Bas les voiles ! : Résumé et analyse du livre de Chahdortt Djavann

Chahdortt Djavann, romancière d’origine iranienne vivant en France depuis 1993, a marqué les esprits avec son essai percutant, « Bas les voiles ! ». Ayant elle-même porté le voile islamique pendant dix ans, elle dénonce ce symbole de discrimination sexuelle et appelle à son interdiction au nom des droits de l’homme et de la protection des mineurs. Cet article propose un résumé et une analyse approfondie de ce livre essentiel pour comprendre les enjeux liés au port du voile.

Parcours de l'auteure : une expérience personnelle poignante

Chahdortt Djavann a vécu en Iran où elle a connu l'arrivée de Khomeyni au pouvoir et le basculement dans le fondamentalisme religieux. Elle qui a été élevée dans un milieu intellectuel et ouvert d'esprit, « dans l'amour des livres et la détestation des mollahs », est obligée de remplacer la lecture des grands auteurs français (subversifs sans doute) par celle du Coran.

De 13 à 23 ans, Chahdortt Djavann fut « réprimée, condamnée à être une musulmane, une soumise, et emprisonnée sous le noir du voile ». Aujourd'hui, elle est décidée à faire entendre sa voix qui vaut, il est vrai, celle de ces intellectuels français qui « parlent à la place de celles qu'on n'entend pas - la place que tout autre qu'elles devrait avoir la décence de ne pas essayer d'occuper ». Son livre est un cri de révolte qu'il faut entendre pour comprendre ce voile vécu « comme prison ambulante ».

Ayant fui l'Iran, elle arrive en France en 1993, sans parler le français, langue qu'elle apprend sur le tas et en lisant de grands auteurs, en version originale cette fois. Avec succès puisqu'elle écrit directement en français.

Un cri de révolte contre le voile

Dans « Bas les voiles ! », Chahdortt Djavann livre sa colère contre tous ceux qui ont permis et qui permettent le port du voile et tout ce qu’il porte comme message. Cette loi islamique qui nie les femmes, qui n’existent qu’au service des hommes. Le voile comme négation de leur féminité, une sexualité "inexistable", et ce lien maternel ambivalent pour une "mère au voile".

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Elle s'insurge contre ce qu'elle a vécu intimement toute jeune , dans son propre pays, qu'est l'Iran. Ensuite ce qu'elle a pu observer et constater avec désolation du port du voile, dans son pays d'accueil, la France.

Pour Chahdortt Djavann, le voile n'est pas un vêtement ordinaire. Ce n'est pas un simple bout de tissu. Ce n'est pas une simple marque de piété. C'est une prison physique et psychique. C'est un signe fort de l'infériorité de la femme. Imposé aux fillettes, il les conditionne dès le plus jeune âge : tu es impure, tu ne vaux rien, tu dois être soumise à l'homme.

Elle accuse les « midinettes du voile en France » d'encourager « à la répression de toutes les femmes qui, dans les pays musulmans, essaient d'échapper à l'emprise totalitaire du hidjab au risque de leur vie ». Parce qu'elle le considère comme un symbole de « discrimination sexuelle », il doit, conclut Chahdortt Djavann, être à ce titre interdit. « Non pas au nom de la laïcité, mais « au nom des droits de l'homme et au nom de la protection des mineurs ».

La critique des intellectuels complices

Djavann nous met en garde dans ce livre, écrit en … Oh! Quelle vigueur ! Je ne connaissais pas cette jeune femme iranienne d'origine qui écrit en français. Elle signe ici un remarquable petit écrit (47 pages) particulièrement instructif : elle démonte la politique visant à voiler toutes les femmes, explique les objectifs et dénonce notamment la complicité des "intellectuels", tant musulmans que français. Nous avons bien des leçons à en tirer.

Avec colère, elle dénonce nos grands intellectuels, prompts à applaudir Khomeiny.

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Chahdortt Djavann y livre sa colère contre tous ceux qui ont permis et qui permettent le port du voile et tout ce qu’il porte comme message. Elle exhorte l'Etat à réinvestir pacifiquement les banlieues, en ouvrant des cours pour les migrants adultes (alphabétisation, mais aussi civilisation). Pour les intégrer, les émanciper. La meilleure manière de rencontrer, puis de diffuser démocratie, tolérance et laïcité. Ou alors les extrémistes gagneront du terrain. Elle ne croit pas non plus au prétendu choix du retour au voile ; pour elle, simple pose. Et surtout, craint le dangereux zèle dont font preuve ces femmes.

Elle s'en prend aux intellectuels, français et musulmans, qui ne dénoncent pas cette obligation à laquelle sont soumises de plus en plus de filles et de femmes dans les pays musulmans, mais aussi dans nos banlieues, voir qui l'encouragent.

Voile et atteinte aux droits des femmes

Chahdortt Djavann nous montre la signification du voile dans l'islam où, rappelle-t-elle, « dès leur plus tendre enfance, les fillettes intériorisent l'idée que leur existence est une menace pour le garçon et pour l'homme ».

Elle analyse aussi les effets du voile: la réduction de l'existence sociale de la femme à ses attraits sexuels et, chez les fillettes qui doivent intérioriser la honte de leur sort, « une maltraitance psycho-sexuelle, un traumatisme qui marquera à jamais le corps et l'esprit des futures femmes ».

Sans tabou, sans concession. L'auteur a porté le voile durant 10 ans, elle explique de façon brute la responsabilité de chacun, musulman ou non, intellectuel ou non, français ou non. Elle n'épargne personne.

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Pertinence et portée du livre

Ce livre a été écrit en 2003, et il n'a malheureusement pas pris une ride. Un livre à lire et à méditer. Ceux qui "soutiennent" les femmes voilées en France, que ce soit par "esprit de tolérance" ou par intérêt politique et clientélisme électoral, ceux qui le font au nom de la "liberté de choix", ne font que les maintenir dans la condition d'êtres inférieurs et de sous-citoyens dans laquelle certains veulent les enfermer.

Il est aussi inquiétant qu'émouvant de constater que cette Française très récente, d'origine iranienne, exprime et défend mieux les valeurs de liberté et d'égalité que certains dignitaires de l'académisme universitaire.

Ce petit livre (déjà ancien) a toute la force incisive de "La littérature à l'estomac" de Julien GRACQ (en 1949) - adapté évidemment à un autre "sujet de société", un autre enjeu de civilisation - et une argumentation percutante pour dénoncer un leurre et une oppression… le pire de nos emprisonnements n'est-il pas celui qui peut naître de nos conditionnements ? Le "moutonnage" fait le reste… et la prison mentale a des barreaux qui semblent solides… le livre de Chahdortt Djavann donne évidemment l'envie de les rompre !

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