Le 1er juin dernier, une rixe d'une violence inouïe a éclaté sur les bords de la Lesse, opposant un groupe de policiers de la zone de Bruxelles-Ouest, alors en congé, à des élèves d'une école de Molenbeek-Saint-Jean, en pleine sortie scolaire. Cet événement, survenu lors d'une descente en kayak, a rapidement pris une tournure alarmante, suscitant l'indignation et entraînant une série de réactions institutionnelles. Les témoignages recueillis auprès des élèves et de leurs accompagnateurs dépeignent un tableau préoccupant, contrastant fortement avec la version policière, et soulèvent des questions sérieuses quant au comportement des forces de l'ordre, y compris dans leur vie privée.
Un Contexte Explosif : La Descente de la Lesse Dégénère
Le réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) a pris la décision ferme de porter plainte dans l'affaire des violences survenues entre les élèves et les policiers en congé, une altercation qui a marqué la descente de la Lesse en kayak. Selon Julien Nicaise, administrateur général du WBE, "les faits manifestement sont très graves". Il a confié au micro de BX1 que "les témoignages vont tous dans le même sens. Il n’y a pas eu un incident, il y a eu plusieurs incidents", une affirmation basée sur les explications recueillies aussi bien auprès des élèves que des enseignants qui accompagnaient cette sortie scolaire.
L'altercation, survenue lors de la journée repos de la brigade d’intervention numéro 1 de la zone de police Bruxelles Ouest - la même qui avait fait parler d'elle lors de la "raclette party" durant le confinement - a vu ce groupe de policiers en venir aux mains face à un groupe d'une quarantaine de jeunes Bruxellois. Ces élèves, dont l'âge varie entre 14 et 18 ans, se trouvaient dans le cadre d'une sortie scolaire organisée. Dès les premiers moments de l'incident, des éléments troublants ont été rapportés. Les élèves et leurs accompagnants remettent en cause la version donnée par les policiers. Le groupe d'agents, d'après les récits convergents, aurait été agressif dès le départ, déjà sur l'eau de la Lesse, avant de devenir encore plus agressif une fois sur les berges. La gravité des faits est attestée par des rapports médicaux qui, selon l'administrateur général de WBE, font état de fractures et de coups auprès de certains élèves. Ces jeunes, profondément affectés par l'événement, bénéficient à présent d'un soutien psychologique et administratif auprès de leur établissement.
Accusations d'Alcoolisation, de Violence et de Propos Racistes
La version des faits présentée par les élèves et leurs enseignants diverge fondamentalement de celle des policiers. L'élément central de cette discorde réside dans l'origine de la bagarre. Selon la version policière, l'incident aurait été déclenché par un élève qui aurait tenté de draguer une des policières. Cependant, les élèves et leurs enseignants réfutent catégoriquement cette explication. Ils affirment qu'aucun élève n’aurait tenté de draguer une policière.
Le cœur de leurs allégations réside dans l'état d'ébriété avancé des policiers. "Les policiers étaient fortement alcoolisés, ils n’étaient pas dans leur état normal", a confié une élève encore sous le choc, interrogée par RTL. Les témoignages insistent sur le fait que le groupe d'agents était "très alcoolisés" et "agressif dès le départ", et qu'ils sont devenus "encore plus agressifs sur les berges." Une élève et sa maman ont témoigné à visages couverts, relatant la chronologie des événements. La maman raconte : "Le premier coup est parti, un policier a frappé l’élève. Comme ils ne savaient pas que c’était des policiers, le copain est venu pour intervenir et donne le deuxième coup."
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Au-delà de la violence physique, des accusations graves de propos racistes ont été formulées. Lors de l'altercation, des "coups violents sont échangés et des propos racistes sont lancés de la part des policiers." Cette dimension raciale a été soulignée par M. Nicaise, qui compte saisir Unia, l'institution de lutte contre la discrimination, en raison des "propos racistes tenus lors des faits."
Face à la version des faits où la zone de police souligne que "plusieurs personnes ont été blessées, dont deux policiers très grièvement," les élèves et leurs accompagnants offrent une contre-explication des blessures policières. Selon leur témoignage, les blessures des policiers seraient "dues à l’alcool" et ils se seraient "violemment bagarrés entre eux." Cette allégation suggère une implication interne et des altercations au sein même du groupe de policiers. L'image de ces agents, décrits comme "très énervés face à des professeurs visiblement secoués," ne fait qu'accentuer la tension du moment.
