L'histoire de Viktor Lazlo est celle d'une femme aux multiples talents, dont le parcours exceptionnel est jalonné de créations artistiques variées, allant de la musique au mannequinat, en passant par le cinéma et l'écriture. Reconnue pour son hit "Canoë Rose", elle incarne l'image d'une femme libre qui attache une importance profonde aux valeurs humaines, se confiant avec sincérité et honnêteté sur son cheminement.
L'Éclosion d'une Vocation Artistique Précoce
La "vocation" de Viktor Lazlo pour les métiers artistiques est née très jeune, identifiée les premiers par ses parents. Dès l'âge de 5 ans, elle ramenait à la maison une gouache représentant un vase rempli de feuilles d’automne, ce qui incita son père à décréter qu'elle serait l’artiste de la famille. Cédant à son amour pour le violon, il inscrivit ses filles, Viktor et sa sœur, chez une dame qui dispensait des cours. Il s’avéra très vite que Viktor avait des dispositions, alors que sa sœur se révélait être la plus scientifique des deux. Depuis toujours, elle aimait danser, faire le clown, dessiner, ses cahiers d’écolière étant recouverts de ballerines, de princesses et de souliers à talons. La question de son avenir ne s’est jamais posée en dehors du domaine des arts. L'amour de l’écriture est arrivé avant les autres. Sa mère les a très tôt appris à lire, si bien que lorsque Viktor et sa sœur ont été scolarisées, elles savaient lire et écrire avant même leurs quatre ans. Pour Viktor, il s’agissait d’un véritable pouvoir, celui de savoir tourner une phrase, de raconter une histoire qui fasse oublier le présent et ouvre le champ des possibles. À douze ans déjà, elle savait qu’il lui fallait écrire pour ne pas mourir de ce que la vie vous déverse devant les yeux. C'est également à cet âge qu'elle écrivit sa première nouvelle, après avoir lu un ouvrage de Guy de Maupassant.
Les Premiers Pas dans le Monde du Spectacle : Du Mannequinat à la Musique
À onze ans, la jeune Viktor Lazlo commence déjà son aventure scénique en participant à une comédie musicale. Son élégance et sa sensualité la mènent également à débuter sa carrière dans le "show-bizz" par le mannequinat, en travaillant pour des créateurs de renom comme Chantal Thomass et Thierry Mugler. En 1980, elle intègre un projet musical, mais non sans poser ses conditions. Concernant l’intégration du trio musical "Lou and The Hollywood Banamas", Viktor Lazlo a précisé dès le début à Lou Deprijck qu’il n’était pas question qu’elle s’abaisse à se travestir en bunny, car c'était pour elle une image dégradante de la femme. Elle a uniquement accepté de chanter les chœurs d’une seule chanson, en étant avec lui sur scène, comme son égale. Elle a toujours été consciente de la place réservée aux femmes dans la société et n’a jamais capitulé. Lou Deprijck, le producteur belge qui l'a repérée, a ensuite produit ses quatre premiers albums. Cependant, les divergences se sont avérées plus importantes que les convergences, et elle a décidé de reprendre sa liberté artistique.
L'Ascension Musicale : "Canoë Rose" et la Reconnaissance
C'est en 1985 que l'artiste s'est fait connaître avec le tube "Canoë Rose". En 1985, Viktor Lazlo lance son premier opus "She", incluant ce qui allait devenir son plus grand succès français : "Canoë Rose". Concernant l'histoire de ce magnifique standard, Viktor Lazlo a d’abord écrit le texte anglais, qui s’appelait "Autumn Leaves". Cette chanson est devenue un tube en Chine et a été reprise par des artistes chinois. Boris Bergman a été sollicité pour en écrire la version française et s’est inspiré de ce que Viktor Lazlo lui a raconté pour coucher le texte sur un coin de nappe en papier dans un café. Le "Canoë Rose" de Viktor Lazlo est du symbolisme écrit, réfléchi et bien fichu. Côté histoire, ce n'est pas la "queuleuleu" ; c'est l'histoire malheureuse d'un amour fini et d'une héroïne au bout du rouleau. On ne se tape pas véritablement sur les cuisses avec cette mélancolie. La thématique cinématographique est très présente durant toute la chanson, de la musique aux paroles, en passant par le découpage de l'histoire. On ferme les yeux et on s'y croit, le grand écran est à portée de main. Le passage musical à la fin du titre a des allures de générique, Viktor Lazlo incarnant le rôle. Reste finalement cette phrase, "Fermer les volets et ne plus changer l'eau des fleurs", qui relève de la poésie, de la rencontre du fantasmagorique et du quotidien le plus basique, de la tragédie grecque et de Télématin, des questions métaphysiques et de aufeminin.com. La face B du single propose "Blueser", un titre très années 80 dans le style, de la musique d'ascenseur pour une Viktor Lazlo dont la voix est bien moins mise en valeur. Tout comme sur le "Canoë Rose", c'est Boris Bergman qui est à la manœuvre. Cet auteur alambiqué a écrit pour des interprètes aussi différents que Bashung, Nicole Croisille, Christophe, Isabelle Perillhou, Eddy Mitchell, Tino Rossi ou Michel Delpech, se révélant tout-terrain, ambitieux et malin. Les paroles et la musique de la face A ("Canoë Rose") sont de Y. Raven et B. Bergman, tandis que la face B ("Blueser") est de P. Roger, V. Lazlo et B. Bergman.
