Le réglage du gréement dormant peut sembler mystérieux, ou délicat, au premier abord, et il est souvent nécessaire - ou du moins recommandé - de s’adresser à un professionnel. Cependant, cela ne doit certainement pas dissuader un propriétaire consciencieux de s’y intéresser de près, et de manière très régulière. Il y a tout à y gagner, comme éviter un démâtage, et c’est loin d’être aussi compliqué qu’on l’imagine parfois. Comme l’indique le nom de sa société, Cornouaille Gréement, Stéphane Hébert est un spécialiste dans le domaine qui nous intéresse, œuvrant depuis une quinzaine d'années à Concarneau. Personne n’a envie de prendre le mât sur la tête, alors contrôler régulièrement son gréement dormant est pour le moins judicieux pour éviter un tel incident potentiellement dangereux.
Un gréement correctement réglé est la clé d'une navigation plus sûre, d'une meilleure performance et d'une durée de vie prolongée pour l'ensemble du matériel. Pour le plaisancier, cela se traduit par une navigation plus sûre, avec moins de mauvaises surprises à mesure que le vent augmente. Pour le régatier, ou le marin qui recherche la performance, un réglage précis améliore le cap, réduit la dérive et procure un gain sensible en vitesse : souvent 5% ou plus par vent modéré. Les bateaux offrent un vaste champ d'optimisation. Parfois, on est déjà satisfait de voir le mât dressé et les voiles gonflées. Mais pour certains, cela ne suffit pas. L'expérience montre que plus on s'intéresse à la technique de son bateau et plus on a résolu les problèmes potentiels, plus on peut se concentrer sur l'efficacité et la qualité de l'utilisation du matériel et en tirer un maximum de plaisir. Cela permet de mieux barrer dans toutes les conditions, mieux régler les voiles et développer un œil pour savoir ce qui est correct et ce qui ne l'est pas tout à fait.
Le Gréement Dormant : Anatomie, Fonction et Matériaux
Le gréement dormant est constitué du pataras, de l’étai, des haubans, bas haubans et galhaubans. Il fait partie de l’ensemble du gréement d’un bateau, avec le gréement courant. Le but principal du gréement dormant reste de maintenir le profil qui portera les voiles à la verticale. C’est grâce à la compression du mât que celui-ci reste en place. Un profil optimisé n’est pas juste un profil droit, il doit être réglé.
Les haubans sont des câbles habituellement fabriqués en inox. Sur un voilier, les haubans sont situés de part et d’autre du mât qu’ils maintiennent dans un plan vertical par rapport au pont en réglant leur tension par l’intermédiaire des ridoirs. Les galhaubans maintiennent le mât dans un plan latéral. Ils ont leur point d’ancrage en tête du mât dans un gréement en tête ou au niveau de l’étai dans un gréement fractionné. Les haubans intermédiaires existent dans les gréements à plusieurs étages de barres de flèches. Ils sont fixés sur le mât en regard des barres de flèches supérieures. Les bas-haubans stabilisent le mât dans le plan longitudinal et déterminent sa quête. Ils trouvent leur point de fixation au premier étage des barres de flèches et maintiennent cette zone dans le plan latéral. Pour les régatiers et les connaisseurs, une désignation plus simple des haubans, comme dans la langue de bord anglaise courante, est parfois utilisée. Les haubans qui vont latéralement au mât sont les diagonales, c'est-à-dire les D. Les verticaux sont les V. Du bas, on part du numéro 1. La désignation va toujours du pont à la première barre de flèche, puis à la deuxième et, si elle existe, à la troisième. Le hauban inférieur classique devient D1, le hauban central de la première barre de flèche sous la deuxième barre de flèche au mât devient D2 et ainsi de suite. Le hauban supérieur est le V1 et devient V1/D3 à partir de la deuxième barre de flèche. Sur les yachts de régate modernes, les haubans sont vissés de manière subdivisée aux extrémités des barres de flèches dans des ferrures et non de manière continue comme sur de nombreux yachts de croisière.
