Le Canoë Canadien à Voile : De l'Aventure Personnelle aux Racines d'une Tradition Séculaire

L'aventure humaine prend parfois des chemins inattendus, souvent motivée par un désir profond de réalisation personnelle et de connexion avec la nature. Jean-François, ou Jeff, se laisse facilement embarquer dans des projets un peu fous. Pour autant, il a pour habitude de les mener à bien, comme le montre la construction de son runabout de 4,30 m. Cette fois, il discute avec deux amis qui naviguent régulièrement et loin en canoë : descente du Rhône du Léman à Marseille, Tour de Corse. Ce soir-là, il est question de la descente de la Sioule en Auvergne. Départ dans 2,5 mois. L'aventure tente bien Jeff, mais à condition de le faire sur un canoë de sa propre construction. Le voilà donc devant un nouveau chantier à réaliser en accéléré.

Jeff commence par acheter les plans sur le site français canotier.com pour 60 €. C'est un petit canoë, dont le modèle porte le nom de Ricochet. Les plans arrivent en format papier avec tous les couples à l'échelle 1, et une notice de montage précise. Cela va accélérer le chantier pour toute la partie traçage. Cet exemple contemporain de construction artisanale s'inscrit dans une longue histoire, celle d'une embarcation à la fois simple et élégante, qui a su s'adapter et évoluer au fil des siècles, intégrant même la voile pour étendre ses capacités.

Le Canoë Canadien : Définition, Image Populaire et Étymologie

Quand on pense canoë canadien, on pense aventure, grand nord et trappeur. Le canoë canadien, dans l’image populaire, c’est l’élégance et la simplicité incarnées. Mais si nous poussons un peu plus loin, nous aurons du mal à décrire un canoë canadien. Alors voyons cela ensemble. Le canoë, ou canoé, dénommé canot au Canada et canoë canadien en France, est un type de pirogue légère non pontée, mue à la pagaie simple, destiné à la navigation sur les rivières et les lacs. Un élément distinctif et pertinent pour notre exploration est qu'il peut éventuellement être doté d’une voile triangulaire, lorsque le canoë est alors équipé de dérives latérales. Conçu à l’origine par des peuples d’Amérique du Nord, le canoë est aujourd’hui utilisé dans diverses pratiques récréatives et sportives. Vous êtes convaincu ?

L'histoire de ce terme, ainsi que celle de l'embarcation elle-même, est riche. Le mot « canoë » provient de l’espagnol canoa, qui vient de l’arawak Ka-no-a, qui signifie « flotter sur l’eau ». Le mot canoé apparaît en France en 1584, quand Leroy parle de « canoes indiennes », sans tréma. La forme « canot » est consignée dans le Dictionnaire françois de César-Pierre Richelet en 1680. Dix ans plus tard, canoes et canot furent consignés dans le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière. Canot est déjà présent dans les récits de Marc Lescarbot et est entré dans l’usage en Nouvelle-France dès le milieu du XVIIe siècle comme en font foi les Relations des jésuites. Le remplacement du « e » par le « t » provient probablement du rapprochement des mots ayant la même assonance, comme « fagot ». La forme « canot » reste la forme utilisée jusqu’au Littré. La confusion entre le canoë et d’autres embarcations vient également du mode de propulsion de ces embarcations assurée par une pagaie, objet non fixé à l’embarcation qui permet une grande souplesse notamment pour orienter l’embarcation. Un exemple concret est le Canoé en bois de type canadien avec ses deux rames, avec puits central amovible, signé G.SEYLER, qui illustre cette tradition de construction et de conception.

Aux Sources du Canoë Canadien : Un Outil Indigène Essentiel et l'Apparition de la Voile

C'est sur le continent nord-américain que débute l'histoire du canoë ouvert, le plus proche parent de notre canoë actuel. Les embarcations humaines les plus anciennes sont des pirogues monoxyles, construites à partir d’un tronc d’arbre évidé. Le canoë des Amérindiens avait un rôle central dans leur vie quotidienne et était utilisé sur les lacs et rivières pour le transport, le travail (pêche, chasse, cueillette), la guerre, les actes culturels et l’exploration des territoires. Ces embarcations étaient faciles à construire avec les matériaux locaux, pour se déplacer et transporter des marchandises. Les premières traces de ces bateaux pourraient remonter à 2 500 ans avant JC (Gendron, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 8).

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La construction du canoë en écorce faisait appel à des techniques complexes, qui variaient selon les régions et les populations. Le canoë était généralement construit à partir d’une structure en bois, constituée de lanières de bois (frêne) ployées, rigidifiées par des barres d’écartement. Cette embarcation était très légère (facilitant le portage), très maniable, mais aussi très fragile. À titre d’anecdote, les Amérindiens ne toléraient pas que les Européens montent dans leurs canoës avec leurs grosses bottes. De plus, lorsqu’ils voulaient aborder la rive, les autochtones devaient se jeter à l’eau pour éviter que le canot ne heurte la grève. Quand venait le temps de faire un portage, le canot d’écorce était avantageux vu sa relative légèreté. Jacques Cartier découvrit le canot en 1534, qu’il utilisa ultérieurement pour certains de ses déplacements. Le premier contact d'un Européen avec ce type de bateau remonte à 1576 (Robert-Lamblin, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 9). L'un des premiers Européens à écrire sur l'intérêt de ce type de bateau est Champlain, un Français, en 1603 (Solway 1997, p. 6).