Viktor Lazlo aime particulièrement écrire des chansons qui racontent des histoires, un exercice périlleux car il faut dire beaucoup en peu de mots. C’est dans son dernier album "Woman" qu'elle donne vraiment libre cours à ce type d’écriture. Elle chante en français et en anglais, et quand une chanson "sort" en anglais, elle n’essaie pas de la traduire en français, sauf rares exceptions. L’impact du message est le même, si bien sûr il est compris. Concernant sa voix de velours, très reconnaissable, Viktor Lazlo a toujours détesté son timbre de voix sur disque. Elle ne peut pas écouter ses chansons, sauf si elle y est obligée pour répéter. Elle n'est jamais satisfaite du résultat obtenu en studio, mais a fini par s’y habituer. Elle préfère sa voix parlée. En 1996, elle lance l'opus ambitieux "Verso" aux influences funk et dub, qui voit la participation des stars de reggae Sly & Robbie.
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Une Présence Scénique et Télévisuelle : Au-delà du Chant
Forte de son succès, Viktor Lazlo a présenté le Concours Eurovision de la chanson en 1987 en Belgique. Mais à part le métier de chanteuse, elle est également très présente dans le monde cinématographique et à la télévision, démontrant l'étendue de ses talents. La thématique cinématographique est d'ailleurs intrinsèque à son art musical, comme en témoignent certaines de ses chansons qui ont la particularité de raconter merveilleusement bien une histoire. Concevoir une chanson comme un "film" permet, selon elle, de donner plus de profondeur au texte et à la musique.
L'Écriture : Un Amour Originel et un Exutoire
Comme mentionné précédemment, l'amour de l'écriture est arrivé avant les autres formes d'expression artistique pour Viktor Lazlo. Elle a souligné que l'écriture a toujours été sa survie. Elle n’était pas malade, donc elle n'est pas "guérie", mais l'écriture, même si elle lui permet de raconter des histoires, est un exutoire. Au niveau de l'écriture, la différence dans sa manière de concevoir une chanson et un roman est notable. Le roman procède d’une toute autre gestation. En ce qui la concerne, elle attend que l’histoire ait pris forme en elle pour la laisser sortir, si possible d’une traite, sinon par de longues périodes d’isolement. La chanson est une "gestation spontanée", ce qui est parfaitement contradictoire, mais qui dit bien l’immédiateté du genre. Elle répond à un besoin urgent et s’exprime indifféremment en français ou en anglais, sans qu'elle ne cherche à modifier le cours des choses. De nombreuses rencontres sont venues jalonner son parcours artistique et littéraire. Bernard Lavilliers, par exemple, a été le premier à la pousser à écrire ses propres textes en français, alors qu'elle n'écrivait jusqu’alors qu’en anglais. Patrick Chamoiseau l’a encouragée à écrire de la prose, et Édouard Glissant lui a donné confiance en elle.