De nos jours, les « haubans textiles » sont de plus en plus utilisés. Le PBO (polybenzoxazole) a une densité très élevée mais une résistance à la rupture supérieure à celle des aramides. Le Dyneema® ou HMPE est huit fois plus léger que l’acier inox, il est durable, résiste au ragage et aux UV, montre un rapport poids/résistance favorable mais n’offre qu’une élasticité réduite. Ainsi, le fluage (allongement des fibres sous charge statique sans retour à la normale) bloque l’utilisation « normale » du Dyneema® dans le réglage du gréement dormant des voiliers. Chaque matériau a ses spécificités, et le choix dépend souvent du type de navigation et des performances recherchées.
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Pourquoi un Réglage Rigoureux est Indispensable ?
Un gréement correctement réglé maintient d’abord le mât droit et en place. Il donne ensuite aux voiles leur forme prévue et élimine les flexions qui ralentissent le bateau. L'ensemble des espars, des câbles et des cordages est essentiel à la tenue et à la manœuvre des voiles.
Sécurité et Prévention du Démâtage :La sécurité est la première préoccupation. Comme le souligne Yann Dubé de Prépa Nautic, « On peut déjà commencer par contrôler les tensions, parce que si ça n’a pas été fait depuis 10 ans, ça chute beaucoup, du fait que le câble s’allonge, et on peut se retrouver avec 1/3 de la charge préconisée, avec un risque de démâtage à la clé ». Le câble, bien qu'apparemment solide, est un peu élastique. En dynamique, notamment avec la mer, le câble absorbe des chocs. Au bout d’un moment cette élasticité n’existe plus. L’effort va alors se concentrer sur les sertissages, qui sont les points faibles, puisque c’est là que le câble a été écrasé. Un entretien régulier permet de détecter ces signes d'usure avant qu'ils ne deviennent critiques.
Optimisation des Performances :Le comportement du voilier sur l’eau, l’efficience des manœuvres, la sécurité à bord, tout est une question de réglages. Une tension trop importante dans les haubans, un mât trop cintré ou mal « verticalisé » et la voile ne porte pas le bateau au maximum de ses performances. Le bon réglage de la tension de l’étai, du pataras et des bastaques (sur gréement fractionné) est essentiel. Un profil optimisé du mât, grâce à un réglage adéquat, permet aux voiles de générer la portance et la puissance maximales, améliorant la vitesse, la capacité à remonter au vent et la maniabilité. Frédéric Bourderau, créateur des mâts VMG Soromap et skipper du Sun Odyssey 40 Charrette, connaît bien l'importance de ces ajustements pour la performance globale du bateau.
Durabilité et Longévité de l'Équipement :Un gréement mal réglé soumet les câbles, le mât et les ferrures à des contraintes inégales et excessives, accélérant leur usure. Un réglage correct distribue les charges de manière équilibrée, prolongeant la durée de vie de tous les composants du gréement dormant. Les fabricants préconisent un remplacement de tout le gréement dormant au bout d’une dizaine d’années, ou 15 ans pour un bateau qui navigue moins, même si visuellement, aucun défaut n'est apparent. L'élasticité naturelle des câbles s'estompe avec le temps et les contraintes dynamiques.
Quand et à Quelle Fréquence Faut-il Vérifier et Régler ?
La régularité est primordiale pour la vérification et l'ajustement du gréement. Sur la plupart des bateaux de croisière, il est recommandé de vérifier et d’ajuster la tension au minimum tous les ans. Faites de même après chaque navigation par gros temps ou dès que vous remarquez un changement dans la forme de vos voiles. Les régatiers, eux, peuvent vouloir vérifier avant chaque course, car pour eux, chaque détail compte pour la performance.
Yann Dubé admet qu'il n'est pas toujours évident de déceler un problème. « Bah, on ne le voit pas tout le temps, des fois on voit un toron cassé, donc ça c’est évident, là on sait qu’il faut changer le câble. Mais en principe, les fabricants préconisent de toute façon un remplacement de tout le gréement dormant au bout d’une dizaine d’années, ou 15 ans pour un bateau qui navigue moins. Il poursuit : Ce n’est pas évident à comprendre ; quand on inspecte son mât et qu’on voit qu’il n’y a pas de défauts sur les câbles, on se dit qu’il n’y a pas de problème. Sauf qu’un câble, c’est quand même un peu élastique, et en dynamique, quand on navigue notamment avec de la mer, le câble absorbe des chocs. Et au bout d’un moment cette élasticité, elle n’existe plus… L’effort va se concentrer sur les sertissages, ce sont les points faibles, puisque c’est là que le câble a été écrasé. » Ce constat souligne l'importance de la prévention et du respect des préconisations des fabricants.
