L'Art et la Manière : Bricolage et Compréhension de la Planche de Surf en Mousse

La planche de surf en mousse, communément appelée softboard, s'est imposée comme la planche idéale pour les débutants, devenant aujourd'hui la plus vendue à l'échelle mondiale. Sécurisante en cas de chute, elle offre une flottabilité remarquable au take-off et se montre quasiment increvable face aux rochers ou aux chocs dans le shorebreak. Son avènement a démocratisé la pratique du surf en moins de quinze ans, équipant quasi exclusivement les écoles, les camps d'été et les services de location. Son attrait dépasse même le cercle des novices, puisque des champions du monde tels que Mick Fanning ou Jamie O’Brien l’adoptent volontiers lors des small days. Au-delà de son rôle de produit commercial, la planche en mousse invite également à une exploration plus profonde de sa conception et de sa fabrication, ancrant le bricolage dans la culture surf.

Anatomie d'un Softboard Moderne : Composants et Construction

Pour comprendre ce qu'est une planche de surf en mousse, il est essentiel d'en examiner l'anatomie. Une planche mousse de qualité combine généralement trois couches distinctes. Le cœur de la planche est constitué d'un pâton intérieur en EPS (polystyrène expansé), qui lui confère son volume essentiel et sa flottabilité caractéristique. Pour garantir une rigidité longitudinale, un ou plusieurs stringers en bois ou en composite sont intégrés. Enfin, la planche est recouverte d'un skin extérieur : un polyéthylène mou (IXPE/XPE) sur le pont pour le confort et l'adhérence, et un slick HDPE plus rigide en dessous, optimisé pour la glisse.

Comparativement, une planche en fibre (qu'elle soit en PU/PE ou en EPS/époxy) se distingue par sa rigidité, sa légèreté et sa réactivité, mais sa fragilité est son point faible : un coup sur un rocher peut entraîner une fissure, tandis qu'un choc à la tête peut envoyer un surfeur aux urgences. La mousse, à l'inverse, se montre très tolérante : elle encaisse les chocs avec résilience, supporte les voyages en avion sans subir de dommages majeurs et pardonne aisément les erreurs de placement, ce qui la rend particulièrement attrayante pour l'apprentissage et le fun.

Le softboard moderne a vu le jour dans les années 2000 en Californie, notamment grâce à la marque Catch Surf, qui a su relancer l'idée d'une planche à la fois "fun et indestructible". Ce n'est pas un hasard si le softboard a conquis un public si large, des débutants aux écoles, et même les professionnels.

Avantages Incontestables des Softboards

Parmi les multiples atouts des softboards, la sécurité est l'argument numéro un. Le pont souple et les ailerons flexibles réduisent drastiquement le risque de blessure, que la planche revienne sur le surfeur, sur un autre pratiquant, ou sur un enfant en pleine phase d'apprentissage.

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La flottabilité maximale est un autre avantage majeur. Les softboards sont conçus pour être très volumineux, atteignant souvent 50 à 90 litres pour une 8’0. Cette flottabilité extraordinaire facilite considérablement la rame, permettant de partir plus facilement et plus tôt sur la vague, et surtout d'attraper des mousses molles que les planches en fibre laisseraient échapper.

Cette combinaison de volume accru et de grande stabilité se traduit par un take-off ultra facile et pardonné. Il est possible de se redresser tard, d'être mal placé ou en déséquilibre : la planche continue de glisser. C'est pourquoi les premières vagues prises debout le sont presque toujours sur une planche en mousse.

L'entretien est également simplifié à l'extrême, frôlant le zéro. Pas de pain de wax obligatoire, car le pont en EVA ou polyéthylène texturé offre déjà une bonne accroche. Finis les réparations de ding à chaque impact avec un caillou, et l'angoisse du jaunissement sous le soleil. Une planche en mousse se contente d'un simple rinçage à l'eau, d'un séchage et d'un rangement.

Limites et Considérations des Planches en Mousse

Cependant, tout n'est pas idyllique au pays du softtop. La combinaison d'un slick plus rigide et d'un volume important rend la planche moins vive dans les virages. Les manœuvres radicales telles que les bottom-turns serrés, les snaps ou les off-the-lips sont difficilement réalisables. La friction du polyéthylène contre l'eau est également supérieure à celle d'une résine fibre polie. En conséquence, pour une vague équivalente, la glisse sera moins longue, moins rapide, et le "pop" lors d'un re-entry sera plus mou.

