L'appel du large, l'horizon infini, la promesse de terres lointaines… Le voyage à la voile vers le Brésil incarne pour beaucoup de navigateurs l'essence même de l'aventure océanique. Si l'idée de parcourir des milliers de milles à travers l'Atlantique peut sembler relever du rêve, elle est rendue tangible par une planification minutieuse, une compréhension profonde des phénomènes météorologiques et une bonne dose d'adaptabilité. L'un des passages les plus redoutés et fascinants de cette route est sans conteste le Pot-au-Noir, cette Zone de Convergence Intertropicale qui met à l'épreuve marins et machines. Cependant, une navigation astucieuse et respectueuse des saisons permet d'atteindre le Brésil sans que cette zone ne devienne un piège insurmontable, transformant la traversée en une expérience mémorable.
Les Premiers Pas sur les Côtes Brésiliennes : Entre Joies de la Traversée et Démarches Locales
L'arrivée au Brésil est souvent le point culminant d'une longue traversée de l'Atlantique. Pour certains, l'expérience se solde par une entrée jubilatoire dans des ports emblématiques. Par exemple, après une belle traversée de 16 jours, des navigateurs sont arrivés à Salvador de Bahia (Brésil). Les souvenirs de cette navigation restent vifs, part le départ musclé entre Mindelo et Santa Antao, un grand classique avec 35-40 nts de vent, le reste a été vraiment facile et agréable. Le ciel était gris avec quelques grains mouillés mais pas trop venteux. Ensuite, des alizés réguliers, entre 12 et 20 nts suivant les jours, ont offert un beau temps et une mer calme quoique toujours un peu houleuse, le rêve !
Cependant, l'arrivée dans un nouveau pays, après des semaines en mer, s'accompagne de ses propres défis administratifs. À l'arrivée, l'attente pour les formalités peut être longue. Imaginez-vous, pied en plein cagnard, à devoir aller ensuite au bureau des douanes, un bâtiment introuvable. La barrière de la langue se dresse comme un obstacle majeur. Si l'on pensait que les Espagnols étaient réfractaires aux langues étrangères, les Brésiliens, c’est dix fois pire ! Il a fallu parfois repasser l’après-midi, le préposé à la validation du document étant absent. Les multiples navettes qui manœuvrent à longueur de journée dans les ports obligent souvent à changer le bateau de place. Finalement, dans un bâtiment avec plein de petits marins en uniforme, le soulagement vient : ouf, ça y est, on a nos visas pour rester 90 jours maximum par période de 6 mois, et la possibilité de laisser le bateau plus longtemps.
Les premières impressions du Brésil peuvent être contrastées. La marina peut se situer dans un quartier commercial très animé, mais aussi totalement décrépi. Comme dans toute grande ville, il y a des gens vraiment misérables partout. Donc, forcément, cela génère de la frustration et de la violence. Les habitants, souvent, ne parlent aucune langue étrangère et ne font aucun effort pour se faire comprendre. Pourtant, il est tout aussi courant de souligner la gentillesse des Brésiliens et leur approche « tranquilo » de la vie, une dualité qui marque souvent l'esprit du voyageur fraîchement débarqué.
Naviguer au Cœur du Brésil : L'Exploration de la Côte et des Rivières
Au-delà des grands ports d'entrée, la côte brésilienne offre une multitude de trésors à explorer pour les navigateurs. Une fois les formalités accomplies, il est possible de s'aventurer vers des mouillages plus reculés. Certains descendent par exemple à 70 miles au sud de Salvador dans la rivière de Camamu, un lieu enchanteur, riche en palmiers et en mangrove. On y trouve quelques très beaux mouillages et un marché local animé au fond de la rivière. L'accès à ces endroits demande parfois une navigation délicate : pour y accéder, on sort des zones cartographiées et on se faufile dans la mangrove à petite vitesse, dans 1m50 d’eau, en suivant les way-points du guide. Pour un voilier avec un faible tirant d’eau, il est possible de se faufiler partout.
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Plus au nord, l'arrivée à João Pessoa, par exemple à la marina de Jacaré, offre une autre facette du Brésil. Après une traversée parfois éprouvante, l'accueil à la marina est souvent excellent, et l'aide des locaux comme Nicolas peut faciliter grandement les premières démarches. Le contraste est frappant entre la nature sauvage de la navigation et les grands buildings de la mégapole de João Pessoa. Cependant, la magie opère toujours, que ce soit lors d'un coucher de soleil superbe ou autour d'une caipirinha partagée avec les équipages voisins à la marina. Ces moments, entre l'émerveillement de la nature et le dynamisme des villes, façonnent l'expérience brésilienne.