Les Principes Fondamentaux du Réglage du Mât : Latéralité, Quête et Cintrage
Le principe général du réglage du gréement dormant reste le même dans tous les cas : on commence par mettre le mât bien droit en latéral, et on met l’espar en compression petit à petit, progressivement, en commençant par le bas - logique. Les principaux enjeux seront ensuite : la tension dans le haubanage latéral ; la rectitude du mât en latéral ; avoir le cintre voulu (en longitudinal) ; et enfin, avoir une bonne tension d’étai pour les allures serrées dans le médium et la brise.
Le réglage du mât se réalise en agissant sur trois points : le réglage latéral, la « quête » et le cintrage du mât. Les haubans seuls ne suffisent pas pour obtenir un réglage correct.
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Réglage de la Rectitude Latérale du Mât
Le réglage latéral consiste à centrer le mât par rapport à chaque bord du voilier. Ce réglage se fait sur les haubans et galhaubans du voilier. Il sera effectué lors du matage du bateau ou lors d’un simple contrôle de gréement en cours de saison.
Pour le réglage latéral des haubans, il faut aboutir au centrage du mât par rapport aux bords du voilier. Pour cela, en plus de la vérification visuelle en se mettant en pied de mât, une bonne méthode consiste à envoyer un mètre à mesurer en tête de mât à l’aide de la drisse de grand-voile. Les distances entre la tête du mât et chacune des cadènes doivent être les mêmes d’un bord et de l’autre.
Pour contrôler si le mât est vraiment droit dans le bateau - indépendamment de la coque et des longueurs des haubans, car là aussi des erreurs peuvent se produire lors de la coupe et du laminage des terminaux - il existe une astuce qui fonctionne vraiment bien. Une méthode consiste à s'aider d'un peson à ressort, ou d'une autre balance facile à lire sous tension. Fixez la balance sur la drisse de grand-voile. Idéalement, son caisson de poulies est construit au centre du mât. Mesurez la tension, le poids de la grand-voile sur un point fixe de l'accastillage de la poulie, et ce au même endroit des deux côtés. La plupart des yachts de série sont aujourd'hui construits avec une grande précision, et il n'y a pas de différence d'un côté à l'autre. L'étai arrière n'est que légèrement tendu lors de ce processus, car l'on se concentre sur la courbure latérale du mât. Si la tension est différente, le mât n'est pas centré. Si, par exemple, vous mesurez dix kilogrammes à tribord et cinq kilogrammes à bâbord, votre mât penche à bâbord. Il faut alors compenser en ajustant les haubans. Dans un tel cas, serrez le tendeur de quelques tours sur le côté tribord et desserrez-le de la même manière sur le côté bâbord. Entre-temps, mesurez de temps en temps avec le peson à ressort pour contrôler si la tension est déjà la même des deux côtés.
Si le mât est alors vraiment d'aplomb dans le bateau avec des ridoirs appliqués à chaud à la main, la tension sur le gréement n'est pas immédiate. Une fois la tension équilibrée, il faut regarder vers le haut. Il est probable que le mât ait une courbe en S et qu'il faille le redresser avec les autres haubans. Pour ce faire, visez le long de la rainure à l'arrière et concentrez-vous sur les points d'attache, les ferrures des haubans inférieurs et intermédiaires respectifs ou les D. Vous pouvez aussi utiliser les points d'attache des haubans supérieurs et inférieurs. Desserrez d'un côté et effectuez les mêmes rotations de l'autre côté. Cela doit se faire étape par étape. Entre-temps, contrôlez toujours la courbe latérale du mât. À un moment donné, vous arriverez à un point où votre mât est droit sur le côté lorsque vous pointez vers le haut le long de la rainure.
Pour un contrôle encore plus précis de l'alignement des barres de flèches, un laser peut être très utile. Ceux qui choisissent de travailler avec le laser peuvent contrôler directement la position des barres de flèche, en particulier pour les gréements à barres de flèche, dont la symétrie est un facteur déterminant pour le réglage. Si vous n'avez pas de laser sous la main, un bon coup d'œil peut vous aider. Mais dans tous les cas, il vaut la peine de vérifier la position des barres de flèches et leur symétrie.
