La Marine nationale et le monde des sports extrêmes ont été marqués par la disparition de Bob Lataste, un militaire d'élite et sportif de haut niveau, décédé tragiquement en opération. Âgé de seulement 24 ans, ce jeune plongeur-démineur girondin incarnait une détermination et une excellence rares, aussi bien dans son engagement professionnel que dans sa passion pour la nage en eau vive. Sa mort, survenue à la suite d'une plongée en baie de Seine, a suscité une vive émotion, Sylvie Goulard, alors ministre, exprimant sa "tristesse" et présentant ses condoléances à la famille, aux proches et aux camarades de ce jeune champion dont la trajectoire était prometteuse.
Une Carrière Militaire d'Excellence et d'Engagement Précoce
Le parcours de Bob Lataste au sein de la Marine nationale fut celui d'une ascension fulgurante, marquée par une ambition constante et une volonté de toujours viser la plus haute marche du podium, tant dans sa vie professionnelle que lors de ses compétitions sportives. Après l'obtention d'un bac STI génie mécanique, Bob Lataste a intégré la Marine en 2012. Cependant, son chemin vers l'élite des plongeurs-démineurs a commencé bien avant, par une préparation militaire marine effectuée à Bordeaux, qui a posé les bases de son engagement futur.
Son désir d'excellence l'a ensuite conduit à se présenter et à réussir le concours d'entrée de la très sélective classe préparatoire de Conflans-Saint-Honorine, intitulée « Maintenance en milieu subaquatique ». Cette formation est réputée pour son caractère élitiste, n'offrant que douze places par année et dont le concours est largement considéré comme difficile. La simplicité n’étant manifestement pas dans son vocabulaire, Bob a mis les bouchées doubles pour y parvenir, réussissant ce concours exigeant en septembre 2011. Ce succès fut pour lui un souvenir qui faisait encore briller ses yeux, marquant le début de la marche vers son rêve professionnel.
Cette année de classe préparatoire fut pour lui une période "magique", passée au lycée Simone Weill à Paris, en internat. Elle a forgé une cohésion et un esprit d’équipe très fort entre les douze élèves, tous travaillant « tout le temps ». Âgés de 18 à 23 ans, ils s'accrochaient à leurs objectifs, la réussite de ce concours n’étant que la première étape d'un parcours exigeant. À l’issue de cette année, les élèves intègrent la Marine nationale avec un contrat de quatre années, qui débute par une intégration dans la formation « plongeur de bord ». Cette étape initiale est essentielle avant de pouvoir se présenter aux présélections pour devenir « plongeur-démineur » ou « fusilier marin ».
Bob Lataste avait un but clair et déterminé en tête : il serait démineur. Fidèle à sa volonté affichée en compétition, il s’est accroché à son objectif, mettant tout en œuvre pour y parvenir. La petite phrase à la mode qui circule, selon laquelle « du rêve à la réalité, il y a l’action », lui correspondait parfaitement. Il a ensuite intégré l’école des plongeurs-démineurs pour une formation intensive de neuf mois. À l’issue de cette période, il a choisi son affectation au Groupe de Plongeurs Démineurs (GPD) en juillet 2013. Bob Lataste était donc plongeur-démineur depuis 2013, démontrant un engagement rapide et profond dans cette spécialité exigeante.
Lire aussi: Nager avec votre chien: Guide
Le Plongeur-Démineur au Quotidien : Missions et Exigences d'un Métier sans Routine
En tant que plongeur-démineur, Bob Lataste était affecté, depuis l'été 2016, au groupe des plongeurs de Brest, après avoir fait ses armes au GPD de Cherbourg. Le GPD, tel que Bob l'expliquait, représente avant tout un état d'esprit, une relation de confiance exceptionnelle entre ses hommes, indispensable à la réalisation de missions où ils mettent quotidiennement leurs vies en danger. C'est pourquoi la devise des Plongeurs Démineurs (PLD) qui passent par le GPD Manche est si significative : « Fier d’en être et fier d’en avoir été ». Parfois également, cette vocation se transmet, et l'on est PLD de père en fils, témoignant d'une tradition et d'un engagement familial profond.
Le terrain d’intervention du GPD Manche, où Bob Lataste opérait, s'étendait de la frontière belge au Mont Saint Michel, et même plus au large, puisque les équipes partaient également régulièrement s’entraîner en Islande avec d’autres nations européennes. Les actions des plongeurs-démineurs sont d'une variété et d'une importance cruciale pour la sécurité maritime et terrestre. Elles incluent le déminage de colis piégés sur la base de l’arsenal de Cherbourg, une tâche délicate et potentiellement dangereuse. Ils interviennent également lors de découvertes de munitions sur l’estran par des promeneurs, ou par des professionnels de la mer comme les activités de pêche et ostréicoles, qui peuvent remonter des engins non explosés datant de conflits passés.
