L’océan en pages : L’art, la culture et la science du surf dans la littérature

Lire est un plaisir, tout comme le surf ou l’écriture. Faire surfer la plume sur les feuilles blanches est aussi plaisant que de glisser sur les vagues. Le bon mot et la bonne vague ne s’improvisent pas. C’est un jeu pour certains, un art pour d’autre, l’essentiel est toujours le même, il faut y prendre plaisir et s’amuser. Les beaux livres de surf ne sont pas de simples manuels techniques ; ce sont des vecteurs de mémoires, des galeries d’art et des traités philosophiques qui permettent de saisir l’essence de ce sport. À travers une sélection rigoureuse, nous explorons comment la littérature dédiée à la glisse façonne notre compréhension de l’océan, de son histoire et de la pratique elle-même.

De la poésie sous-marine à la contemplation littéraire

Lilian dessine ici une ligne d’horizon entre art et culture, entre poésie et science. Le photographe nous tire des portraits de petits anchois, de grands cachalots, de redoutables thons et de sympathiques globicéphales. Toute la famille du Gouf de Capbreton et plus généralement, de la baie de Biscaye, y est recensé en un récit magnifiquement illustré. Ce regard sur ce monde à la fois doux et sauvage, nous entraîne de la surface jusque dans les tréfonds de l’océan mais aussi de notre histoire, de notre patrimoine, de celui des marins et de leurs frères, les pêcheurs. Fils de plongeur et petit fils de pêcheurs de l’Adour (et pas d'eau douce !), ce livre m’a permis de saisir ces instants qui ont été hier et aujourd’hui inaccessibles à tous.

Dans sa chambre d’enfant, Lilian Haristoy compulsait les fiches Cousteau jusqu’à les connaître par cœur. C’était les années 1980. Les aventures du capitaine, son bonnet rouge et la Calypso, qui depuis trente ans extirpait des profondeurs les secrets du monde sous-marin suscitaient encore l’émerveillement. Cette influence se retrouve dans une littérature qui ne se contente plus de décrire la vague, mais qui interroge notre rapport intime à l'eau.

Écrit en pleine pandémie, le récit de Cédric Grèze propose un regard distancié, depuis le littoral, sur l’intimité d’un quotidien confiné, où le surf et les vagues deviennent les ressources philosophiques pour lutter contre une liberté perdue, puis retrouvée dans la jubilation. Après une carrière dans le surf de haut niveau, Cédric Grèze a créé son club de surf en l’an 2000. Les deux piliers de son existence ont toujours été l’océan et l’écriture. Cette fréquentation quotidienne des vagues a élaboré sa vision de l’existence, son écriture plonge dans cette source. Il a écrit Le rire de Poséidon pendant le premier confinement, pour témoigner de cette période historique inédite, depuis la station balnéaire de Lacanau-Océan.

Ambition, célébrité et mythes de l’âge d’or

Le roman Shangrila nous plonge dans la culture surf, sa médiatisation progressive, mais aussi dans une réflexion profonde sur l’ambition et la célébrité. C'est l’histoire d’un ancien surfeur australien de légende, Dennis Keith (DK), qui a débuté dans les années 1960, période considérée comme l’âge d’or de ce sport, avant l’émergence du business et des médias. DK, 58 ans, 115 kilos, vit aujourd’hui camouflé derrière ses Ray-Ban et retiré dans un village de retraités avec sa vieille mère, ses souvenirs, ses troubles obsessionnels compulsifs et sa paranoïa. L’arrivée d’une jeune journaliste vient perturber sa routine : elle compte écrire sa biographie pour enfin éclairer les nombreuses zones d’ombre de sa carrière mythique et de son passé.

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Cette quête de vérité fait écho aux origines mêmes du surf en France. Les « tontons surfeurs », aux sources du surf français, nous rappellent une époque où tout était à inventer. Qui fut le tout premier surfeur français ? Ou, plus raisonnablement, qui fut le premier à tenter de suivre une vague avec ces drôles d’engins munis d’une dérive appelés « surfboards » aux États-Unis ? C’est Peter Viertel, scénariste d’Orson Welles, John Huston ou Alfred Hitchcock, qui introduisit en 1956 la première « vraie » planche de surf. Vivant aujourd’hui à Marbella en Espagne, Peter nous raconte les tout débuts et la façon dont sa planche permit à tous les sportifs du coin de s’initier au sport des rois hawaiiens.

