L'artillerie, subdivision essentielle de l'Armée de terre, représente une force de puissance de feu capable de délivrer un coup décisif et destructeur en un espace et en un temps donnés. Au sein de l'Armée, l'artillerie est considérée comme un auxiliaire de l'infanterie, lui fournissant l'appui de ses feux ; l'infanterie est considérée comme la « reine des batailles », hormis le cas du siège d'une place forte. L'armement, l'organisation et la doctrine d'emploi de l'artillerie française sont déterminés par ces principes : il s'agit donc essentiellement d'une artillerie légère et mobile. Cependant, la stabilisation du front et la transformation du conflit en une guerre de tranchées et une guerre industrielle conduisent cette arme à muter, se développer, et prendre le premier rôle.
Organisation et structures de l'artillerie
L'artillerie est une arme de l'Armée de terre française, dépendant du ministère de la Guerre. La gestion de son personnel et de son matériel relèvent de la direction de l'artillerie, complétée par la direction des poudres et salpêtres, ainsi que la direction des troupes coloniales. L'uniforme est traditionnellement bleu nuit, couleur jugée moins salissante, avec des bandes écarlates sur les pantalons et les culottes. L'habillement et l'équipement sont légèrement différents entre le personnel monté, les conducteurs et les hommes des batteries à cheval, et celui non monté, les servants des batteries montées et de l'artillerie à pied.
L'unité de tir est la batterie. Trois batteries forment un groupe, trois à quatre groupes forment un régiment d'artillerie. Chaque division d'infanterie dispose d'un régiment d'artillerie de campagne, constitué de trois groupes soit neuf batteries, alignant un total de 36 canons de 75 mm. Ces divisions d'infanterie sont regroupées par deux pour former un corps d'armée, avec comme élément organique un régiment d'artillerie supplémentaire, à quatre groupes soit douze batteries, c'est-à-dire 48 canons de 75 mm. Les dix divisions de cavalerie n'ont chacune qu'un groupe d'artillerie à cheval, composé de trois batteries à cheval.
Le canon de 75 mm : la révolution technique
Lors de son entrée en service en 1897, le canon de 75 mm est une pièce d'artillerie assez révolutionnaire. Comme les autres pièces de sa génération, son tube est en acier, le canon est rayé et le chargement se fait par la culasse ; mais il a la particularité d'avoir un système de chargement rapide, et surtout un frein de recul lui permettant de ne presque pas bouger lors du tir, remettant tout seul le tube en position et d'atteindre ainsi des cadences records. Le tir du 75 mm est plutôt tendu, ce qui permet de faire des ricochets pour frapper derrière une crête, mais l'empêche de battre les replis de terrain. L'instruction des canonniers prévoit donc l'emploi d'une charge réduite et d'une plaquette permettant un tir beaucoup plus courbe, mais court. Les artilleurs disposent du choix entre plusieurs projectiles : l'obus à balles, le shrapnel, utilisé contre le personnel ; l'obus explosif, contre le matériel, un bois, une localité ou un retranchement ; la boîte à mitraille pour le tir à très courte portée ; ainsi que des obus fumigènes, traceurs, incendiaires, éclairants et lacrymogènes.
Évolution vers l'artillerie lourde et de siège
Au début du conflit, l'artillerie française est composée essentiellement d'une artillerie légère de campagne. L'artillerie lourde de campagne est assez limitée en 1914, surtout par rapport à son homologue allemande : la faute en revient aux désaccords entre les services, au manque de financement et à la domination du 75 mm. Néanmoins, l'artillerie de campagne étant insuffisante pour détruire les retranchements adverses, les Français se dotent progressivement d'une artillerie lourde moderne. La stabilisation du front et la transformation du conflit en une guerre de tranchées et une guerre industrielle conduisent cette arme à muter.
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On commence à créer 20 régiments d’artillerie lourde hippomobile comprenant chacun trois groupements, destinés à former l’artillerie lourde de corps d’armée et d’armée. Au plus haut niveau, on réunit les moyens jusqu’alors émiettés, dont l’artillerie lourde à grande puissance apparue dès 1916, en créant en janvier 1917 une Réserve générale d’artillerie lourde. C’est dans la 1ère division de la R.G.A.L. que l’on trouve l’artillerie lourde sur voie ferrée, composante stratégique comprenant neuf régiments. On procède donc à l’installation de canons lourds sur des plates-formes, comme le 305 mm modèle 1906-1910 pesant 340 tonnes ou l’obusier de 520 mm Schneider.
Fonctionnement balistique : canons, obusiers et mortiers
Il y a une importante distinction technique à établir entre ce qu’est un canon et ce qu’est un obusier. Les canons tirent un projectile à une vélocité relativement élevée et qui suit une trajectoire en ligne droite. Quant aux obusiers, ceux-ci tirent un projectile à une vélocité plus faible et qui suit une trajectoire arquée. Les canons ont une portée plus élevée que les obusiers, mais ces derniers sont plus versatiles. Le mortier, quant à lui, tire un projectile à un angle très élevé et sur une courte distance. Étant donné que le mortier fait feu à un angle élevé, son tir est indirect par définition et la pièce ne requiert pas de mécanisme sophistiqué pour absorber le recul, puisque toute la force du tir est poussée vers le sol.
Les pièces d’artillerie modernes sont dotées de mécanismes de contrôle du tir qui les rendent capables d’effectuer des tirs directs et indirects. Lors d’un tir direct, l’équipage d’un canon parvient à voir la cible et pointer directement son tube dans sa direction. Pendant un tir indirect, l’équipage du canon, qui ne parvient pas à voir la cible, applique certains calculs d’azimut et d’élévation selon un point de référence préétabli. Cette méthode requiert qu’un observateur soit posté plus à l’avant du front, ou que le tir soit dirigé à partir d’un point central de coordination.
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