Bruce Willis : De l’icône du cinéma d’action aux mystères des plateaux

Les origines et l’ascension d’une star internationale

Walter Bruce Willis est né le 19 mars 1955 à Idar-Oberstein ; il est le fils de David Willis Sr., un militaire américain basé à Idar-Oberstein en Allemagne de l'Ouest, et de Marlene son épouse, une Allemande née à Cassel. Lorsqu'il a 2 ans, sa famille quitte l'Allemagne pour les États-Unis. C'est à Carney's Point Township, dans le New Jersey, qu’il passe la majeure partie de son enfance. À l'école secondaire, alors qu'il souffre de bégaiement, il montre déjà un vif intérêt pour la scène et préside le club de théâtre du lycée de Penns Grove High School. Après l'obtention de son diplôme de fin d'études secondaires, il trouve un emploi de gardien de sécurité à la centrale nucléaire de Salem puis transporte les équipes de travail à l'usine de DuPont Works à Deepwater, dans le New Jersey.

Il décide d'entamer une carrière d'acteur et suit une formation d'art dramatique à l'université d'État de Montclair. Il joue dans une représentation de La Chatte sur un toit brûlant, il quitte cette école au cours de son année junior. Parallèlement, il se consacre à la musique et il apprend à jouer de l'harmonica. Après cette expérience, il revient travailler dans des bars, mais cette fois pour un emploi à temps partiel à l'hôtel Plaza de Manhattan. Après de multiples auditions, il fait réellement ses débuts au théâtre avec la production Ciel et Terre de Broadway et acquiert de plus en plus d'expérience, notamment avec la pièce Fool for Love. Il joue également dans une publicité pour Levi's et une autre pour une marque de préservatifs féminins. Après quelques petits rôles et figurations comme dans Le Verdict avec Paul Newman ou Deux flics à Miami avec Don Johnson, Bruce Willis sort de l'anonymat en 1986 grâce à la série télévisée Clair de lune, diffusée sur la chaîne ABC.

La conquête d'Hollywood : Des blockbusters au drame

Il connaît son premier succès au grand écran avec Boire et Déboires, la comédie romantique de Blake Edwards dans laquelle il donne la réplique à Kim Basinger. En 1988, il est choisi contre toute attente pour tenir le rôle du policier John McClane dans le film d'action Piège de cristal de John McTiernan. Sa carrière se poursuit à la télévision dans les années 1980 avec le rôle de David Addison dans la série Clair de lune. Durant les années 1990, il revient pour deux suites : 58 Minutes pour vivre et Une journée en enfer. Il continue par ailleurs à s'imposer comme une tête d'affiche du cinéma d'action avec Le Dernier Samaritain, Dernier Recours, Le Chacal, Code Mercury.

La fin des années 1990 et les années 2000 sont synonymes d'une double collaboration remarquée avec le cinéaste M. Night Shyamalan qui le révèle dans un registre plus dramatique avec ses thrillers fantastiques Sixième Sens et Incassable. Il confirme son succès avec son rôle de boxeur dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino, aux côtés de John Travolta, Samuel L. Jackson et Uma Thurman. Bénéficiant d'un important engouement public et critique, Pulp Fiction devient le film culte de la décennie et lui permet de retrouver une grande popularité. Outre la saga Die Hard qu'il continue de porter avec succès, il enchaîne les films ambitieux ; ainsi, dans L'Armée des douze singes de Terry Gilliam, il voyage dans le temps et se retrouve interné avec Brad Pitt. Dans Le Cinquième Élément de Luc Besson, il doit escorter une Milla Jovovich extra-terrestre, et dans Armageddon de Michael Bay, il commande une équipe d'astronautes pour détruire une météorite qui menace l'humanité.

Le thriller d'action et l'expérience en Espagne : L'affaire « Sans issue »

Parmi ses nombreux projets, l'acteur a participé à des productions comme Sans issue, un film qui illustre les dynamiques complexes de la production hollywoodienne. Will Shaw, un étudiant américain, part en Espagne rejoindre sa famille pour une croisière pendant les vacances. Mais à son arrivée, il découvre un bateau vide et des traces de sang. Il est contacté par une mystérieuse organisation qui lui apprend que son père est en réalité un agent de la CIA. Celui-ci a disparu avec des documents importants. Will dispose de quelques jours pour le retrouver s’il veut sauver le reste de sa famille.

Lire aussi: Conditions et accès au Pont-Levis

Sans issue est le premier film hollywoodien du réalisateur français Mabrouk el Mechri. Avant de faire tourner des stars comme Bruce Willis et Henry Cavill dans ce thriller d'action, le cinéaste s'était penché sur le cas d'un autre acteur musclé, Jean-Claude Van Damme, dans l'introspectif JCVD. Sans issue a d'abord été conçu d'après une idée développée par les deux scénaristes du film, Scott Wiper et John Petro. Leur but était d'imaginer un thriller basé sur une cavale et une chasse à l'homme, une manière de rendre hommage aux grands classiques qui ont marqué le genre. Pendant l'écriture de Sans issue, les scénaristes Scott Wiper et John Petro se sont remémorés des souvenirs de croisières familiales ayant viré à la catastrophe.