L'esthétique est souvent perçue comme moins flatteuse. Soyons honnêtes, les softboards bleus fluo des écoles n'ont pas le charme intemporel d'une thruster blanche shapée à la main. En termes de durée de vie, un softboard utilisé intensivement en école tiendra généralement 1 à 2 ans. Pour un usage personnel raisonnable, on peut espérer 3 à 5 ans avant que le skin ne se gondole, ne se décolle aux extrémités, ou que le pâton EPS ne commence à prendre l'eau.

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À Qui S'adresse le Softboard ? Au-Delà des Idées Reçues

Contrairement aux idées reçues, le softboard ne s'adresse pas uniquement aux débutants. C'est certes un usage évident : une 8’0 à 9’0 en mousse est parfaite pour les 20 à 40 premières sessions, le temps de maîtriser la rame, le take-off et le placement. Pour un enfant de 6 à 14 ans, une softboard de 6’0 à 7’6 est presque obligatoire, offrant un grip parfait pieds nus, une sécurité maximale en cas de retour de planche et une légèreté facile à gérer. Il n'y a pas de meilleure option pour eux.

Les surfeurs expérimentés y trouvent aussi leur compte. Quand la houle tombe à 0,5 mètre et que les planches en fibre peinent à glisser, le softboard prend le relais, permettant de continuer à s'amuser. De plus, pour les surf-trips dans des destinations comme l'Indonésie, le Maroc, le Sri Lanka ou le Mexique, le softboard offre une tranquillité d'esprit : il survit aux soutes d'avion, aux pickups bondés et aux récifs coupants.

Concernant la taille, elle représente 80 % du plaisir sur un softboard. Pour un adulte débutant, la fenêtre utile s'étend de 7’6 (avec 78 à 90 cm de large) pour un gabarit léger (moins de 65 kg) à 9’0 pour un gabarit lourd (plus de 90 kg). Un débutant nécessite environ 0,8 à 1 litre de volume par kilo de poids corporel, soit 56 à 70 litres pour un adulte de 70 kg. Le shape mini-Malibu, avec son nez rond et sa queue arrondie, est le plus tolérant pour apprendre et faire du longboard en mousse. Un shape shortboard fun (queue swallow ou squash, plus court) exige plus de niveau mais ouvre la voie à la progression vers le surf manœuvré.

Sur le marché, les marques comme Catch Surf Odysea, Soft Tech (avec des séries comme Eric Geiselman et Handshake), Hayden Shapes Misc, et Torq TEC Mod Fun softdeck proposent des constructions sérieuses, souvent avec des ailerons FCS ou Futures interchangeables, assurant une durée de vie de 3 à 5 ans. Mick Fanning Softboards offre une gamme complète avec des performances bluffantes, des shapes signés par des shapers de renom et des finitions premium. Les mini-planches mousse de 4’0 à 5’0 sont conçues pour le fun en shorebreak, l'hybride bodysurf et les petites vagues impossibles.

Pour un budget plus contenu, on trouve Decathlon Itiwit, Wavestorm (comme celle de Costco/Lidl) et des marques no-name sur Amazon. Ces planches offrent une construction basique, une durée de vie de 1 à 3 ans, parfaites pour tester le surf sans se ruiner. Les enseignes généralistes (Decathlon, GO Sport) couvrent cette entrée de gamme, tandis que les surf-shops locaux proposent souvent Catch Surf et Soft Tech. Une 8’0 en mousse, large de 22 à 23 pouces et d'un volume de 55 à 65 litres, est le standard absolu pour un adulte de 70 kg qui débute. Comptez 300 à 500 € pour un milieu de gamme sérieux (Catch Surf, Soft Tech, Torq softdeck) qui tiendra 3 à 5 ans. En dessous de 200 €, la durée d'utilisation est plutôt de 1 à 2 ans avant de devoir envisager un remplacement rapide. Catch Surf se positionne dans le milieu/haut de gamme (350 à 600 €), offrant une véritable qualité de finition et des shapes conçus par des professionnels. Wavestorm reste une excellente option d'entrée de gamme (200 à 280 € en France), idéale pour s'initier, bien que sa finition soit moins soignée. Si le budget le permet, Catch Surf est une valeur sûre.

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L'Esprit du Shaper : De la Tradition Polynésienne au Bricolage Contemporain

Concevoir sa propre planche de surf est une activité idéale pour s'immerger profondément dans la culture surf. L'acte de shaper sa planche peut sembler intimidant, mais il s'agit en réalité d'une tâche accessible à tous. Dans le monde du surf, la fabrication d'une planche est désignée par le terme "shaper". Shaper soi-même sa planche peut être une démarche enrichissante pour acquérir l'esprit du surfeur, en comprenant les gestes et la philosophie qui sous-tendent cette pratique.

