Le monde de la course au large a été secoué par un événement notable et inattendu, mettant en lumière à la fois les aléas de la navigation nocturne et la formidable solidarité de la communauté maritime. Le Figaro NF Habitat, un voilier réputé skippé d'ordinaire par Corentin Douguet et appartenant à François Gabart, a été le théâtre malheureux d'un naufrage. Cet incident, survenu suite à la collision avec la bouée cardinale Basse Paupian, a déclenché une série d'opérations de sauvetage et de renflouement complexes, tout en soulignant les défis inhérents à la sécurité de la navigation, notamment en l'absence d'éclairage des aides à la navigation. L'épisode du Figaro NF Habitat, coulé lundi au large de l'Aber Wrac’h, offre un cas d'étude poignant sur les conséquences d'un tel choc en mer et la réponse humaine face à l'adversité.
Le Choc Nocturne et le Naufrage du Figaro NF Habitat
L'incident s'est produit dans des circonstances particulièrement délicates, en plein convoyage du Figaro Bénéteau 3 NF Habitat. Le voilier faisait route entre Port la Forêt et Saint Quay Portrieux, où il devait prendre le départ du Tour de Bretagne à la Voile. Ce lundi matin-là, dans l'obscurité précédant l'aube, le drame a frappé. Christian Ponthieu, le co-skipper de Corentin Douguet, et un préparateur technique étaient à bord, Corentin Douguet lui-même n'étant pas présent au moment des faits.
Christian Ponthieu, qui était à bord lors de l'abordage, a relaté les moments critiques de l'accident : « Aux alentours de 6 heures du matin, alors qu'il faisait encore nuit, nous avons heurté la bouée cardinale Basse Paupian non éclairée et non fixe, au large de Portsall. » Cette description précise la nature de l'obstacle et les conditions visuelles défavorables. Le choc fut immédiat et inévitable. La bouée cardinale Basse Paupian, identifiée par la suite comme l'objet du drame, est en effet flottante et n'est pas éclairée, ce qui rend sa détection particulièrement ardue de nuit, même pour des marins expérimentés. Le fait que cette bouée soit flottante implique qu'elle peut avoir un certain rayon de déplacement, ajoutant une couche de complexité à sa localisation précise et à son évitement.
Suite à l'impact, les marins ont réagi avec la promptitude requise. « Nous avons stoppé et inspecté le bateau immédiatement sans constater d’avarie majeure, » a poursuivi Christian Ponthieu. Cependant, cette première évaluation a été rapidement démentie par la réalité implacable de la mer : « puis très rapidement le bateau s’est rempli d’eau. » La vitesse à laquelle l'eau a envahi la coque a rendu toute tentative de colmatage ou de pompage vaine. « Nous n’avons pas eu le temps d’actionner les pompes, les batteries étant déjà noyées. » La situation s'est aggravée à une vitesse alarmante, ne laissant aux marins qu'une seule option viable : l'évacuation.
Les Opérations de Sauvetage et la Résilience de l'Équipage
Face à la montée rapide des eaux, la priorité absolue est devenue la sécurité des vies humaines. Les marins à bord du Figaro NF Habitat ont pu, in extremis, prévenir l'équipage du Team CMB Espoir, qui naviguait à proximité. « Nous avons juste pu prévenir CMB Espoir, qui naviguait à proximité, que nous prenions l’eau. Ils ont fait demi-tour pour venir à nos côtés, ainsi que CMB Performance. » Cette intervention rapide d'autres navires présents dans la zone a été cruciale pour le sauvetage de l'équipage.
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Alors que le bateau s’enfonçait très rapidement, la décision de quitter le bord a été prise. Les marins ont mis à l’eau le radeau de survie et ont rejoint le Figaro CMB Espoir. Cet acte, bien que dicté par l'urgence, témoigne du sang-froid et du professionnalisme des navigateurs face à un danger imminent. Après avoir assuré leur propre sécurité, les marins sont restés à proximité de leur voilier, qui flottait alors « entre deux eaux, le pont au niveau de la mer, » en attendant l'arrivée des secours de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM).