Hollywood est connu pour ses dérives implacables et ses costards cravates inflexibles, qui exigent à tort et à travers en empiétant souvent sur le projet artistique d’un réalisateur pour faire rentrer le film dans un schéma défini et précisément calculé. Pourtant, le démarrage du film reste ce que le cinéma américain d’action nous a délivré des centaines de fois : un homme part en vacances avec sa famille soudée sur le voilier des parents et part faire une course à la nage lors d’une escale pour finalement se retrouver seul lors du retour, le bateau ayant remplacé ses membres par des traces de sang. Devant une intervention pour le moins suspecte de la police, notre homme de tous les jours va alors se transformer en héros en deux secondes pour une course poursuite qui lèvera le voile sur de nombreux secrets familiaux et bien plus encore.

Il suffit de voir combien le script devient vite aberrant pour s’en convaincre, tant le personnage principal qui s’avère tout de même très couillon va se retrouver malgré lui dans des situations toutes plus aberrantes les unes que les autres, comme ces éternelles fusillades dans lesquelles des professionnels surentrainés n’arrivent pas à abattre un boyscout malgré les 400 balles envoyés dans sa direction. Un scénario qui va offrir des rebondissements qui repoussent les limites de l’aberrant, se posant comme des modèles de coups de théâtre débiles et grossiers, tandis que les acteurs cabotinent tous et ne sont là que pour empocher leur chèque en se la coulant douce en Espagne, le gros du travail étant évidemment abattu par Bruce Willis & Sigourney Weaver qui expédient chacune de leurs prises en espérant pouvoir vite aller se la couler douce sur la plage.

La trajectoire tardive et l'évolution du métier d'acteur

S'il continue à tourner beaucoup durant les années 2000 et 2010, il ne parvient à regagner les faveurs de la critique qu'avec les films Sin City, Planète Terreur, Looper, ainsi qu'avec une incursion dans l'univers de Wes Anderson pour l'acclamé Moonrise Kingdom. Il redevient aussi John McClane pour Die Hard 4 : Retour en enfer et Die Hard : Belle journée pour mourir, tout en participant à Red et Expendables : Unité spéciale en 2010. En 2019, il retrouve M. Night Shyamalan et le personnage de David Dunn pour le thriller fantastique indépendant Glass, concluant la trilogie amorcée en 2000 avec l'acclamé Incassable.

Au début de la décennie 2020, la réputation de Willis à Hollywood se ternit après les témoignages de quelques réalisateurs, évoquant des problèmes de comportement en tournage. Ainsi jusqu'à fin 2021, Willis est à l'affiche de nombreux thrillers et films de science-fiction indépendants à petit budget, voire de piètre qualité. Il travaille alors principalement avec les sociétés de production Emmett/Furla Oasis et 308 Entertainment Inc. Décrits par Chris Nashawaty d'Esquire comme « une sphère de sécurité rentable » pour les acteurs plus âgés, la plupart des films sortent directement en vidéo. Pour ce genre de productions, Willis est payé deux millions de dollars pour deux jours de travail, et n'apparaît qu'environ quinze minutes dans chaque film.

Lire aussi: Tout savoir sur les voiles de voilier

Le 30 mars 2022, dans un communiqué commun, l'épouse de Bruce Willis, Emma Heming, son ex-femme Demi Moore et ses cinq filles, annoncent que l'acteur « a récemment été diagnostiqué souffrant d'une aphasie, ce qui affecte ses capacités cognitives » et qu' « après mûre réflexion, il abandonne sa carrière ». Des témoignages émergent alors dans le milieu du cinéma américain pour rappeler que, les années précédentes, l'acteur était apparu diminué lors de plusieurs tournages et qu'il avait notamment demandé des journées de travail et des dialogues raccourcis.

Les rouages industriels de la fin de carrière

Derrière ce rythme de sortie métronomique, il y a une combine, voire une industrie tout entière, plus ou moins élaborée par le tristement célèbre Randall Emmett. Plutôt que de parler de l’une de ces productions interchangeables, il est nécessaire de décrire les rouages de cette face cachée du star-system hollywoodien, qui a permis à des comédiens aussi renommés de continuer à travailler malgré leur état de santé déclinant. Rangez les fourches et les piques : pas question de se moquer de Bruce Willis, qui a décidé de mettre fin à sa carrière, étant atteint d’aphasie, mais plutôt d’évoquer les personnes qui ont continué jusqu’au bout à exploiter son image pour faire ruisseler l’argent des fans dans leur poche.

Ces films, comme Apex, Cosmic Sin, Anti-Life, Out of Death ou la trilogie Detective Knight, illustrent une période où la star, bien que diminuée, restait un aimant financier pour des producteurs peu scrupuleux. Ces projets ne faisaient que ternir une carrière immense qui, par ailleurs, avait été marquée par des collaborations avec les plus grands, de Quentin Tarantino à Luc Besson en passant par Terry Gilliam. La fin de carrière de Bruce Willis reste une page sombre de l'industrie, où la logique purement comptable a pris le pas sur la préservation de l'héritage d'un acteur qui, pendant plus de trois décennies, a défini le visage du héros musclé et vulnérable du cinéma hollywoodien.

#

Lire aussi: Innovations dans les voiles

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *