Le Cher, cette rivière emblématique du cœur de la France, offre aux pagayeurs une diversité de paysages et d'expériences inégalée, s'étendant sur environ 240 kilomètres. De ses méandres sauvages au nord de Montluçon jusqu'aux eaux plus calmes et majestueuses de la Touraine, en passant par l'incontournable château de Chenonceau, la rivière se révèle comme un véritable terrain de jeu pour les amateurs de canoë. Un périple détaillé, réalisé du 9 au 21 juillet, illustre parfaitement cette richesse, débutant à Saint-Victor et s'achevant à Civray-de-Touraine, peu après Chenonceaux, retraçant les défis de la pleine nature, les rencontres inattendues et la contemplation de l'histoire architecturale.
Préparation et Premiers Coups de Pagaie : L'Immersion dans le Cher Sauvage
L'aventure sur le Cher commence souvent bien avant le premier coup de pagaie, nécessitant une logistique minutieuse pour couvrir une telle distance. Dans le cadre d'un tel voyage, la veille du départ peut être consacrée au dépôt du matériel à Saint-Victor, petite commune située au nord de Montluçon, après un long trajet depuis les Pyrénées-Orientales. Le véhicule est alors laissé en aval, à Civray-de-Touraine, au camping chez Canoë-Company, un choix judicieux pour la récupération. Le retour au point de départ s'effectue ensuite par les transports en commun, un itinéraire qui peut inclure un train depuis Chenonceaux via Bourges, suivi d'un bus jusqu'à Montluçon puis Saint-Victor en fin d'après-midi, permettant une arrivée préparée pour l'embarquement.
Le vendredi 9 juillet marque le début de la navigation. L'embarquement s'effectue à Saint-Victor en fin de journée, vers 18h. Les premiers kilomètres, environ huit, mènent aux environs de Varigny, offrant un aperçu immédiat de la nature parfois exigeante du Cher. À peine deux kilomètres après le départ, le premier obstacle se présente sous la forme du barrage de Sauljat. Le niveau du Cher, souvent peu élevé sur cette portion, ne facilite pas l'accès pour un portage à travers la végétation dense de la berge. La solution réside alors dans un passage manuel du kayak à travers les rochers et les blocs de béton ferraillés, une manœuvre qui requiert attention et prudence. Un peu plus loin, le barrage des Bregnats impose une difficulté similaire, nécessitant de nouveau de passer à travers les cailloux. Après avoir traversé de grandes étendues d'eau formées par d'anciennes sablières, le premier bivouac est établi en rive gauche vers 19h30. Le repos du soir est alors particulièrement bienvenu après cette première journée, marquée par le voyage et les premières épreuves de la rivière.
Les Caprices de la Météo et la Persévérance du Navigateur
Le cours d'une telle aventure fluviale est souvent rythmé par les éléments naturels, et le samedi 10 juillet débute sous le signe d'un orage nocturne. Au cœur de la nuit, vers minuit et demi, il faut se lever en urgence pour sécuriser le matériel et rassembler sacs et bidons sous la bâche protectrice. Les premières hostilités durent une bonne heure, mais le tonnerre se fait à nouveau entendre vers 6h30, annonçant un nouvel orage. Le lever final n'intervient qu'aux alentours de 9h30, après la pluie, et s'accompagne d'une présence constante de moustiques. Ce désagrément se révélera récurrent, obligeant l'installation quotidienne d'une moustiquaire sur le hamac chaque soir.
Sur cette section du Cher, la faible profondeur de l'eau est une constante. La pagaie touche régulièrement le fond, contraignant le canoéiste à descendre fréquemment pour tirer le kayak sur les gravières et les nombreux seuils enrochés. Ces difficultés sont particulièrement notables au niveau du pont de l’autoroute A71 reliant Bourges à Clermont-Ferrand. Si le premier seuil en amont peut être franchi en touchant le fond, le second, en aval, s'avère plus délicat. Quelques centaines de mètres plus bas, un arbre déraciné barre intégralement le lit de la rivière. Le passage s'effectue alors en tirant le kayak sous la cime immergée. Cette abondance d'obstacles naturels témoigne de l'impact d'une forte crue survenue quelques semaines auparavant, qui a causé d'importantes dégradations aux berges, laissant sur le parcours quantité d’arbres couchés, des embâcles sur les piles des ponts, des détritus végétaux sur les rives et des dépôts limoneux sur les hauts de berges. L'arrivée au camping de Vallon-en-Sully vers 14h offre l'opportunité d'une bonne douche, très appréciée après ces deux premiers jours intenses.
