Enjeux de sécurité et stratégies maritimes : le défi des navires russes en eaux européennes

La question de la surveillance maritime et de la sécurité des infrastructures côtières est devenue une priorité absolue pour les autorités françaises et européennes. Au cœur de ces préoccupations se trouvent des bâtiments aux activités opaques, souvent regroupés sous le terme de « flotte fantôme ». Ces navires, qu’il s’agisse de pétroliers de grande capacité ou de voiliers historiques, cristallisent des tensions géopolitiques majeures, alimentant les débats sur l’efficacité des sanctions internationales et la réalité d’une guerre hybride menée par Moscou.

La menace des pétroliers de la « flotte fantôme »

Le pétrolier « Pushpa », également identifié sous le nom de « Boracay », est visé par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Brest pour des « délits maritimes ». Ce bateau pourrait faire partie de la flotte fantôme russe, nom donné à l'ensemble des bateaux utilisés par Moscou pour faire transiter illégalement ses hydrocarbures par la mer. Ces navires présentent un risque en termes de sécurité maritime. Il s’agit essentiellement de tankers de moyenne capacité, souvent de construction ancienne. Utilisés pour contourner l'embargo sur le pétrole russe, les navires fantômes sont aussi soupçonnés d'espionnage et de sabotage, comme en décembre 2024, avec des câbles sous-marins sectionnés en mer Baltique.

Le procureur de la République de Brest, Stéphane Kellenberger, a confirmé qu'un pétrolier, à présent stationné au large du parc éolien de Saint-Nazaire, fait l'objet d'une enquête préliminaire pour des « délits maritimes ». Dans le détail, il est reproché au navire un refus d'obtempérer, mais aussi de n'avoir pas fourni aux autorités françaises son pavillon. Des faits « susceptibles de mettre en cause certains membres de l'équipage » du bateau. L'enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie maritime et au groupement de gendarmerie maritime de l'Atlantique.

Le navire, enregistré sous pavillon du Bénin, est long de 244 mètres. Parti le 20 septembre du port de Primorsk, près de Saint-Pétersbourg, il devait rejoindre l'Inde. Sur sa route, le pétrolier est passé proche du Danemark, où la presse locale l'a mentionné comme l'un des engins potentiellement impliqués dans le survol de drones au-dessus de plusieurs aéroports danois. « Il est frappant que le navire ait navigué là où il l'a fait, à ce moment précis », a avancé Jacob Kaarsbo, ex-analyste en chef du renseignement militaire danois. « Un tel navire aurait pu servir de plateforme aux drones. »

La résilience des sanctions européennes face aux manœuvres russes

Le président français Emmanuel Macron a souligné l'importance de la lutte contre ces flottes fantômes, affirmant que cet épisode « manifeste la présence et la réalité d'un phénomène qu'on dénonce depuis longtemps et qui fait partie des sanctions que nous prenons ». Le cas du « Boracay » n’est pas isolé. À la fin du printemps, le « Maisha », un autre pétrolier soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme russe, avait été immobilisé pendant deux mois dans l'océan Atlantique, tout près des eaux territoriales françaises, après avoir reçu une interdiction d'accoster dans un pays des 27 par l'Union européenne.

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Pour passer sous les radars, les vaisseaux changent régulièrement de nom et de pavillon. En avril, le « Boracay » s’était arrêté une première fois en Estonie sous le nom de « Kiwala ». Ces pratiques illustrent la complexité de la surveillance maritime : les navires sont souvent connus sous des pavillons de complaisance, permettant à la Russie de continuer à vendre clandestinement son pétrole, en dépit des sanctions européennes sur son secteur énergétique imposées à cause de la guerre en Ukraine.

Le cas du « Shtandart » : entre patrimoine et guerre hybride

Parallèlement aux pétroliers, d'autres navires russes font l'objet d'une surveillance accrue, notamment le voilier « Shtandart ». Ce trois-mâts, longtemps habitué des fêtes maritimes françaises comme à Douarnenez en 2016, est devenu un point de friction diplomatique et juridique. Depuis avril 2022, comme tous les navires russes, le « Shtandart » est pourtant interdit dans tous les ports européens par l'Union européenne.

Le 5 mars, une décision forte a été prise : le « Shtandart », immatriculé aux Îles Cook depuis juin 2024, est banni des eaux intérieures françaises par un arrêté des trois préfets maritimes de Brest, Cherbourg et Toulon. « C'est un arrêté 12 étoiles car ce sont trois préfets maritimes, chacun trois étoiles, qui ont pris cette décision », souligne Bernard Brua, président du collectif « No Shtandart in Europe ». Pour ses détracteurs, ce bateau était une sorte de « soft power russe, puis il est passé en mode plus agressif en s'imposant dans les ports pour tester la résilience des sanctions européennes ».

Le navire a multiplié les provocations, contribuant, selon certains observateurs, à la guerre hybride de Vladimir Poutine pour déstabiliser la France. Cyberattaques des administrations ou d’hôpitaux français, pannes électriques, désinformation sur les réseaux sociaux, tentatives d’incendie de centres commerciaux : les manœuvres russes, décrites par le Renseignement français, passent aussi par la mer.

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