La vedette SNSM de l'Aber Wrac’h est rapidement intervenue. Des tentatives de remorquage ont été entreprises à plusieurs reprises. Malgré ces efforts héroïques, le voilier, lourdement endommagé et rempli d'eau, a finalement sombré. Il a coulé définitivement « proche de l’entrée du chenal, » par treize mètres de fond seulement, au large de l’Aber Wrac’h. La vedette SNSM a immédiatement mis une bouée à proximité pour signaler l’épave, agissant ainsi pour prévenir tout danger ultérieur pour la navigation. Corentin Douguet, informé de la situation, a décrit l'image désolante qu'il a reçue : « Sur la dernière photo que j’ai reçue, on ne voit plus que le mât. »
Corentin Douguet, bien que n'étant pas à bord, a rapidement pris la parole, confirmant l'événement et corrigeant les informations erronées qui circulaient : « L’information s’est déjà répandue sur les réseaux, et comme souvent elle est inexacte. Sachez simplement que l’équipage est sain et sauf et que Le Figaro Bénéteau 3 NF Habitat a coulé au large de l’Aber Wrac’h après avoir heurté cette nuit une bouée cardinale flottante non éclairée. L’équipage a dans un premier temps été récupéré par CMB Espoir avant d’être pris en charge par la SNSM, merci à eux. » Ses mots ont apporté une clarté essentielle et un soulagement quant à la sécurité de son équipe. Il a également relativisé l'incident, notant que « comme souvent dans ce type d’accident cela se joue à pas grand-chose. Toucher des bouées, et celle-là en particulier, c’est arrivé à de nombreux marins. La sanction est très lourde pour un tel incident… Maintenant il faut aller de l’avant. »
Malgré le choc et la perte de leur bateau, Corentin Douguet et Christian Ponthieu ont fait preuve d'une résilience remarquable. Après une nuit de repos pour ne pas prendre de décision trop à la hâte, ils ont, en accord avec les équipes de NF Habitat et l’organisation de la course, décidé de prendre le départ du Tour de Bretagne. Pour ce faire, ils ont rapidement trouvé une solution : louer un autre Figaro, celui avec lequel Yoann Richomme avait remporté la Solitaire du Figaro cet été. Le skipper a expliqué leur motivation : « Tandis qu’une partie de l’équipe s’occupe de retrouver et renflouer le bateau qui a sombré, nous allons préparer le Figaro 3 numéro 15, vainqueur de la Solitaire aux mains de Yoann Richomme et partir demain de nouveau en convoyage. C’est une course contre la montre qui est lancée. Mais cela me paraissait essentiel de ne pas finir la saison ainsi. Il faut remonter à cheval après une chute. C’est ce que nous faisons avec Christian ! Nous aimons beaucoup cette épreuve, que nous avons gagné ensemble il y a quatre ans. » Cette détermination à « remonter à cheval après une chute » est emblématique de l'esprit des coureurs au large.
La Bouée Cardinale Basse Paupian et les Enjeux de Sécurité Maritime
L'élément central de cet incident est sans conteste la bouée cardinale Basse Paupian. Une bouée cardinale est une aide à la navigation qui indique la direction du danger par rapport à l'emplacement de la bouée. En l'occurrence, la Basse Paupian signale un danger au nord de celle-ci, la marquant comme une bouée cardinale ouest ou nord, selon sa couleur et ses marques. Cependant, le caractère crucial dans ce naufrage réside dans le fait qu'elle était « flottante non éclairée et non fixe ». Le fait qu'elle soit flottante signifie qu'elle est ancrée mais peut se déplacer légèrement avec les courants et les vents, contrairement à une balise fixe. Plus important encore, l'absence d'éclairage la rend pratiquement invisible de nuit, un facteur aggravant majeur dans l'accident.