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Rencontres Inattendues et Beauté Sauvage du Cher
Le dimanche 11 juillet, la nature se montre sous un autre jour. Au lever, une épaisse rosée tapisse la pelouse du camping, et une brume matinale enveloppe délicatement l'environnement. Le soleil, perçant à travers, annonce une belle journée. Depuis le premier jour, la navigation se déroule sur une partie très sauvage du Cher, souvent loin de toute civilisation. C'est l'isolement le plus complet, la pleine nature, offrant une beauté saisissante. Au détour d'une courbe, une rencontre inattendue : un étudiant "thésard" est aperçu les pieds dans l'eau. Il s'agit d'un géo-morphologue, absorbé par des prélèvements de graviers pour des comptages et granulométries, soulignant l'intérêt scientifique de cette rivière préservée.
La navigation continue de présenter ses défis. Au pont de Lételon / La Perche, environ quatre kilomètres après Urçay, le passage sous la quatrième arche droite s'effectue tout juste en touchant le fond, même si le niveau semble suffisant. Des comparaisons avec des clichés pris en juin 2008 montrent les variations de niveau possibles, illustrant la vigilance nécessaire. L'arrêt pour le bivouac est fait vers 16h, en rive gauche, un kilomètre après le pont d'Ainay-le-Vieil / Meslon. Les rares arbres propices à l'amarrage d'un hamac sont souvent très embroussaillés, nécessitant l'usage d'une machette pour aménager les lieux. La journée est belle mais l'atmosphère reste lourde et orageuse, se confirmant par deux averses successives entre 19h et 20h en soirée.
Navigation entre Histoire et Industrie : Les Détours du Cher
Le lundi 12 juillet, l'orage gronde au loin et le ciel est couvert. Une fine pluie accompagne le lever et persiste une bonne partie de la matinée. Le parcours mène au passage du Pont-canal de La Tranchasse, franchi sous la première arche droite, un ouvrage d'art impressionnant. Plus loin, un seuil en amont de Saint-Amand-Montrond est atteint, suivi du pont de Saint-Amand-Montrond. À la sortie de la ville, une pause repas s'impose vers 11h30. À peine le temps de manger qu'un orage éclate, forçant une attente sous la cape jusqu'à 13h30, avant de reprendre la descente sous une pluie intermittente l'après-midi. La traversée de nombreuses zones sableuses occasionne autant d'échouages, rappelant les difficultés persistantes de la faible profondeur. L'arrivée à 16h au camping Les Platanes de Bruère-Allichamps, dans un cadre agréable et avec des gérants très sympathiques, offre un répit bienvenu.
Le mardi 13 juillet réserve son lot de manœuvres complexes. Peu après Bruère, l'ancien barrage des Bordes exige une attention particulière. Le passage se fait dans un goulet assez étroit, où trône un magnifique rocher à contourner par la droite, là où le courant est le plus fort. Le barrage de Le Priat, 2,8 km avant Bigny, se révèle infranchissable en raison d'un niveau du Cher trop bas. L'ouvrage bétonné est trop haut pour un portage direct. Des images comparatives de 2008 témoignent des différences spectaculaires de niveaux. Le contournement par la berge droite est également impossible, avec un talus trop haut et embroussaillé. La solution la plus évidente est alors d'emprunter le canal de dérivation qui dessert une usine de cartonnage à Bigny. Ce canal, bien que plaisant, présente de nombreux embâcles. Il faut être vigilant au passage d'un petit pont en milieu de parcours, à cause des branches coincées dessous, même si, avec le courant presque nul à cet endroit, le passage se fait sans problème ce jour-là.
