La Structure du Canoë et Kayak Bois Entoilé : Héritage, Fabrication et Évolution

L'embarcation légère, qu'il s'agisse du canoë ou du kayak, a toujours été un symbole d'aventure et de connexion avec la nature. Parmi les diverses techniques de construction, celle du bois entoilé représente une fusion fascinante entre la tradition artisanale et l'ingéniosité pratique. Cette approche permet de créer des navires à la fois robustes et maniables, dont la structure et la conception méritent une exploration approfondie.

Les Racines et l'Héritage des Embarcations en Bois Entoilé

Le désir de construire une embarcation légère et efficace n'est pas nouveau. Il se manifeste dans des récits personnels et des traditions séculaires. Mon ami Jean Drouglazet avait un rêve : construire de ses mains un kayak groenlandais. Ce rêve, il l'a réalisé en mai 2016, avec l'aide d'Alain Kerbiriou, maître de la construction du kayak groenlandais. Jean nous raconte dans ce récit comment est né son "Glazik", une expérience qui a duré pour lui 8 jours, répartis entre fin avril et mi-mai 2016. Cette anecdote moderne s'inscrit dans une histoire bien plus vaste.

Les premières formes de canoës, bien avant l'avènement du bois entoilé, étaient les canoës d'écorce des Amérindiens d'Amérique du Nord. Cette embarcation parfaite permettait aux Amérindiens de transporter marchandises et hommes dans une région parsemée de lacs et rivières. Difficile de dire à quand remontent les premiers canoës d'écorce, tant le matériau est périssable (Gidmark 1988). Les canoës d'écorce étaient faits de bandes d'écorce qui étaient insérées entre les membrures et l'écorce elle-même. L'étanchéité était assurée en les étanchéifiant à la résine de pin, une méthode qui permettait des réparations en pleine nature avec ce que l'on trouvait sur place. Cette résilience inhérente à la construction amérindienne a profondément influencé les techniques ultérieures.

L'évolution vers le canoë en bois entoilé marque un tournant significatif. Le premier canoë de ce type remonte à 1905, construit par Chestnut (De Ravel 2004, p. 38). La construction en bois entoilé des canoës et kayaks, avec son squelette bois recouvert d'une peau souple, n'était pas la première méthode de construction en bois non plus. Le premier canoë canadien, par exemple, construit en lattes sur un moule, a été édifié par Stephenson en 1857 (De Ravel 2004, p. 38), précédant ainsi les embarcations entoilées produites en série.

Il est important de noter une distinction historique et géographique dans l'utilisation de cette technique. Autrefois, ces kayaks des années trente à cinquante étaient revêtus de toile enduite. Cependant, cette construction en toile tendue sur armature était beaucoup plus répandue pour les kayaks que pour les canoës. Certains n'ont jamais vu, ou très rarement, de canoë entoilé sur squelette bois, soulignant sa rareté comparée à sa popularité pour les kayaks. On a pu observer trois canoës anciens en toile sur ossature bois de construction amateur, souvent dans des états de ruine, ce qui témoigne de leur fragilité ou de la difficulté de leur entretien sur le long terme. Le mode de construction "skin on frame", qui pourrait être associé à cette tradition, vient des pays de l'est (Allemagne ?), où il a été très populaire pour les kayaks. Les Français, eux, n'ont pas construit beaucoup d'entoilés, ou si peu. Le terme "canoë français" désignait déjà un type de yole d'aviron, marquant une orientation différente dans la culture nautique locale.

Lire aussi: Informations Canoë Verdon

Ces entreprises canadiennes, qui avaient fait leur spécialité, vendaient des canoës entoilés jusqu'en Europe, preuve de la robustesse et de l'attrait de cette nouvelle technique qui était née. Le canoë entoilé, tel qu'il a été développé, représentait une solution efficace et relativement accessible pour la navigation.

Principes de Construction du Canoë et Kayak Bois Entoilé

La fabrication d'un canoë ou kayak bois entoilé est un art qui requiert précision et savoir-faire. La structure est composée de deux éléments principaux : l'ossature en bois et l'enveloppe en toile.