Un aspect souvent méconnu mais fondamental de ces embarcations traditionnelles est l'intégration de la voile. Le canoë à voile était déjà utilisé par les Amérindiens pour se déplacer sur les lacs, démontrant une ingéniosité remarquable pour exploiter les forces naturelles et faciliter leurs longs voyages. Solway (1997, p. 6) retrace bien la bascule de l'écorce au tout-bois, une transition qui a marqué l'évolution de ces embarcations sur les terres canadiennes. Au Canada (autour de Peterborough et Lakefield), dès 1860, on innove dans les tout-bois (techniques de jointoiement des lattes) et on construit sur moule, perpétuant l'héritage des pionniers canadiens de la belle construction bois. Ces techniques et cette adaptabilité ont permis au canoë de traverser les âges et de se développer dans diverses régions du monde.

L'Émergence du Canotage en France et l'Introduction du Canoë Canadien

Le canotage est apparu en France dans les années 1820. Attention, on ne parle pas encore de canoës, loin de là. Lecaron (in Karr, Gatayes et col 1858, p. 4) mentionne des canots à Paris vers 1823. Il s'agissait à l'époque de bateaux construits par des chantiers navals de marine marchande : robustes, massifs, formes arrondies. On peut distinguer « trois périodes distinctes, trois étapes du progrès. On a fait d'abord des embarcations mixtes, pouvant aller indifféremment à l'aviron et à la voile. On en est venu de là aux embarcations manœuvrées exclusivement à l'aviron, mais servant en même temps à la course et à la promenade. » Bref, on passe de bateaux de travail en mer à des bijoux de compétition (Jung, in Karr, Gatayes et col 1858, p. 16). Les lieux de pratique se concentraient sur la Seine, notamment à Neuilly, Asnières, Argenteuil, Chatou et Bougival (Viard, in Karr, Gatayes et col 1858, p. 11).

Le canotage dans un canoë ou un kayak met du temps à se développer en France. La périssoire en était le plus proche parent. De Ravel (in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 12) souligne cette lenteur. Ce n'est qu'en 1878 que l'Exposition Universelle de Paris présente trois canoës Canadiens, marquant une étape cruciale dans leur introduction sur le territoire français. Deux ans plus tard, en 1880, la revue Le Yacht commence à écrire au sujet du "canoeing". Il semble que les premiers Français à se lancer en dehors des ports de plaisance furent des avironneurs. En Grande Bretagne, le kayak bois a vite décliné, mais on assiste à son renouveau en mode pliant, par les Allemands au début du XXe siècle (Davis 1997, p. 12). Les congés payés et le fait que la SNCF ait accepté le transport de ces grands bateaux ont largement contribué à l'essor de la discipline en France (Ravel, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 28). Le Touring Club de France, section canoë, a d'ailleurs créé des camps dédiés et a même édité des cartes de France du canoéisme (De Ravel, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 26).

Trois associations ont fortement contribué au développement du canoë kayak en France (en parallèle de la Fédération Française de Canoë-Kayak). La plus ancienne et la plus importante par le nombre de licenciés et les infrastructures est le Touring Club de France, section canoéistes. Le Canoë Club de France, fondé en 1904 par Albert Glandaz, est à l'origine de la plupart des premières et le diffuseur de la technique de la pagaie simple, avec une parution mensuelle dès 1906 : le Bulletin du Canoë Club (qui deviendra plus tard La Rivière). La plus récente est le Kayak Club de France (Cf. Archives vidéos. Canoë Peterborough, in SEXE, Croisières en canoë, 1908-1912, éd. Gallimard). Ces clubs ont joué un rôle prépondérant dans la popularisation et l'organisation de la pratique, souvent en lien avec des lieux emblématiques comme Bry-sur-Marne, juste en face du Perreux-sur-Marne, berceau français de la technique de la pagaie simple.

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Les Spécificités Françaises et le Dialogue entre Canoë et Kayak

En France, les constructeurs n'ont pas suivi la technique des entoilés, ce qui différencie leur approche de certaines traditions étrangères. Mais aussi la différence des lieux de pratique : les rivières françaises sont plus étroites et caillouteuses que les lacs et rivières d’Amérique du Nord, ce qui a inévitablement influencé les conceptions locales.

Le dialogue entre le canoë et le kayak a également marqué le développement des sports nautiques en France. C'est un allemand qui, le premier, modifia un kayak groenlandais en l'agrandissant (notamment l'ouverture) et en le dotant d'une structure démontable (Mahuzier 1945, p. 6). La place du kayak restait à faire. Et plutôt que de se positionner en tant que petit frère du canoë, ces auteurs ont ressenti le besoin de faire du kayak le concurrent. Leurs kayaks étaient bien plus légers et manœuvriers dans les torrents difficiles, donc bien plus appropriés aux pagayeurs sportifs français. Ils permettaient notamment d'esquimauter, le premier esquimautage ayant été réussi par Marcel Bardiaux en 1932 (De Ravel, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 12). Le Kayak Club de France a participé à la création de la Fédération Française de Canoë en 1932 (Ravel, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 12), soulignant l'importance croissante de cette embarcation.

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