La natation, souvent perçue comme une simple activité de loisir ou un sport de compétition, revêt une dimension toute particulière pour les personnes malvoyantes ou aveugles. Pour ces athlètes, chaque plongeon, chaque virage est un défi surmonté, une victoire de l'autonomie et de la sécurité. Si le bonnet de natation est un accessoire commun à tous les nageurs, son rôle prend une importance cruciale, voire technologique, lorsqu'il s'agit d'assister ceux dont la vision est altérée. Le parcours inspirant de champions et le développement d'équipements spécialisés illustrent parfaitement cette quête d'inclusion et de performance, tandis que les fonctions universelles du bonnet de bain demeurent des piliers de l'expérience aquatique.
L'Expérience Sensorielle de la Natation : Défis et Révélations pour les Nageurs Malvoyants
L'eau, par sa nature englobante et son absence de repères visuels habituels, peut sembler un environnement hostile pour une personne malvoyante. Pourtant, c'est précisément dans cet élément que certains trouvent une liberté et une aisance insoupçonnées. Preuve en est le parcours d'Alex Portal, un nageur malvoyant qui a su transformer son handicap en force. Ne voyant pas à plus d'un mètre en raison d'un albinisme oculaire depuis sa naissance, Alex a rencontré des obstacles dans des activités nécessitant une acuité visuelle, comme le tennis, où il était trop difficile de suivre la balle, ou la musique, où déchiffrer les partitions était impossible. C'est ensuite dans l'eau, seul dans son couloir, qu'il a eu une révélation : tout devenait simple.
Guidé par les lignes d’eau et un mental à toute épreuve, Alex Portal, aujourd’hui âgé de 22 ans, s'est imposé comme une figure emblématique de la para-natation. Son palmarès comprend déjà quatre titres de champion du monde dans cette discipline et deux médailles paralympiques - une en argent et une en bronze, obtenues à Tokyo. Sa détermination est telle qu'elle le pousse à se mesurer aux meilleurs nageurs valides, et ses chronos le lui permettent, le temps d'une compétition. Il nage entre 50 et 80 km chaque semaine lors de ses entraînements, sous l'œil bienveillant de sa famille. Une famille profondément impliquée dans son parcours : sa maman passe sa vie dans la voiture à faire des allers-retours entre la maison et la piscine dans les Yvelines, et sa grand-mère est bénévole, ne ratant presque aucun meeting. Son petit frère, Kylian Portal, âgé de 17 ans, est lui aussi malvoyant, leur déficience visuelle étant génétique. Les deux frères sont montés sur le podium l'an dernier lors des Mondiaux de para-natation, Alex remportant l'or et Kylian le bronze sur 400 m nage libre. Ils sont attendus aux prochains Jeux Paralympiques, qui se dérouleront du 28 août au 9 septembre, avec l'espoir de récidiver leurs performances passées. Cette volonté de se dépasser et de trouver des solutions pour nager en toute autonomie et en toute sécurité est au cœur des préoccupations des nageurs atteints de cécité, ouvrant la voie à des innovations technologiques.
Des Technologies au Service de l'Autonomie : Les Bonnets de Natation Intelligents
Face aux défis spécifiques rencontrés par les nageurs malvoyants, l'ingéniosité humaine, soutenue par la technologie, a donné naissance à des équipements révolutionnaires. Le bonnet de natation, traditionnellement simple accessoire, se mue en un véritable assistant connecté, offrant aux athlètes une indépendance accrue et une meilleure performance. Ces avancées incarnent parfaitement les mots-clés qui animent de nombreux projets : Sécurité, Indépendance et Inclusion.
Le "Blind Cap" de Samsung : L'Intuition par la Vibration
La multinationale Samsung, en collaboration avec l’équipe paralympique espagnole de natation, a développé un bonnet de bain vibrant dans le but d’assister les nageurs non voyants. Au premier abord, il ressemble à n’importe quel bonnet de natation classique, sauf qu’une puce électronique y est incorporée. Cette innovation vise à résoudre un problème fondamental en para-natation : comment alerter le nageur de l'imminence d'un virage, particulièrement crucial dans les catégories où la perception spatiale est quasi nulle ? Pour l'instant, les entraîneurs restent au bord de la piscine et pour alerter les nageurs non voyants de l’imminence du virage, leur touchent la tête ou le dos avec une tige matelassée spéciale.
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Le fonctionnement du Blind Cap est simple : le coach, qui suit les mouvements du nageur et l’assiste, n’a qu’à appuyer sur un bouton. Une vibration est alors envoyée au bonnet via Bluetooth, et le nageur sait qu’il doit tourner. Ce système remplace avantageusement les méthodes actuelles, parfois moins précises ou perturbantes pour l'athlète. Conçu en partenariat avec l'équipe paralympique d'Espagne, ce bonnet pour nageurs professionnels malvoyants permet ainsi à leur coach, via une application, de communiquer efficacement avec le nageur grâce à la puce électronique intégrée. Cette innovation est un élément essentiel pour favoriser l'autonomie de ses utilisateurs. Samsung a même annoncé que l’application pourrait également permettre de suivre en direct quelques indicateurs sur la santé et la performance du nageur, ouvrant des perspectives encore plus larges en matière de suivi sportif. Pour l’instant, le Blind Cap est à l’essai auprès de l’équipe paralympique espagnole de natation et du comité paralympique ibérique, marquant une étape prometteuse vers une natation plus accessible et performante.
"Eyecap'" : L'Innovation Genevoise pour une Natation Sécurisée
Un autre projet novateur est l'« Eyecap' », un bonnet de natation connecté spécialement conçu pour les personnes malvoyantes et aveugles. Cette initiative est née de l'esprit d'Anna Gräbner, Luis Miranda et Aziz Orfia, tous trois diplômés en Bachelor Economie d'entreprise de la HEG-Genève. L'idée a émergé lors de leurs études, dans le cadre de la création d'un business plan, animés par un intérêt marqué pour le handicap et par la conviction que la natation, troisième sport favori des Suisses, est un sport idéal et adéquat à tout âge qui doit être accessible à tous. Le public principal visé par Eyecap' est toute personne avec cécité ayant la volonté de nager de manière autonome et en toute sécurité. Un public secondaire serait les personnes avec cécité qui sont des nageurs professionnels, ciblant ainsi le marché des Jeux Paralympiques.
La HEG-Genève a fourni aux porteurs de projet les outils nécessaires pour mener un projet d'une telle ampleur et d'une telle importance. Bien qu'ils aient pu ressentir un manque de compétences techniques au départ, le réseau des hautes écoles et partenaires de la HES-SO a permis de compléter ces lacunes, transformant le projet en une réussite à 360°. L'accélération du développement a été notamment rendue possible grâce à la professeure Delphine Bechevet, et l'accompagnement du Pulse Incubateur HES a joué un rôle de catalyseur et de facilitateur essentiel entre toutes les parties prenantes. Des soutiens précieux ont également été trouvés auprès d'Innosuisse, de l'OPI et de Genilem. Dès l'amorce du projet, l'équipe a eu la chance de croiser la route de Chantal Cavin, championne paralympique de natation, qui a pu apporter son expertise.
Actuellement, l'élaboration du produit Eyecap' progresse grâce à une étroite collaboration avec HEPIA, permettant le développement d'un prototype qui s’approche du produit final, tout en répondant aux exigences d’une industrialisation future. Les créateurs sont en pleine recherche de fonds pour supporter les coûts de recherche, et des idées d’améliorations et d’applications sont déjà envisagées à long terme, promettant une évolution continue pour ce dispositif au service de la natation inclusive.
La Para-Natation : Cadre Réglementaire et Catégorisation des Athlètes
Pour garantir une équité sportive et permettre à chaque athlète de concourir dans les meilleures conditions, la para-natation s'appuie sur un système de classification rigoureux. Ces classifications prennent en compte la nature et le degré du handicap, assurant que les compétitions se déroulent entre nageurs ayant des capacités fonctionnelles comparables. La pratique est accessible à tous, qu'il s'agisse de handicaps physiques ou sensoriels.
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Les nageurs malvoyants et non-voyants sont répartis en différentes catégories selon leur acuité visuelle. La catégorie S11 regroupe les nageurs non voyants ou disposant d’une acuité visuelle particulièrement restreinte, de telle façon qu’ils ne sauraient reconnaître une lettre “E” de 15cm de côté, à 25cm de leur visage. Dans cette catégorie S11, les nageurs doivent obligatoirement utiliser un « tapper », un dispositif qui les avertit de l'approche du mur pour le virage ou l'arrivée. La catégorie S12 concerne les nageurs dont l'acuité visuelle est meilleure que celle des S11, mais qui ne sauraient reconnaître cette même lettre “E” de 15cm de côté à une distance de 4m. Enfin, la catégorie S13 est celle des nageur(se)s dont le handicap visuel est le moins sévère, tout en étant suffisant pour être accepté par la réglementation internationale. Il existe également une classification SM pour les épreuves multi-nages, couvrant les disciplines qui combinent plusieurs styles de nage.
Les aménagements réglementaires en para-natation sont cruciaux. Ils s'appuient sur l'application de la réglementation FINA (Fédération Internationale de Natation), complétée par des alinéas spécifiques selon le profil pathologique de chaque nageur. Les positions de départs varient ainsi en fonction du handicap, même à l’intérieur d’une catégorie identique, pour s'adapter aux besoins de chacun. Il est à noter que l’usage de prothèses ou de matériel d’assistance est généralement interdit dans les compétitions, soulignant le défi d'intégrer des technologies comme les bonnets connectés dans un cadre réglementaire strict, en les positionnant comme des aides à la performance et à la sécurité plutôt que comme des avantages déloyaux. L’approche pédagogique proposée par la Fédération Handisport permet dans un premier temps aux licenciés d’apprendre à nager dans un objectif d’autonomie. Ce “savoir-nager” pourra ensuite permettre une orientation vers une pratique loisir ou compétitive, complétant ainsi l'apprentissage des différentes nages et ouvrant la voie à des carrières sportives remarquables.