L'Ossature en Bois : Le Squelette

Le cœur de toute embarcation bois entoilé est son squelette en bois, qui confère sa forme et sa rigidité à l'ensemble. Pour les bordés, le choix des matériaux est crucial. Le bordé est généralement constitué de cèdre, de spruce (épinette) ou de tilleul. Ces essences sont privilégiées pour leur légèreté, leur flexibilité et leur résistance à la pourriture. Le bordé est composé de clins plus larges et moins épais, mesurant environ 4 mm d'épaisseur. Ces clins sont souvent considérés comme moins "propres" esthétiquement que ceux des canoës tout-bois, mais leur fonction est structurelle avant tout.

L'assemblage des clins se fait contre les autres et ils sont ensuite rivés en cuivre sur des membrures plates et larges. Ces membrures, éléments transversaux qui définissent la forme du bateau, sont généralement fabriquées en frêne ou en spruce, des bois connus pour leur résistance et leur capacité à être cintrés. Les clous utilisés pour l'assemblage s'auto-rivetaient contre des bandes métalliques, une technique ingénieuse qui garantissait la solidité de la jonction. L'équerre, un outil fondamental en construction, peut ne pas être spontanément évidente à utiliser pour un novice, et la gestion des trois dimensions pas si claire, mais il n'y a pas d'alternative ; cela doit rentrer, comme l'a noté Jean Drouglazet lors de la construction de son "Glazik". Cette exigence de précision est universelle dans la menuiserie navale.

Contrairement aux canoës tout bois, qui sont faits de clins de bois rivés en cuivre sur des membrures de bois fines et assemblées avec plus de finesse, la construction entoilée privilégie une structure robuste pour supporter la tension de la toile. On remarquera l'inversion de procédé de construction des entoilés et tout bois par rapport aux écorces, où la peau (écorce) était l'élément primaire sur lequel l'ossature était fixée. Pour les embarcations entoilées, l'armature est assemblée à même le sol sur un lit de sable, la face externe sur le dessus, lui donnant sa forme approximative. Les sections préassemblées avec les barrots d'écartement, et les étraves fermées sont ensuite mises en place.

Lire aussi: Explorez le monde du Canoë-Kayak

L'Enveloppe : La Toile et son Traitement

Une fois l'ossature en bois complète, l'étape suivante consiste à appliquer l'enveloppe extérieure. L'étanchéité de l'embarcation est assurée par une forte toile tendue et peinte, recouvrant l'extérieur de la coque. Cette toile, qui peut être une épaisse toile textile, est appliquée de manière à envelopper parfaitement le cadre en bois. Aux jonctions des éléments du cadre et aux étraves, l'étanchéité est renforcée par plusieurs couches d'enduit et de peinture, garantissant ainsi l'imperméabilité de l'ensemble.

Ce type de construction, malgré ses avantages, nécessite une attention particulière. Il est crucial d'éviter de percer la toile, notamment lors de contacts avec des rochers ou des obstacles. C'est pourquoi sa notoriété a été établie sur les larges et profondes rivières et lacs nord-américains, où les risques de déchirure étaient moindres. Une fois la toile tendue, elle est enduite de plusieurs couches de peinture spécifique pour bateau. L'objectif est de rendre l'embarcation parfaitement résistante et étanche à l'eau, tout en protégeant le bois des éléments. Le kayak est mis sur tréteaux dans l'espace peinture, qui est bien ventilé, une étape essentielle pour une bonne application et un séchage adéquat des revêtements. La durabilité de l'embarcation dépend largement de la capacité de la toile à garder son étanchéité au fil du temps et des utilisations.

Le processus d'entoilage et de traitement de la toile est délicat. Il ne s'agit pas seulement d'ajouter une couche protectrice, mais de créer une coque monolithique qui combine la résilience du tissu avec l'imperméabilité des enduits. La toile doit être appliquée avec une tension uniforme pour éviter les plis et assurer une surface lisse et hydrodynamique. Les couches d'enduit et de peinture ne sont pas de simples finitions esthétiques ; elles sont des composants essentiels qui contribuent à la structure fonctionnelle de l'embarcation. La peinture protège la toile des rayons UV, de l'abrasion mineure et de la dégradation causée par l'eau.

