La natation française a vu défiler de nombreux talents, mais peu ont marqué les esprits avec autant d'intensité et de complexité que Camille Lacourt. Figure emblématique des bassins durant la décennie précédente, le nageur narbonnais a transcendé sa discipline pour devenir une icône médiatique. Pourtant, derrière l'image de la « belle gueule » des bassins, proclamée malgré lui après sa moisson lors des championnats d’Europe de Budapest en 2010, se cache un parcours marqué par des sommets sportifs vertigineux et des vallées psychologiques profondes. À l’occasion de la diffusion du documentaire « Strong, aussi forts que fragiles » sur Prime Video, Camille Lacourt s’est confié sur l’enjeu de la santé mentale dans le sport de haut niveau. Victime de souffrances psychologiques durant sa carrière, l’ancien nageur partage son expérience et parle à cœur ouvert des conséquences de son échec aux Jeux olympiques de Londres, en 2012.
La genèse d'une fragilité invisible
Il a été l’un des principaux visages de la natation française lors de la décennie précédente. Camille Lacourt se confie sur sa santé mentale et les difficultés psychologiques qu'il a rencontrées durant sa carrière de nageur à l'occasion du documentaire "Strong, aussi forts que fragiles", diffusé sur Prime Video. Pour beaucoup, le succès semble linéaire, mais la réalité du sportif de haut niveau est souvent faite de fractures invisibles. Camille Lacourt a connu une période de souffrances psychologiques après son échec aux Jeux de Londres, à l’été 2012. Un burn-out qu’il évoque dans le documentaire « Strong, aussi forts que fragiles », consacré au tabou de la santé mentale chez les sportifs.
Pour Ouest-France, il replonge dans cette période de doutes, la genèse de cette séquence difficile et la façon dont il a fait le deuil de l’image parfois erronée que le grand public a de lui. « 99 % des gens pensent que je suis champion olympique. Au moment où je rentre à la maison. Quand tous les artifices redescendent et que je me retrouve dans mon appartement. Ma compagne est à côté de moi, enceinte, et pourtant ça ne repart pas. Avant cela, j’avais toujours réussi à relativiser quand quelque chose n’allait pas. Mais cette fois-ci, je n’ai pas la force, ni l’envie. Je n’ai plus d’émotions qui me traversent, comme s’il n’y avait plus rien. J’ai vraiment l’image de moi qui tombe dans un trou. Et il y a plein de mains qui me sont tendues mais je ne les prends pas. Je garde les épaules basses. Je n’ai pas envie de m’en sortir. C’est très dur. Il faut plusieurs semaines, quelques mois. J’ai été souvent exécrable avec mes proches. Combien de fois je leur ai dit : « Tu ne peux pas comprendre ce qui m’arrive ». »
Cette période fut marquée par un refus de l'assistance, même de la part de professionnels. « Vous étiez suivi par un préparateur mental (Thomas Sammut, aujourd’hui aux côtés de Léon Marchand) à l’époque. Quand je suis au fond du trou, je ne voulais pas attraper sa main. Il m’a appelé de nombreuses fois car il savait que ça n’allait pas. Il a l’a très vite senti après les Jeux. » Cette introspection pousse le nageur à questionner le sens même de son engagement : « Bien sûr. Pourquoi vivre une vie comme celle-ci ? Être obligé de se lever tous les matins, avoir une hygiène de vie qui doit tendre vers la perfection. Pourquoi être dans le dur tout le temps, avoir des courbatures 300 jours par an ? Est-ce que c’est vraiment utile ? »
L'apogée d'un athlète et l'exigence du haut niveau
Malgré ces tourments, Camille Lacourt, 32 ans, est resté un géant ! Par la taille (il culmine à deux mètres), mais surtout par le talent. Avec quatre couronnes mondiales, cinq titres continentaux et pléthores de récompenses nationales, le Narbonnais dispose de l’un des plus beaux palmarès de la natation française. Camille Lacourt s'est révlé en 2010. Trois médailles d'or en une semaine, un sourire ravageur : une star est née. Aussi à l'aise dans les bassins qu'à la fashion-week de Milan, Camille Lacourt devient le chouchou de la presse en tout genre. Son palmarès lui ne cesse de s'étendre. Quatre fois champion du monde, cinq fois champion d'Europe, 21 titres de champion de France : un monument de son sport.
