Comprendre la Vilaine : Territoire, Histoire et Cartographie Nautique

L’eau est avant tout l’élément qui lie les territoires entre eux et fait dialoguer le vivant et, aujourd’hui plus que jamais, l’eau est un bien commun à défendre. Le projet d’Atlas des Rivières de Bretagne est né d’une interrogation collective : comment prendre soin ensemble d’un cours d’eau ? La Région Bretagne et l’association Eau et Rivières de Bretagne s’engagent dans une démarche expérimentale visant à valoriser les cours d’eau et rivières du territoire. Cette démarche vise à questionner nos rapports aux cours d’eau et tester en acte des outils pour produire une vision holistique et écosystémique d’un territoire. Interroger les usages d’un cours d’eau, la dimension émotionnelle, historique et sociale pose les fondements d’un rapport conscient au territoire que nous habitons et doit par extension alimenter une politique d’aménagement au service des humains et des non humains. Loin de prôner un retour au passé, il est possible de trouver des stratégies de solidarités et de soin d’un territoire par l’intermédiaire d’initiatives locales.

Géographie et identité du fleuve

La Vilaine est le 10ème fleuve de France et prend sa source dans l’ouest du département de la Mayenne avant de traverser l’Ille-et-Vilaine d’Est en Ouest puis du nord au sud après Rennes. Elle se jette dans l’océan Atlantique entre les communes d’Arzal et de Pénestin, toutes deux dans le département du Morbihan. La Vilaine, fleuve côtier de Bretagne, prend sa source à 153 m d’altitude dans les collines de Juvigné, en Mayenne, pour se jeter dans l’océan Atlantique, en aval du barrage estuarien d’Arzal, après un parcours de près de 230 km. Entre versants escarpés et paysages champêtres, le bassin versant de 10 400 km2 s’étale sur un large territoire, à cheval sur les régions Bretagne et Pays de la Loire. Son principal affluent est l’Oust qui prend sa source en Côtes d’Armor et se jette dans la Vilaine à Redon.

L’aval du fleuve constitue depuis l’Antiquité une frontière naturelle entre deux territoires. À l’époque, il sépare le pays des Vénètes, peuple gaulois vivant en Armorique à l’origine du nom de la ville de Vannes, de celui des Namnètes, autre peuple gaulois d’Armorique qui donna son nom à la ville de Nantes. Le fleuve constitue par la suite une limite entre le diocèse de Vannes et le diocèse de Nantes et se positionne encore aujourd’hui à la frontière entre les régions Bretagne et Pays de la Loire, entre les villes de Langon et Théhillac.

Pour certains, le nom de la Vilaine tire son origine d’une ancienne dénomination bretonne, ar ster vilen, « la rivière aux moulins », en lien avec les nombreux moulins qui bordaient son cours. Pour d’autres, son nom originel est ar ster velen, « la rivière jaune », en raison de la couleur boueuse de ses eaux lors des crues importantes que connaissait le fleuve avant son anthropisation. Enfin, une légende qui remonte aux premiers siècles de l’ère chrétienne, prête pour sa part des vertus magiques aux eaux de la Vilaine.

Évolution historique des aménagements fluviaux

Si les traces de navigation commerciale sur la Vilaine remontent au IXème siècle, les premiers projets d’aménagement datent de 1160. En 1538, quelques années seulement après le rattachement de la Bretagne à la France, les bourgeois rennais demandent au Roi de France d’aménager la Vilaine pour faciliter le commerce. La Vilaine est en effet capricieuse et l’alternance de crues et de sécheresses y rendent la navigation complexe. L’aménagement de la Vilaine constitue un projet d’une ampleur jamais vue en France, une épopée humaine et technique qui verra notamment l’installation des premières écluses à sas en France dès 1585.

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Suite à l’incendie de Rennes en 1720 et le besoin de matériaux de reconstruction, un nouveau projet pour la navigation sur la Vilaine voit le jour et le transport de la pierre constitue pendant longtemps l’essentiel du trafic fluvial. Dans les années 1950, pour la reconstruction, c’est le sable qui servira de matériau principal pour les immeubles en béton et qui marquera le paysage fluvial de nombreuses carrières, devenues aujourd’hui des étangs réserves de biodiversité.

Navigation et infrastructures actuelles

Les "canaux bretons" furent creusés au début du XIX° siècle pour fournir un chemin fluvial à l'abri des corsaires anglais qui rôdaient au large des côtes bretonnes. Il y a deux axes principaux: l'axe nord-sud et l'axe est-ouest. L'itinéraire du nord au sud comprend le canal d'Ille et Rance et la Vilaine. Dans la dernière édition du guide, nous avons bien identifié quelques ponts offrant un tirant d'air limité sur la partie nord du canal d'Ille et Rance. L'organisme qui gère le canal (IRCIRMON) a l'intention de baisser les biefs pour augmenter le tirant d'air disponible mais en attendant, vous devez faire attention si votre bateau dépasse 2,50 m de tirant d'air. La route est-ouest, appelée le canal de Nantes à Brest, est composée de toute une série de rivières canalisées et de quelques sections artificielles. Le canal est malheureusement coupé en deux par le barrage infranchissable du lac de Guerlédan et la section centrale est déclassée.

Protection et biodiversité : les Marais de Vilaine

Le Pays de Redon est traversé par la Vilaine, véritable artère du territoire, dans laquelle se jette de nombreuses rivières dont l’Oust, son affluent principal. Cette zone de confluence appelée « les Marais de Vilaine » a rejoint le réseau européen « Natura 2000 » et est désignée comme Zone Spéciale de Conservation depuis 2007 pour la présence de milieux semi-naturels rares en Europe comme des prairies humides et d’espèces menacées de disparition comme la Loutre d’Europe. Le site « Natura 2000 » s’étend aujourd’hui à 10 891 hectares et concerne 34 communes. Ce périmètre concerne les basses vallées alluviales de la Vilaine, de l’Oust, de l’Isac, du Don et de la Chère.

Jusqu’en 1971, les Marais de Vilaine ont constitué l’estuaire interne de la Vilaine offrant des milieux naturels rares et qualitatifs. La construction du barrage d’Arzal et le lourd programme de drainage pour faciliter le cabotage et le tourisme fluvial qui l’a accompagné ont induit des modifications profondes de leurs écosystèmes terrestres et aquatiques. La reproduction des poissons, la migration des oiseaux sauvages, les prés salés et leur biodiversité associée ont été dramatiquement impactés. Depuis, de nouvelles espèces animales et végétales sont apparues et d’autres se sont adaptées. Grâce à la démarche locale Natura 2000 animée par l’EPTB Vilaine et la réalisation du Document d’Objectifs Baie et Estuaire de Vilaine, on note une dynamique locale importante pour préserver ces zones de marais riches en biodiversité. La vie associative locale témoigne de l’attachement des habitants des Marais pour leur territoire et son patrimoine bâti et culturel, avec des parcours ouverts à tous les publics et des itinéraires déterminés par les associations en charge de l’animation.

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