Le Grand Défi de l'Atlantique : Stratégies pour le Brésil et l'Évitement du Pot-au-Noir
La traversée de l'Atlantique pour rejoindre le Brésil est une étape majeure dans un voyage au long cours. Elle implique des choix stratégiques pour optimiser la navigation et, surtout, minimiser les désagréments liés au Pot-au-Noir, ou Zone de Convergence Intertropicale (ZCI).
La Traversée Classique : Cap-Vert vers le Brésil
La route la plus courante pour atteindre le nord-est du Brésil depuis l'Europe passe généralement par les îles du Cap-Vert. C'est le choix fait par l'équipage de « La Baleine », qui, en avril 2024, a traversé l’Atlantique comme le faisaient les navigateurs des années 70, avec un sextant pour faire ses points et le régulateur d’allure pour garder son cap. Ces jeunes marins ont mis presque deux ans à atteindre le Sud du Brésil, témoignant de l'ampleur d'un tel projet.
Au départ du Cap-Vert, après plus de deux mois à naviguer entre les îles et y avoir lié de précieux liens, la « sodade » (mélancolie) prend au cœur au moment de quitter l’archipel. La discussion du plan de navigation permet alors d’occuper l’esprit. La destination visée est souvent la ville de João Pessoa, sur la côte Nord du Brésil. Environ 1 500 milles séparent le Cap-Vert de cette destination. Avec un voilier en acier, comme l'Oxygène 43 (plans Joubert-Nivelt de 1984), qui fait une moyenne de 5 nœuds au portant, quand ça souffle bien, on peut espérer atteindre le Brésil en 13 jours dans le meilleur des cas. Mais c’est sans compter sur le Pot-au-Noir, qui remonte souvent bien plus au Nord des latitudes de João Pessoa.
Préparation Méticuleuse et Navigation Traditionnelle
Pour ces traversées, une préparation rigoureuse est essentielle. L'équipage de « La Baleine », par exemple, a scruté les fichiers météo avec attention, ceux-ci annonçant parfois jusqu’à cinq jours de pétole sur des milles à la ronde au large des côtes brésiliennes. La plus grande inquiétude, depuis la préparation de cette traversée, est de rester coincé dans la pétole de la Zone de Convergence Intertropicale (ZCI). Avec une autonomie moteur limitée (environ 24 heures), il est impératif de prévoir des provisions de sec et d’eau pour un mois, même pour cinq personnes.
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Une stratégie de navigation courante est, au départ, de faire un cap un peu plus Nord que la destination pour éviter de rentrer trop rapidement dans la ZCI, même si les prévisions à deux semaines sont peu fiables. À bord, la routine s'installe. Les marins notent leur estime dans le livre de bord : « 18h-20h : Génois et GV trois ris, 4,5nds, 210°. 20h30 : Le vent baisse, on envoie le spi, 3nds au 210°. 20h-22h : 3,5nds au 210°… ». La vitesse et le cap sont inscrits régulièrement, et environ toutes les 12 heures, un point est tracé sur la carte en faisant une moyenne de l'estime. Évidemment, cela n’est pas extrêmement précis mais depuis le départ de Bretagne, à 15-20 milles près, l'estime reste relativement correcte. L'un des objectifs peut même être d'arriver au Brésil sans utiliser de GPS, en s'appuyant sur un bon sextant, des impressions des éphémérides et des tables de corrections de hauteur du soleil et de la lune. Le plus difficile peut être de se procurer une carte papier de l’océan Atlantique couvrant la route, beaucoup de celles en vente ne couvrant que le Nord de l’Atlantique. L'ingéniosité est alors de mise, comme celle d'assembler sur ordinateur les cartes numériques nécessaires.