Historiquement, les Polynésiens excellaient dans la sculpture de grandes planches à partir de troncs d'arbres massifs, utilisant des outils rudimentaires pour créer des designs épais et lourds. Au fil du temps, des techniques plus sophistiquées ont vu le jour. La technique évidée, ou "chambered", exploite la solidité intrinsèque du bois en retirant de la matière pour alléger la planche, créant une structure quasi osseuse de tunnels ou de canaux internes. Cette approche préserve la robustesse tout en réduisant le poids, particulièrement bénéfique pour les planches de grande taille. La technique à structure alvéolée, dite "hollow", utilise un assemblage complexe où la planche est constituée d'une série de cavités ou d'alvéoles. Cette conception offre une légèreté remarquable et une grande résistance mécanique, avec une durabilité renforcée, certaines de ces planches pouvant être conçues sans fibre de verre ni résine. Une autre méthode est la technique de plaquage, où un noyau en mousse est enveloppé d'une fine couche de bois, combinant l'esthétique du bois avec la légèreté de la mousse. Ces approches ancestrales et modernes de construction en bois ont posé les fondations de l'art du shaper et ont inspiré de nombreux passionnés.

En 2013, à Bali, j'ai eu l'opportunité de découvrir l'art de la fabrication de planches de surf en bois. Vincent Tierny, un Français talentueux installé à Bali, était l'artiste derrière ces chefs-d'œuvre. Ce n'était pas seulement une planche, mais le reflet d'un savoir-faire et d'une passion qui transcendaient le simple sport. La fabrication d'une planche de surf en bois n'était pas pour lui une mode, mais une tradition à perpétuer. Dix ans plus tard, cette inspiration m'a conduit à me plonger dans la fabrication. La technique "Hollow" a particulièrement retenu mon attention pour sa capacité à concilier légèreté, solidité et durabilité du bois. Face à la rareté de fabricants français spécialisés en planches "Hollow" (à l'exception notable de www.uhainapo.com), la recherche de tutoriels sur YouTube a révélé la complexité technique de l'entreprise.

Pour mon 31ème anniversaire, j'ai eu la chance inattendue de recevoir un stage pour fabriquer ma propre planche de surf. Initialement, j'avais envisagé un stage chez Arbosurf au Royaume-Uni. C'est là que j'ai rencontré Fred, de chez Little Shed. Ancien charpentier marin, il a immédiatement montré un grand enthousiasme pour mon projet. J'ai donc bloqué une semaine, entre octobre et novembre, pour me consacrer entièrement à cette aventure. Le projet était une planche de 7’10”, soit 2,38 mètres, avec un aileron central. Avant même de commencer, je souhaitais lui donner une touche personnelle, en lui conférant l'allure d'un pont de bateau.

Fred, depuis la création de Little Shed, s'attache constamment à améliorer et écologiser ses méthodes. Sa méthode "Hollow Eco" m'a particulièrement impressionné, car elle utilise 75 % d'époxy en moins que les techniques traditionnelles et intègre des matériaux écoresponsables tels que le liège, le bois et la fibre de lin. Une planche conçue selon cette méthode est composée de plusieurs éléments clés :

  1. Le squelette (ou « Bone ») : C'est le cœur et l'ossature de la planche. Il est généralement réalisé en paulownia ou en contreplaqué d'une épaisseur de 10 mm.
  2. Les peaux : Elles recouvrent le squelette, à la manière de notre peau enveloppant nos os. On distingue la peau inférieure et la peau supérieure. Pour celles-ci, le choix se porte souvent sur le paulownia ou le balsa. D'une épaisseur initiale de 7 mm, elles finissent à environ 5 mm après le travail.
  3. Les rails : Ce sont les bordures de la planche, les côtés droit et gauche. Ils peuvent être fabriqués de diverses manières : en liège, en lamelles de bois encastrées, ou, comme dans mon cas, en superposant des bandes de paulownia de 10 mm d'épaisseur, taillées pour suivre la forme du squelette. Il existe également des rails spécifiques pour le nez ("nose") et la queue ("tail") de la planche.
  4. Les blocks : Ce sont de petits morceaux ajoutés à l'intérieur de la planche. Parmi eux, on trouve l'évent, indispensable car les planches ont besoin de respirer, surtout sous la chaleur du soleil, pour éviter qu'elles n'éclatent.

