Le voilier Manitou n'est pas un bateau ordinaire ; il est une véritable légende des mers, intimement lié à l'histoire d'un des présidents les plus emblématiques des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy. Surnommé la "Maison Blanche flottante" (Floating White House), ce splendide yawl bermudien est devenu un symbole, non seulement de la passion maritime de JFK, mais aussi d'une époque révolue, conservant jalousement des secrets et des aménagements inattendus, dont une baignoire dissimulée qui a alimenté bien des rumeurs. Aujourd'hui, il navigue fièrement en Méditerranée, continuant d'écrire son histoire riche et complexe, de ses origines de voilier de course ultra-performant à son statut d'icône des régates classiques.
Manitou : Un Chef-d'œuvre Naval aux Origines Sportives et à la Carrière Éclectique
L'histoire du Manitou commence bien avant son association avec le 35e président américain. À l'origine, ce voilier de 18,90 mètres de longueur hors tout et de 13,40 mètres à la flottaison a été conçu pour offrir à son propriétaire un voilier ultra-performant. Dessiné par le célèbre architecte naval Olin Stephens, du cabinet Sparkman & Stephans, grand pourvoyeur de voiliers de course, Manitou a été fabriqué en 1937 à Solomons dans le Maryland par le chantier Davies & Sons. Ce yawl bermudien, conçu par l’architecte Olin Stephens (Sparkman & Stephens Inc) et construit dans le Maryland en 1937 par le chantier Davies & Sons, est une œuvre d'ingénierie maritime remarquable.
Inspiré par deux autres magnifiques voiliers, Stormy Weather et Dorade, le premier propriétaire de Manitou souhaitait un bateau capable d'évoluer rapidement dans du petit temps et dans la brise. Les attentes furent largement dépassées. Dès ses premiers bords, les performances de Manitou impressionnent, établissant rapidement sa réputation dans le monde de la voile de compétition. James Lowe, son propriétaire initial, commence à remporter de belles victoires, notamment la Chicago Yacht Club Race to Mackinac en 1937, battant différents records. Cette course de 289 milles de long entre Chicago sur le lac Michigan et Mackinac sur le lac Huron est la plus ancienne et la plus longue course en eau douce du monde, sa première édition remontant à 1898. Plusieurs grandes victoires ont jalonné les premières années de ce voilier d'exception.
Cependant, la carrière sportive de Manitou a connu une interruption radicale après l'entrée en guerre des États-Unis en 1941. Bien loin de son utilisation première de voilier de course, Manitou est engagé dans l'effort de guerre comme patrouilleur le long d'une partie de la côte nord-est américaine, une transition qui témoigne de sa robustesse et de sa polyvalence. En 1955, après des années de service et d'évolution, James Lowe, son propriétaire d'alors, a pris la décision de le donner aux Coast Guards, permettant ainsi au navire de grossir la flotte de cette célèbre institution. Cette période a ancré davantage Manitou dans l'histoire des États-Unis, le préparant à son rôle le plus célèbre.
L'Ère JFK : La "Maison Blanche Flottante" et son Aménagement Précieux
Le destin de Manitou prend un tournant historique avec l'arrivée de John Fitzgerald Kennedy à la présidence. Le 20 janvier 1961, John Fitzgerald Kennedy prend ses fonctions de 35e président des États-Unis d'Amérique. Passionné de bateau à voile, Kennedy, alors sénateur, se souvenait d'avoir croisé lors d'une navigation vers Annapolis ce beau yawl. Peu de temps après son installation à la Maison Blanche, JFK décide de changer le yacht présidentiel, alors un motoryacht de 28 mètres, qu'il avait rebaptisé Honey Fitz en l'honneur de son grand-père. Propriété du Gouvernement, Manitou se trouvait donc dans la liste des voiliers à disposition, ce qui a facilité son acquisition par l'administration présidentielle.
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C’est en 1961, peu de temps après son entrée en fonction, que JFK a choisi Manitou pour devenir le bateau présidentiel, un splendide yawl de 62 pieds construit en 1937 par les chantiers Sparkman & Stephens, un nom prestigieux dans le monde de la plaisance. Rapidement, JFK en fait le bateau présidentiel, et Manitou s'est vu donner le surnom de “The Floating White House”. En pleine guerre froide, Manitou se devait d'être un bateau moderne, capable de fournir à son président de barreur les outils nécessaires afin de rester en contact avec la Maison Blanche et le monde entier. Il est équipé des moyens de communication les plus sophistiqués de l’époque.