Au bout du canal, à Bigny, le chemin mène devant une porte qui alimente un bras d'eau retombant vers le Cher. Un peu plus loin, on débouche sur un cul-de-sac au niveau de l'usine. Un retour s'impose, une dizaine de mètres avant la porte, pour sortir le kayak sur la berge droite, le seul endroit pas trop haut pour hisser le matériel. L'accès en face, de l'autre côté de la route, est clôturé et surtout très embroussaillé, rendant toute tentative de rejoindre le bras vers le Cher illusoire. La berge, très escarpée et enrochée, complique encore la manœuvre. Heureusement, un "papy" sympathique indique un accès au Cher plus haut, utilisé par les loueurs locaux. Le matériel est laissé au bord de la route tandis qu'un déplacement en voiture permet de reconnaître le lieu. Le portage se fera en retour sur la petite route qui longe le canal, peu après le lieu-dit « Petite Forge » (un gîte rural). Un sentier est visible à côté de deux gros chênes et relie très facilement le Cher une vingtaine de mètres plus bas. Pour ceux qui emprunteraient ce canal, il est suggéré d'éviter d'aller jusqu'au bout et d'essayer de sortir dans le virage au niveau du gîte pour raccourcir le portage. L'arrivée au niveau du pont de Bigny, juste avant le bras descendant du canal, révèle que le niveau d'eau y est en réalité très bas.
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Sur cette portion, les premiers canoës (quatre) sont rencontrés sur un planiol entre Bigny et Boissereau, descendant jusqu'à Châteauneuf-sur-Cher. En début d'après-midi, le barrage de Boissereau est atteint. Le kayak est échoué au milieu du barrage pour une visite des environs. Un petit sentier existe, passant par un champ de céréales et rejoignant plus bas la berge gauche du Cher. Cependant, la sortie amont est impossible à cause du niveau toujours trop bas et d'un bas de berge largement envasé. Le meilleur passage consiste à emprunter, le long de la rive droite, le canal qui mène à Châteauneuf. Cinquante mètres après l'entrée, un petit pont est franchi, et immédiatement après, à gauche, une mise à l’eau permet de recouper la pointe de l’île et de retomber en bas du barrage, en rive droite du Cher principal. Le portage est facile sur environ 150 mètres : remonter la mise à l’eau, traverser le petit chemin et se diriger en face (sur la pelouse entre deux acacias) pour redescendre sur la berge droite du Cher. Le Cher reste toujours aussi sauvage, offrant de nombreuses observations d'oiseaux. Le faible niveau d'eau persiste, obligeant à toucher fréquemment le fond jusqu'à Châteauneuf et La Petite Roche, presque 5 km plus loin, où le campement est établi. Même en hauteur, le sol des berges est très chargé de dépôts limoneux et reste très humide, assurant une cohabitation continue avec les moustiques.
Entre Portages et Paysages : Le Fil de l'Eau vers la Touraine
Le mercredi 14 juillet, le voyage se poursuit. L'arrivée au barrage du Moulin du Breuil, deux kilomètres avant Lunery, présente une option de portage qui, ce matin-là, manque d'attrait. Il s'agit de prendre l'entrée du bief du moulin, sortir le matériel sur le quai à gauche, puis traverser la gravière pour regagner le Cher. Bien que le portage soit très court, la décision est prise de passer à la droite du déversoir, en échouant le kayak sur la margelle et en le descendant à la corde sur la pente bétonnée. Cette méthode demande de la prudence, car avec peu d'eau, la pente peut être assez abrasive. Après le deuxième pont routier de Lunery à Chanteloup, une attention particulière est requise pour ne pas manquer le petit bras du Cher qui part sur la droite. La suite du parcours sur ce bras secondaire est particulièrement agréable. Après le barrage de Rosières, la sortie du bras secondaire offre une pause repas au Fourneau, peu avant Saint-Florent-sur-Cher, sur un bras isolé.
À l'arrivée à Saint-Florent en milieu de journée, le temps est pluvieux. Le déversoir se présente sous un aspect peu engageant, et sa passe à canoë n'inspire pas confiance. L'idée d'embarquer de l'eau, ou pire, de chavirer, est à éviter. Une comparaison avec des images de juin 2008 montre des niveaux d'eau très différents. Heureusement, à cinquante mètres avant le déversoir, une mise à l’eau a été aménagée sur la berge par le Club de Canoë-Kayak de Saint-Florent. Il est possible de remettre à l'eau après le déversoir, mais par manque d’eau à certains endroits aux abords du pont, un portage s'impose jusqu'après l'ouvrage. À 14h, une forte pluie se met à tomber. Le point d'embarquement sous l'abri des arbres est le lieu d'attente jusqu'à 15h30, moment où les hostilités météorologiques cessent et la descente peut reprendre. L'arrêt est finalement pris au camping de Villeneuve-sur-Cher.