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Un rapide « test de vibration » permet également de détecter un éventuel relâchement caché : saisissez le mât près du pont et tapotez-le fermement. Un gréement correctement tendu transmettra une vibration nette et uniforme.
Réglage de la Quête du Mât
Le réglage de la quête du mât est importante pour l’équilibre du bateau, et l’équilibre de barre. Ce réglage va jouer sur l’ensemble du mât. En faisant basculer le mât vers l’avant, le centre de voilure avance, le rendant plus moue quand une inclinaison vers l’arrière rendra le bateau plus ardent. La quête du mât a une grande influence sur l'équilibre du bateau et sur la pression exercée sur le gouvernail ainsi que sur la position des points d'écoute des voiles d'avant. La chute de mât habituelle d'un yacht de croisière peut se situer entre un degré et un degré et demi, mais ce n'est qu'une valeur approximative. Pour chaque bateau, la chute de mât idéale pour les différentes zones de vent sera très différente, mais pour les classes mono-design, comme par exemple un X-35 ou un Swan 45, il existe des valeurs standard de tension de gréement et de chute de mât qui se sont avérées optimales au fil des années.
La mesure en elle-même est assez simple. On tire un mètre ruban dans le mât avec la drisse de grand-voile et on mesure la longueur entre le sommet et un point fixe dans la rainure du mât. Le mètre à ruban est ensuite échangé contre une corde fine à laquelle on fixe un fil à plomb aussi lourd que possible. On mesure ensuite la distance entre le point fixe et la rainure du mât, perpendiculairement au fil à plomb. La chute du mât résulte d'un calcul trigonométrique. Il est préférable d'effectuer les mesures par temps calme et sans mouvement sur le pont, afin que le fil à plomb puisse rester immobile. S'il est agité, il peut être utile de suspendre le fil à plomb dans un tube rempli.
Pour que le mât soit correctement positionné et donne une quête de 1° à 1,5°, la tension des haubans doit être sensiblement égale à celle de l’étai et du pataras. Si l'on constate que le mât est trop droit ou même incliné vers l'avant, il faut augmenter la chute du mât. C'est pourquoi cette étape est effectuée avant de mettre le gréement sous tension. Si le bateau a des barres de flèches vers l'arrière, la tension du gréement diminuerait à nouveau en allongeant l'étai. Il est vrai que sur les yachts équipés d'enrouleurs, il peut être très compliqué de modifier la chute du mât, mais il faut tout de même la contrôler.
Réglage du Cintrage du Mât
Le réglage du cintrage du mât permet de régler aussi les voiles, d’aplatir la grand-voile dans la brise et d’affiner les réglages. Le réglage du cintrage du mât se fera avec le bas étai et le réglage du pataras. Sur les bateaux avec des barres de flèches poussantes, vous n’aurez pas de pataras. Le cintrage du mât, ou flexibilité, est crucial pour adapter la forme de la grand-voile aux conditions de vent. En augmentant le cintre du mât, la grand-voile s'aplatit, réduisant la puissance et facilitant la navigation dans le vent fort. Une moindre courbure permet au contraire d'obtenir plus de creux pour les vents faibles.
Préparation et Contrôles Préliminaires Essentiels
Avant de commencer le réglage, effectuez un rapide contrôle de sécurité. Assurez-vous qu’aucun membre d’équipage ne se trouve sous le mât. Vérifiez que le mât est solidement calé. Confirmez enfin que le gréement courant est suffisamment détendu. Une drisse pourrait appliquer une charge involontaire pendant le réglage. Enfin, vérifiez l’étalonnage du tensiomètre avant la première mesure. Mal étalonné, il vous donnerait des relevés erronés.