Mais Manitou n’était pas seulement un outil de travail ; il représentait un refuge pour JFK, un lieu de détente où il retrouvait l’équilibre, loin des regards et des pressions de Washington. L’ancien président des États-Unis, qui y passait beaucoup de temps, y avait fait installer un véritable bureau. Ce voilier rapide, élégant et confortable a accueilli bon nombre de réunions, de sorties en famille et a surtout été une échappatoire pour un président très occupé. Manitou, sous la main experte de son capitaine et de l’équipage, est ainsi devenu le théâtre d'instants d'évasion pour le président. Parfois accompagné de sa femme Jackie, ou même de proches conseillers comme Ted Sorensen, Kennedy y passait de longues heures à méditer, naviguer et puiser la force pour affronter les défis de son mandat.
JFK y emmène souvent sa famille pour naviguer sur le Chesapeake bay, transformant le bateau en un havre de paix pour la famille Kennedy et ses amis. Manitou naviguait toujours sous escorte militaire, soulignant son statut présidentiel. Manitou était bel et bien la bulle d'oxygène de JFK, un espace où il pouvait allier les responsabilités du pouvoir avec sa passion profonde pour la mer. Ce lien intime avec le voilier a forgé une partie de la légende du président, faisant de Manitou bien plus qu'un simple navire.
Au Cœur du Mythe : La Baignoire Secrète et les Mystères de la Cabine Présidentielle
Au-delà de son rôle officiel et de sa symbolique politique, le Manitou est également célèbre pour les aménagements de son intérieur, qui dépassent et de loin les aménagements typiques des bateaux de son époque. Si sa silhouette ne laisse pas indifférent, ses volumes intérieurs sont larges et accueillants, offrant un confort inattendu pour un voilier. Comble du luxe pour l'époque, une cheminée et une baignoire ont été installées pour le confort des invités et du président.
La baignoire en particulier est devenue l'un des éléments les plus fascinants et mystérieux du Manitou. Elle est dissimulée sous le plancher de la cabine arrière, celle du propriétaire, une ingéniosité qui lui a valu de nombreuses histoires. Cette baignoire n’est pas n’importe quelle baignoire : c’est celle dissimulée sous le plancher de Manitou, le yawl bermudien du président John Fitzgerald Kennedy. La légende, qui a traversé les décennies, voudrait que Marilyn Monroe, alors maîtresse de JFK, s'y soit baignée. Certains récits vont même plus loin, suggérant que la star hollywoodienne aurait demandé d’y faire installer une baignoire, ajoutant une couche supplémentaire à l'aura romanesque et secrète du voilier. S’allonger dans une baignoire où Marilyn Monroe s’est prélassée, vous en rêvez ? Cette idée seule a suffi à alimenter l'imaginaire collectif et à faire de cette baignoire un véritable objet de légende.
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La cabine présidentielle elle-même était un chef-d'œuvre de l'ébénisterie marine et de la fonctionnalité. Cette cabine, impeccablement vernie comme le reste du bateau, est aussi équipée d’un cabinet de toilette et d’une seconde couchette, offrant un espace privé et luxueux au président. Loïc Meillant, le capitaine actuel, entretient soigneusement chaque vernissage à bord afin de conserver cette beauté qui navigue depuis maintenant 84 ans. La totalité des boiseries est couverte de 20 couches de vernis, un travail minutieux qui témoigne de l'attention portée à la préservation de ce patrimoine.
