Le Bastingage sur les Voiliers : Une Exploration Approfondie de ses Fonctions et Évolutions

Le terme « bastingage », riche d'une histoire maritime séculaire, désigne bien plus qu'une simple rambarde à bord d'un navire. Il incarne une polyvalence fonctionnelle qui a évolué depuis ses origines défensives jusqu'à des applications ergonomiques et de sécurité cruciales pour la navigation moderne, y compris à l'intérieur des voiliers. Comprendre le bastingage, c'est explorer un pan essentiel de l'architecture navale et de la vie à bord.

Les Racines Historiques et la Définition Fondamentale du Bastingage

Historiquement, le bastingage est d'abord une composante de défense. Comme le définit Jal en 1848, « tout rempart, tout parapet fixe ou mobile, élevé autour du navire, autour d'une hune, pour lui servir de défense contre les efforts de l'ennemi, reçoit le nom de Bastingage, comme il recevait autrefois celui de Pavesade, de Pavier, de Pavois, de Bastingue, etc. » Cette première acception met en lumière sa fonction de protection, destinée à prémunir l'équipage et le navire des assauts extérieurs. L'étymologie du mot, attestée dès 1747 et dérivée de « bastinguer » avec le suffixe « -age », confirme cette origine militaire et de renforcement.

Au-delà de cette fonction première, le bastingage a rapidement englobé des dispositifs spécifiques. Par exemple, il désignait « l'action de garnir de bastingues », mais aussi, par métonymie, « l'ensemble des bastingues d'un navire ». Une forme particulière était constituée d'un « système de filets doublés de forte toile, bordant tout ou partie d'un navire de guerre, et auxquels on suspendait les sacs et, pendant le jour, les hamacs de l'équipage ». Ces éléments étaient alors appelés « filets de bastingage » et, par ellipse, simplement « bastingages », comme l'indiquent les éditions de l'Académie de 1835 à 1878.

Ces utilisations précoces démontrent que le bastingage n'était pas seulement une structure fixe, mais aussi un agencement modulable, capable de s'adapter aux besoins du quotidien des marins. Les sacs et les hamacs, essentiels à la vie à bord, trouvaient ainsi leur place dans ces systèmes de bastingage, optimisant l'espace disponible et contribuant à l'organisation du bord.

Diversité des Formes et des Usages Anciens

Avec le temps, la notion de bastingage s'est étendue et a désigné des aménagements variés à bord des navires. Par analogie, le terme a été appliqué au « Bastingage de faux-pont », un nom donné, depuis quinze ans environ avant 1848, à des casiers établis dans le faux-pont d'un bâtiment de guerre. Ces casiers avaient pour fonction de « recevoir les sacs des marins », des sacs qui étaient « placés autrefois dans les filets de Bastingage ». Cependant, comme le souligne Jal en 1848, ces casiers, « ne servant en aucune façon à la défense du navire, n'auraient pas dû recevoir le nom qu'on leur a imposé, en souvenir du lieu où étaient déposés les sacs que l'on déplaçait ». Cette observation met en lumière l'évolution sémantique du terme, souvent influencée par des continuités fonctionnelles plutôt que par l'exactitude historique de la désignation.

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Par extension, on trouvait également des « bastingages en/de toile », illustrant la diversité des matériaux et des configurations possibles. Hamp, dans "Vin de Champagne" (1909), décrit une scène où, « quittant le relent âcre du port vaseux, on aspirait, hors de l'étreinte des jetées, l'haleine pure de la mer fraîche », un contexte où le bastingage de toile pouvait délimiter des espaces ou offrir une protection.

Le terme était souvent employé au pluriel pour désigner des « caissons de bois ou de fer de faible largeur placés à l'intérieur et le long des parois des navires de guerre, destinés à recevoir les hamacs des matelots (marine à voiles) », comme le précise Gruss en 1952. Ces aménagements intérieurs témoignent de l'importance du bastingage dans la gestion de l'espace vital de l'équipage, notamment sur les navires à voile où chaque recoin était optimisé. Ils pouvaient se situer à des endroits spécifiques, tels que le « bastingage de l'avant, de l'arrière, de dunette, du faux pont, du gaillard d'avant », selon le Nouveau Larousse illustré, soulignant leur intégration architecturale complète dans la structure du navire.

Ces divers bastingages n'étaient pas seulement des éléments fonctionnels mais aussi des repères visuels et structurels à bord. Sue, dans "Atar Gull" (1831), dépeint une scène dramatique où « le grand mât résista à peine deux secondes, plia… se rompit avec un bruit éclatant, brisa le grément qui se tenait du côté du vent, tomba sur le bastingage du bâbord… », illustrant la présence robuste et parfois vulnérable de ces structures. Plus tard, Valéry, dans "Variété 3" (1936), évoque « les cuirassés de ce temps-là, les Richelieu, les Colbert, les Trident, avec leur éperon en soc de charrue, leur crinoline de tôle à l'arrière et, sous le pavillon, le balcon de l'amiral, qui nous faisait tant envie », où le bastingage, sous différentes formes, participait à l'esthétique et à la fonctionnalité des superstructures.

Le Bastingage comme Élément de Sécurité et sa Normalisation

Dans un sens plus généralisé, le bastingage est devenu synonyme de « parapet bordant le pont d'un navire de guerre ou de commerce ». Cette acception moderne met en avant sa fonction primordiale de protection contre les chutes à la mer. Il est courant de « être accoudé au bastingage » ou de « se pencher par-dessus le bastingage », des gestes qui soulignent son rôle de barrière physique. P. Bourget, dans "Nos actes nous suivent" (1926), se revoit « accoudé ensuite au bastingage du paquebot en train de descendre l'Escaut lentement », tandis que S. de Beauvoir, dans "Les Mandarins" (1954), fait dire à Lewis, « Nous partons : venez vite! », situant l'action près de cet élément essentiel.

Par extension, le terme peut même désigner « la muraille d'un navire ». A.-L. Dussort, dans son "Journal" (1929-34), décrit que « l'intérieur des cages [de l'entrepont] est uniforme − du côté des grilles rien! », impliquant une continuité structurelle où le bastingage s'intègre à l'enveloppe générale du bâtiment.

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La sécurité à bord est une préoccupation majeure, et le bastingage y joue un rôle central. Il est important de noter que la sécurité à bord « n'est pas qu'une question de bon sens puisqu'elle est aussi architecturale ». En effet, la norme ISO 15085 s'applique pour la conception des bateaux de plaisance et détermine notamment les systèmes de prévention de chute à la mer et de remontée à bord. Cette norme distingue le bastingage d'autres éléments de sécurité comme le « garde-corps », qui est défini comme « une structure rigide installée de manière permanente et destinée à prévenir les chutes d'homme à la mer ». Ce garde-corps peut être « en bois ou en métal ». Les fils de bastingage modernes, qu'ils soient métalliques ou gainés de plastique, sont des protections essentielles contre les chutes. Cependant, comme le soulignent les navigateurs expérimentés, « les fils de bastingage protègent des chutes à la mer. Mais il arrive qu'ils constituent un obstacle », ce qui nécessite des astuces pour une meilleure appropriation et organisation.

Les synonymes du bastingage, tels que « garde-corps », « filière » et « balcon », bien que parfois difficiles à distinguer précisément, convergent tous vers cette idée de protection et de délimitation sur le pont d'un navire. Un monde liquide est, comme l'exprime Olivier Mongin dans "Esprit" (2009), « un monde où l'on peut se noyer, perdre pied, prendre la tasse, passer de l'autre côté du bastingage au moindre coup de vent », soulignant l'importance vitale de cette barrière. Les scènes quotidiennes de croisiéristes « accoudés au bastingage » ou de marins « appuyés près des bastingages de tribord » dépeintes par Jules Verne (1828-1905) ou Laurent NEVEU dans "Ouest-France" (2018) sont autant de rappels de son rôle omniprésent et fondamental.

Le Bastingage Intérieur et Ses Améliorations Ergonomiques sur Voilier

Sur les voiliers modernes, le bastingage n'est pas qu'une structure extérieure ; ses applications s'étendent à des considérations d'ergonomie et de confort intérieur. Les « fils de bastingage », par exemple, servent « à la fois de protection contre les chutes à la mer et de dossier » lorsqu'on est assis sur le bord élevé, offrant une « bonne vue d'ensemble, surtout par vent fort ». Cependant, cette double fonction peut parfois présenter un inconvénient, car le fil peut « pincer désagréablement le dos ». Pour remédier à cela, le commerce spécialisé propose certes des coussins, mais il existe des « variantes plus longues à fabriquer soi-même, qui sont en outre moins chères et ne présentent aucun inconvénient visuel ».

Une telle solution personnalisée, comme le propose Nils Tamm de Kronshagen, « se compose d'un tuyau en tissu d'un diamètre de 15 millimètres et d'une isolation en tube PE d'un diamètre intérieur adapté ». Le processus est simple et efficace : le tuyau en tissu « est enfilé sur le fil », puis « l'isolation en mousse est placée par-dessus en guise de rembourrage ». Pour garantir une apparence soignée et une protection durable de la mousse, « un tressage de protection des câbles est finalement posé par-dessus ». Ce tressage est ensuite « fixé aux extrémités à l'aide de colliers de serrage ». Cette méthode astucieuse permet d'améliorer considérablement le confort sans compromettre la sécurité ni l'esthétique du voilier. Il est bien sûr possible d'utiliser « des tabliers ou des rubans plus épais » pour varier le résultat et l'adapter aux préférences individuelles.

Innovations Pratiques pour la Navigation (Optimisation et Protection)

L'ingéniosité des navigateurs a permis de développer diverses astuces pour optimiser l'utilisation du bastingage et résoudre des problèmes courants à bord. Un défi typique rencontré sur de nombreux voiliers est que « dans le virement de bord, la ralingue inférieure du génois reste accrochée au bastingage ». Edgar Ohnmacht de Tolk a trouvé une solution efficace : « nous avons glissé un hauban flexible sur le fil en acier inoxydable ». Ce hauban a un double avantage : il « réduit le frottement grâce à une surface plus lisse et tourne sur le fil ». De plus, des « déflecteurs disponibles dans le commerce sur la cage d'étrave, le support de bastingage et au milieu du fil » garantissent « un passage sans frottement si la voile d'avant devait tout de même rester accrochée derrière le bastingage », assurant ainsi des manœuvres plus fluides et sécurisées.

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Le bastingage offre également des solutions pratiques pour la gestion des équipements à bord. Accrocher le « câble d'alimentation à quai sur le bastingage est une idée utile » pour la sécurité et l'ordre. En effet, « sur le pont, le câble devient vite un piège à trébucher », et « le câble rond roule sous la semelle de la chaussure lorsqu'on marche dessus, ce qui fait que l'on perd rapidement la stabilité ». Winfried Reckermann de Cologne propose une alternative astucieuse aux crochets spéciaux coûteux : « Les crochets spéciaux en acier inoxydable à fixer sur le bastingage ne sont toutefois pas absolument nécessaires pour cela. On trouve dans les magasins de bricolage des anneaux en plastique robustes pour fixer les rideaux de douche ». Ces « crochets bon marché se fixent en un tour de main à la rambarde et sont parfaitement adaptés pour suspendre les câbles ». Grâce à cette méthode, « le raccordement est ainsi rapidement effectué et le pont roulant reste libre de tout obstacle », améliorant la sécurité et la commodité.

La protection des matériaux est également une considération importante pour la durabilité du bastingage. Lorsque les « fils de bastingage gainés de plastique » sont utilisés, Thomas Breitwieser d'Eckernförde a découvert « un tube en laiton adapté comme protection contre le frottement » pour qu'ils « tiennent plus longtemps sur les poteaux lors du hamacage ». En utilisant « un tube de huit millimètres de diamètre extérieur », le processus est le suivant : « nous enfilons le nombre nécessaire de sections sur le câble, puis nous faisons presser les terminaux ». Une fois que « le fil est enfilé à bord, il ne reste plus qu'à faire glisser les sections de tube dans la bonne position - et c'est tout ». Ces exemples illustrent comment l'innovation et le partage de conseils entre navigateurs peuvent améliorer significativement l'expérience maritime, honorant la publication de tels « Lifehack » par une reconnaissance de leur valeur pratique.

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