L'Épreuve du Pot-au-Noir (ZCI) : Confrontation et Adaptation
Le Pot-au-Noir est rarement une simple formalité. Les premiers jours de traversée peuvent être agités, avec une mer formée et des équipiers un peu patraques. Le vent est parfois idéal, mais la mer reste houleuse. Au fil des jours, la petite routine s'installe à bord. La mer se calme, le vent aussi. Le génois et la grand-voile sont ajustés, le bimini remis en place. La température grimpe à l'approche des latitudes équatoriales. Les sargasses, ces algues flottantes, peuvent devenir un fléau, s'accrochant au rapala et empêchant la pêche.
Les ajustements de cap sont constants pour traverser cette zone. Il faudrait être au 220 pour passer le pot au noir au plus court, mais c'est difficile de tenir au vent arrière, surtout si le tangon est trop court pour le génois et la mer encore trop formée. Rester grand largue est souvent la solution. Le temps peut se couvrir, des nuages d'altitude apparaissent, et la température devient agréable. Malgré les petits problèmes techniques (comme un grib pas résolu pour les routages, nécessitant l'usage de Windy et Ventusky), la vie à bord continue, souvent rythmée par les repas préparés avec soin par l'équipage.
La traversée du Pot-au-Noir se caractérise par des conditions très variables. On peut faire un contrebord, et puis les nuages se font de plus en plus présents, la chaleur aussi. Les grains peuvent surprendre, montant rapidement en venant par le travers, accompagnés de grosses pluies. Une erreur d'attention la nuit peut mener à un empannage sauvage, mais des équipements comme un frein de bôme peuvent prévenir les dégâts. Une écoute de grand-voile ragueuse, à deux doigts de casser, témoigne de la rudesse des conditions. Puis le vent tombe, laissant place à la pluie, la bruine, et enfin… plus de vent. "C'est le pot au noir. On y est !" La mise au moteur devient alors inévitable, parfois pour toute la journée, voire plus. Les jours de pétole peuvent être suivis d'un grand soleil tapant très fort, rendant la chaleur accablante. Les nuits peuvent alors se dégager, révélant parfois des rencontres inoubliables, comme un troupeau de rorquals tropicaux.
L'Itinéraire Optimal pour Atteindre le Brésil : Éviter l'Ouest-Est
Pour rejoindre le Brésil, la sagesse recommande généralement de suivre la route des alizés depuis l'Europe via le Cap-Vert. L'alternative, c'est respecter les saisons. Ce chemin, souvent appelé "milk run", est celui où le vent souffle dans la bonne direction, autant dire celle vers laquelle on se dirige, avec la mer de l’arrière. Les catamarans, par exemple, sont faits pour abattre leurs 160 à 200 milles par vingt-quatre heures en moyenne dans ces conditions. Cette merveilleuse trouvaille de la nature que sont les alizés, un véritable itinéraire tout tracé, permet une navigation au portant, possible même en solitaire ou en équipage réduit. Elle offre également de nombreuses escales sympathiques dans des eaux claires.
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En revanche, la route Ouest-Est depuis les Antilles vers le nord-est du Brésil est fortement déconseillée. Beaucoup ont réussi, malgré parfois la saudade de l'équipage, à éviter cette route. Il faut compter un bon mois de mer contre vent et courant à taper dans les vagues, avec une chaleur humide et un bateau difficile à aérer. Le courant de Guyane, qui en théorie est de 2 nœuds, est en pratique souvent beaucoup plus fort, mesurant 3 à 4 nœuds, même très au large. Si ce courant est un avantage lorsque l'on va dans le bon sens (avec des moyennes GPS magiques de plus de 10 nœuds), dans l'autre sens, Ouest-Est, la vitesse ne dépasse guère les 2 nœuds. Des journées à 50 milles, c'est peu lorsque l'on doit parcourir 2000 milles. La saison choisie et les prévisions seront alors plus importantes que l'île de départ sur l'arc antillais, car les alizés passent souvent du Nord-Est au Sud-Est de l'hiver à l'été.
Bien que toujours faisable, certains bateaux (peu nombreux) l'ont fait en passant à plus de 200 NM au large, mais pas avec n'importe quel équipage. Pour beaucoup, ce serait le divorce assuré ! Avec un équipage nombreux et un quart de veille constant, on pourrait essayer d'aller chercher d'hypothétiques contre-courants en rasant la côte, ou du moins un courant moins fort. Cependant, cette route présente de nombreux pièges : casiers, filets, billes de bois, détritus (parfois loin au large de l'Amazone). Ces obstacles peuvent être moins un souci pour des bateaux robustes, mais les nombreux pêcheurs non éclairés sont plus gênants, augmentant les risques de collisions ou de démâtages. Sans parler des "faux pêcheurs" ou des histoires de collisions volontaires pour ensuite exiger des tarifs de remorquage exorbitants. Il n'est pas non plus souhaitable sur cette côte de s'arrêter n'importe où. Mieux vaut se renseigner auprès des locaux. Si tous les bateaux rencontrés sur cette route ne sont pas des malfrats potentiels (certains se souviennent de seaux de crevettes gentiment offerts sans rien demander en retour), c'est un coin où il faut rester un minimum sur ses gardes, sans pour autant tomber dans de la paranoïa galopante.
Par opposition, la route Açores, Canaries, Cap-Vert, NE Brésil est certes beaucoup plus longue en milles, mais représente en réalité peu de jours de mer supplémentaires, probablement moins d'une douzaine. Particulièrement dans des conditions bien plus agréables ! La navigation au portant, les routes possibles en solitaire ou équipage réduit (2 personnes), et les mouillages en eaux claires dans des escales sympas, font de cette option un choix privilégié pour une traversée sereine et sécurisée. Il y a encore beaucoup de coins agréables, non seulement aux Açores, mais aussi aux Canaries, même si l'on évite seulement 2 ou 3 villes et marinas.
Le Tour du Monde en Voilier : Une Symphonie avec les Saisons et les Alizés
La navigation vers le Brésil, si elle constitue une aventure en soi, est souvent une étape d'un projet encore plus vaste : le tour du monde à la voile. Pour réussir une circumnavigation, deux grands principes guident les navigateurs : suivre les alizés et éviter les saisons cycloniques. La majorité des circumnavigations se fait « ouestabout » (d’est en ouest) pour profiter des vents portants dans l’Atlantique et le Pacifique.
Planification Stratégique : Quand Partir et Où Aller
Un tour du monde en catamaran n’a rien d’un rêve fou : des couples, des familles avec trois ou quatre enfants prouvent que l’aventure est à portée d’étrave. Cela ne présente pas, loin de là, le même degré d’exigence sportive, physique et mentale qu’un Vendée Globe. Il est tout à fait possible de réaliser la grande boucle en voilier sans rencontrer la moindre tempête, voire le plus léger coup de vent, mais plutôt des orages ou des grains parfois précédés de bonnes rafales.
La question essentielle n'est pas tant où aller, mais quand partir pour ce voyage d’une vie. Le temps dont on dispose est primordial. Par exemple, la famille Dolley, embarquée sur leur catamaran Nautitech 46 Open Kumbaya, était partie pour un voyage de trois années et en mettra quatre. Même s’il est toujours possible de lutter contre le chronomètre, comme on n’est pas exactement lancé dans un Trophée Jules Verne, mieux vaut compter large. Trois ans constituent une durée raisonnable pour une circumnavigation.
Le meilleur itinéraire autour du monde en catamaran est celui où le vent souffle toujours dans la bonne direction. Or, la nature étant bien faite, cette route existe, c’est celle des alizés. Dans l’hémisphère nord, les vents tournent dans le sens des aiguilles d’une montre autour des bulles de haute pression, et en sens inverse dans l’hémisphère sud. Si bien qu’en suivant une route au sud des anticyclones dans l’hémisphère nord et au nord de ceux-ci dans l’hémisphère sud, on est assuré de bénéficier de cette merveilleuse trouvaille que les Anglo-saxons baptisent « trade winds », ou vent du commerce.
L'importance de la météo est capitale. Les régions tropicales ne connaissent pas l’hiver, mais elles subissent en été de méchantes perturbations nommées ouragans, cyclones ou typhons selon la région où ces redoutables tourbillons sévissent. L’été dans l’hémisphère nord correspondant à l’hiver dans le sud et vice-versa, les candidats au tour du monde en catamaran doivent bâtir une route qui évite la saison des cyclones dans les deux hémisphères, ou du moins qui écarte l’éventualité de traverser un océan durant cette période mal famée. La règle météo simplifiée est : Nord (juin - novembre) = cyclones Atlantique / Caraïbes et Pacifique Nord ; Sud (novembre - avril) = cyclones Pacifique Sud / océan Indien.
