L'observation de la faune sauvage réserve parfois des spectacles qui défient nos connaissances habituelles sur le comportement animal. Depuis quelques années, les sangliers sont nombreux dans le secteur de Lancieux, mais leur présence ne se limite plus aux sous-bois denses ou aux lisières des champs. Un phénomène fascinant et de plus en plus fréquent attire l'attention des observateurs, des scientifiques et des riverains : la capacité de ces mammifères terrestres à s'aventurer en pleine mer. À Lancieux (Côtes-d’Armor), des sangliers ont été filmés en pleine mer par un kitesurfeur le 11 novembre 2025. Cette scène, capturée dans le dynamisme des vagues, souligne une transition comportementale majeure. Que voulaient faire ces sangliers, mardi 11 novembre 2025 à Lancieux (Côtes-d’Armor) ? Nous ne le saurons jamais mais Jonathan Glais a filmé, depuis son kitesurf, une scène étonnante d’une famille sanglier partie en mer pour rejoindre Saint-Jacut. Cet événement n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans une tendance nationale où le sanglier, autrefois cantonné aux forêts, devient un véritable colonisateur des espaces maritimes et insulaires.
L'incident de Lancieux : une famille de nageurs en pleine baie
Le témoignage des usagers de la mer est devenu une source précieuse pour documenter ces traversées inédites. Des sangliers, Jonathan en voit assez régulièrement dans le secteur de Lancieux. Le jeune homme ne s’est donc pas étonné d’en observer, ce jour-là, au niveau de la plage de la Roche Morin, en fond de baie de Beaussais. L'animal, d'ordinaire discret, semble ici avoir adopté un comportement de proximité avec le littoral qui précède souvent l'immersion. « Ils étaient là, au niveau de la plage, tranquilles et quand je suis arrivé en kitesurf, ils sont retournés dans les herbus », se souvient Jonathan qui continue sa séance sans se soucier des sangliers. Cette apparente tranquillité initiale contraste avec la suite des événements, qui a transformé une simple observation de routine en une séquence documentaire rare.
Mais une vingtaine de minutes plus tard, ils ont semblé détaler de l’endroit où ils étaient pour se jeter dans la mer en direction de Saint-Jacut. Ce passage soudain de la terre à l'élément liquide pose de nombreuses questions sur les motivations intrinsèques de l'espèce. Leur attitude était étonnante, je n’avais jamais vu cela auparavant et je suis tout le temps dans la baie ! La surprise de Jonathan Glais est partagée par de nombreux experts, car si le sanglier est connu pour sa robustesse, sa détermination à franchir des bras de mer en famille reste un sujet d'étude complexe. Renseignements pris auprès de chasseurs, aucune battue n’était organisée ce jour-là. L'absence de pression de chasse immédiate suggère que cette traversée n'était pas une fuite désespérée devant des prédateurs ou des chiens, mais un choix délibéré dont les raisons nous échappent encore. Alors, était-ce un jeu ? Ont-ils été effrayés par autre chose ? Toujours est-il que le moment saisi sur le vif par le Lancieutin montre de belles images, laissant parfois penser à des dauphins tant leur aisance dans l'eau est remarquable.
Le sanglier, un marathonien des mers aux capacités physiques insoupçonnées
L'image du sanglier pataugeant dans la boue est aujourd'hui complétée par celle d'un nageur de fond. Un nouveau cas qui ne surprend nullement Bertrand Taupin, vétérinaire établi à Languidic. Selon lui, les capacités athlétiques de l'animal sont la clé de sa survie et de son expansion géographique. « À terre, le sanglier est une véritable bête de course, capable de parcourir au moins 30 km en une nuit. Il nage fort bien et est extrêmement résistant à l’hypothermie du fait de son potentiel graisseux. » Cette protection thermique naturelle lui permet de supporter des températures aquatiques qui seraient fatales à d'autres mammifères de taille similaire. L'endurance du sanglier en mer est telle que « 24 heures de nage ne l’effraient pas ».
S’il ne panique pas et ne se laisse pas emporter par un courant, il peut fort bien nager du continent jusqu’aux îles. Un authentique marathonien des mers. Cependant, cette capacité de navigation n'est pas sans risque. Mais tous, relativise le vétérinaire, ne survivent pas à de telles traversées. Si leur masse est trop importante, ils s’épuisent et se noient. La sélection naturelle opère ainsi jusque dans les flots de la Manche ou de la Méditerranée. On a déjà vu des sangliers morts revenir par la mer. Mais des vivants, c'est rare, témoigne Jean-Claude Poisson, président de l'association de chasse locale, soulignant le caractère exceptionnel de voir ces animaux atteindre leur but avec vigueur.
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Les causes d'une migration vers le large
Pourquoi ces sangliers ont-ils quitté la terre ferme pour s'installer sur ces Îles ? La question taraude les gestionnaires d'espaces naturels. François Victor, directeur adjoint du parc national de Port-Cros, avance des explications biologiques et écologiques claires. « Ce sont de très bons nageurs, donc ils vont quitter le massif, soit en recherche de partenaire, soit parce qu'il y a un intérêt au niveau de l'alimentation. » La quête de nouvelles ressources est un moteur puissant pour une espèce dont les populations sont en pleine explosion. En vingt ans, le nombre de sangliers présents en France a triplé. Cette densification mécanique pousse certains individus vers les marges de leur territoire habituel, les obligeant à explorer des voies nouvelles, y compris maritimes.
« La recrudescence du sanglier en Bretagne provoque parfois des exclusions d’individus des hardes. Rejetés, certains se jettent à l’eau. Leur comportement exploratoire, voire de colonisation, de repeuplement instinctif, peut faire le reste. » Ce besoin de conquête territoriale est exacerbé par la structure sociale des hardes où les mâles ou les femelles en surplus doivent trouver de nouveaux havres. « Vu la vitesse de reproduction, ils vont très rapidement s'implanter », prévient François Victor. Cette dynamique de colonisation est visible partout sur le littoral français, transformant des îles paisibles en nouveaux terrains de jeu pour des suidés de plus en plus audacieux.
L'invasion des îles varoises : un défi pour la biodiversité et les résidents
Depuis plusieurs années, des hordes de sangliers migrent à la nage sur les îles varoises de Port-Cros, Porquerolles ou encore du Levant. Arrivé à Port-Cros et Porquerolles il y a dix ans, puis sur l'île du Levant il y a cinq ans, l'animal a engendré de nombreux désagréments pour les habitants. Jardins détruits, faune menacée… ils mettent la patience des habitants à rude épreuve. Les dégâts constatés sur place témoignent de la force de labourage de ces animaux. « Ils retournent tout ce qu'ils trouvent. Ils font tomber les arbres… », déplore Frédéric Godeau, vice-président de l'association syndicale libre du domaine d'Héliopolis, constatant la terre remuée et la végétation écrasée à ses pieds.
La cohabitation nocturne devient une source de stress permanent. « Ils circulent toutes les nuits », indique-t-il dans un reportage récent. Les sangliers parcourent ainsi l'île du Levant à la recherche de nourriture, fouillant non seulement les sols naturels mais aussi les zones habitées. Frédéric Godeau constate un amas de détritus rassemblés sur le bord d'une allée : « Ce matin, cette poubelle devait être au milieu du chemin, et des vacanciers ont dû tout pousser en attendant que le propriétaire revienne ». Lassés par ces saccages répétés, certains habitants ont pris leurs dispositions, transformant l'architecture locale pour se protéger. « Chacun y va de son inventivité, et construit sa muraille de plus en plus importante. Certains pensent que les sangliers sautent haut, donc on se retrouve avec des gros murs anti-sangliers », constate Frédéric Godeau, au sujet d'une construction lui arrivant à la taille.
L'île d'Aix et le mystère du visiteur surprise
Sur la côte atlantique, les scénarios se répètent avec la même intensité dramatique ou insolite. Un sanglier se balade dans l'île d'Aix depuis lundi 15 décembre. Un habitant l'a vu arriver et a immédiatement prévenu la mairie. Depuis, les autorités s'organisent pour intercepter ce visiteur surprise, toujours en cavale. Scène inédite sur l'île d'Aix : un sanglier est arrivé à la nage sur la plage de Jamblet. C'est un retraité de l'île qui a aperçu l'animal en pleine journée, comme le relate le maire de l'île Patrick Denaud : « La personne a été surprise, elle croyait dans un premier temps que c'était un tronc d'arbre. Puis elle a vu cet animal sortir de l'eau avec beaucoup de vigueur et partir vers la forêt ».
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Cette traversée n'est pas anodine en termes de distance et d'effort physique. Selon le maire, le sanglier est venu de l'île d'Oléron et a parcouru au moins trois kilomètres avant d'arriver sur l'île d'Aix. Une situation exceptionnelle, atteste Jean-Claude Poisson : « La dernière fois que c'est arrivé, c'était peut-être il y a 30 ans. » Le fait que ce soit une île rend plus compliquée l'intervention des services compétents. « On est habitué à intervenir dans des villages, dans des zones habitées. Sauf que l'île, il faut prendre le bateau, il y a des horaires de bateau à respecter, on n'a pas de voiture amphibie pour passer quand on veut. Donc il faut tout caler en même temps, il faut de l'organisation », indique Thierry Landré Fortenuzay, le président des lieutenants de louveterie de Charente-Maritime.
