Introduction
La fanfare, un ensemble musical composé principalement d'instruments à vent et de percussions, occupe une place significative dans le paysage culturel belge. Cet article explore l'histoire riche et diversifiée des fanfares en Belgique, en mettant en lumière leur évolution, leur rôle dans la société et leur adaptation aux influences musicales contemporaines.
Des Sonorités Martiales aux Festivités Villageoises
Origines Militaires et Influence Européenne
L'histoire des fanfares est intrinsèquement liée à l'évolution des musiques militaires. Dès l'Antiquité, les cuivres et les percussions étaient utilisés lors des triomphes militaires et des jeux du cirque. Au Moyen Âge, les percussions servaient à impressionner l'ennemi. Au XVIIe siècle, en France, Jean-Baptiste Lully et André-Danican Philidor intègrent des marches militaires interprétées par des trompettes, hautbois, bombardes, flûtes et timbales lors des festivités royales.
Au XIXe siècle, les formations musicales harmoniques, composées d'instruments à vent sans cordes, prennent de l'ampleur et participent à des défilés et cérémonies officielles. Ces orchestres d'harmonie, d'origine laïque et religieuse, bénéficient de la mise en œuvre de l'instruction gratuite et obligatoire à partir de 1881/1882, encourageant les jeunes à participer à des activités musicales.
Structures Fondamentales des Musiques Militaires Françaises
Les armées, profitant des jeunes appelés ayant des connaissances instrumentales, constituent des musiques militaires étoffées. Les compositeurs écrivent des airs nouveaux ou reprennent des airs connus, en y ajoutant des parties de clairons et de trompettes.
Une particularité française est la composition des musiques militaires, constituées d'une clique (tambour-major, clairons, trompettes de cavalerie) et d'une harmonie d'instruments à vent et percussions, précédée par son chef de musique. La canne de tambour-major, héritière de la canne ornementée des chefs de musique du XVIIe siècle, indique le rythme, la marche, les changements de direction et les arrêts.
Lire aussi: Vivre avec les maladies de peau
Dans une harmonie, les clarinettes et les saxophones (bois) remplacent les instruments à cordes d'un orchestre symphonique. Adolphe Sax, un Belge, invente le saxophone en 1840, un instrument qui devient essentiel dans les orchestres d'harmonie avant de devenir un pilier du jazz.
Parfois, seule la clique, sous forme de fanfare, suffit à elle-même pour rythmer la marche. D'autres fanfares sont plus spécifiques, comme les fanfares de trompettes de cavalerie, inspirées des formations musicales accompagnant les armées dès le XVIe siècle.
Transition vers les Formations Civiles
De retour à la vie civile, les musiciens bénévoles souhaitent retrouver les structures militaires, ce qui conduit de nombreuses formations civiles à devenir des copies des musiques militaires, avec uniforme, marche au pas et airs militaires derrière un drapeau offert par les autorités locales. Ces formations se nomment batteries-fanfares ou harmonies-fanfares.
Dès les années 1880, les fêtes de charité se multiplient, offrant aux orphéons l'occasion de se produire devant le public. Des kiosques à musique sont construits dans les villes, permettant aux orchestres civils et militaires d'offrir des concerts divertissants.
La Fanfare Royale d'Acoz : Un Exemple Concret
Fondation et Engagement Communautaire
La Fanfare Royale d'Acoz, située dans la région de l'Entre-Sambre-et-Meuse en Belgique, est un exemple concret de l'importance des fanfares dans la vie locale. Fondée en 1865 par Octave Pirmez, elle est un pilier culturel du village d'Acoz. Dès sa création, la fanfare participe aux festivités du village, notamment aux fêtes de Saint-Roch et de Sainte-Rolende.
Lire aussi: Fonctionnement et applications de la sourdine Silent Brass
Au fil des décennies, la Fanfare Royale d'Acoz a joué un rôle prépondérant lors des processions religieuses et des événements majeurs du village, témoignant de son implication constante dans la communauté.
Reconnaissance et Évolution
La reconnaissance de la qualité musicale et de l'importance culturelle de la fanfare est soulignée par l'obtention du titre de "Royale". En 2015, elle a célébré son 150ᵉ anniversaire, démontrant sa capacité à évoluer tout en restant fidèle à ses racines.
Aujourd'hui, la Fanfare Royale d'Acoz continue d'enrichir la vie culturelle du village en participant à des événements et en formant de nouveaux musiciens, assurant ainsi la transmission du patrimoine musical local aux générations futures.
Évolution et Diversification des Fanfares au XXe Siècle
Nouvelles Expressions et Concepts
Au cours des années 1950, de nouvelles conceptions de formations musicales voient le jour. La déambulation libre remplace la marche cadencée, s'inspirant des orchestres de cirque ou des brass bands de la Nouvelle-Orléans.