Itinéraires Types : De l'Europe aux Confins du Pacifique
Le départ d'Europe s'effectue généralement à l'été, depuis des ports comme La Rochelle. Le cap est mis au 240° pour quitter le Golfe de Gascogne sans trop tarder. Un départ fin septembre ou début octobre reste fort possible, mais il faut alors se méfier de l’escale à La Corogne, où l'on peut se trouver coincé des journées entières par les premières grosses dépressions automnales. Mieux vaut alors viser directement Cascais.
La traversée vers les Canaries, d'environ six cents milles, permet de s’accoutumer au grand large. Si le planning est serré, certains se lancent directement dans la traversée vers les Antilles (un peu moins de 3 000 milles), que l’on atteint en quinze-vingt jours en voilier en moyenne.
Une alternative consiste à quitter Lanzarote pour une traversée, parfois non exempte de calmes, d’un millier de milles vers les îles du Cap-Vert (Mindelo) ou Dakar, ce qui présente plusieurs avantages pour l'apprentissage du grand large. De là, deux options s'offrent pour l'Amérique : soit le cap au 220° pour la plus courte des traversées de l’Atlantique (environ 1650 milles) vers la marina de Jacaré au Brésil, avec franchissement du Pot-au-Noir et de l’Équateur, ce qui peut prendre jusqu’à deux semaines ; soit naviguer vers la Guyane (cap 255°, 600 milles plus long), donnant accès à un morceau de France équatoriale, mais où l'on rencontrera une météo équatoriale, synonyme de temps lourd, très humide et peu venté. La bonne nouvelle est que le courant nord-équatorial porte au nord-est vers les Antilles, atteignant jusqu'à deux nœuds.
De l'Atlantique, on monte ensuite jusqu’à l’île de la Grenade dans les Antilles. Une fois franchi le Canal de Panama, il est conseillé de ne pas trop traîner du côté de Panama City, mais de préparer la traversée et le parcours vers les Galapagos (environ 850 milles). Les procédures administratives pour y entrer sont lourdes et chères.
L’étape suivante, vers les Marquises, est à peu près aussi longue que la traversée Canaries-Antilles (un peu moins de 3 000 milles environ au cap 258°). Une différence importante est que l’alizé souffle en général moins fort dans le Pacifique qu’en Atlantique. La meilleure période pour rallier Tahiti depuis les Marquises s’étend d’avril à juin. De là, la route mène aux Fidji (1800 milles), puis à la Nouvelle-Calédonie (650 milles) et enfin à la Nouvelle-Zélande (950 milles). Ces archipels méritent chacun d’y passer des semaines.
Les Complexités de l'Océan Indien et le Grand Retour
La dernière étape de la traversée du Pacifique mène vers l’Australie, avec la nécessité de remonter vers le détroit de Torres. La meilleure période pour quitter le Pacifique, franchir Torres avant de s’arrêter à Darwin pour viser Bali et l’Indonésie, est de juillet à octobre.
Une fois aux portes de l’océan Indien, un nouveau choix, éventuellement cornélien, se pose. La route du nord permet de visiter des destinations fabuleuses : le Sri Lanka et/ou les Maldives, puis les Seychelles, avant de remonter vers le Golfe d’Aden et la Mer Rouge. Ce dernier tronçon n’est pas anodin en termes de sécurité, même si les attaques de pirates se sont raréfiées, elles n’ont pas disparu. Quant à la saison idéale pour traverser l’océan Indien dans son nord, elle se situe en théorie de novembre à avril. Ce qui ressemblait à une route évidente et paisible dans le Pacifique, se complique un peu dans l'Océan Indien.
Une alternative est de viser Maurice, la Réunion puis l’Afrique du Sud (avec un détour éventuel par Madagascar) au meilleur moment, c’est-à-dire de juin à octobre. Les eaux sud-africaines, balayées par de puissants courants et des contrastes de masses d’air importants, sont parfois très agitées. C’est pourquoi la sagesse recommande de prendre tout son temps et d'apprécier ce pays parmi les plus beaux du monde.
Il est temps ensuite, vers le début janvier, de se remettre en route et de reprendre la navigation à travers l’Atlantique sud. Sainte-Hélène se trouve à 1 500 milles du Cap, soit une grosse semaine en catamaran, poussé par un alizé de sud-est plus régulier que son cousin de l’hémisphère nord, marquant le début du retour vers l'Europe.