Bateaux à Voile de la Marine Nationale: Une Histoire Maritime Française

La Marine nationale française, riche d'une histoire séculaire, a toujours entretenu un lien étroit avec les voiliers. Ces navires, bien plus que de simples instruments de guerre ou de transport, incarnent une tradition maritime, un savoir-faire ancestral et un esprit d'équipage indissociable de l'identité navale française. Cet article explore l'histoire des bateaux à voile de la Marine nationale, en mettant en lumière leur évolution, leur rôle dans la formation des marins et leur importance symbolique.

Une Vocation Maritime Inhérente à la France

La France, de par sa géographie, possède une vocation maritime indéniable. Ouverte sur quatre mers (Nord, Manche, Atlantique et Méditerranée), elle bénéficie d'un littoral étendu de 3 200 km, surpassant sa frontière terrestre. Ses nombreux ports, aisément accessibles et bien protégés, qu'ils se situent au fond de rades sûres comme Brest et Toulon, ou sur des estuaires profonds comme Lorient et Rochefort, témoignent de cette aptitude naturelle à la navigation.

Cependant, cette vocation maritime n'a pas toujours été pleinement comprise par les dirigeants français. Bien qu'elle conditionne l'expansion commerciale et l'entreprise coloniale, peu d'hommes d'État se sont véritablement intéressés à la mer, à l'exception notable de François 1er, Richelieu, Louis XIV et Napoléon III.

L'Ère Napoléonienne: Une Révolution Navale

L'intérêt porté par Napoléon III à la marine est un tournant décisif. Son expérience en Grande-Bretagne, alors puissance maritime dominante, et son observation de l'évolution de la marine aux États-Unis, l'ont convaincu de la nécessité de moderniser la flotte française.

Napoléon III s'est entouré d'une équipe d'officiers de marine visionnaires et de politiques éclairés, tels que les amiraux Hamelin, de La Roncière, Jauréguiberry et les commandants Jaurès, Gougeard et Du Temple, ainsi que Théodore Ducos, le baron de Mackau et le marquis de Chasseloup-Laubat. Ensemble, ils ont impulsé une véritable révolution navale, en tirant parti des avancées scientifiques et techniques de l'époque.

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Cette révolution industrielle du XIXe siècle a transformé radicalement le matériel naval. La propulsion à vapeur, l'adoption de l'hélice et la construction de coques en fer ont remplacé les anciens vaisseaux de bois à voiles. La marine de guerre a également adopté le cuirassement par plaques de blindage métallique et l'artillerie rayée se chargeant par la culasse.

Malgré ces avancées, des résistances se sont manifestées. Certains contestaient la supériorité technique de ces nouvelles technologies, arguant d'expériences malheureuses ou de considérations esthétiques et morales. C'est là que le rôle du pouvoir politique s'est avéré capital. De 1848 à 1870, la France a mené une politique maritime ferme, écartant les vaines discussions et s'engageant résolument dans les voies nouvelles. Napoléon III a personnellement veillé à la rénovation totale de la flotte de guerre française, en lien avec une politique d'expansion maritime et commerciale sur toutes les mers du globe.

De la Monarchie de Juillet à la Révolution Navale

La Monarchie de Juillet avait timidement suivi l'évolution de la technique navale, vivant sur le passé sans apporter de transformations majeures. En 1842, le vaisseau amiral de l'escadre de Méditerranée était encore le trois-ponts « Les États de Bourgogne », construit en 1782.

Seuls des vaisseaux mixtes, dotés d'une machine à vapeur de faible puissance pour pallier les calmes et les courants, avaient été réalisés. Les premiers essais de machine à vapeur avaient d'ailleurs été décevants. Ce n'est qu'en 1842 que l'adoption de l'hélice sur la frégate « La Pomone » a marqué une étape décisive.

En janvier 1848, un mois avant la chute du régime, le projet d'un grand vaisseau à vapeur est approuvé, grâce aux interventions d'hommes clairvoyants comme Thiers et Lamartine. Mais c'est Louis-Napoléon qui a véritablement compris l'importance de la révolution navale. Dès son élection à la présidence, il lance la construction du vaisseau « 24 Février », rebaptisé « Napoléon », qui sera achevé en 1850. Il s'agit du premier navire à vapeur à hélice de fort tonnage de la flotte française.

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La supériorité de la propulsion à vapeur est rapidement démontrée. En 1854, le « Napoléon » remonte seul les Dardanelles, remorquant le vaisseau-amiral « Ville de Paris », alors que le reste de l'escadre est immobilisé par des vents contraires. Le gouvernement décide alors de rénover la flotte sur des bases radicales, en stipulant qu'à partir de 1857, tout navire non pourvu de machine cesserait d'être considéré comme navire de guerre.

Les Batteries Flottantes Cuirassées de la Guerre de Crimée

L'expérience des batteries flottantes cuirassées de la guerre de Crimée en 1854 marque une autre étape importante. Conçues initialement pour abriter les canons destinés à appuyer un débarquement, ces batteries flottantes, bien que peu performantes sur le plan nautique, étaient mues à la vapeur, équipées d'une machine à hélice et portaient 18 canons rayés. Surtout, elles étaient revêtues de plaques de fer de 12 cm d'épaisseur.

La guerre de Crimée et la reprise d'une politique coloniale active ont confirmé Napoléon III dans son attachement à la rénovation de la marine. En 1857, il établit un programme naval ambitieux, comprenant une flotte de combat, une flotte de transport, des bâtiments spéciaux pour la défense des côtes et des ports, des bâtiments à voiles pour les transports économiques et des bâtiments-écoles.

La Frégate "Gloire": Une Révolution Technologique

L'innovation essentielle de ce programme est le « bâtiment rapide de la plus grande puissance », dont la conception est confiée à l'ingénieur Dupuy de Lome. Son projet, la frégate « Gloire », est une véritable révolution, combinant la propulsion à vapeur, le cuirassement et un armement puissant.

La « Gloire » est un bâtiment à vapeur, dont la voilure réduite n'est qu'auxiliaire. Elle est mue par une machine de 900 chevaux, lui permettant d'atteindre une vitesse de 13,5 nœuds. Elle porte une cuirasse latérale de 12 cm d'épaisseur et est armée de 34 canons de 30 rayés en batterie et de 2 pièces en chasse et en retraite.

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Le projet de Dupuy de Lome suscite de vives critiques. Certains contestent l'efficacité du cuirassement, tandis que d'autres mettent en cause la stabilité du navire. Cependant, Napoléon III, convaincu de la pertinence du projet, ordonne la mise sur cale de la « Gloire » à Toulon. Le lancement a lieu en 1859, faisant de la France le premier pays au monde à posséder un bâtiment rapide aussi puissant.

La « Gloire » affirme rapidement sa supériorité. En 1860, lors du voyage de l'Empereur et de l'Impératrice en Algérie, elle est la seule à pouvoir suivre le yacht impérial « L'Aigle » lors d'un coup de vent violent. Les essais confirment ses qualités, faisant d'elle un navire de mer supérieur à bien d'autres.

Les Goélettes "Étoile" et "Belle Poule": Héritières de la Tradition Maritime

Parmi les navires-écoles les plus emblématiques de la Marine nationale française figurent les goélettes "Étoile" et "Belle Poule". Construites en 1932 dans les chantiers navals de Fécamp, ces goélettes à huniers, inspirées des goélettes de pêche françaises qui opéraient autrefois en Atlantique Nord, sont des navires légers à deux mâts dotés d'un gréement d'époque très particulier.

Le choix de ces goélettes s'explique par leur capacité à naviguer dans des eaux difficiles, un atout précieux pour la formation des futurs officiers de la Marine nationale. Elles permettent aux jeunes marins de se familiariser avec la navigation à la voile, d'acquérir le sens marin et l'esprit d'équipe, et de développer des compétences essentielles telles que la rigueur, la discipline et le sens des responsabilités.

L'histoire de l'"Étoile" et de la "Belle Poule" prend une tournure héroïque pendant la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940, la "Belle Poule" parvient à rejoindre l'Angleterre et intègre les Forces navales françaises libres (FNFL) sous le commandement du général de Gaulle. Elle devient alors un symbole de résistance et de détermination pour la Marine nationale. L'"Étoile", quant à elle, reste en France, mais les deux navires continuent de servir les intérêts de la Résistance en transportant des informations et des agents entre la Bretagne et les forces alliées basées en Angleterre.

Aujourd'hui, l'"Étoile" et la "Belle Poule" continuent d'accomplir leur mission au sein de la Marine nationale. Chaque année, de nombreux élèves officiers embarquent pour des navigations d'apprentissage. La maintenance de ces goélettes est assurée par un équipage dédié qui veille à leur préservation. Les voiles de l'"Étoile" et de la "Belle Poule", en toile traditionnelle, honorent les anciens navires de pêche bretons et rappellent les liens étroits entre la marine militaire et la culture maritime française.

Le "Belem": Un Trois-Mâts Barque Emblématique

Le "Belem", lancé à Nantes en 1896, est un autre navire emblématique de la Marine nationale. Ce trois-mâts barque, après avoir connu plusieurs vies, a été racheté en 1979 et restauré. Il sert aujourd'hui de navire-école, perpétuant les traditions de la voile à l'ancienne.

Le "Belem" a d'abord transporté du cacao entre Belem, au Brésil, et Nantes, avant d'être transformé en yacht par le duc de Westminster en 1914. En 1922, il est racheté par le brasseur lord Guinness, qui le rebaptise "Fantôme II". En 1951, il est cédé à une fondation italienne, la Fondation Cini, qui le transforme en navire-école. Il reçoit alors un gréement de trois-mâts goélette et est renommé "Giorgio Cini". En 1975, la fondation, ne pouvant plus entretenir le navire, le donne aux Carabinieri, qui le confient aux Chantiers navals de Venise. Ces derniers lui redonnent son gréement d'origine avant de le mettre en vente.

En 1979, le "Belem" est convoyé à Toulon puis à Brest, où il subit une refonte générale. En 1986, il embarque ses premiers stagiaires. Aujourd'hui, le "Belem" continue de naviguer, témoignant du savoir-faire maritime français et de la passion pour la voile.

Le "Marité": Un Authentique Terre-Neuvier

Le "Marité", lancé en 1922, est un authentique terre-neuvier, un trois-mâts goélette qui allait traquer la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Après avoir connu différentes vies, il a été racheté en 1999 et restauré. Il sert aujourd'hui de navire-école et participe à des événements maritimes.

Le "Marité" a d'abord été utilisé pour la pêche à la morue, puis comme caboteur sur les côtes scandinaves. En 1935, il est racheté par un armateur des îles Féroé, qui le transforme en bateau de pêche. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il redevient un caboteur. En 1977, il est découvert par des Suédois, qui le restaurent et le remettent dans son état d'origine. En 1999, il est racheté par des passionnés français et restauré.

Aujourd'hui, le "Marité" témoigne de l'histoire de la pêche à la morue et du savoir-faire maritime français.

Le "Mutin": Le Plus Ancien Bâtiment en Service

Moins connu que les goélettes, le "Mutin" est le plus ancien bâtiment encore en service de la Marine nationale. Depuis sa mise à l'eau en 1927, il n'a cessé de naviguer, et souvent dans des conditions périlleuses.

Le "Mutin" est un cotre à tape-cul construit sur le modèle des thoniers des Sables d'Olonne. Il était utilisé pour former les pilotes, c'est-à-dire les navigateurs connaissant tous les ports et passes des côtes françaises.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le "Mutin" passe en Angleterre, où la Marine anglaise l'utilise pour des missions secrètes de liaisons. Après la guerre, il rejoint la flotte française et est affecté aux écoles de Loctudy puis de Saint-Servan. Aujourd'hui, il est affecté à l'École de manœuvre et forme chaque année des dizaines de marins.

"La Recouvrance": Un Aviso du XIXe Siècle

"La Recouvrance", construite en 1992, est une réplique d'une goélette aviso du XIXe siècle. Avec son immense voilure et ses lignes élégantes, elle incarne la tradition maritime française.

Au XIXe siècle, les goélettes aviso assuraient les liaisons entre les vaisseaux d'une escadre, partaient en éclaireur au contact des flottes ennemies, pratiquaient l'espionnage ou étaient chargées de garantir les intérêts des possessions françaises outre-mer. "La Recouvrance" a été construite sur le modèle de l'"Iris", conçue en 1817.

Aujourd'hui, "La Recouvrance" est un navire ambassadeur de la ville de Brest et participe à des événements maritimes.

"L'Hermione": Une Frégate du XVIIIe Siècle

"L'Hermione", construite en 2014, est une reproduction d'une frégate du XVIIIe siècle. En 2015, elle a traversé l'Atlantique, cap sur Boston, refaisant le voyage accompli par "L'Hermione" en 1780, avec à son bord le général La Fayette, pour aider les Américains à se libérer de la domination anglaise.

La tradition veut que les États-Unis n'aient jamais oublié l'aide apportée par la France pour acquérir son indépendance.

Aujourd'hui, "L'Hermione" témoigne de l'histoire de la coopération franco-américaine et du savoir-faire maritime français.

Le "Renard": Un Navire Corsaire

Le "Renard", lancé en 1991, est une réplique du dernier bateau du corsaire Surcouf. En 1812, Surcouf arma plusieurs petits navires, dont le "Renard", pour pratiquer la course contre l'Angleterre.

Le "Renard" était un petit bâtiment, mais il s'avérait idéal pour prendre les gros navires à l'abordage. Sa coque basse sur l'eau passait sous le tir des canons ennemis, et ses vergues servaient de passerelles pour lancer l'assaut.

Aujourd'hui, le "Renard" témoigne de l'histoire de la course et du savoir-faire maritime français.

Les Bisquines: Des Voiliers Impressionnants

Les bisquines, voiliers traditionnels de la baie du Mont-Saint-Michel, sont les plus impressionnants « vieux gréements » des côtes françaises. Les ports de Granville et de Cancale en ayant armé chacun une, on assiste chaque été à de spectaculaires duels.

Les bisquines étaient utilisées pour le dragage des huîtres. Elles sont gréées de trois mâts, supportant jusqu'à neuf voiles au total, dont la superficie totale atteint 350 mètres carrés.

Aujourd'hui, les bisquines témoignent de l'histoire de la pêche à l'huître et du savoir-faire maritime français.

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