Parmi les figures marquantes, on compte Georges Hennebutte, Michel Barland, Henri Etchepare, Jacky Rott, Jean Brana, Bruno Reinhardt, Pierre Laharrague, Joël de Rosnay, Jo Moraïz, André Plumcocq, Claude Durcudoy, Paul Pondepeyre et Robert Bergeruc. Michel Barland et Jacky Rott furent les premiers à en fabriquer, mais leurs méthodes et leurs moyens étaient plus qu’empiriques. En 1959, sous l’impulsion du milliardaire play-boy péruvien Carlos Dogny, est créé le Waikiki Surf Club à la Côte des Basques. Puis viendront les premiers « surf trips » comme celui vécu par Moraïz et Rott en 1962 lorsqu’ils participent aux championnats internationaux au Pérou. On organise les premiers championnats de France et d’Europe, le Biarritz Surf Club et le Surf Club de France naissent, les premiers étrangers découvrent les superbes vagues françaises. Les découvertes des spots de surf, les rencontres, les voyages, de grands moments de camaraderie ont rythmé ces années soixante uniques, qui se termineront par l’arrivée des cheveux longs, du rock et des drogues. Ces années drôles et intenses nous sont racontées par ceux qui les ont vécues, mais aussi par la génération suivante des François Lartigau, René Bégué, Michel Colas. Chacun a ouvert ses tiroirs pour dénicher des photos et des documents inédits qui illustrent chaque chapitre.

L’obsession et la quête du sens

En retraçant sa vie de surfeur, William Finnegan dépeint une formidable épopée humaine menée à contre-courant. Quand toutes les réponses sont dans l’océan, la vie s'articule autour de la houle. Quelle que soit l’activité à laquelle il s’apprête à se livrer, un toxicomane se pose toujours les mêmes questions : lui laissera-t-elle la possibilité de se procurer sa drogue ? Quand pourra-t-il la consommer ? « Accro » aux vagues depuis plus de cinq décennies, William Finnegan, 65 ans, s’interroge tous les jours : son emploi du temps et la météo seront-ils compatibles avec une session de surf ? À chaque reportage, cette plume du New Yorker se demande si la zone pour laquelle il s’apprête à s’envoler est propice à la pratique de son vice. En écrivant Jours barbares, qui retrace sa vie par le prisme de cette obsession, il lui a valu le prix Pulitzer. L’auteur livre ainsi les mémoires d’un addict.

Le prix Pulitzer 2016 dans la catégorie « Biographie/Autobiographie » fait partie de ces rares livres qui nous marquent de manière indélébile, que l’on soit simple surfeur du dimanche fasciné par cette vie de voyage et de quête du barrel parfait ou encore amateur d’histoires d’aventures immersives et authentiques. Cette série des « 10 Livres de Surf à lire au moins une fois dans sa vie » met en lumière des ouvrages autobiographiques sur les vies incroyables des légendes du surf. On pense à Kelly Slater et son enfance difficile à Cocoa Beach en Floride ou en babysitter de Lee-Ann Curren chez Tom Curren à Anglet à la fin des années 80 ; Miki « Da cat » Dora l’insaisissable Californien, surfeur iconique de Malibu recherché par le FBI ; ou encore Gerry Lopez, « Mr. Pipeline », une véritable légende vivante. Mr Pipeline, le surfeur aux 1000 vies, fut tantôt co-fondateur de Lightning Bolt, acteur dans Big Wednesday ou explorateur en Indonésie. On découvre la vie du Pipe Master sur ses terres hawaiiennes : ses premiers barrels dans le creux de la vague d’Ala Moana, ses sessions seul à l’eau dans un Pipe parfait de 8ft, les déferlantes sauvages du Bukit balinais dans le décor sensationnel des falaises d’Uluwatu et l’ambiance mystique des années 70.

Fondements historiques : Du he‘e nalu au surf moderne

« Il est nécessaire de connaître le passé pour comprendre le présent » (Marc Bloch). Jérémy Lemarié, docteur en sociologie et maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne (UFR STAPS), a écrit un livre remarquable sur l’histoire du he’e nalu (« glisser sur la vague » en hawaiien), l’ancêtre du surf moderne. Il vient combler un vide dans la littérature francophone en décrivant les fonctions religieuses, politiques et culturelles de cette pratique séculaire en Polynésie. Un livre facile à lire, relativement court, qui nous permet de replonger dans la société hawaiienne du XVIIIe siècle, avant l’arrivée des occidentaux et du capitaine Cook, avec en peinture de fond une pratique dangereuse qui consistait à glisser sur les vagues allongé sur une planche en bois.

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On découvre les interdits associés au système politico-religieux des tabous ou kapu en hawaiien (issu de l’anglais taboo, lui-même étant une déformation du tapu polynésien qui désigne une interdiction de caractère sacré) qui interdisent aux gens du peuple (maka’ainana) de surfer avec les chefs (ali’i), ces derniers ayant également le droit de s’accaparer une zone de surf exclusive et se réservant les planches royales - les plus longues - pour surfer les meilleures vagues. Il s’agissait également d’un moyen pour les chefs de montrer leur force spirituelle, légitimer leur autorité et parfois même pour s’élever dans la société. Ce livre redonne vie au « Sport des Rois », comme l’appelait l’écrivain Jack London, et on prend plaisir à découvrir les manifestations culturelles et sportives autour du he’e nalu lors des festivités de Makahiki en l’honneur de Lono (dieu de la fertilité et de la reproduction), le rôle sensuel voire érotique du surf dans la société hawaiienne dans lequel le sport et l’esthétique du corps jouaient un rôle majeur, ou encore la quasi-disparition du he’e nalu causée par les missionnaires.

Maîtrise technique et science de la glisse

Pour ceux qui cherchent la progression, Surf Technik de Christophe Mulquin est une référence francophone dans le décryptage des manœuvres de surf. Coach à succès des équipes de France minimes, cadets et ondines, et de bons nombres de surfeurs réunionnais comme Fredo Robin, Alain Riou, Hugo Savalli, Cannelle Bullard et Maxime Huscenot, Mulquin propose une analyse détaillée pour chaque manœuvre. Le rôle de chaque membre du corps (bras arrière, bras avant, pied avant, pied arrière, ligne des épaules, gainage) est décortiqué pas à pas, avec des points d’étape tout au long du déroulement du mouvement. Il répond à des questions fondamentales : comment placer mon bras arrière lors d’un bottom-turn frontside ? Comment doser mon appui pied avant en remontée de vague avant de taper un roller backside ? Toutes les manœuvres de base sont analysées, incluant le take-off, le bottom-turn, le roller, le floater, le carve, le snap, le cutback, le tube et l’air, en faisant la distinction entre frontside et backside.

Au-delà de la technique pure, la compréhension de la planche est primordiale. The Surfboard Book: How Design Affects Performance est une pépite pour maîtriser la science des planches et des ailerons. Quel intérêt au double concave ? Pourquoi une planche comme la Pyzel Ghost avec un maître-bau avancé et un faible rocker est pourtant adaptée pour les vagues creuses ? Quel intérêt d’avoir des ailerons avec du foil dans les petites vagues ? Le casting des auteurs est hallucinant avec des légendes du shape : Simon Anderson, l’inventeur du tri-fin ; Dick Brewer, la légende hawaiienne qui contribua à l’évolution du shortboard avec son mini-gun ; et Bob McTavish, le shaper australien qui collabora avec Dick Brewer et qui innova avec son fameux V-bottom.

Le livre s’adresse à un public large : le surfeur débutant souhaitant comprendre le fonctionnement (physique voire mécanique) des interactions entre la planche et la vague ; le surfeur intermédiaire à avancé désirant perfectionner ses connaissances pour choisir un matériel adapté aux conditions ; et l’apprenti shaper souhaitant en apprendre le plus possible avant de passer au rabot. Les explications sont intuitives, les illustrations riches, simples et faciles à comprendre. En complément, pour garantir la longévité de la pratique, le Surfers’ Survival Guide demeure le premier livre et le meilleur sur la santé du surfeur à destination d’un public francophone.

Exploration du globe et préparation mentale

Le World Stormrider Surf Guide est devenu au fil des années un livre incontournable pour tous surfeurs désireux de partir en surf trip, que ce soit dans le département d’à côté, sur les pointbreaks marocains, lors d’une virée surprise sur la côte italienne ou pour s’enfiler des perles dans les barrels indonésiens. Pour les néo-surfeurs, cette bible du surf répertorie des centaines de spots répartis sur toute la planète, avec des indications précieuses : les meilleures saisons (taille des vagues, direction, vent), la température de l’eau, la pluviométrie, le fonctionnement des spots et les spécificités locales (marées, faune, courants).

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La réussite dans ce sport n’est pas uniquement physique, elle est profondément psychologique. Surf Aptitude d’Olivier Garcia est un condensé de réflexions sur la préparation mentale du surfeur, utile aussi bien pour le compétiteur que pour le surfeur du week-end. Le surf a une forte composante psychologique : l’engagement dans les vagues, la gestion du stress, la confiance en soi, la concentration et la motivation sont des leviers essentiels pour optimiser ses performances et exploiter son potentiel.

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