Le jeudi 15 juillet débute à 8h30, avec un bon petit vent de sud-ouest mais un ciel encore nuageux. Un arrêt à Preuilly permet de faire quelques courses dans une boulangerie-épicerie. Le Cher conserve son caractère courant sur cette portion, mais les touchers du fond sous les ponts et aux passages des seuils restent fréquents. Cependant, une grande satisfaction est de marquer le premier jour sans portage, un jalon appréciable dans le périple. La rivière reste sauvage, offrant de beaux paysages. Cette sauvagerie présente aussi des défis, notamment la difficulté de trouver un emplacement idéal pour le bivouac en soirée. Les berges sont souvent très embroussaillées, boueuses, et les arbres fréquemment chargés de détritus charriés par la dernière crue. Finalement, un endroit parfait est découvert, deux à trois kilomètres après Brinay en berge gauche, sur la pointe de « l’Ile des Saules ». Le lieu est tranquille, situé sur un haut talus au pied d'une propriété agricole, offrant un cadre propice au repos.
Le Cher entre Activités Humaines et Faune Sauvage
Le vendredi 16 juillet, l'embarquement a lieu vers 9h. Rapidement, deux kilomètres plus bas, le pont SNCF au sud-est de Vierzon est atteint. Ses piles sont chargées d'embâcles, et le passage dans le courant sous l'arche choisie exige de la prudence. Le seuil à l’entrée de Vierzon se prend par une veine en bord de rive gauche, qui coule sans rupture de pente, tandis que le reste de la largeur du cours est traversé par un seuil d’une quarantaine de centimètres à peine, une observation spécifique à la date du passage. De passage à Vierzon en milieu de matinée, le kayak est amarré peu avant le pont pour quelques courses complémentaires en ville. L'arrêt pour le bivouac du soir est choisi dans un secteur sauvage et éloigné de tout, appelé « l’Ile de la Vallée », une dizaine de kilomètres après Vierzon. Le temps est orageux encore une fois en ce mois de juillet, et un nouvel orage s'abat en fin d'après-midi.
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Le samedi 17 juillet, le départ vers 9h se fait sous un temps couvert et avec un peu de vent. Sur quatre à cinq kilomètres en amont de Châtres-sur-Cher, un marathon de pêche est organisé durant le week-end, compliquant la navigation. Il faut zigzaguer d'une rive à l'autre pour éviter les lignes tendues des postes, qui traversent la rivière d'une berge à l'autre. À la sortie de Châtres-sur-Cher, le passage du barrage de l’usine électrique est faisable par la berge gauche. Après avoir amarré à l'angle de la retenue, la manœuvre de navette est effectuée pour transporter le chargement en aval de l'ouvrage. Le kayak est sorti une trentaine de mètres en amont du barrage par la berge, haute d'environ 1,50 mètre, mais jugée la plus praticable. Heureusement, les foins étaient fauchés, rendant le remorquage du kayak à travers champ moins ardu. L'arrêt au bivouac est à 3,5 kilomètres avant Saint-Julien, en bas de la propriété « Olivet ». C'est l'occasion d'un premier contact téléphonique avec Claude, qui finit son propre voyage en canoë sur l’Allier et la Loire avec des amis. Un rendez-vous est fixé au camping de Châtillon-sur-Cher le lundi 19 au soir pour une étape commune le lendemain.
Vers les Eaux Calmes : La Transition du Cher
Le dimanche 18 juillet, le départ se fait vers 9h, sous un soleil éclatant et un ciel dégagé. Dans cette région, le Cher conserve une bonne dynamique, et aucun obstacle majeur ni seuil présentant un manque d'eau n'est à franchir. Un arrêt est marqué à Chabris pour la pause de la mi-journée, sur le plan d’eau du « Moulin » en amont du village. Le bivouac est établi en rive gauche, quatre kilomètres avant Selles-sur-Cher. La journée est chaude, mais le choix d'étapes courtes permet de prendre son temps. La recherche d'un emplacement de bivouac idéal prend toujours du temps, le retrait de l'eau laissant les bas de berges très envasés, limitant l'accès.
Le lundi 19 juillet marque une étape courte. Après le passage à Selles-sur-Cher, il est vivement conseillé, quatre kilomètres plus loin sur la droite, de s'arrêter pour une petite visite du très joli pont canal sur la Sauldre. Cet ouvrage est visible depuis le Cher, et il suffit de remonter cette petite rivière tranquille sur un peu plus de 200 mètres pour l'admirer. La Sauldre, vue en aval du pont-canal, se jette dans le Cher en contrebas. Le Canal du Berry (désormais déclassé) n’est aujourd’hui utilisé que par de petites embarcations de tourisme, témoignant d'une histoire fluviale passée. L’étape est très courte ce jour-là, permettant une arrivée au camping de Châtillon en début d'après-midi, situé en rive droite juste avant le pont du village. Claude rejoint le campement en fin d'après-midi, offrant une petite visite de Saint-Aignan et montrant le franchissement du déversoir, le passage sous le pont étant exclu. Ces quelques heures de détente sont agréables, et un nouveau rendez-vous est pris pour l'étape suivante.