Les aménagements intérieurs révélaient aussi des détails étonnants, reflétant à la fois le luxe et les préoccupations de sécurité de l'époque présidentielle. Au pied de la descente (assez raide) sur tribord, une alcôve abrite la table à carte tandis que le carré spacieux et tout de bois vernis dispose d’un charmant petit poêle à bois en faïence aux couleurs des Yacht Clubs de New-York et Chicago, ajoutant une touche d'élégance et de convivialité. Et en faisant preuve d’un peu d’indiscrétion, certains ont découvert avec surprise, dissimulé dans un petit placard tout en haut… un pistolet. On n’est jamais trop prudent, surtout pour un président en pleine Guerre Froide. Le long du mur, un coffret accueillait un pistolet de détresse avec lequel JFK pouvait envoyer des signaux de différentes couleurs pour prévenir l'escouade qui le suivait dans les moindres sorties de Manitou. Ces détails soulignent l'importance de la discrétion et de la sécurité autour du président. Ces révélations, couplées aux rumeurs selon lesquelles Jackie, aux dires des rumeurs, n’était pas la seule femme à partager la cabine arrière du président, ont renforcé le caractère mythique et quelque peu sulfureux de l'intérieur du Manitou. Le voilier a été restauré avec soin, en conservant la fameuse cabine du Président et sa baignoire, assurant que ces éléments légendaires restent intacts pour les générations futures.
Une Vie Post-Présidentielle : Ventes, Restaurations et Résistance
Le destin tragique de John F. Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963, a brutalement mis fin à l'ère présidentielle du Manitou. Malheureusement, le président américain n'aura pas pu profiter aussi longtemps que prévu de ce bateau. En 1963, l'assassinat de Kennedy va renvoyer Manitou dans l'ombre pour de longues années. Après son assassinat, Manitou change de mains à plusieurs reprises, voyageant de marina en marina, mais toujours empreint de l’aura de son célèbre propriétaire.
Vendu aux enchères en 1968, cinq ans après l’assassinat de JFK, le Manitou 62 est d'abord utilisé comme voilier-école. C'est à cette période qu'une anecdote célèbre est survenue : Après avoir été vendu en 1968 aux enchères à une école de voile, la Harry Lundeberg de Paul Hall, Aristote Onassis, un milliardaire que rien n'arrêtait pour l'amour d'une femme, allait tenter de se porter acquéreur de Manitou. Un cadeau qu'il souhaitait faire à sa femme, Jacqueline Bouvier Kennedy, qui n'était autre que la veuve de JFK. Cependant, à deux reprises, les tentatives de rachat ont échoué. Paul Hall souhaitait fermement que Manitou serve de bateau école pour les enfants défavorisés, refusant de céder à l'offre du magnat grec, prouvant ainsi la valeur éducative et symbolique que le bateau avait acquise.
Avec le temps, le voilier est à nouveau délaissé. Mais son histoire est jalonnée de retours aux sources. Fin des années 90, après de nombreuses années à naviguer, Laura Kilbourne, l'arrière-petite-fille de James Lowe, le premier propriétaire qui l’avait fait construire, le rachète et se lance dans une restauration méticuleuse afin de redonner vie à ce bateau marqué par les années et les histoires. Ces travaux, menés dans le chantier Chesapeake Marine Railway à Deltaville en Virginie, ont été réalisés à quelques encablures de l'endroit où Manitou a été conçu, un beau retour aux sources pour ce yawl bermudien. Le voilier a été restauré avec soin, en conservant la fameuse cabine du Président et sa baignoire, un témoignage de l'importance historique de ces éléments.
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Pendant cette période de restauration, peu d'informations sur le bateau filtraient, mais il était clair qu'il nécessitait encore de nombreuses rénovations afin de le voir naviguer de nouveau dans toute sa splendeur. L'arrivée de triplés dans la vie de Laura Kilbourne l'a malheureusement obligée à vendre Manitou, ouvrant un nouveau chapitre de son existence.
Le Retour aux Sources Européennes et la Vie en Méditerranée
Après un an et demi de négociations ardues, trois amis s'en sont portés acquéreurs. Bien que le bateau soit en bon état, il aura fallu un an de travaux supplémentaires pour lui redonner son faste d'antan : le système électrique, le système d'eau, les voiles, et les mâts ont tous été rénovés et modernisés. Cependant, ce rachat par des Européens n'a pas été sans susciter des controverses et des sentiments partagés. Selon certains spécialistes, Manitou devait impérativement rester aux États-Unis, car il fait partie intégrante de l'histoire du pays, un argument qui soulignait son statut d'icône nationale.
