Bouchons de cérumen et plongée sous-marine : risques, prévention et santé auditive

La pratique de la plongée sous-marine expose l'organisme à des variations de pression significatives, et les oreilles figurent parmi les organes les plus vulnérables. Qu'il s'agisse de plongeurs européens bravant les eaux froides de l'hiver ou de passionnés explorant les récifs tropicaux, l'environnement aquatique présente des défis constants pour le système auditif. Une compréhension fine des mécanismes en jeu, incluant le rôle du cérumen et les risques de barotraumatismes, est essentielle pour garantir une pratique sécurisée et durable.

L'oreille et l'environnement aquatique : une zone de fragilité

Les oreilles ont une influence importante sur la plongée, tant en termes d'équilibrage que de risque d'infection, au point de pouvoir empêcher un plongeur de s'immerger. C’est l’hiver, mais une poignée de plongeurs européens continue encore et toujours à s’immerger malgré les températures froides qui ont enveloppé le continent. Ils sortent de l’eau et grimpent dans le Zodiac, enlèvent la cagoule de leur combinaison sèche pour soulager quelque peu la pression dans le cou et pouvoir parler librement avec leurs compagnons, assis dans le Zodiac qui entame son retour vers le port. Qu'est-ce que cela implique-t-il pour les oreilles ? De l’eau froide pénètre dans le conduit auditif, qui est également exposé à l’air froid, au vent et parfois à la pluie. C’est là que les problèmes commencent. Peut-être pas après la première plongée, mais éventuellement à la fin d’une série ou du week-end.

Pendant ce temps, d’autres plongeurs trouvent refuge au chaud dans des destinations tropicales, où les oreilles ne sont guère mieux ménagées : de l’eau riche en plancton et en algues, puis la douce sensation du vent dans les cheveux… et dans les oreilles ! Même dans ce cas, après quelques jours de plongée, des problèmes d'équilibrage peuvent apparaître et s'accompagner d'une sensation d'oreille pleine qui devient de plus en plus intense, puis de perte auditive (sons étouffés), de douleurs dues à la pression ou encore de démangeaisons et d’acouphènes.

L’otite externe : l’oreille du nageur

Il s’agit d’une infection de l’oreille externe, qui se compose du pavillon et du conduit auditif. Ce dernier est l’unique structure terminée en cul-de-sac du corps humain. Il prend la forme d’une petite poche recouverte de peau à la fois chaude, moite et sombre : un environnement parfait pour la prolifération des microbes. L’infection de l’oreille externe représente 20 à 25 % des infections de l’oreille et connaît un pic en été. Après une exposition prolongée dans une eau potentiellement contaminée ou riche en plancton, les plongeurs sont cinq fois plus susceptibles de développer une infection de l’oreille externe que les non-nageurs.

Lors d’immersions fréquentes, l’eau fait gonfler les cellules qui tapissent le conduit auditif externe. Après un certain temps, ces cellules peuvent se séparer et laisser pénétrer les bactéries qui se trouvent habituellement à la surface du conduit auditif. Sous la peau, ces bactéries se trouvent dans un environnement chaud et humide, propice à leur développement et à leur multiplication. Avant même que le plongeur s’en rendre compte, son oreille moyenne lui démange, devient douloureuse et s’enflamme. En l’absence d’un traitement approprié, le gonflement peut s’étendre aux nœuds lymphatiques avoisinants et causer une douleur telle que le simple fait de remuer la mâchoire provoque une gêne. À ce stade, la prise d’antibiotiques est inévitable, et toute activité de plongée est exclue.

Lire aussi: Tout savoir sur le bouchon de vidange de piscine

Le rôle protecteur du cérumen et les risques de bouchons

Le conduit auditif dispose de défenses spéciales : la production de cérumen qui revêt le conduit d’une substance contenant notamment du lysozyme, une enzyme qui inhibe le développement des bactéries et champignons. Par ailleurs, le cérumen n’est pas une accumulation de saletés venant de l’extérieur, comme certains pourraient le penser, mais bien une substance sécrétée par les glandes cirières situées dans le canal auditif et qui protège l'oreille contre les infections tant craintes.

Cependant, une accumulation excessive peut entraîner la formation d'un bouchon. Le bouchon de cérumen peut créer un espace propice à la croissance de champignons qui, à leur tour, peuvent entraîner des infections de l’oreille. Lors de la plongée sous-marine, un barotraumatisme de l’oreille externe se produit lorsque les conduits auditifs se bouchent et que de l’air reste attrapé entre le bouchon et le tympan. Un excès de pression ou un vide se crée alors dans la cavité aérienne à mesure que le plongeur change de profondeur. Un bouchon peut se former en raison d’un excès de cérumen dans les oreilles, de l’utilisation de boules Quiès non poreuses ou du port d’une cagoule trop serrante. Une augmentation de la pression dans l’oreille externe peut entraîner un afflux de liquides et de sang dans les tissus environnants ou une rupture du tympan.