Des Images Éloquentes et l'Inquiétude des Accompagnants
Des images amateur de la scène ont été recueillies par des médias, offrant un aperçu visuel de la confrontation. Ces vidéos, filmées par une encadrante de l’athénée royal Serge Creuz de Molenbeek, sont particulièrement révélatrices. On peut y voir des policiers de Molenbeek, tous reconnaissables à leurs shorts de couleur jaune, "très énervés." Les voix ont été modifiées et les visages floutés par précaution, mais l’inquiétude de l’encadrante qui filme est "palpable."
Dans cette vidéo, l'encadrante s'adresse directement aux agents, exprimant sa profonde préoccupation pour la sécurité de ses élèves. On l'entend lancer : "Nos élèves ne sont pas en sécurité monsieur à cause de vous." Elle tente d'ailleurs, à plusieurs reprises, d’éloigner ses élèves de la scène de la confrontation, répétant avec insistance : "Reculez, reculez." L'atmosphère est tendue, et la présence de la police locale en uniforme sur les lieux, déjà appelée, est confirmée par la vidéo. Un policier en uniforme est filmé en train de faire reculer son collègue bruxellois et de l’emmener avec lui, un geste qui suggère une tentative de calmer la situation ou de maîtriser un comportement inapproprié d'un collègue en civil. L'encadrante filme également un moment où un policier bruxellois menace l’encadrante avant de se retourner, ajoutant à la gravité perçue de l'incident.
L'intéressé, Julien Nicaise, a par ailleurs indiqué avoir écrit au chef de la zone de police de Bruxelles-Ouest pour que "les agents concernés soient éloignés de nos élèves," une requête qui souligne la méfiance et la volonté de protéger les jeunes après un événement aussi traumatisant. Les élèves, qui ont entre 14 et 18 ans, et leurs enseignants réfutent collectivement la version des policiers, consolidant un front commun dans cette affaire.
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Réactions Officielles et Conséquences Judiciaires et Disciplinaires
Face à la gravité des faits rapportés et à la pression médiatique et institutionnelle, plusieurs entités ont réagi et engagé des procédures. Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE), par la voix de son administrateur général Julien Nicaise, a annoncé son intention de porter plainte auprès de la justice "dans les jours qui viennent." En plus de cette démarche judiciaire, WBE prévoit de saisir Unia en raison des "propos racistes tenus lors des faits," et également le comité P, l’organe de contrôle de la police, afin qu'une enquête approfondie soit menée sur le comportement des agents.
Le parquet de Namur a été avisé des faits. Cependant, il se refuse actuellement à tout commentaire, expliquant : "Nous n'avons pas encore reçu tous les PV, il est donc difficile de confirmer quoi que ce soit." Néanmoins, Marie Roquiny, porte-parole du parquet de Namur, a tenu à rassurer en affirmant que "cette affaire est prise très au sérieux et l'enquête sera confiée à un service d'enquête spécialisé." Cette prudence dans la communication dénote la complexité et la sensibilité du dossier.
Du côté de la police de Bruxelles-Ouest, des mesures ont également été prises. La zone de police avait annoncé, il y a une dizaine de jours, qu'un "dossier administratif disciplinaire" avait été ouvert à l'encontre de plusieurs de ses membres impliqués dans la bagarre. Le chef de corps, Luc Ysebaert, a réagi publiquement en soulignant l'importance d'un comportement exemplaire. "En tant que chef de corps, j’ai rappelé au personnel la nécessité d’adopter à tout moment un comportement exemplaire, y compris dans leur vie privée," a-t-il déclaré. Il a également communiqué des consignes en interne "afin de maintenir un climat de travail opérationnel serein au sein de la zone de police." M. Ysebaert a assuré que "en fonction des résultats de l’enquête, des mesures adéquates seront prises selon les responsabilités de chacun." Il a exprimé sa compréhension de "l’émoi que cette affaire suscite au sein de la population," tout en souhaitant que "la sérénité soit restaurée et que notre relation avec le public, et les jeunes en particulier, soit préservée."
Ces déclarations, bien que rassurantes sur le plan institutionnel, n'apaisent pas entièrement les tensions. L'administrateur général du WBE a notamment demandé au chef de la zone de police de Bruxelles-Ouest que les "agents concernés soient éloignés de nos élèves," une démarche visant à prévenir tout sentiment d'insécurité future. De plus, après la bagarre, des policiers "rôderaient" près de l'école des élèves impliqués, un fait qui contribue à l'inquiétude et au sentiment de vulnérabilité au sein de la communauté scolaire.
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