Cette immersion dans la fabrication d'une planche en bois, qu'elle soit "Hollow" ou "Hollow Eco", bien que distincte du shaper d'un pain de mousse pur, partage la même philosophie de l'artisanat et de la compréhension profonde des matériaux et des formes. Elle illustre la passion et la technicité qui peuvent être appliquées à la création de tout type de planche de surf.

Shaper sa Planche de Surf en Mousse : Le Processus Étape par Étape

Le processus de fabrication d'une planche de surf à partir d'un pain de mousse, souvent appelé "shaping", est une suite de gestes précis.

  1. Le patron : Cette étape est cruciale, car elle détermine le type de planche que vous allez créer. Pour le fabriquer, il suffit de visualiser la forme et les dimensions souhaitées pour votre planche. Une fois le patron dessiné et découpé, il servira de guide pour l'étape suivante.

  2. Sculpter la forme : À partir du pain de mousse, la forme globale de la planche est sculptée à l'aide d'un rabot. C'est ici que le shaper donne vie au volume et aux courbes, en suivant les lignes définies par le patron.

  3. Les finitions : Ces dernières étapes sont essentielles pour donner à la planche sa forme définitive et exigent une concentration optimale. Il faut se munir d'une ponceuse pour lisser le rocker (la courbure longitudinale de la planche) et le dessous de la planche, éliminant ainsi les irrégularités.

  4. Travailler le rail : Les rails, ou bords de la planche, sont ensuite travaillés avec des feuilles de papier de verre et une équerre pour garantir une précision parfaite et une symétrie essentielle à la performance de la planche.

  5. Le glaçage (Stratification) : Cette étape finale sert à rendre la planche résistante à l'eau de mer et à la solidifier. Le glaçage consiste à placer sur le pain en mousse un tissu en fibre de verre et à l'imprégner avec une résine d'époxy ou de polyester.

    • Préparation : Durant ce processus, il est fortement recommandé de porter des gants en latex pour protéger vos mains de la résine.
    • Placement du tissu : Dans un premier temps, le tissu en fibre de verre doit être déposé sur la mousse en suivant l'outline de la planche, en laissant dépasser le tissu de 5 cm sur les rails.
    • Imprégnation : Maintenant, il faut imprégner le tissu de verre avec la résine. Pour cela, on répand la résine sur la planche et on l'étale uniformément avec une raclette jusqu'à ce que le tissu devienne transparent, signe d'une bonne saturation. Il faut également laisser la résine couler sur la fibre de verre qui dépasse sur les rails pour qu'elle s'imprègne elle aussi.
    • Séchage : Attendez que la résine sèche. Le temps de séchage varie généralement en fonction de la température ambiante, ce qui représente une moyenne de 10 à 30 minutes.
    • Ponçage post-glaçage : Après le séchage, il est nécessaire d'utiliser une ponceuse rotative et des disques de ponçage. Commencez par un grain de 80 pour éliminer les irrégularités les plus grossières de la surface de la planche. Une fois cette étape franchie, il faudra poncer successivement avec des grains plus fins : 120, 180, 240, 360, pour finir par un ponçage au grain le plus fin, 500, afin d'obtenir une surface lisse et polie.

Entretien et Réparation Spécifique des Planches en Mousse

L'entretien régulier prolonge la durée de vie de toute planche de surf, et les softboards ne font pas exception. Le sel a tendance à cristalliser dans les coutures du skin et à accélérer son décollement. Un simple coup de jet d'eau douce pendant 30 secondes après chaque session est suffisant pour prévenir ce problème. Le polyéthylène et l'EPS, matériaux clés des planches en mousse, sont sensibles aux UV directs et prolongés, qui peuvent entraîner un jaunissement, une dégradation du skin et une dilatation du pâton pouvant faire cloquer la planche. Il est donc crucial de la stocker à l'ombre.

Pour le stockage, il est préférable de placer la planche à l'horizontale sur un rack, les pads vers le haut, sans y poser de poids ni d'objets. Une planche mousse stockée verticalement pendant plusieurs mois risque de voir ses rails se déformer.

En cas de décollement du skin, une colle néoprène de type Bostik permet une réparation propre et durable. Pour les dings (impacts) qui pénètrent le slick, un kit Solarez époxy est tout à fait adapté pour effectuer la réparation.

Si vous êtes en surf trip et que vous n'avez pas de kit de réparation sous la main, mais que l'envie de retourner à l'eau est trop forte, une solution de secours consiste à appliquer un scotch tape épais sur la zone endommagée de votre planche. Attention, cette solution d'urgence ne remplacera jamais une véritable réparation. Surtout, ne tentez jamais de reboucher une fissure sur votre planche avec de la wax, car cela ne ferait qu'aggraver la situation.

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