Le Bonnet de Natation : Un Équipement Universel aux Multiples Fonctions
Au-delà des innovations spécifiques pour les nageurs malvoyants, le bonnet de natation reste un élément fondamental de l'équipement de tout nageur. Ses fonctions, souvent méconnues ou sous-estimées, vont bien au-delà de la simple protection capillaire, touchant à des aspects cruciaux d'hygiène, de performance et de respect des règles communautaires.
Hygiène et Santé Publique : La Raison d'Être du Bonnet
L'idée reçue selon laquelle le port du bonnet de bain est principalement destiné à protéger les cheveux du chlore est largement répandue, mais elle occulte ses véritables vertus. En réalité, un bonnet basique ne permet pas nécessairement de laisser les cheveux secs, et le chlore peut y passer. La question de savoir à quoi sert un bonnet, au-delà de la longueur des cheveux, révèle une incompréhension des enjeux sanitaires. L'obligation de porter un bonnet en piscine publique n'est pas faite en vue de protéger les cheveux du chlore ; c'est une mesure d'hygiène fondamentale qui vise à éviter que les cheveux ne flottent dans le bassin ou que le sébum des personnes qui ne se lavent pas la tête avant d'entrer à l'eau ne se répande. Nager dans un bassin plein de cheveux et de sébum en surface serait désagréable pour tous.
Une autre considération majeure est l'impact sur l'infrastructure de la piscine. Les cheveux qu'on perd et qui flottent dans l'eau ne sont pas seulement désagréables pour les autres nageurs, mais leur accumulation dans les filtres, que ce soit des piscines ou des douches, cause régulièrement des bouchons. C'est sans doute la raison pour laquelle au Luxembourg, dans beaucoup de piscines, il est en plus défendu de se raser la barbe, même dans les lavabos aux WC, car la quantité des visiteurs peut vite faire bouchonner l'accumulation de savon et de poils rasés.
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Plus grave encore, les matières organiques, telles que la peau, les cheveux et les poils, au contact du chlore, produisent des chloramines. Ces substances sont toxiques pour les nageurs et le personnel de la piscine qui y sont exposés toute la journée. Un maître-nageur sauveteur a d'ailleurs confirmé que l'obligation de porter un bonnet de bain dans les piscines parisiennes a permis de diminuer considérablement la production de chloramines. Ainsi, plus les nageurs sont propres - en prenant une douche avant d'entrer dans le bassin - et plus ils évitent le contact des cheveux, pas toujours propres, avec l'eau, moins ces dérivés nocifs du chlore se dégagent dans la piscine.
L'obligation du bonnet varie considérablement d'une région à l'autre, voire d'un pays à l'autre. À Rouen, par exemple, le port du bonnet n'est pas obligatoire mais fortement recommandé, reflétant une volonté de laisser le libre arbitre tout en influençant les comportements. Dans le Val d'Oise, à Munich ou en Norvège, il n'est généralement pas obligatoire non plus. À Meudon, le non-port du bonnet est également autorisé. À l'inverse, au Japon, un pays connu pour sa propreté, le bonnet est obligatoire ; les piscines en fournissent souvent gratuitement, même si ce sont parfois des "charlottes bizarroïdes", et les nageurs préfèrent généralement apporter le leur. En Suisse, à Lausanne, à la piscine Mon-Repos, le bonnet n'est pas obligatoire, bien que d'autres règles strictes, comme l'interdiction d'amener son sac au bord du bassin, soient en vigueur. En République tchèque, le bonnet n'est pas obligatoire non plus, et bien que les gens se douchent consciencieusement avant le bain, cela n'évite pas la présence de cheveux longs dans les piscines.
Historiquement, le rapport de l'ANSES sur l'hygiène dans les piscines révèle que la recommandation de faire porter un bonnet de bain repose souvent sur la simple considération implicite que c'est plus hygiénique, sur un sentiment d'évidence, mais sans être toujours spécifiquement réfléchi en termes scientifiques. Toutefois, l'expérience, notamment dans les centres métropolitains comme Paris où le nombre d'usagers est beaucoup plus élevé que dans les villes moyennes, montre que le port du bonnet est réellement plus opportun pour des raisons hygiéniques. Cela s'inscrit dans une logique où les piscines, bien avant d'être des temples du sport, étaient des lieux participant à l'hygiène publique, avec des salles de propreté. Les observations sur le terrain confirment que certains adultes, même dans des clubs, ne montrent pas toujours l'exemple côté hygiène, ne se lavant à fond qu'après la séance, mais rien avant. C'est une attitude égoïste qui néglige l'impact du manque d'hygiène sur les autres et sur la qualité de l'eau.
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