Viktor Lazlo, Femme Engagée et Citoyenne du Monde
Le nom de scène Viktor Lazlo vient du personnage interprété par Paul Henreid dans le film "Casablanca". Elle a donné de nombreuses explications à ce choix au fil des années, mais la seule qui vaille vraiment est celle qui a vu le jour au fil de son travail en psychanalyse. Elle croit qu’ayant été élevée dans une famille dominée par les hommes, elle a dû en déduire que pour avoir voix au chapitre, il fallait être un homme. Alors, en "endossant" le nom de ce personnage de fiction, charismatique mais discret, gagnant et plein d’honneur, elle a dû s’imaginer qu’elle pourrait viser quelque chose de plus grand qu’elle-même, de plus important, et réussir à se dépasser.
Née en Bretagne, d’un père martiniquais et d’une mère grenadienne, et grâce à sa carrière artistique qui l'a amenée à voyager beaucoup, Viktor Lazlo se considère comme une citoyenne du monde. Elle a beaucoup voyagé, rencontré des publics de toute sorte et, de manière plus définitive, elle s’est rendu compte que tous les êtres humains sont sensibles à la même chose : l’authenticité, l’honnêteté. Quelle que soit la langue qu’ils comprennent, les larmes qu’ils versent sont provoquées par ce qu’ils ressentent, et il en va de même pour les rires. Elle qui a toujours mis un point d'honneur à parler la langue de l’autre, a fini par apprendre qu’on peut très bien se passer de mots. Et donc de nationalité, donc de pays.
L'Auteure des "Passagers du Siècle" : Réflexions sur l'Histoire et l'Identité
Viktor Lazlo a publié son quatrième roman, "Les Passagers du Siècle", aux éditions Grasset. Dans cet ouvrage, elle évoque deux événements majeurs, l’Esclavage et la Shoah, avec bienveillance et respect. L'idée de ce roman est née de sa sensibilité à l’injustice commise envers autrui, depuis sa plus tendre enfance. Quand elle entend un commentaire ou qu’elle assiste à un comportement déplacé d'où sourd le plus hypocrite des racismes, elle ne tient pas, il faut qu’elle s’en mêle. À force de se retrouver dans des conflits, quelquefois même entre amis ou en famille, elle a décidé de coucher cette histoire sur papier, de prendre du recul et de tenter d’analyser de la façon la plus objective le destin des populations noires et juives. Elle a fait cela également parce qu’une part de son histoire personnelle demeure enfouie et ne lui a jamais été révélée. Les acteurs sont morts et n’ont pas laissé de trace. Elle s’interroge : "Peut-être suis-je moi-même à la fois juive et descendante d’esclave ?" C’est à l'occasion de la parution de ce livre, "Les Passagers du Siècle", que Sports and People News a eu l'immense plaisir d'accueillir la merveilleuse Viktor Lazlo, la célèbre interprète du hit "Canoë Rose".
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Hommages et Renouvellements Artistiques : Le Jazz au Cœur
Aujourd'hui, Viktor Lazlo refait parler d'elle grâce à son hommage à Billie Holiday. Accompagnée de quatre musiciens, elle interprète le répertoire de Billie avec grâce de sa voix chaude et veloutée, passant en revue une vingtaine de classiques tels que "Summertime", "My Man", "Love For Sale". C’est dans une ambiance de cabaret que Viktor Lazlo a souhaité rendre hommage à Billie Holiday. Sa carrière musicale fut aussi marquée par ce bel hommage rendu à l’artiste. Après les 150 dates du spectacle Billie Holiday, elle a voulu continuer dans cette voie et a monté un récital autour de Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald et bien sûr, Billie Holiday, afin de mettre en exergue leurs ressemblances et dissemblances. Le répertoire qu’elles ont en commun est riche et très mélodieux, et elle aime beaucoup l'interpréter. Le duo virtuel entre Viktor Lazlo et Billie Holiday sur "Georgia On My Mind", extrait de l'album "My Name Is Billie Holiday" paru en 2012, est un exemple marquant de cette démarche.
"Woman" et la Liberté d'Expression : Un Opus Engagé
En 2017, paraît "Woman", le dernier album de Viktor Lazlo. Cet opus très engagé fait écho à sa vie personnelle. Avec l’âge, elle se cache moins derrière des politesses ou des discrétions de façade. Il fallait expurger de nombreuses blessures pour ne pas somatiser, alors elle a crevé l'abcès et raconté, en laissant chacun comprendre qui voudra. Aujourd’hui, elle est une femme épanouie et libre. Panser ses plaies est une façon de renaître, de revivre, et l’écriture l'a aidée à guérir, comme elle l'a souligné.
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