Stratégies de régulation et sécurité publique face à l'animal nageur
Face à cette prolifération incontrôlée, un plan d'action vient d'être créé par les autorités pour limiter les nuisances et protéger les écosystèmes fragiles des îles. « Ce qu'il faut, c'est réguler très rapidement, en passant par de l'élimination », indique Lionel de Deken, président de l'association syndicale libre du domaine d'Héliopolis. Les méthodes de capture et de régulation doivent s'adapter à la topographie insulaire et à la densité de population. « On met des cages dans lesquelles les sangliers vont rentrer parce qu'on vient mettre du grain pour les attirer. On a une phase où on est postés sur des miradors sur des lieux de passage de sangliers. Et là, on étudie la possibilité de faire de la chasse », prévient-il.
Pour des îles plus petites ou touristiques comme l'île d'Aix, les autorités cherchent à minimiser l'impact visuel et émotionnel de ces interventions. « Mais il n'y aura pas d'autres solutions que de l'euthanasier », ajoute Thierry Landré Fortenuzay. Pour cela, pas de battue prévue pour ne pas effrayer la population. « On a d'autres moyens comme le tir à l'approche ou la chasse avec des cages », rassure-t-il. En attendant l'intervention, le maire de l'île incite à la prudence et rappelle des règles de sécurité essentielles pour éviter tout incident entre l'animal et les promeneurs. Il conseille de « ne pas tenter de l'approcher, de le caresser… Si on est avec des enfants, il faut s'éloigner. Si on est avec un chien, il faut tenir son chien en laisse, car si le chien attaque le sanglier, il peut devenir agressif ».
Le cas radical de l'île de Groix
L'histoire de la laie arrivée sur l'île de Groix illustre la rapidité avec laquelle le problème peut s'amplifier si aucune mesure n'est prise. Cette laie (la femelle du sanglier) a récemment quitté le continent pour trouver refuge sur l’île de Groix, dans le Morbihan. Elle a effectué une traversée de près d’une dizaine de kilomètres, du continent à l’île de Groix à la nage, toutes pattes dehors, et mis bas à son arrivée. Cette prouesse physique témoigne de la résilience de l'espèce, capable de migrer même en état de gestation avancée. Cependant, la mère et ses trois marcassins ont été abattus lundi 25 mars 2024, deux à trois semaines après leur arrivée.
Cette décision, bien que difficile, a été prise dans une île morbihannaise soucieuse de ne pas assister à la multiplication de l’animal. « Je pense qu’il fallait le faire », estime un habitant de Groix. « On n’a pas vraiment le choix sur une île, s’ils se reproduisent, c’est exponentiel. Ils font bien trop de dégâts. » Quant à leur présence pérenne sur une île, Bertrand Taupin ne l’imagine pas sans heurts. « Mieux vaut que le sanglier ne s’accouple pas. Outre les dégâts occasionnés par ces animaux qui n’ont pas de prédateur, c’est aussi une question de tranquillité pour les populations insulaires. » Le risque de voir une population de sangliers s'établir définitivement sur une île sans prédateur naturel est une préoccupation majeure pour les biologistes de la conservation.
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Contextes mondiaux et curiosités biologiques
Le phénomène des sangliers atypiques n'est pas propre à la France. Leur chair est "bleu fluo" : d'étranges sangliers préoccupent les autorités en Californie, illustrant la capacité de cette espèce à muter ou à absorber des substances environnementales de manière inhabituelle. Bien que cela semble éloigné des côtes bretonnes ou varoises, cela montre la place singulière que prend le sanglier dans les préoccupations écologiques globales actuelles. En France, la vigilance reste de mise, non seulement pour les sangliers mais aussi pour d'autres espèces marines. Six petits phoques gris ont été aperçus sur les plages des îles de Ré ou d'Oléron depuis le mois de novembre. Les arrivées de ces animaux sont habituelles en Charente-Maritime entre novembre et mars, mais elles rappellent que le littoral est un espace de transit constant.
La gestion de la faune sur les îles doit également composer avec les aléas climatiques et logistiques. Les conditions météo, notamment les vents forts annoncés mercredi et jeudi, risquent de perturber les liaisons maritimes entre Fouras et l'île d'Aix. Ces perturbations compliquent souvent les opérations de suivi des animaux, comme ce fut le cas pour le sanglier de l'île d'Aix : son débarquement avait provoqué l'émoi des habitants, mais le sanglier n'a plus été repéré depuis une semaine dans le petit bois de l'île. L'opération destinée à le capturer est donc suspendue, illustrant la difficulté de traquer un animal aussi mobile et discret dans un environnement boisé, même sur une surface limitée.
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