Les barotraumatismes : une réalité de la plongée

Le barotraumatisme de l’oreille moyenne est l’accident de plongée le plus fréquent. Il peut survenir suite à l’utilisation d’une mauvaise technique d’équilibrage ou en plongeant avec un rhume. L’oreille moyenne est un espace mort relié à la partie supérieure de la gorge par les trompes d’Eustache, des conduits fins et généralement fermés. Pendant la descente, la pression environnante augmente et devient supérieure à la pression à l’intérieur de l’oreille moyenne. Si la pression à l’intérieur des cavités aériennes ne peut être équilibrée, le plongeur risque de ressentir une gêne et de la douleur.

Des tissus gonflés ou endommagés peuvent restreindre le passage d’air à travers les conduits qui permettent l’équilibrage. Certains plongeurs utilisent des aérosols nasaux ou des médicaments oraux pour dégonfler temporairement les muqueuses et faciliter l’équilibrage des sinus et de l’oreille moyenne. Un barotraumatisme de l’oreille interne, bien que dix fois moins fréquent que celui de l’oreille moyenne, est aux conséquences graves, pouvant entraîner une surdité brusque. Il peut se produire en cas de pression trop forte dans l’oreille moyenne suite à un défaut d’équilibrage ou à une utilisation incorrecte de la manœuvre de Valsalva.

Pratiques préventives et hygiène auditive

La prévention est fondamentale pour les personnes présentant les facteurs de risque mentionnés précédemment. Tout d’abord, il convient d’observer une bonne hygiène du canal auditif, qui passe par la suppression de toute accumulation de cérumen ou de saleté. Rappelons toutefois qu’un nettoyage obsessionnel du conduit auditif n’est pas bénéfique, et peut même s’avérer contre-productif, étant donné qu’un frottement fréquent de la peau du conduit peut provoquer des micro-abrasions laissant une porte ouverte aux bactéries.

Lire aussi: Bouchons de piscine Decathlon : Dimensions et conseils d'utilisation

Il ne faut jamais utiliser de cotons-tiges ou d’objets similaires. Les cotons-tiges ne sont pas bons pour vos oreilles. Si vous avez l’impression d’avoir une accumulation importante de cérumen qui crée un bouchon ou un blocage, consultez un médecin ou essayez certains des remèdes maison décrits, bien qu'ils ne soient pas toujours approuvés. Si c'est la première fois que vous avez un bouchon de cérumen, ou du moins que vous le soupçonnez, mieux vaut vous adresser à votre médecin. Il choisira la méthode la plus adaptée : soit un lavage à l’eau tiède à l’aide d’une poire ou d’un petit pistolet.

Après l’exposition à l’eau de mer ou de piscine, il est conseillé de nettoyer les conduits auditifs à l’eau courante, puis de les sécher délicatement (à l’aide de papier de toilette ou d’un sèche-cheveux réglé sur le niveau le plus faible) afin d’éliminer les résidus d’eau salée ou de chlore. Pour les personnes qui sont prédisposées aux infections de l’oreille externe et qui plongent fréquemment, comme les guides ou moniteurs de plongée professionnels, en plus d’un traitement préventif localisé, il est recommandé d’utiliser un masque muni de protections d’oreille.

Techniques d'équilibrage et sécurité en plongée

Pour limiter le phénomène d’oreilles bouchées, pratiquer la manœuvre de Valsalva est essentiel. Il s’agit de souffler lentement par le nez au cours de la descente, tout en le pinçant, pour ouvrir les trompes d’Eustache et augmenter la pression de l’air dans l’oreille moyenne. Cette manœuvre ne doit être pratiquée qu’à la descente et non lors de la remontée, sous peine d’entraîner une perforation du tympan. Équilibrer les oreilles de façon précoce et régulière (tous les 0,3 à 0,5 m, en particulier au début de la plongée) jusqu’à l’atteinte de la zone la plus profonde est une règle d'or. En cas d’incapacité à équilibrer ou de douleur/gêne durant la descente, remonter légèrement jusqu’à ce que la gêne disparaisse et réessayer d’équilibrer.

L'utilisation de bouchons d'oreille lors de la plongée est un sujet qui revient souvent. DAN ne recommande pas l'utilisation de bouchons d'oreille pour la plongée, car ils créent un espace aérien supplémentaire que l'anatomie humaine ne peut pas équilibrer. Lors de la descente, l'augmentation de la pression pousse le bouchon plus profondément dans le conduit auditif externe, risquant de provoquer un barotraumatisme. Les bouchons ventilés, quant à eux, peuvent présenter les mêmes risques s'ils viennent à être obstrués.

#

Lire aussi: Utilisation bouchon Intex

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *