Le Catamaran Hobie 16 : Une Révolution Navale, de la Plage aux Régates Mondiales

Le Hobie 16 a sans doute révolutionné le monde du multicoque, s'imposant comme une icône de la voile légère accessible et performante. Ce catamaran, capable d'être mis à l’eau directement depuis la plage, a conquis le cœur de milliers de sportifs amoureux de la vitesse grâce à ses caractéristiques uniques. Plus de 45 ans et 100 000 bateaux plus tard, le Hobie 16 occupe une place enviée dans le panthéon des bateaux à voile et continue d’être joyeusement pratiqué, que ce soit entre amis pour le loisir ou lors de régates de classe internationales.

L'Héritage Révolutionnaire des Catamarans Hobie

L'histoire des catamarans Hobie débute en 1967, lorsque Hobart (Hobie) Alter, surfeur bien connu à Capistrano Beach (Dana Point en Californie), créa le premier catamaran de plage au monde. Son invention, le Hobie Cat 14, se distinguait par ses coques asymétriques, une innovation majeure à l'époque. L'objectif principal de ce nouveau type de bateau était d'être léger, construit en fibre de verre pour faciliter sa manipulation, et surtout de pouvoir partir de la plage en toute simplicité, même en passant les vagues déferlantes. Cette philosophie de la voile accessible et ludique allait définir l'ensemble de la gamme Hobie Cat.

Hobie Cat, en tant que fabricant, s'est spécialisé dans les catamarans de sport, principalement utilisés pour la régate, l'apprentissage de la voile, ainsi que le loisir. Il existe différents modèles de ces embarcations, offrant une grande diversité pour répondre à tous les besoins. Leur longueur varie de 12 à 21 pieds, leur largeur de 6,8 à 8,5 pieds, et leur hauteur de 20 à 33 pieds. Ces bateaux sont puissants, une caractéristique qu'ils doivent à leur légèreté, à leur aérodynamisme et à la surface généreuse de leur voile. Parmi cette gamme étendue, les Hobie 16 sont particulièrement appréciés pour ces mêmes raisons, incarnant parfaitement l'esprit original de Hobie Alter.

Le Hobie Cat 14 et le Hobie Cat 16 ont pour principales caractéristiques des coques « bananées » et asymétriques. Le Hobie 14 est un bateau similaire au 16, mais ils sont habituellement vendus sans foc dans leur version de base. Il est le premier modèle de la gamme Hobie Cat. Ces deux bateaux partagent une bonne partie de leur accastillage, cependant la plupart des pièces du Hobie 14 sont plus petites, même si elles ont la même forme. Sans les voiles, il est difficile de déterminer si un bateau est un Hobie 16 ou un 14, bien qu'une différence notable réside au niveau du foc et de la patte d'oie retenant l'étai. Le 14 a été conçu spécifiquement pour être barré par une seule personne utilisant uniquement une grand-voile. Une version spéciale du 14, nommée 14 turbo, existe, disposant en plus d'un foc, offrant ainsi plus de polyvalence.

Le Hobie 16 : Symbole de Vitesse, de Performance et de Polyvalence

Le Hobie 16 est sans doute le catamaran de sport le plus populaire, tant pour son utilisation de loisirs récréatifs que pour sa monotypie en course. Il incarne parfaitement la vision de Hobie Alter avec son poids plume et ses coques asymétriques en polyester, qui lui confèrent une capacité remarquable à remonter au vent. Le gréement en double trapèze permet aux deux équipiers arnachés de profiter d’une pure puissance, faisant de chaque sortie une expérience exaltante.

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La surface de voilure du Hobie 16 est plus que généreuse, atteignant 19 m² et même 35 m² en comptant le grand spinnaker "nouvelle jauge". Comme son petit frère le Hobie Cat 14, il est prévu pour partir de la plage dans les rouleaux des vagues et revenir quasiment en surfant, une caractéristique qui souligne son aspect ludique et son accessibilité.

À l'opposé des dériveurs et des quillards, le Hobie 16 possède des coques asymétriques qui agissent efficacement comme des plans de dérive. Cette conception ingénieuse l'empêche ainsi de fuir sous le vent de travers, garantissant une meilleure performance au près. Le foc et la grand-voile sont complètement lattés et offrent une surface de plus de 19 mètres carrés (soit 218 pieds carrés) hors spinnaker. Il est à noter que la surface du spinnaker a été largement augmentée par une modification de jauge, au point de faire beaucoup fléchir le mât, pourtant généreusement dimensionné, témoignant de l'ampleur de la puissance vélique que ce catamaran est capable de déployer.

Par analogie avec les voitures de sport américaines, on peut affirmer que le Hobie 16 représente un moteur surpuissant monté sur un châssis assez approximatif. Cette combinaison lui confère une « tenue de route » surprenante dès que le vent atteint ou dépasse force 4. Cependant, cette puissance peut également rendre le Hobie 16 exigeant ; il peut chavirer classiquement par le côté, mais aussi par l'avant (sancir), voire par l'arrière, ajoutant une dimension d'adrénaline à sa conduite. Les sportifs apprécient particulièrement ce côté ludique et « fun » de l'engin.

Cette débauche de puissance vélique a cependant ses conséquences, notamment une tendance à faire vriller la plateforme dont le montage sur colonnes est sujet à prendre du jeu avec les années. Sans une maîtrise adéquate, le Hobie 16 peut avoir tendance à « enfourner » aux allures portantes. Le plan de voilure, nécessairement haut, et la distribution des réserves de flottabilité, plutôt sur l'arrière, font que l'avant de la carène a tendance à « plonger » dans la mer au vent portant. Ce phénomène risque au minimum de bloquer la progression du voilier et au pire de le faire sancir, une situation que tout navigateur cherche à éviter. Si le vent l'impose, l'équipage des dériveurs légers et autres catamarans de sport a alors tout intérêt à se porter sur l'arrière pour empêcher cette tendance. C'est un aspect essentiel dans les Hobie 16, la forme très « bananée » des coques rendant cette position impérative pour maintenir l'équilibre et la vitesse.

Le Hobie 16 se distingue également par sa présence sur les trois marchés majeurs de la voile légère : la régate en monotypie, l'école de voile et la promenade-loisir, attestant de sa polyvalence et de son attrait universel. Ce bateau existe en deux versions principales : la version Sport, équipée d'un foc et d'une bôme fixée sur l'embout de pied de mât, est conçue pour un usage de loisirs par deux personnes. La version SE, quant à elle, n'a qu'une grand-voile et est spécifiquement pensée pour la course en solitaire. Ses dimensions sont d'environ 17 pieds (5,18 m) de long, 8 pieds (2,44 m) de large, avec un mât de 27 pieds 7 pouces (8,40 m). La surface de voile est de 168 pieds carrés (15,6 m²), pouvant atteindre 200 pieds carrés (18,6 m²) avec le foc. Des championnats nationaux et internationaux sont régulièrement organisés sur le Hobie 16, soulignant son statut de bateau de compétition reconnu.

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L'Épopée Industrielle de Hobie Cat en France

L'influence de Hobie Cat s'est rapidement étendue au-delà des côtes californiennes. En 1971, Henry “Hank” Pauloo fonde Coast Catamaran France, dont il est le principal actionnaire, et commence rapidement la fabrication en France, sous licence américaine, des principaux modèles tels que le Hobie 14, le Hobie 16, et plus tard le Hobie 18 et le Hobie 17. L'usine initiale est située au Viet, sur la commune de Pierrefeu du Var (83).

L'histoire de la production française fut ponctuée d'événements marquants. À la suite d'un incendie qui détruit les ateliers et les stocks, la production des coques est délocalisée à Belgentier (83) et reprend en 1975, témoignant de la résilience et de l'engagement de l'entreprise. Durant ces années, Hank Pauloo crée également des filiales à Barcelone et en Angleterre, bien qu'il lui faudra les fermer au début des années 1980 en raison des défis économiques. Hank Pauloo finira par vendre ses parts à Coleman Inc, propriétaire de Coast Catamaran US, et quittera la société en 1984. John Dinsdale est alors nommé à la tête de Coast Catamaran France, marquant une nouvelle ère. Les différentes unités de l'usine seront regroupées sur un seul site à La Farlède (83) en 1987, optimisant ainsi la production et la logistique.