Leur expertise est aussi sollicitée pour des activités portuaires, comme le grand chantier d’extension du port de commerce de Cherbourg, où la sécurisation des fonds marins est primordiale. Enfin, ils travaillent en collaboration avec des archéologues, notamment ceux de l’André Malraux, pour le renflouement d’épaves ou la sécurisation de sites historiques sous-marins. Dans les villes bombardées pendant la Seconde Guerre mondiale, le travail ne manque jamais, entre les munitions du passé, les alertes actuelles et les tentatives d’intrusion, ce qui fait du métier de plongeur-démineur au GPD un métier sans routine. Il est souvent dit : « au GPD on ne sait jamais quand commence ni s’arrête la journée, on vit à la demi-heure près ».
Ce métier exige une condition physique irréprochable, une caractéristique parfaitement compatible avec la discipline d’athlète sportif que Bob Lataste maintenait assidûment. Derrière son bureau, on pouvait le voir préparer la mission du lendemain, quelques plis sur son front, témoignant de la concentration et du sérieux avec lesquels il abordait chaque opération. Il était animé par une ambition de progression, préparant le concours d'officier. Son modèle professionnel était le Commandant en second, Nicolas Febvay, de la base de GPD Manche Atlantique de Cherbourg. Nicolas Febvay, lui-même un plongeur civil intégré en 2005 à la première promotion de sous-officiers plongeurs-démineurs via l’école de maistrance et la formation de plongeur de bord, avait enchaîné les affectations sur des chasseurs de mines et un navire océanographique. À présent Second du GPD Manche, il avait sous ses ordres 30 plongeurs-démineurs, dont trois officiers, un médecin hyperbare, une infirmière et un infirmier, ainsi que sept métiers de soutien tels que secrétaire, mécanicien ou électricien. Une belle complicité unissait les deux hommes, et tout le GPD était derrière Bob pour ses compétitions, ses photos étant d'ailleurs affichées sur les murs du centre de vie.
L'Ascension d'un Champion des Eaux Vives
En parallèle de son engagement militaire d'élite, Bob Lataste était un sportif accompli, un véritable champion des eaux vives. Sa passion pour le sport était une histoire de famille, comme il l'expliquait en 2010 : « C’est mon père, qui fait de la plongée, de la course à pied, du vélo, de la marche en montagne […], qui m’a transmis la passion du sport ». Avant de se dédier pleinement à la nage en eau vive, Bob s'était essayé à diverses disciplines, passant par le football, le judo et le rugby, démontrant déjà une polyvalence et un goût pour l'effort.
Lire aussi: Vainqueur 100m Nage Libre
C'est à l'âge de 7 ans que Bob est "tombé sur un flotteur", marquant le début de son histoire avec l'hydrospeed, également appelée nage en eau vive ou nage rapide. Cette rencontre déterminante s'est faite avec son entraîneur, Christian Bousquet, responsable de l’équipe fédérale, puis avec Romain Février, président du CIALPC (nage avec palme), qui ont tous deux joué un rôle crucial dans son développement sportif. Très rapidement, Bob s'est retrouvé licencié à la Fédération Française d'Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM), animé d'un esprit de compétition amical, d'abord au niveau local puis régional.
Amateur de sensations fortes, Bob Lataste recherchait constamment "les poussées d’adrénaline que procure l’eau vive apprivoisée le temps d’une descente". À 22 ans, il était déjà décrit comme un jeune homme fonceur avec la tête sur les épaules, et possédait l'étoffe d’un champion. Son rêve ultime était de représenter un jour la France dans cette discipline, un objectif qu'il poursuivait avec acharnement, s'accrochant à ses rêves pour les réaliser.
Ses efforts et son talent ont rapidement porté leurs fruits sur la scène internationale. Bob Lataste fut champion du monde de nage rapide en 2013, et vice-champion du monde en 2015. Ces titres majeurs témoignent de son excellence. En outre, lors de rencontres non officielles organisées en Indonésie en 2010, puis au Guatemala en 2015, Bob Lataste a terminé respectivement à la première et à la deuxième places après de rudes batailles, confirmant son statut de compétiteur hors pair. Dans ces challenges, il était accompagné par son employeur, la Marine nationale, ainsi que par ses sponsors, AM Paris et Face Level Industrie, et même la discothèque bordelaise La Plage, qui avait réalisé un petit film le montrant en pleine pratique de l'hydrospeed.
Pour maintenir son niveau exceptionnel, un entraînement quotidien était nécessaire, comprenant de la course à pied, de la nage avec palmes et du renforcement musculaire. Cette discipline était d'autant plus essentielle qu'il devait parfois faire face à des revers. En juin, quelques mois avant une compétition internationale prévue le 10 octobre, Bob Lataste s'était blessé à la cheville, se cassant même le pied. La vidéo "It's his war" retraçait son combat et sa rééducation. Grâce au centre européen de rééducation sportive de Cap Breton, qui venait de signer une convention avec les armées pour accueillir les unités d’élite blessées et les remettre sur pied rapidement, il a pu être remis sur pied.
L'équipement pour la nage en eau vive est spécifique et optimisé pour la performance et la sécurité. Comparé à la plongée scaphandre, il est plus léger : une combinaison souple, des palmes en fibre spécialement conçues pour la nage en eau vive, un casque de protection, un gilet-compétition de kayak, et un flotteur standardisé pour la compétition. Bob Lataste pratiquait ce sport en club, conseillant d'ailleurs de privilégier les clubs aux bases d'eau vive. Il était licencié au Bordeaux palmes aventure et à Paris Villeneuve-la-Garenne.
Lire aussi: Couloir de nage : quelle largeur ?
Bob Lataste, qui avait cette capacité de toujours s'accrocher à ses objectifs, pensait aussi à l'avenir et à la transmission de sa passion. Il exprimait l'intention de passer un jour du côté entraîneur pour partager son savoir-faire et son expérience. Nul doute qu’il aurait mené de jeunes talents vers la plus haute marche du podium. Et à son retour de compétition, il reprenait les soirées studieuses pour préparer le concours d'officier, montrant une fois de plus son dévouement total.
La Reconnaissance et la Structuration de la Nage en Eau Vive
Le sport de la nage en eau vive, dans lequel Bob Lataste excellait, s'inscrit dans un cadre institutionnel plus large, bien que sa reconnaissance internationale soit encore en cours de formalisation. La Fédération Française d'Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM) est l'organisme délégataire de plusieurs disciplines sportives subaquatiques. Parmi celles-ci, la nage avec palmes, une discipline connexe à la nage en eau vive, possède le statut de haut niveau, témoignant de son développement et de sa reconnaissance officielle en France.
L’expression internationale de ces disciplines sportives, qu'il s'agisse des championnats d’Europe, des championnats du monde ou des Jeux mondiaux, passe obligatoirement par la Confédération mondiale des activités subaquatiques (CMAS). La FFESSM est d'ailleurs un membre fondateur de cette organisation internationale. La CMAS joue un rôle crucial dans le paysage sportif mondial, étant reconnue par le Comité international olympique (CIO) depuis octobre 1986. À ce titre, la CMAS est la seule organisation habilitée, dans ses champs d’activités - qui incluent la nage avec palmes (NAP), l'apnée, le hockey subaquatique, l'orientation, la plongée sportive et le tir sur cible - à mettre en place des Championnats d’Europe ou des Championnats du monde qui voient se rencontrer des équipes nationales officiellement et légalement constituées. Ce sont ces compétitions qui aboutissent à la délivrance des titres reconnus de Champion d’Europe et de Champion du monde.
Cependant, à l’heure actuelle, la situation concernant la nage en eau vive souffre d'une exception notable : cette discipline n’est pas encore structurée au sein de la CMAS. Cela signifie que, bien qu'elle soit pratiquée et très populaire, son extension internationale via la CMAS est "en cours de construction". En conséquence, et jusqu'à maintenant, la promotion, le classement sportif et l’articulation de la nage en eau vive (NEV) au niveau fédéral ne sont réalisés qu’à l’échelon national et ne s'étendent pas au-delà d'une reconnaissance strictement française.
Le budget alloué chaque année à la commission sportive nationale NEV de la FFESSM est spécifiquement construit pour accompagner l’ensemble de ses actions nationales. De ce fait, il n’existe pas encore, stricto sensu, d’équipe de France de nage en eau vive officiellement constituée pour les compétitions internationales sous l'égide de la CMAS ou du CIO. Pour qu'un championnat international de nage en eau vive puisse exister et être pleinement reconnu, il devrait être mis en place par une organisation elle-même membre du CIO. Cela impliquerait un encadrement strict par un arsenal de procédures réglementaires, couvrant la sélection des équipes nationales, les contrôles anti-dopage rigoureux, et les déclarations nécessaires auprès du ministère des Sports et des Affaires étrangères, garantissant ainsi la légitimité et la portée de ces événements sportifs.