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La visibilité des aides à la navigation est une pierre angulaire de la sécurité maritime. Les bouées sont conçues pour guider les marins et leur signaler les dangers. L'obscurité, les conditions météorologiques, et l'absence d'éclairage sur ces dispositifs peuvent transformer des passages routiniers en situations extrêmement périlleuses. Les conséquences de la collision du Figaro NF Habitat avec la Basse Paupian soulignent l'importance vitale des dispositifs lumineux pour les bouées, en particulier celles situées dans des zones de navigation fréquentées ou complexes. Le lieu du naufrage, « au large de Portsall » et proche de l’entrée du chenal de l’Aber Wrac’h, est une zone où la vigilance est de mise en permanence. La nature "non fixe" de la bouée ajoute une dimension d'incertitude quant à sa position exacte, même si elle reste dans un rayon défini par son ancrage. Pour des navigateurs engagés dans des convoyages de nuit, cette information est primordiale. L'épisode rappelle à tous les marins les dangers insoupçonnés qui peuvent se cacher dans l'obscurité, même pour des professionnels.
Les opérations de recherche et de renflouement qui ont suivi le naufrage ont également mis en évidence les particularités de cette zone géographique. L'équipage et Corentin Douguet sont partis sur l'eau quelques heures après l'incident, à l’étal de marée basse, pour repérer le lieu de l’échouage. Cette reconnaissance initiale est fondamentale pour planifier toute opération future. Cependant, avec un « 110 de coefficient de marée, dans une zone de forts courants, » les opérations de recherche et de renflouement se sont avérées particulièrement difficiles. Les forts courants compliquent la localisation précise d'une épave et rendent les plongées plus risquées et plus exigeantes techniquement. Le fait que le bateau ait sombré par seulement treize mètres de fond laissait envisager la possibilité d'une opération de renflouement, mais la difficulté du contexte local était un obstacle majeur.
Les Opérations de Recherche et de Renflouement : Une Course Contre la Montre
Le destin du Figaro NF Habitat a tenu en haleine la communauté maritime pendant plusieurs jours. Après avoir coulé le lundi, le voilier a été retrouvé et renfloué cinq jours plus tard, ce samedi, et ramené à terre à l’Aber Wrac’h. Ce succès n'est pas le fruit du hasard mais l'aboutissement d'efforts intenses et coordonnés.
Le bateau a été localisé tard vendredi soir par une entreprise de plongée spécialisée dans la recherche en mer. Ces entreprises disposent de l'équipement et de l'expertise nécessaires pour opérer dans des conditions difficiles, notamment en présence de forts courants et de visibilité réduite au fond. Leur intervention a été décisive après plusieurs jours de tentatives infructueuses, marquant la fin d'une période d'incertitude. Le voilier a finalement été retrouvé assez proche de la première marque flottante laissée par la SNSM, ce qui a facilité sa localisation une fois les moyens spécialisés déployés.
Le renflouement est une opération complexe qui nécessite une planification minutieuse et des compétences techniques spécifiques. Il s'agit de ramener à la surface un navire immergé, souvent lourdement endommagé et rempli d'eau. Les plongeurs, aidés d'équipements adaptés, ont dû sécuriser l'épave, puis utiliser des systèmes de levage pour la remonter. La bonne nouvelle est que le Figaro NF Habitat a non seulement été retrouvé et renfloué, mais également ramené à terre. Les plongeurs ont réussi à récupérer l'intégralité du gréement, ce qui est un élément important pour l'expertise future et potentiellement pour la récupération de pièces.
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Le soulagement ressenti par Corentin Douguet et l'ensemble de l'équipe a été palpable. Lors d'un appel le dimanche suivant le renflouement, Corentin Douguet a partagé ses émotions : « Je suis évidemment triste de voir le bateau dans cet état, mais aussi content et soulagé qu’il ait été retrouvé et ramené à terre. Au moins, il n’est pas à traîner et ne pollue pas les fonds. C’est un soulagement, oui. Et je veux vraiment remercier tous ceux qui nous ont aidé à mener à bien cette opération difficile et qui nous ont soutenu, il y a eu une vraie solidarité. » Cette déclaration met en lumière les multiples facettes de ce soulagement : non seulement la récupération du bien matériel, mais aussi l'élimination d'une source potentielle de pollution sous-marine et d'un danger pour la navigation.