La Diversité de la Gamme Hobie Cat : Du Bateau École au Multicoque de Course

Au-delà du légendaire Hobie 16, la famille Hobie Cat s'est enrichie de nombreux modèles, chacun conçu pour des usages et des publics spécifiques, allant du bateau école au multicoque de compétition.

Parmi les modèles conçus pour l'apprentissage, la série de catamarans réalisée dans du plastique rotomoulé offre une robustesse et une sécurité accrues. Le Bravo, d'une longueur de 12 pieds, est le plus petit de cette série. Il est prévu pour accueillir un seul navigateur, mais peut éventuellement embarquer un équipier. Sa bôme relativement courte (1,3 m, 53 pouces) comparée au mât de 5 m (19 pieds) entraîne une gîte considérable, comparée à d'autres bateaux, ce qui en fait un excellent support pour ressentir les mouvements du vent. Le Hobie Catsy, également en construction rotomoulée, est le plus petit cata de la gamme, avec 3,10 m de long et 1,66 m de large. Ce bateau est spécialement conçu pour la filière catamaran de la Fédération française de voile (FFV), avec 3,91 m de long et 2,20 m de large, et remplit trois objectifs principaux : économie, sécurité maximale à bord, performance et évolution. Le Hobie Cat 15 est le « bateau école » par excellence ; il pèse environ 155 kg avec une longueur de 4,90 m et une largeur de 2,38 m. C'est le seul catamaran de sa catégorie à être homologué pour embarquer jusqu'à cinq personnes. Sa forme de coque originale et patentée lui assure une sécurité à toute épreuve ainsi qu'une grande facilité à virer de bord. Il s'agit d'un bateau polyvalent alliant sécurité et plaisir, avec lequel il est presque impossible de dessaler (chavirer). Le Hobie Cat 15 Club est la nouvelle référence dans les catamarans 15 pieds pour école de voile. Le Hobie Cat Twixxy est également un excellent bateau école, car il reste facile à manœuvrer, stable et sécurisant, et permet une progression vers le catamaran de sport, qui sera plus rapide et plus technique que le Hobie Cat Twixxy. Le Hobie Twixxy peut accueillir un équipage de trois personnes (deux adultes et un enfant par exemple), mais il est généralement manœuvré par deux personnes. Avec son accastillage simple et optimisé, il offre plus de volume pour initier un large public à la voile.

Pour la navigation de loisir et les sorties en famille, le Getaway est vendu comme un « social boat » et dispose de plus d'espace que les autres Hobie Cat, étant prévu pour transporter jusqu'à 6 adultes. Le bateau possède un trampoline à la fois devant et derrière le mât et c'est le seul Hobie Cat rotomoulé qui dispose en série d'un foc et d'un trapèze. Mesurant 16 pieds et 7 pouces, le Getaway est aussi long que le Hobie 16, mais son design est orienté vers le confort et la convivialité. Le Hobie 21SC (signifiant Sport Cruiser) était le premier Hobie destiné aux familles. Prévu pour la navigation tranquille, ce bateau dispose d'un trampoline avant, de wings, d'une place pour un moteur hors-bord et même d'un réfrigérateur, illustrant une approche plus orientée croisière.

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Dans le segment de la performance et de la course, Hobie Cat propose également une gamme variée. Le Hobie Max existe en 3 versions : le Club, le Sport et le Race +. Pour la version Race +, il est équipé d'une grand-voile de 13 m² et d'un foc de 3,66 m², tous deux en Mylar, ainsi que d'un foc autovireur, le rendant agile et rapide. Fabriqué par Hobie Cat Europe, le FX-One est, à l'instar du Hobie 17, prévu pour les courses en solitaire. Avec le spi disponible en option, ce bateau peut concourir dans la « classe 1.04 » aux côtés du Spitfire de Sirena Voile et du Mattia Esse. Le FX-One mesure 17 pieds de long, 8 pieds et 4 pouces de large et dispose d'un mât de 27 pieds et 9 pouces. Sa surface de voile totale (sans compter le spi) est de 172 pieds carrés (16 m²). Le Hobie 18 possède un design de coque similaire à celui du plus récent Hobie 17, mais mesure 1 pied de plus et dispose d'une voile supplémentaire, ce qui en fait un bateau idéal pour deux personnes. Lorsqu'il est préparé pour la catégorie de course des Hobie 18, le bateau dispose d'une grand-voile et d'un foc, et il est également doté en option de wings, comme le 17, pour optimiser la stabilité et la puissance.

Le Tiger, également fabriqué par Hobie Cat Europe, est le bateau de Hobie Cat prévu pour la catégorie des Formula 18. C'est un bateau pour deux, léger (180 kg), avec une plate-forme conçue pour percer les vagues et disposant d'une grand-voile, d'un foc, d'un spi et de dérives sabres. Le Tiger est très populaire et efficace en course et en Formule 18, constituant une « classe » à part entière. Avec 18 pieds (5,5 m) de long, 8 pieds et 6 pouces (2,6 m) de large, un mât de 29 pieds et 6 pouces (9 m) et 227 pieds carrés de voile (452 avec le spi), le Tiger est considéré comme « sous-toilé » sans le spi, et donc contrôlable par grands vents, ce qui en fait un choix privilégié pour les régates. Il est aussi rudement efficace lors des régates longues distances appelées raids. Ce Formule 18 à étraves perce-vagues a été conçu pour remplacer le Hobie Tiger. À l'inverse du Tiger, le Miracle 20 est considéré comme « sur-toilé » avec ses 250 pieds carrés de voilure et profite pleinement des vents légers. Le Miracle mesure 19 pieds et 6 pouces de long et 8 pieds et 6 pouces de large. Les coques du Hobie 21SE sont similaires à celles du 21SC, mais la comparaison s'arrête là, car le 21SE était orienté vers les performances et il disposait d'une bôme de 10 pieds et de wings.

Enfin, le Trifoiler représente le plus étrange des Hobie Cat. Ce trimaran dispose de 2 voiles (une sur chaque flotteur externe) et de 2 foilings qui soulèvent la coque principale hors de l'eau à partir d'une certaine vitesse, offrant une expérience de navigation futuriste et extrêmement rapide. Avec 22 pieds de long, 19 de large et 2 mâts de 18 pieds de haut, le Trifoiler est le plus gros multicoque jamais produit par Hobie Cat, démontrant la capacité d'innovation constante de la marque.

Immersion dans la Pratique du Hobie 16 : Récit d'un Raid en Mer

Pour illustrer les capacités, les défis et les exigences du Hobie 16 en conditions réelles, le récit d'un raid en mer offre un aperçu concret et instructif. Au début de cette aventure, deux grands bidons étanches sont attachés devant les castaings de la poutre avant, sur chaque coque, une modification visant à augmenter la flottabilité et la capacité de chargement. Le départ a lieu vers 16h30, sous un temps couvert mais avec une température agréable, entourés de quelques amis venus souhaiter bon courage. Les prévisions météo pour ce lundi sont optimistes, annonçant que mercredi, soit deux jours plus tard, le vent sera censé s’installer pour plusieurs jours au secteur S-SW.

Dès les premiers mètres, le constat est clair : le catamaran est bien chargé. Ce qui est moins drôle, c’est que les bidons chargent le bateau sur l’avant et cela fait taper dans le clapot, une illustration du phénomène d'« enfournement » potentiel mentionné précédemment, accentué par le chargement. Pour commencer ce raid, l'équipage navigue au près, faisant un bon cap vers la plage de Damgan depuis la pointe du Croisic. Le vent se lève, atteignant 4 puis 5 Beaufort.

Le vent faiblit un peu, mais la première navigation de nuit est maintenue avec l'espoir d'arriver à Quiberon (4) le mardi vers 5h du matin. Dès le départ de Damgan, à cause d’orages qui se forment à proximité, le vent se relève pour atteindre 20-25 nœuds en pointe (force 5) vers minuit. L'équipage est contraint de prendre 2 ris dans la grand-voile, une manœuvre essentielle pour adapter la surface de voile à la force du vent. Plus impressionnant, des éclairs illuminent périodiquement le ciel derrière le catamaran, ajoutant une touche dramatique à la navigation nocturne. Les quarts de 2 heures s’installent. Vers 3h du matin, le vent tombe, puis en fin de nuit, il baisse jusqu’à devenir inexistant. L'arrivée se fait comme prévu vers 5h dans le passage de la Teignouse (5), à quelques mètres du phare. La marée renverse et le courant risque de ramener le bateau d’où il vient.

Au réveil, vers 8 heures, le bruit du courant est omniprésent. La brume est tombée et le vent a disparu. Le courant est si fort que le grappin s’est accroché au fond. Il est décidé de faire une escale sur la plage de Quiberon (4) pour se reposer et voir un médecin. Le verdict du médecin dans l’après-midi est clair : 24 heures minimum de repos pour observer l’évolution, et des médicaments pour la semaine. C’est une première déception, car ce temps précieux perdu devra être rattrapé. Coup de chance cependant, le vent ne montera pas pendant cette journée de repos forcé. En fin de journée, l'équipage quitte la plage de Quiberon pour celle de Port Haliguen (6), plus propice au bivouac. Les médicaments font leur effet, et le moral remonte.

Le lendemain, le départ est possible à 12h avec la marée descendante, heure limite pour passer la Teignouse. Un long bord de près est tiré vers le large, passant Belle-Île (7) puis à une dizaine de milles au large de Groix (8). Un autre bord est tiré en direction de la côte, en face de l’archipel des Glénan (2), tandis que le vent monte encore un peu. Vers 21h, une jolie crique est trouvée au-dessus de Pont-Aven (9), et avec le vent qui baisse, une halte est décidée.

Le matin suivant, le vent est NW et très faible. Les prévisions météo annoncent du vent de SW pour le lendemain, et W-NW toute la journée. Une déception difficile à avaler. Le départ se fait vers 8h, à la rame. Une consolation tout de même : la mer est belle, et il fait enfin beau. Le vent se lève (3-4 Beaufort dans l’après-midi) mais ne change pas de direction. Le louvoyage vers la pointe de Penmarch est interminable, n'étant franchie qu'à 17h30. Ce catamaran chargé au maximum n’est pas une bête de course pour remonter au vent, et les bords sont presque carrés, un témoignage des limites de l'embarcation lorsqu'elle est lourdement lestée. Après la traversée de la baie d’Audierne (11), l'équipage finit dans la pétole, à une poignée de milles de la pointe du Raz (10). Il est trop tard pour passer, et il n’y a plus un souffle d’air. Sur place, une famille allemande en vacances, intéressée par le raid, aide à remonter le catamaran en haut de la plage et offre à boire, créant un moment inattendu de convivialité. Un ami a rejoint l'équipage pour cette escale, transformant la soirée en fête. La nuit est passée sur la plage, avec l'espoir que le vent tournera au S le lendemain, permettant enfin d'accélérer et de profiter du potentiel du bateau.

Le réveil apporte une mauvaise surprise : le vent est totalement absent. L'espoir demeure que le vent se lèvera et tournera dans la journée. Le passage de la pointe se fera sans vent, à la rame, tout comme la pointe du Van (14). La journée se passe ainsi, une alternance de séances de ramage et de très légers souffles d’air. L'arrivée se fait finalement vers 1h30 du matin sur la plage de Plougonvelin (16), quelques milles avant Saint-Mathieu (17), toujours à la rame.

Comme les deux jours précédents, la journée commence doucement. Les prévisions météo de ce matin sont très mauvaises : vent d'E-NE pendant 5 jours, jusqu’au mercredi 11 août. Il est 12h, le vent se lève. Qu’il soit W, SW ou NW, cela n’a plus trop d’importance, car l'équipage doit admettre qu'il ne pourra pas faire le trajet aller-retour dans le temps disponible. Qu'importe, un temps sur le parcours La Baule - Saint-Malo sera visé. La pointe Saint-Mathieu (17) est passée en début d’après-midi, sous un grand soleil, avec le courant et au portant avec le vent qui tourne SW. Le courant pousse tranquillement le bateau vers le nord. La météo de l’après-midi annonce finalement un avis de grand frais de SW (force 7) pour la nuit prochaine, une nouvelle fois une prévision météo qui change la donne.

Du vent, enfin ! Le vent s’est levé, il souffle de SW, 4 Beaufort avec des rafales à 5. Les prévisions météo ont encore évolué : SW jusqu’au mercredi 11 août, une bonne nouvelle cette fois-ci. Le slalom entre les têtes de rochers commence. La mer est bien plate, et le Hobie ne demande qu’à « bouffer » des milles. Le passage entre les Sept Îles (28) est magnifique. Le cap est mis vers la côte pour essayer de se poser du côté de Tréguier (29), avant Bréhat (30). C’est la plus longue distance parcourue pendant ce tour de Bretagne, mais l'arrivée a été un peu mouvementée. Il est quasiment 22h, le ciel est nuageux et la nuit tombe déjà. Premier essai d'accostage : raté, c’est une plage de galets. Demi-tour et l'équipage remonte au vent. Ils se retrouvent dans la pénombre, sans aucune plage pour s'abriter. Sans foc, il est impossible de remonter au vent. Il ne reste qu'à abattre et, par chance, une petite plage est aperçue dans la pénombre. Avec les lampes frontales, le petit banc de sable est ausculté. Les allées et venues avec les lampes et les bandes réfléchissantes sur les combinaisons attirent l’attention, dans la nuit, d’une famille de vacanciers qui vient à la rencontre de l'équipage, inquiète d’un éventuel naufrage. Une fois rassurés, ils donnent un coup de main pour remonter le bateau. Le fils, pêcheur, rassure sur la hauteur de recouvrement de la plage qui ne recouvre pas durant les périodes de morte-eau, puis invite l'équipage à manger un bon repas chaud dans leur caravane.

Après le petit-déjeuner habituel de fruits secs et lait concentré, le catamaran est couché sur le sable pour réparer l’estrope qui a cassé. Pas de chance, le vent a de nouveau tourné E 3-4 Beaufort, malgré ce qu’annonçait Météo France. Encore de face. Un long louvoyage vers Saint-Malo commence. Comme tous les soirs, le vent tombe. Il reste alors 15 milles à parcourir pour atteindre l'arrivée. L'équipage préfère s’arrêter en face d’Erquy (33).

Dernier pliage de la tente, dernier petit-déjeuner et dernière étape de ce tour de Bretagne. Le Cap Fréhel (34) est frôlé au près. Alors que le catamaran est encore englué dans la pétole, un gros « cumulo nimbus » orageux se forme et vient sur l'embarcation en tonnant. Avec un mât en alu, la situation n'est pas des plus rassurantes. Il est grand temps de se rapprocher de la côte. Le fort de La Latte (35) est passé, et Saint-Malo (13) et Dinard (36) sont enfin aperçus. Une multitude de catamarans, dériveurs et autres croiseurs en balade le long de la côte sont rejoints. Dernière pointe, celle du Décollé à Saint-Lunaire (37), puis la ligne d’arrivée. Il est 17h pile quand elle est coupée. Sans feux d’artifice ni champagne, mais contents de valider le temps « officiel ». Le vaillant Hobie Cat 16 vient se poser sur la plage de Saint-Énogat (36), à Dinard.

Les combinaisons hauturières se sont avérées indispensables, n'ayant été ignorées qu'un seul jour de navigation. Seulement une estrope a cassé, malgré que le bateau date de 1991, témoignant de la robustesse de l'engin et de l'importance d'une bonne préparation. La préparation et les modifications du catamaran ont été plus qu’appréciables, avec des améliorations apportées sur le trampoline, notamment des poches de rangement très pratiques et confortables pour dormir. Cependant, les poches à cartes des voiles n'ont pas été utilisées. La navigation de nuit s’est bien passée. L'expérience a confirmé qu'il faut prévoir de naviguer sous-toilé dès que le bateau lève une coque, car tout dessalage, vu le chargement, aurait été très problématique. Ce Hobie Cat 16 était sans doute moins marin qu’un 18 pieds, mais il a le mérite d’être déplaçable à deux sur la plage, un atout majeur pour les navigations côtières. Les deux bidons placés à l’avant (un sur chaque coque) se sont révélés pratiques et efficaces, étant considérés comme la seule solution pour ce type de catamaran, bien que le bateau "enfourne" beaucoup de ce fait. Les conditions météo, changeantes et souvent imprévisibles, ont permis d'affirmer que les prévisions météo n’ont pas été fiables, induisant en erreur dans plusieurs choix stratégiques. En fin de compte, huit jours ont été nécessaires pour rallier Saint-Malo à La Baule, sans perdre de temps, mais en s’adaptant constamment aux problèmes rencontrés.

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