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Néanmoins, il manquera toujours à ce compétiteur acharné une distinction olympique. C’est la raison pour laquelle il a décidé de clore sa carrière lors des championnats du monde de Budapest, histoire de boucler la boucle dans une ville qui l’a révélé aux yeux du monde en 2010 et d’effacer sa déconvenue des Jeux de Rio où, quatre ans après avoir échoué au pied du podium, il a dû à nouveau se « contenter » d’une cinquième place sur « son » 100 m dos. Le nageur français a sauté pour la dernière fois dans le grand bain ce dimanche 30 juillet à l'occasion de la finale du 50m dos des Mondiaux de Budapest. Déterminé comme jamais, à 32 ans, Camille Lacourt rêvait de finir sa carrière en beauté. En demi-finale du 50m dos ce samedi 29 juillet, le nageur de Marseille a impressionné.
La gestion des blessures et la persévérance
La carrière de Lacourt a été ponctuée de défis physiques majeurs. Le triple champion du monde, Camille Lacourt, a déclaré forfait dimanche pour les championnats d'Europe de natation de Berlin. Présent sur le plateau de l'émission Stade 2, il a annoncé n'avoir pas suffisamment récupéré de sa blessure à une hanche il y a deux mois. Qualifié à la fois pour le 50 mètres et le 100 mètres dos de ces Euros-2014, il s'était imposé sur ces deux distances aux championnats de France à Chartres, en avril.
Manque d'entraînement, soins obligatoires : « Je ne peux pas m’entraîner plus d’une demi-heure donc ce n’était pas possible d’être compétitif aux championnats d’Europe », a-t-il dit. Grand pourvoyeur de médailles aux mondiaux de Barcelone en 2013, le nageur marseillais a reconnu au passage avoir « songé à arrêter » sa carrière. C'était il y a quelques années, avant ses titres, lorsqu'il enchaînait les blessures. « Mais il faut savoir se relever et revenir plus fort », a-t-il déclaré, affirmant vouloir continuer jusqu'aux Mondiaux 2015 de Kazan puis aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro. Après une première défaite difficile à digérer aux Jeux Olympiques de 2012 et une tumeur bénigne à la hanche, le champion a dû faire preuve d'une résilience constante pour rester au sommet.
La transition vers une vie après le sport
Après une longue et brillante carrière en tant que dossiste français, Camille Lacourt décide de tout arrêter le 30 juillet 2017 à Budapest. C’est la tête haute que le nageur quitte les bassins puisqu’il sort champion du monde du 50m dos lors de cette dernière course. C’est en effet à Budapest en 2010 que le nageur français se révèle à l’occasion du championnat d’Europe d’où il sort double champion. Après de nombreux titres nationaux, ce premier sacre international lance la carrière du jeune homme ; il deviendra premier champion du monde de la natation française l’année suivante. Il enchaîne alors les compétitions et rafle tout.
La reconversion génère parfois du stress chez les sportifs de haut niveau. Certains n’hésitent pas à parler de « petite mort ». « J’ai anticipé ma reconversion. J’y pense depuis de nombreuses années et depuis septembre, je suis très investi. Je me sens serein. Il n’y aura pas de « petite mort », au contraire, ce sera plutôt une renaissance. J’ai ouvert un bar, je suis une formation pour intervenir lors de séminaires. Tout se passe bien, je travaille et je progresse. La natation, c’est une partie de ma vie qui aura été fantastique et je ne l’oublierai pas, mais de nouveaux horizons s’ouvrent à moi et ils sont tout aussi palpitants. »
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Si le projet de bar à cocktails dansant n'a pas survécu sur le long terme, Camille Lacourt a su pivoter. Il a travaillé en profondeur avec la marque Clarins et anime aujourd’hui des séminaires pour mettre son expérience d’athlète de haut niveau au profit des autres, notamment dans le monde de l’entreprise. Il a également de nouveau effectué un voyage à Haïti avec l’UNICEF aux côtés duquel il est engagé depuis plusieurs années. Côté natation, le play-boy de la natation française en a bel et bien fini avec les bassins. Il s’épanouit dans sa nouvelle vie.
Engagement humanitaire et transmission
Camille Lacourt, quintuple champion du monde et champion d’Europe, fait partie de ces sportifs qui mettent leur parcours d’exception au service d’une cause profondément humaine. Au sein de l’association « Un sourire à la vie », Camille intervient à travers des ateliers d’initiation à la natation, dans l’eau comme sur le bord des piscines, mais aussi lors de moments de préparation physique et mentale. Ce travail avec les enfants leur permet de garder une condition physique essentielle pour affronter les traitements, mais aussi de développer une meilleure perception d’eux-mêmes, de leur potentiel, de leurs capacités.
Camille est une figure inspirante, un repère bienveillant et rassurant. À son contact, les jeunes retrouvent confiance, se sentent encouragés, pris au sérieux dans leur parcours. Il souhaite transmettre sa passion aux générations futures : « Au mois d’août, un stage de natation est organisé à Fontainebleau avec des enfants et je serai présent pour leur transmettre mes connaissances et leur expliquer que le plus important est de s’amuser dans sa pratique sportive. Quand j’étais petit, il y avait régulièrement des stages « Franck Esposito ». Je ne pouvais pas m’y rendre parce que c’était un peu loin de Font-Romeu, mais j’aurais adoré rencontrer un sportif pour qu’il me dise : « Régale-toi ! ». »
Concernant l'avenir des jeunes nageurs français, il se veut encourageant : « Avec Jérémy Stravius, vous serez les « anciens » de l’équipe de France. Si les jeunes ont besoin de conseils, nous serons là pour les aider. Mais il me paraît important qu’ils puissent se réinventer et trouver leur propre ADN. Pour cela, ils peuvent s’inspirer de notre parcours, mais il convient surtout qu’ils s’assument et qu’ils aient confiance en leur potentiel. Ils ont longtemps évolué dans notre ombre et aujourd’hui, c’est leur tour d’occuper le devant de la scène. »
Influence médiatique et image publique
À l’instar de Laure ou de Florent Manaudou, Camille Lacourt est un « people » à part entière. « Ce n’est pas forcément ce que je préfère, mais ça m’a aidé à obtenir des contrats publicitaires et à vivre des expériences extraordinaires. J’ai été égérie pour Chanel. Je le suis également pour Clarins. J’ai ma statue au musée Grévin. Tout cela est incroyable ! Si quelqu’un m’avait annoncé ça il y a dix ans, je n’y aurais jamais cru. J’ai beaucoup de chance. »
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Ce statut, il l'utilise pour défendre des causes qui lui tiennent à cœur. « J’aime à répéter que le mieux, lorsqu’on est connu, c’est de pouvoir donner le sourire à des gens sans rien faire. Par exemple, lorsqu’on me demande des photos ou des autographes, je vois partir les gens avec le sourire. C’est juste génial ! Ça me prend deux secondes et ça donne du bonheur. » Son approche des médias a évolué avec la maturité : « J’ai disputé ma première finale mondiale à 24 ans. J’avais plus de plomb dans la tête qu’à 19 ans. Quand je suis revenu des championnats du monde de Budapest, en 2010, et que tout le monde disait que j’étais le plus beau, le plus fort, le gendre idéal, je n’ai pas du tout adhéré… »
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