Le réglage du gréement commence par le contrôle du mât. Examinons les principaux composants qui permettent de naviguer mieux et en toute sécurité. En premier lieu, le mât et son support. Avant de monter le mât dans le bateau, il faut bien sûr contrôler l'usure de toutes les suspensions, de tous les terminaux de laminage et des ridoirs. Des terminaux de laminage rouillés sur les haubans indiquent souvent la fin de leur durée de vie et pourraient gâcher toute la saison. Remplacer un mât cassé peut prendre beaucoup de temps et d'efforts, et ce, uniquement parce que l'on n'a pas apporté suffisamment de soin aux détails. Si l'on manque d'expérience ou d'assurance dans ce domaine, il est préférable de demander à un gréeur expérimenté de jeter un coup d'œil. Cet investissement peut ménager les nerfs et éviter des ennuis. En Angleterre, on dit : "Rust never sleeps" - la rouille ne dort jamais.
Les ridoirs sont complètement dévissés et bien graissés. On vérifie alors si le filetage est grippé. Un filetage qui se griffe ne s'améliore pas lors de la mise sous tension. La pâte de cuivre fait plutôt bien l'affaire. Mais d'autres moyens fonctionnent également, comme des graisses de haute qualité adaptées aux filetages. Lors de l'assemblage des tendeurs, il est recommandé de veiller à ce que les deux filets s'engagent en même temps.
Lors du contrôle du mât en début de saison, il faut aussi vérifier les antennes et les câbles dans le mât. La plupart des yachts sont désormais équipés de l'AIS, et c'est une bonne chose. Un signal faible est souvent dû à des dommages sur le câble ou l'antenne. L'installation du capteur de vent est aussi un point important pour utiliser l'électronique à bon escient. On peut aligner le mât sur ses supports en ligne droite sur le bord arrière, pointer un laser le long du mât et aligner le capteur de vent sur la base de cette ligne. Un laser de magasin de bricolage suffit pour cela. Les plus adaptés sont ceux avec des lignes vertes - ils sont plus faciles à voir. Une fois aligné, il est judicieux de marquer la position d'installation, afin que le codeur puisse ensuite être facilement installé à l'avenir après la mise en place du mât en hauteur, sans que la position élaborée à grand-peine ne soit déréglée. Cet effort est important car il réduit les problèmes lors de l'étalonnage de l'installation, aucune erreur de montage n'étant compensée à cette occasion. Le capteur doit être solidement fixé au mât, car un capteur qui se balancerait en haut du mât à chaque virement de bord rendrait le système inutile. Comme pour tout programme informatique, la règle est la même : les déchets entrent - les déchets sortent. Ce n'est que lorsqu'un programme est alimenté par des données propres qu'il peut produire de telles données.
Le réglage fin se fait lors du réglage du gréement sur la place d'amarrage. On peut et on doit maintenant le faire tranquillement, car là aussi, il est utile de prendre le temps d'effectuer les différentes étapes. La première : le gréement doit être droit dans le bateau. C'est fondamental pour le comportement et le réglage de la voile. Si le mât est plus loin d'un côté, le réglage de la voile d'avant devrait être différent sur une proue et sur l'autre. Pour les équipes professionnelles, s'assurer que le gréement est d'aplomb dans le bateau est une condition sine qua non. Jean-François Nevo, qui dirige AG+ Spars, constructeur de mâts aluminium et carbone à Rochefort, et qui est un régatier des plus aguerris, ainsi que Frédéric Toche de VMG Soromap, responsable du site de Rochefort, confirment l'importance de cette précision. Frédéric Bourderau, créateur des mâts VMG Soromap, insiste également sur l'importance de la rigueur.
Lors de la Coupe de l'America, la précision était une question de millimètres. Le concept consistait à aligner la quille, le gouvernail et le mât. Un théodolite était utilisé pour déterminer un point éloigné à l'avant du bateau à partir de la quille. Le théodolite était ensuite déplacé et orienté vers ce point. On pouvait ainsi viser le centre exact de la quille et avoir des points de référence. À l'aide du théodolite, il était possible de pivoter verticalement le long de la quille vers le haut jusqu'au sommet du mât. Idéalement, la quille et le centre exact du mât devraient se trouver sur la même ligne. Si ce n'était pas le cas, il fallait réajuster jusqu'à ce que le mât et la quille soient alignés. Cette méthode est certes contraignante pour la navigation de croisière, mais elle illustre l'importance de l'alignement précis.