Le mardi 20 juillet, le voyage continue de réserver des découvertes. Au passage, Claude révèle un nid de castors « camouflé » sous des branchages, un spectacle rare et fascinant de la faune locale. Le franchissement du déversoir se fait facilement par un court portage sur la pointe de l’île. À Saint-Aignan, la descente du Cher sauvage, caractérisée par une végétation abondante, prend fin. C'est ici que commence une autre facette de la rivière.
Le Cher Canalé : Un Paysage Fluvial Redéfini
Au-delà de Saint-Aignan, le Cher révèle une atmosphère différente. Si entre Blois et Amboise, la Loire se prête magnifiquement à la pratique du canoë, offrant un horizon vaste où le regard vagabonde librement, le Cher à hauteur de Chenonceau propose un tout autre décor. Entre Tours et Saint-Aignan, cet affluent de la Loire est canalisé et parfaitement navigable. Cette navigabilité est rendue possible grâce aux plans d’eau, ou biefs, créés par des barrages à aiguilles construits il y a plus d’un siècle et demi. Ces aménagements historiques rappellent une époque où les bateaux empruntaient le Cher pour éviter la portion difficilement navigable de la Loire en amont de Tours. Cette voie d'eau donnait alors accès au canal de Berry, d’où l'on pouvait rejoindre le canal latéral à la Loire, puis le canal du Centre. Bien que ce parcours impliquât le passage de seize écluses sur 80 kilomètres, il offrait un confort de navigation bien supérieur.
Aujourd'hui, l'absence de courant sur cette section du Cher rend la navigation particulièrement sereine. Le canoë canadien glisse sur l’eau à la seule force des coups de pagaie, transformant le parcours en une expérience méditative. Au petit matin, des écharpes de brume s’attardent sur l’eau, créant une atmosphère de féerie. Venant de l’amont, le château de Chenonceau apparaît presque d’un coup, après un virage, offrant un spectacle architectural saisissant.
Chenonceau depuis l'Eau : Un Spectacle Architectural et Historique
Le château de Chenonceau, tel un pont habité de conte de fées, s’étire au-dessus de l’eau avec une grâce inégalée. Ses arches donnent l'impression d'une duchesse relevant ses jupons pour ne pas se mouiller, créant une image poétique et mémorable. L’absence de courant contribue à rendre l’eau aussi lisse qu’un miroir, où les arches se dédoublent dans un reflet presque parfait. Cette vision laisse souvent les pagayeurs éblouis, les incitant à s'arrêter de pagayer pour admirer pleinement le spectacle. Un guide nautique, également photographe, ne se lasse jamais de capturer cette scène, notant que "quand on regarde la photo, on ne sait plus distinguer le château de son reflet !". À cet endroit précis, les bateaux du XIXe siècle devaient baisser leurs mâts pour pouvoir traverser, un détail qui ajoute à l'histoire du lieu. Inévitablement, l'envie est grande de passer et repasser sous les "jupons" de ce château qui fut la propriété de Diane de Poitiers et de Catherine de Médicis, se connectant ainsi à des siècles d'histoire française.
Une fois arrivé à Civray, le parcours principal se termine. Cependant, une option fascinante existe : redécouvrir le château de Chenonceau dans l’autre sens, en partant de Civray et en remontant vers l’amont. Cette perspective offre une nouvelle appréciation du monument : "C’est aussi très beau car on distingue le château d’assez loin, il grossit progressivement." Le matin, le soleil levant peut pointer entre les arches, traverser les vitres du château, créant des jeux de lumière éphémères et magnifiques. Au coucher du soleil, les rayons caressent la façade ouest, enveloppant le château d'une "lumière de Touraine, chaude, enveloppante." Cette lumière est particulièrement "très jolie à partir de mai", mais les mois de "septembre et début octobre" sont souvent préférés pour leurs fins de journée plus longues et leur lumière "magique," offrant des conditions idéales pour une expérience mémorable.