Malheureusement pour eux, et pour le plus grand plaisir des passionnés européens, Manitou arrive en Méditerranée et est devenu depuis 2011 un fidèle des grandes régates de voiliers classiques. Ce déménagement transatlantique a offert au voilier une nouvelle jeunesse et une visibilité internationale sur les scènes maritimes les plus prestigieuses. Aujourd’hui, Manitou est bien plus qu'un simple bateau ancien : c’est un symbole. Racheté par des Européens, il a traversé l’Atlantique et a rejoint la Méditerranée, où il continue de fasciner.
En 2016, le Britannique Hamish Easton a réussi à racheter les parts des trois anciens propriétaires et continue de faire perdurer la légende de Manitou avec la même passion et le même dévouement. Ce yacht classique de 19 mètres navigue en Méditerranée, faisant l'admiration de tous ceux qui ont la chance de le croiser. Aujourd’hui, ce bateau légendaire navigue en Méditerranée. Et Manitou, c’est son nom, est toujours vaillant, un témoignage de sa conception intemporelle et de l'entretien méticuleux dont il bénéficie.
Manitou, une Légende Navigante : Les Régates d'Aujourd'hui et la Passion du Yachting Classique
L'élégant Manitou 62 est aujourd'hui une figure incontournable des régates classiques. Sa silhouette élancée et son allure d'époque le distinguent parmi les autres joyaux de la plaisance qui défilent chaque année dans les eaux azurées de la Méditerranée. Loïc Meillant, le capitaine, entretient soigneusement chaque vernissage à bord afin de conserver cette beauté qui navigue depuis maintenant 84 ans. L'investissement dans sa préservation est colossal, mais il garantit que Manitou puisse continuer à naviguer et à raconter son histoire.
De récentes participations aux événements nautiques majeurs témoignent de sa vitalité. Du 23 au 29 mai 2022, la troisième édition des Régates de Napoléon s'est déroulée dans le Golfe d’Ajaccio. La troisième édition des Régates Napoléon d’Ajaccio s’est démarquée cette année (en 2022) avec la venue de ce bateau d’exception aux dimensions impressionnantes : 18,9 mètres de long, un mât principal de 20 mètres et une quille de 4 tonnes. Pour la première fois, la Corsica Classic Yachting Association a eu l’honneur d'accueillir une pépite du monde de la voile, venue tout droit des États-Unis, le SY Manitou 62. C'était un événement marquant pour la région et pour les amateurs de voile.
Loïc Meillant exprime sa fierté : « Je suis très fier d’être capitaine d’un yawl avec une histoire aussi riche. Il a d’abord appartenu au gouvernement américain, puis Kennedy l’a choisi en 1961 parmi la flotte américaine pour devenir son bateau personnel. Le bateau a une histoire, donc on est évidemment très honorés de naviguer avec et d’en prendre soin. » Ses paroles résonnent avec la profonde admiration que l'équipage porte à ce navire légendaire. Un bijou du patrimoine maritime toujours en activité, Manitou continue d'être un centre d'attraction dans chaque port qu'il visite.
Lors des Voiles de Saint-Tropez 2023, pendant le Trophée Rolex, Manitou a figuré parmi les douze yawls en compétition, se distinguant par sa silhouette élancée et son allure d'époque. Soigneusement entretenu par ses propriétaires, passionnés de yachting classique, Manitou s'intègre parfaitement dans le paysage prestigieux de ces régates. Le Trophée Rolex a mis en avant la catégorie des yawls, offrant une occasion unique de voir ces bateaux élégants concourir. Manitou, entouré de onze autres participants, a pu régater dans une unique catégorie pour le plus grand plaisir des propriétaires. Hamish Easton, son propriétaire, confiait l'automne dernier : « C'était un véritable bonheur de naviguer tous ensemble. En général nous sommes au milieu d'une flotte de trente à quarante bateaux. Là nous avons pu profiter pleinement de ce moment. Manitou est un formidable bateau avec lequel j'adore naviguer entre amis et en famille. Nous avons lors de cette saison 2023 beaucoup navigué. Nous avons quitté Cannes fin avril et avons visité Venise, Trieste, la Slovénie pour une régate, la Croatie, les différentes îles de l'Adriatique, puis l'Italie, Naples, les Baléares puis la côte française pour ce final à Saint-Trop'. » Ce témoignage vibrant illustre la vie active et passionnante que mène aujourd'hui le Manitou, bien au-delà de son histoire présidentielle.