L'État du Voilier et l'Expertise des Assurances
Le Figaro NF Habitat, une fois ramené à terre, est apparu dans un « triste état », comme l'ont constaté les premières observations. Cinq jours passés sous l'eau dans un environnement salin et potentiellement agité ont laissé des traces considérables. Corentin Douguet a confirmé cette évaluation, suggérant même que les dégâts causés par le séjour sous-marin étaient plus importants que ceux résultant du choc initial avec la bouée. « C’est sûr que je préfère le savoir à terre qu’au fond de l’eau, même si cela ne nous apprend pas grand-chose, car les dégâts causés pendant les cinq jours passés sous l’eau sont bien plus importants que ceux qui avaient été produits par le choc initial. » Cette distinction est cruciale pour l'analyse des causes et des conséquences, ainsi que pour les procédures d'assurance.
Le bateau est désormais en expertise sur le port de l’Aber Wrac’h. Il est essentiel que des experts indépendants évaluent l'étendue des dommages, déterminent la cause exacte de la perte du navire et estiment le coût des réparations, ou la décision d'une perte totale. « Les experts sont au travail. » Cette phase d'expertise est une étape administrative et technique incontournable après un tel incident. Elle permet aux compagnies d'assurance de jouer leur rôle, comme le souligne l'expression : « C’est maintenant aux experts des assurances de jouer leur rôle. » La décision concernant l'avenir du Figaro NF Habitat dépendra largement des conclusions de cette expertise.
L'aspect positif de cette récupération, au-delà de la valeur du bateau en lui-même, est que « le bateau (…) ne constitue plus ni une pollution, ni un potentiel danger à la navigation. » Un navire coulé peut en effet relâcher des hydrocarbures, des peintures ou d'autres substances nocives pour l'environnement marin, et sa présence peut représenter un obstacle inattendu pour d'autres bateaux, en particulier dans une zone de chenal. Le renflouement a donc eu des implications positives pour la sécurité maritime et la protection de l'environnement local.
La Solidarité de la Communauté Maritime et l'Esprit du Sport
L'incident du Figaro NF Habitat a également mis en lumière la remarquable solidarité qui caractérise le monde de la voile, et plus particulièrement la communauté des Abers, une région réputée pour son attachement à la mer et à ses traditions. « Quand un coup dur arrive aux Abers, on sait se serrer les coudes. » Cette expression résume parfaitement l'esprit de soutien qui s'est manifesté.
Parmi les figures notables qui ont apporté leur aide, on compte Jacques Caraës, une personnalité influente du sport, qui fut longtemps directeur de course de la Solitaire du Figaro avant de diriger le prestigieux Vendée Globe. Sa connaissance approfondie du milieu et son réseau ont été précieux. De même, Gildas Morvan, un "ténor" de la classe Figaro, a offert son soutien et ses compétences. L'implication de ces figures emblématiques, ainsi que celle de nombreux amis et contacts, a été essentielle pour soutenir l'équipe de Corentin Douguet dans cette épreuve difficile. Leur aide a démontré la force des liens au sein de cette communauté.
L'anecdote concernant Gildas Morvan est particulièrement éloquente. Malgré son implication dans les opérations de soutien, cela n'a visiblement pas affecté sa performance sportive : « hier, il a gagné la première étape du Tour de Bretagne, en duo avec son fils Gaston. » Cette performance illustre la capacité des marins à se concentrer et à exceller, même après avoir traversé des moments de tension et d'incertitude. Elle souligne la passion et la détermination qui animent ces sportifs, capables de compartimenter les épreuves et de rebondir avec force.