant un grand nombre d’informations et proposant, entre autres, un planificateur de voyage très intéressant.

Toutes les zones de navigation du monde ne font malheureusement pas l’objet de guides de navigation. Parfois, les ouvrages ne sont pas mis à jour régulièrement, et il peut être difficile de trouver des informations encore d’actualité. Vous pourrez alors poser vos questions sur les forums spécialisés, ou consulter les groupes de navigateurs et plaisanciers sur les réseaux sociaux. Sur le site web sea-seek.com, une plateforme collaborative où tous les plaisanciers peuvent faire le choix de contribuer, vous pourrez aussi trouver des informations sur bon nombre de zones de navigation. Les renseignements concernant les zones de mouillages, les ports ou les plages sont nombreux, et régulièrement mis à jour. Le site sea-seek.com propose également des guides de navigation téléchargeables.

Enfin, pour anticiper davantage votre croisière et prévoir dès maintenant vos lieux d’escale, les applications mobiles sont précieuses. En utilisant l’application Navily, vous pourrez consulter les avis des plaisanciers sur les différents ports et mouillages de la zone de navigation que vous souhaitez fréquenter. Avec Izysea, vous en saurez plus sur les services proposés dans les différents lieux d’escale des côtes françaises, vous permettant d’anticiper vos arrivées dans les ports, de prévoir vos ravitaillements en fonction des possibilités, ainsi que de réserver vos activités à terre. Pendant ou après votre croisière, il est vivement conseillé d'enrichir ces outils collaboratifs de vos propres avis et commentaires, contribuant ainsi à la communauté des navigateurs.

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