Nicolas Bourquin : Entre Gestion de la Nature et Immersion Aquatique

Le Conseil d’Etat valaisan se savait attendu au tournant. En faisant de Nicolas Bourquin le nouveau chef du Service de la chasse, il a su éviter une nouvelle polémique. En effet, tant les chasseurs que les représentants des milieux de protection de la nature saluent la nomination du successeur de Peter Scheibler, qui partira à la retraite le 1er mars. Ce choix stratégique illustre une volonté d'apaisement dans un secteur souvent marqué par des tensions entre différents usagers de la faune sauvage.

Une carrière au service de la biodiversité

Pour comprendre ce petit exploit, quand on sait les divergences de vue fondamentales des deux cercles qui gravitent autour de l’un des services les plus observés de l’administration, il faut se pencher sur le profil du nouveau titulaire. Vice-président de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse, Benoît Martinet explique la bienveillance des chasseurs par le fait que le nouveau chef de service est l’un des leurs, vu qu’il taquine le gibier depuis une dizaine d’années.

Nicolas Bourquin n'est pas qu'un homme de terrain cynégétique. Géographe et environnementaliste de formation, il apporte une expertise technique rigoureuse à une administration confrontée aux enjeux du réchauffement climatique et à la gestion des grands prédateurs. Sa carrière, articulée autour de la connaissance fine des écosystèmes, lui permet d'occuper un rôle de médiateur naturel entre la rigueur scientifique et les exigences de la pratique de la chasse.

La passion de l’image et la dimension aquatique

L’engagement de Nicolas Bourquin ne se limite pas aux sommets alpins. Passionné par la photographie depuis son adolescence, il a su transposer son regard de géographe vers une exploration plus artistique et intime de la nature. Le monde naturel, la macro-photographie et la photo de paysage sont ses sujets de prédilection. Cette fibre artistique témoigne d'une sensibilité profonde, qui dépasse le cadre purement administratif de sa fonction de chef de service.

Voilà une douzaine d’années que Nicolas Bourquin pratique la photo sous-marine. La photo sous-marine est une passion qui requiert un équilibre entre la pratique avancée de la plongée bouteille (ou snorkeling), le sens de l’observation et le respect du milieu aquatique, qu’il soit marin ou d’eau douce. Cette activité est pour lui une extension naturelle de son travail sur les milieux terrestres, démontrant une approche holistique de la conservation, où l'eau et la terre ne sont pas séparées, mais constituent un tout vivant qu'il convient de protéger avec la même détermination.

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L'éveil sous-marin : Une épiphanie à Bornéo

L'histoire de son immersion dans le monde aquatique est riche d'enseignements. A l’occasion d’un voyage à Bornéo à la fin des années 2000 sur l’île de Mabul, il a eu la chance de tomber en snorkeling sur une tortue imbriquée, une des sept espèces de tortues marines, puis sur une deuxième, et une troisième, alors qu’elles paissaient paisiblement sur des blocs de corail chatoyants dont elles débarrassent les algues parasites.

Encouragé et ébloui par ces rencontres, il s'est hasardé en profondeur où il fut stupéfait et émerveillé de voir un poisson-lion noir volant tranquillement dans la colonne d’eau en apesanteur (Pterois volitans ou rascasse volante). Comme beaucoup de poissons prédateurs, ce spécimen, dont les nageoires-épines peuvent créer la paralysie, l’observait avec calme et il l’observait en retour fasciné, les yeux dans les yeux, sans que ne nous ne soyons effrayés. Ce fut une épiphanie qui lui donna résolument le désir de passer rapidement ses brevets de plongée bouteille, de développer des connaissances sur les milieux aquatiques, et de témoigner de leur beauté par la photosub. Il note par ailleurs, avec un regard de biologiste, que cette espèce est malheureusement devenue invasive dans les Caraïbes et déjà et plus récemment en Méditerranée via le canal de Suez.

La philosophie du « Love not loss »

Nicolas Bourquin défend une vision de la conservation qui privilégie le positif sur l'alarme constante. Il existe un concept de la conservation naturelle qui a été à son sens trop longtemps négligé appelé « Love not loss » soit l’importance de privilégier l’amour du vivant plus que l’énumération des espèces vouées à disparaître.

Pour lui, le monde naturel mérite d’être contemplé, vécu et préservé par l’émerveillement, l’enchantement et le témoignage plutôt que par un catastrophisme qui pourrait lasser, par écoanxiété ou le sentiment qu’une partie du vivant est malheureusement voué à disparaître. Les oasis de vie marine que sont les récifs coralliens, où un quart de la biodiversité marine vit, lui ont donné envie de poser des jalons photos, de témoigner, de protéger.

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