Beurette Voile Signification: Analyse Décoloniale du Hijab et de l'Identité Musulmane

Introduction

La question du voile islamique, ou hijab, chez les femmes musulmanes est un sujet central dans les débats féministes contemporains, ainsi que dans les discussions sur la modernité, la liberté et la place de la religion dans nos sociétés. L'obsession autour de ce sujet révèle une approche binaire véhiculée par la vision néo-orientaliste et la rhétorique identitaire du discours islamique traditionaliste. Il est donc crucial de déconstruire ces deux visions dominantes afin de proposer une pensée alternative. Cette question est prise en otage entre l'idéologie dominante néo-orientaliste et le discours traditionaliste islamique réfractaire à toute vision réformiste.

Le voilement des femmes musulmanes est souvent perçu comme un marqueur de l'islamisation, tant dans les pays musulmans qu'en Occident. La vision néo-orientaliste oppose le « voilement » à l'archaïsme de la tradition et le « dévoilement » à la modernité. La vision islamique, quant à elle, considère le « voilement » comme un marqueur essentiel de l'identité islamique, menacée par le « dévoilement » perçu comme une occidentalisation rampante. Dans les deux visions, le corps des femmes devient l'enjeu central. Se « dévoiler » est synonyme de « moderniser » et « s'émanciper » pour les uns, tandis que pour les autres, c'est « trahir » ses racines et rompre avec son identité religieuse.

Le voile, en dissimulant, met à nu la vulnérabilité de l'idéal égalitaire, les différences et les rapports de domination, ainsi que l'incohérence de l'imaginaire musulman quant à la question du corps des femmes.

Perspectives Politico-Historiques du Voile dans le Monde Musulman

Jusqu'au début du 19ème siècle, l'habit des femmes arabes, berbères et musulmanes se caractérisait par une diversité vestimentaire allant du Haïk à la Jellaba, en passant par le tchador, le niqab, et divers voiles colorés. Il existait une diversité géographique où se mêlaient le religieux et le culturel. Au Maroc, par exemple, il était difficile de différencier les femmes juives des femmes musulmanes, toutes deux portant la jellaba, créée par les artisans juifs marocains.

L'histoire contemporaine du voile, telle qu'elle est comprise aujourd'hui, a commencé en Égypte, où le débat sur le corps des femmes et l'approche religieuse de cette question est le plus virulent.

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Période de la Colonisation des Pays Arabes

C'est vers la fin du 19ème siècle, dans une Égypte soumise à la colonisation britannique, que le premier débat sur le voilement des femmes a été soulevé. Mohammed Ali Pacha envoya trois savants religieux d'Al Azhar à Paris pour s'initier aux avancées scientifiques et académiques de l'Occident. Le Sheikh Rifaat Attahtawi fut le premier à provoquer la polémique en critiquant la répudiation, la polygamie et la non-mixité dans un ouvrage validé par l'imam d'Al Azhar.

Le livre du Duc d'Harcourt, « L'Égypte et les Égyptiens », aux forts relents orientalistes, critiqua le statut des femmes en Égypte, leur voilement et leur réclusion, remettant en cause leur statut en islam. Voiler les femmes revenait à les confiner dans leur espace privé et à les empêcher d'accéder à l'espace public.

Dans les années 1900, le livre de Quassim Amine, « Tahrir el Mar'a », dénonça les traditions misogynes qui oppriment les femmes au nom de l'islam, affirmant que ce n'est pas l'islam en tant que religion qui impose leur réclusion, mais la culture et la tradition patriarcale locale. Quassim Amine critiquait le hijab en tant que voilement intégral de la femme et revendiquait le dévoilement comme voie à la participation sociopolitique des femmes.

Le livre de Quassim Amine a suscité une polémique virulente et a constitué un tournant décisif dans le discours sur l'émancipation des femmes arabes. Ce débat doit être replacé dans le contexte de l'Égypte et du monde arabe sous emprise coloniale, où tout ce que représentait le colonisateur était perçu comme une menace de déculturation.

Le dévoilement, l'émancipation et les droits des femmes étaient considérés comme des concepts importés par le colonisateur, perçu comme un oppresseur, et donc irrecevables. Le livre de Quassim Amine a été perçu comme une idéologie d'aliénation trahissant la vision culturelle de l'époque et les principes de la résistance politique au colonisateur.

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Le colonisateur a instrumentalisé l'histoire du voile des femmes musulmanes, en se focalisant sur la thématique des femmes opprimées par leur tradition religieuse pour justifier sa mission civilisatrice. Lord Cromer, Consul général de la Grande-Bretagne en Égypte, dénonçait le statut des femmes musulmanes tout en ne faisant rien pour améliorer leur sort.

En Algérie dans les années 1950, l'administration française mena des actions pour inciter les femmes algériennes à se dévoiler, considérant le voile comme un symbole du statut de la femme algérienne. Des cérémonies de dévoilement étaient organisées, où des femmes voilées se dévoilaient en public.

Ces scènes de « dévoilement » publiques se sont reproduites à New York en 2001, lors d'une cérémonie où une jeune afghane a été dévoilée par Oprah Winfrey, symbolisant le passage de l'ombre à la lumière. L'image des femmes musulmanes dévoilées est associée à la tutelle coloniale et à une conception de la libération jugée aliénante.

Période des Révolutions Nationalistes et Mouvements d'Indépendance

Avec la pensée réformiste de l'Imam Abdouh, une nouvelle pensée alliant la critique du discours islamique traditionaliste et le refus de l'asservissement au système colonial a émergé. De grandes figures nationalistes arabes ont fait participer les femmes aux mouvements de libération et d'indépendance, tout en critiquant la réclusion imposée par le voile. Le dévoilement est devenu légitime, car il n'était plus revendiqué par le colonisateur mais par les femmes elles-mêmes.

La Visibilité Politique des Courants Islamistes

C'est à partir des années 1980 que le succès de l'islamisme et de la réislamisation s'accompagne d'un voilement massif des femmes. Le port du nouveau voile (hijab) garantit la visibilité politique des courants islamistes. Les acteurs islamistes ambitionnent de contrôler le corps des femmes en diffusant le postulat du voile obligatoire, associant « la femme voilée » à « la bonne musulmane ».

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Les femmes non-voilées sont disqualifiées, assimilées à des mutabarijât, entraînant un voilement tant des militantes réislamisées que des femmes « ordinaires ». Le voilement du corps des femmes s'inscrit dans le projet de société islamiste, fondé sur une morale sexuelle patriarcale et une assignation des femmes à l'espace privé.

Khomeyni a contraint les femmes à porter le tchador en Iran en 1979, et les talibans ont imposé le voile en Afghanistan en 2021. En Égypte, la réislamisation par le bas a abouti à un voilement généralisé.

Le Voile : Signe de Distinction Sociale entre Femmes Libres et Femmes Esclaves

L'argument d'autorité religieuse relatif au voile obligatoire se fonde sur deux versets coraniques qui ne stipulent pourtant nullement la tête à couvrir. Dans l'exégèse coranique médiévale, le voile constitue un signe de distinction sociale entre femmes libres, sommées de le porter, et femmes esclaves, contraintes de l'enlever.

Aussi, les femmes voilées dans leur grande majorité ignorent la fonction discriminante initiale du voile des femmes libres à l'égard des femmes esclaves présente pourtant dans les sources scripturaires médiévales.

Le Voile comme Fer de Lance de l'Islamisme

Les acteurs islamistes et de la réislamisation font du voile leur fer de lance pour contrôler le corps des femmes et rendre visible l'islamité sur l'espace public.

Au-delà du respect de la liberté individuelle des femmes voilées, il est important de mettre en lumière le patriarcat sacralisé des gestionnaires contemporains de l'islam orthodoxe et idéologique. Ces derniers entretiennent un rapport à géométrie variable avec le corpus coranique, acceptant d'historiciser certains versets, mais refusant de discuter du statut du voile.

Dans les sociétés à majorité musulmane, des féministes se positionnent contre cette contrainte vestimentaire touchant exclusivement la gent féminine, refusant le voile comme horizon politique pour les femmes.

Les Différents Types de Voiles Islamiques

Il existe différents types de voiles islamiques, chacun ayant ses propres caractéristiques et significations culturelles :

  • Le Hijab: Ce voile cache les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant voir que l'ovale du visage. Il est souvent complété par une tunique ou un imperméable.
  • Le Tchador: En Iran, ce vêtement traditionnel est une grande pièce de tissu posée sur la tête, laissant apparaître l'ovale du visage, tenue fermée à l'aide des mains.
  • La Burqa: Ce long voile, bleu ou marron, couvre complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux. Il est devenu le symbole du régime des talibans en Afghanistan.
  • Le Niqab: Voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux. Il s'est répandu dans les pays arabes sous l'influence de l'islam wahhabite.
  • Le Sitar: Parfois ajouté, le sitar recouvre même les yeux.

Le Voile et la Mode

Porter le voile et être à la mode est possible. Les hijabistas, contraction de hijab et fashionista, sont nombreuses sur le web et suivent les tendances de la mode musulmane. La mode musulmane est un marché florissant, avec de nombreux turbans et accessoires disponibles.

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