Le Processus Détaillé du Réglage des Tensions
La tension idéale du gréement varie en fonction de la taille du bateau, du matériau du mât et du style de navigation. Pour commencer, vous devrez établir une plage de tension cible. Si vous connaissez la charge de rupture du mât (souvent inscrite sur le mât ou dans le manuel du propriétaire), appliquez la méthode suivante. Prenez 80 % de cette valeur pour obtenir la charge de travail pour l’étai. Puis appliquez une fourchette de ± 15 % pour avoir un gréement correctement tendu. Exemple : si la capacité nominale du mât est de 400 kg, 80 % donnent une charge de travail de 320 kg. La plage cible se situe alors entre 272 kg et 368 kg. Si vous ne disposez pas encore d’une plage de tension cible, voici quelques repères pour un voilier de croisière type de 9 mètres, mais il est toujours préférable de se référer aux spécifications du fabricant ou de consulter un professionnel.
Fixez le tensiomètre à un hauban ou à un étai et tirez doucement jusqu’à ce qu’il affiche une valeur stable. S’il s’agit d’un modèle qui nécessite une traction, évitez de tirer brusquement. Une traction lente et régulière reproduit la charge subie par le gréement. Notez la valeur obtenue pour chaque câble : hauban bâbord, hauban tribord, étai et pataras. Indiquez également les conditions de vent à ce moment-là. Même un simple peson à ressort calibré peut fournir une estimation, bien que la précision sera évidemment moindre. Ces relevés constituent votre point de départ. Ils permettent de voir dans quelle mesure le gréement est détendu.
Une fois que le mât est bien droit, il faut mettre le gréement à la tension nécessaire, ce qui est important pour l'assiette et la sécurité. On commence par les haubans supérieurs. Si la tension est équilibrée pour les haubans inférieurs, et si le gréement a des barres de flèche, comme sur la plupart des bateaux modernes, l'étape suivante consiste à serrer un peu l'étai arrière. La tension sur les haubans supérieurs diminue ainsi légèrement et les tendeurs peuvent être serrés plus facilement. Cela permet aussi d'éviter le grippage des filets.
Voici les étapes détaillées pour le réglage des tensions :
Étape 1 - Desserrez le bord opposé :Pour maintenir le mât centré, réglez toujours simultanément le ridoir opposé. Si vous serrez le hauban bâbord, desserrez légèrement le hauban tribord.
Étape 2 - Effectuez des réglages progressifs :Tournez le ridoir cible dans le sens horaire pour augmenter la tension, dans le sens antihoraire pour la réduire. En règle générale, un tour complet modifie la charge d’environ 5 à 7 %. Sur un objectif de 300 kg, cela représente environ 15 kg. En effectuant des demi-tours, vous bénéficiez d’un contrôle plus précis (environ 7 kg), ce qui vous évite de dépasser la tension souhaitée lorsque vous vous en approchez. Attention à ne pas bourriner au serrage !
Étape 3 - Remesurez :Après chaque demi-tour, réinstallez le tensiomètre, et relevez la nouvelle valeur pour la comparer à votre plage cible. Décidez alors si un autre demi-tour est nécessaire.
Étape 4 - Reproduisez l’opération sur l’autre bord :Une fois le hauban bâbord réglé, répétez la procédure sur le hauban tribord afin d’obtenir des tensions identiques. Prenez des repères pour réitérer ces mesures au prochain haubanage.
Alignez le mât dans l'axe de la quille. Vous devez régler les ridoirs à l’identique sur chaque bord. Mettez en ligne la tête de mât grâce aux galhaubans. Il est crucial d'aligner le mât sur ses supports en ligne droite.
Vérification et Ajustements en Mer
C'est en mer, gréement sous charge, que l’on apprécie le mieux les réglages du mât, quel que soit le gréement du bateau. Choisissez un jour de mer plate et un vent de force 3 maximum pour effectuer ces vérifications. Faites une sortie d’essai de cinq à dix milles nautiques dans un vent modéré. Observez la gîte du bateau, son cap et si la forme des voiles est propre et sans dévers excessif. Après l’essai en mer, vérifiez que le bateau tient bien le cap, que la barre est équilibrée et qu’il n’y a pas de mouvement inattendu du mât. Consignez dans votre journal la date, la force du vent, la température ambiante, la tension de chaque câble et toute remarque concernant les réglages effectués. Cela permettra d'accumuler une base de données précieuse pour les futurs ajustements et l'optimisation continue.