À Cholet, au début des années 1950, les Pépés en Folie étonnent le public, remplacés par Les Musiciens en Folie en 1957, des clowns-musiciens interprétant des airs populaires. Robert Le Verrier inaugure une autre nouveauté avec son harmonie de Chacé-Varrains, adoptant les couleurs du thème du char qu'elle accompagne.
Lire aussi: Passion, mine et lumière à Douai
Bandas et Guggen-Musics
Les bandas du sud-ouest de la France finissent par trouver leurs adeptes dans toute la France, se produisant dans les tribunes des terrains de sport et les fêtes populaires. Les guggens-musics, formations carnavalesques originaires de Suisse, d'Allemagne et d'Autriche, se caractérisent par des musiciens grimés et des tenues bariolées.
Percussions et Innovations Instrumentales
Dans tous les cas, les percussions sont renforcées, avec des multidrums, des batteries mobiles, des wood-blocks et des percussions exotiques. L'utilisation de glockenspiels se répand, créant des sonorités de boîte à musique géante. À la fin des années 1980, les écoles de Batucadas introduisent les rythmes et les couleurs des carnavals sud-américains.
Majorettes et Marching Bands
Le concept des groupes dansants féminins de majorettes, bien que n'ayant pas son origine en France, est rapidement adopté et amplifié. Les majorettes, gymnastes et tambours-majors, font tournoyer un bâton léger. Pour évoluer, les majorettes ont besoin d'une fanfare ou d'une harmonie. Dans les années 1970, des musiques entièrement féminines et des majorettes ne font qu'une seule entité, préfigurant les marching bands.
Dissolutions et Bouleversements
Déclin des Harmonies-Fanfares
Si les harmonies-fanfares avaient atteint leur apogée avant et après la Seconde Guerre mondiale, elles commencent à régresser inexorablement à partir des années 1980. Beaucoup sont dissoutes.
Réduction des Musiques Militaires
Au début des années 2000, la fin de la conscription complique le recrutement dans les musiques militaires. Le nombre de musiques militaires professionnalisées est réduit, excluant la forme traditionnelle française clique/harmonie. La polyvalence devient la règle.
Le lien qui unissait musiques militaires et formations harmoniques civiles tend à disparaître. Cette diminution du nombre de musiques militaires est constatée dans la plupart des pays.
La Musique Populaire en Belgique Occupée (Première Guerre Mondiale)
Un Paysage Sonore en Mutation
En matière de musique populaire, le paysage sonore belge est dominé par la chanson française et le compositeur Vincent Scotto. À ses côtés, Camille Robert, Louis Izoird et Albert Valsien fournissent de nombreux succès durables. Félix Mayol, Resca, Alibert, Dranem, Esther Lekain, Henri Dickson, Mistinguett et Harry Fragson deviennent les véritables vedettes de ce début de siècle.
En Flandre, l'influence hollandaise se fait sentir avec Albert Bol, humoriste, acteur de revue et chanteur d'opérettes. Pendant la guerre, il se fait connaître avec l'un de ses premiers enregistrements Landstorm marschlied (1915). Le duo le plus populaire est celui que forment Dirk Witte et Jean-Louis Pisuisse.
Avant le conflit, les répertoires en provenance des pays germaniques sont extrêmement populaires. Les cafés et salles de spectacles tenus par des Allemands sont nombreux. Ce qui domine, ce sont les schlager extraits des opérettes viennoises ou berlinoises et les musiques de salon. Une fois le conflit déclenché, les sociétés musicales évincent ces compositeurs, mais leurs mélodies persistent dans les divertissements organisés pour les soldats allemands.
La culture anglaise et américaine gagne en popularité, notamment grâce à des éditeurs comme Francis Day. Irving Berlin et Jerome Kern vulgarisent des danses issues de la culture afro-américaine. Lorsque le président Wilson décide de l'entrée en guerre de l'Amérique, la plupart des artistes appuient sa décision et composent des œuvres de circonstance.
Les Compositeurs Belges de Musique "Légère"
Les compositeurs belges de musique "légère" sont souvent moins connus et plus difficiles à identifier que leurs homologues étrangers, car leurs œuvres ont été longtemps négligées. De plus, ils doivent composer sous la censure. Le 13 octobre 1914, le gouverneur général de Belgique, Colmar von der Goltz, signe un arrêté instaurant la censure. Les chansons nationalistes sont interdites et toute nouvelle parution doit être validée par une commission.
Une des manières de contourner la censure consiste à user de pseudonymes. Les programmes des concerts font l'objet d'un contrôle minutieux.