Évolutions et Rénovation des Embarcations Bois Entoilé

Le temps a vu l'évolution des techniques de construction et l'émergence de nouvelles préoccupations, notamment en matière de rénovation et d'alternatives modernes. La longévité d'un canoë ou kayak bois entoilé dépend grandement de son entretien et de la possibilité de le réparer.

Les Kayaks des Années Trente à Cinquante : Le Défi de la Rénovation

Bernard de la Nièvre, nouveau membre sur un forum, a récemment récupéré un canoë entoilé datant du début des années 50, n'en conservant que l'armature. Ce canoë, de construction entièrement artisanale, a navigué sur la Loire. La question posée est simple : est-il possible de le rénover, notamment l'ajout de toile, qui, suppose-t-il, ne se fait plus de la même manière ?

Lire aussi: L'influence de Chapuis sur la musique d'orgue

Historiquement, les kayaks des années trente à cinquante étaient revêtus de toile enduite. La charpente, lorsqu'elle est mise à nu, est souvent beaucoup plus jolie que leur silhouette parfois un peu lourde une fois recouverte. Pour répondre à la question de Bernard, ce genre de construction en toile tendue sur armature était principalement celle des kayaks non démontables et se pratiquait dans les clubs et chez les bricoleurs. On peut donc supposer qu'il est encore possible de trouver des vieux manuels indiquant comment tendre la toile. Il existe peut-être d'autres solutions plus modernes. Une suggestion est d'essayer un plastique transparent, ce qui pourrait être plus élégant et plus léger, tout en offrant une alternative à la toile traditionnelle. Le concept "skin on frame" lui irait très bien, selon certains experts, qui soulignent que les vidéos du fabricant Cape Falcon Kayak sont superbes et très instructives, montrant comment ce type de construction est encore réalisé aujourd'hui, parfois sans un mot, les images parlant d'elles-mêmes.

La rénovation d'une telle pièce patrimoniale demande une recherche approfondie. Des pistes pour trouver des informations pourraient se situer dans les pays de l'Est où ce mode de construction était très populaire. Des fabricants comme Nautiraid pourraient également orienter les amateurs, bien qu'une construction sur mesure ait un coût potentiellement élevé. La page "Héritage Canoë Bois" dédiée aux bateaux pliants pourrait aussi s'avérer une ressource utile pour comprendre les techniques de l'époque.

Les Embarcations Pliantes : Une Variante Moderne

L'idée d'une embarcation à structure légère et amovible a conduit au développement des canoës et kayaks pliants. Cette approche de la construction en toile sur ossature pliante a permis de faciliter le transport et le stockage. Pour les kayaks pliants, la technique existe encore, par exemple chez le fabricant français Nautiraid, qui propose des modèles élégants et légers.

Cependant, les canoës toilés sur ossature pliants peuvent présenter des défis. On a pu observer des modèles métalliques ou une marque anglaise qui, bien que jolie en catalogue, se révélait mal tendue et pleine de plis une fois mise en rivière. Ce constat souligne l'importance d'une tension adéquate de la toile pour garantir à la fois l'esthétique et les performances de l'embarcation. La charpente de ces embarcations est souvent un élément d'une grande beauté technique, mais le rendu final dépend crucialement de la qualité de l'entoilage.

Le Concept "Skin on Frame"

Le "skin on frame", ou "peau sur cadre", est une technique qui perdure et gagne même en popularité, notamment grâce à des ressources modernes comme les vidéos en ligne. Ce concept repose sur l'idée de recouvrir une ossature en bois, souvent très légère et minimaliste, d'une toile tendue qui forme la coque du bateau. C'est une construction qui honore la simplicité et l'efficacité des méthodes traditionnelles, tout en bénéficiant de matériaux contemporains pour la toile et les traitements d'étanchéité. L'absence de paroles dans certaines vidéos de démonstration souligne l'aspect universel et visuel de cette technique, rendant l'apprentissage accessible bien au-delà des barrières linguistiques. La popularité de ce mode de construction, notamment pour les kayaks, démontre sa pertinence continue pour les artisans et les passionnés.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *