L'arrivée en salle du film Barbie a été précédée d'une campagne marketing intense. La poupée, créée en 1959 par Ruth Handler et son mari Elliott, est rapidement devenue un symbole du capitalisme mondialisé et de ses outrances. Son nom complet est Barbara Millicent Roberts. L'apparence physique de Barbie est inspirée par celle de Bild Lilli, une poupée allemande créée en 1952.
Barbie : Symbole du consumérisme et source d'inspiration artistique
Depuis les années 1970, Barbie est critiquée pour son corps irréaliste. En 1994, des chercheurs finlandais ont affirmé que si Barbie était une vraie femme, elle n’aurait pas assez de graisse corporelle pour avoir ses règles. Certains lui attribuent un rôle émancipateur car elle a exercé de nombreuses carrières, d’astronaute à candidate à la présidence américaine. Ce succès, qui permet à Barbie d’amasser voitures, vêtements et maisons, a toutefois nourri des critiques anticapitalistes et anticonsuméristes.
Barbie est devenue une marque célébrissime, symbole mondialisé. Elle est vendue aussi bien en Europe qu’en Amérique du Sud et en Asie. En 2009, un magasin de six étages incluant un spa et un café a été ouvert par Mattel à Shanghaï. D’après l’entreprise, deux Barbie sont vendues dans le monde chaque seconde.
La poupée a inspiré de nombreux artistes, comme Andy Warhol qui a réalisé un portrait de Barbie en 1986. Des photographes comme William Wegman et David Levinthal l’ont également incluse dans leur travail, de même que des écrivains comme A. M. Homes ou Barbara Kingsolver. La réutilisation de l’image de la poupée par ces artistes s’inscrit généralement dans une critique de ce qu’elle incarne, la féminité exagérée ou la consommation irraisonnée.
Le monde musulman et Barbie : Entre réticence et adaptation
Le monde musulman se montre frileux à l’égard de la poupée. En 1995, l’Arabie saoudite en a interdit la vente car elle ne respectait pas les prescriptions religieuses islamiques en matière d’habillement.
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Cependant, des évolutions notables ont eu lieu. Samira Amarir, une jeune Française expatriée à Dubaï, a créé la Barbie « Jenna », du nom de sa fille, qui signifie « paradis » en arabe. Chaque détail de Jenna a été mûrement réfléchi, de son hijab lavande à sa couleur de peau, en passant par son maquillage discret.
Au rayon Barbie, il existe désormais une poupée voilée en tenue de sport, à l’effigie de l’escrimeuse américaine Ibtihaj Muhammad. Mattel a annoncé la mise en vente de cette nouvelle Barbie portant le voile, vêtue des pieds à la tête en tenue d’escrime blanche, avec un masque d’escrime.
Ibtihaj Muhammad est la première sportive américaine à s’être présentée voilée à une compétition internationale, à Rio, aux Jeux Olympiques en 2016. Elle a remercié Mattel pour cette décision et fait partie du programme "Shero", qui reconnaît les femmes qui repoussent les frontières et inspirent la nouvelle génération de femmes.
Le port du voile : Un débat de société
Régulièrement, les questions autour du port du voile agitent la société française. Des personnalités politiques ont remis le sujet sur la table, suscitant des réactions, des tribunes, des avis d'experts et des débats enflammés sur les réseaux sociaux.
La journaliste Faïza Zerouala a décidé d’ « écouter les silencieuses », ces femmes dont on entend jamais la voix. Elle a voyagé dans toute la France pour aller à leur rencontre et a publié un livre intitulé . Au fil des rencontres, elle a découvert des femmes qui voulaient simplement « vivre leur foi et être libres ». Parmi elles, Nadia, une étudiante en biologie de 22 ans, qui a commencé à porter un hijab après l’obtention de son bac, et Asma, 34 ans, une blogueuse mode, mère d’une petite fille de 7 ans, qui a pris cette décision quand elle s’est retrouvée au chômage.
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Loin des clichés de la femme contrainte et soumise, toutes ont choisi de porter le voile pour des raisons très personnelles. Certaines ont même décidé de se couvrir contre l’avis de leur entourage, comme Sabrina, 31 ans, chef de projet dans les télécommunications, qui porte le voile depuis trois ans.
Barbie : Reflet d'une société en mutation
L’évolution de Barbie, avec l’introduction de modèles plus diversifiés, y compris des poupées voilées, reflète une volonté de s’adapter à une société multiculturelle et de répondre aux aspirations de différentes communautés. Mattel, dont les ventes ont chuté de 20 % entre 2012 et 2014, joue gros et espère reconquérir le cœur des enfants avec ces nouvelles poupées à « taille humaine » et leurs formes plus proches de celles des femmes du monde réel.
En janvier, Richard Dickson, PDG de Mattel, expliquait que la poupée version 2016 devait « refléter une vision plus large de la beauté ». Barbie « curvy » (ronde) et compagnie pourraient donc renvoyer aux vestiaires leurs grandes sœurs aux mensurations parfaites et donner un second souffle à ces poupées à la plastique un brin rigide.
Cependant, ces initiatives ne font pas l’unanimité. Robert Ménard, maire de Béziers proche du Front national, a estimé qu’il s’agissait d’une "régression pour nos petites filles".
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