Le Bassin de la Villette : Histoire et Informations sur l'Aviron

Paris, ville emblématique, a longtemps souffert d'un manque d'eau criant, situation corrigée grâce aux aménagements entrepris au XIXe siècle. Malgré une pollution constante, l'eau de la Seine a longtemps été la principale source d'approvisionnement pour les Parisiens, faute de mieux.

Un Aperçu Historique de l'Approvisionnement en Eau à Paris

L'eau de la Seine, bien que "très pure et très riante à la vue" selon l'Empereur Julien en 358, était déjà souillée au XIVe siècle, avec une ordonnance de 1351 interdisant de balayer les rues par temps de pluie pour ne pas aggraver la situation. La pompe de la Samaritaine, installée en 1605, resta en service jusqu'en 1813. En 1169, Paris comptait 35 fontaines alimentées par les eaux de Rungis, Belleville et du Pré-Saint-Gervais.

Cependant, en 1789, chaque Parisien ne disposait que de 14 litres d'eau par jour, une quantité qui chuta à 7 litres en 1832 en raison de l'augmentation de la population. Par comparaison, la consommation actuelle est d'environ 307 litres par jour. Dès le XVe siècle, le prévôt des marchands fut autorisé à capter les eaux de l'Ourcq.

La Genèse du Canal de l'Ourcq et du Bassin de la Villette

Les premiers travaux pour rendre la rivière Ourcq navigable débutèrent en 1632. En 1676, l'ingénieur Pierre Paul Riquet, célèbre pour le canal du Midi, fut chargé d'étudier la construction d'un canal reliant l'Ourcq à Paris, sur un trajet navigable de 107 kilomètres avec 15 écluses dans le bassin de La Villette. Malheureusement, sa mort en 1680, suivie de celle de Colbert en 1683, interrompit le projet.

Un siècle plus tard, l'ingénieur Jean-Pierre Brullée reprit l'étude de Riquet, établissant le tracé définitif des trois canaux : Ourcq, Saint-Denis et Saint-Martin. Ce tracé formait un "Y" dont le nœud central était la gare d'eau, aussi appelée bassin de partage ou "rond-point des canaux", située après le pont de l'Ourcq. Ce point de convergence reliait le bassin de la Villette, le canal de l'Ourcq (apportant l'eau de la rivière Ourcq sur plus de 100 km) et le canal Saint-Denis (reliant la Seine à Saint-Denis sur 6 647,50 m avec une pente de 28,45 m).

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Brullée présenta un mémoire aux députés de la Révolution, soulignant le triple objectif de l'opération : raccourcir la navigation en évitant les méandres de la Seine, aménager une voie navigable vers Bondy et Villers-Cotterets, et acheminer de l'eau à Paris par le bassin de l'Arsenal.

La Décision de Bonaparte et la Réalisation du Projet

Bonaparte, souhaitant faire plaisir aux Parisiens, demanda au préfet Chaptal ce qu'il pouvait faire pour eux. Ce dernier lui répondit : "Donner leur de l'eau". Bonaparte décida alors de concrétiser le projet de Riquet en construisant un canal pour amener les eaux de l'Ourcq à Paris. Il chargea l'ingénieur Emiland Gauthey (concepteur du canal du Centre) de réaliser un rapport précis sur l'acheminement des eaux.

Le décret du 19 mai 1802 officialisa définitivement le sort des canaux parisiens. Après débat sur l'opportunité de limiter la captation de l'eau de l'Ourcq à une simple rigole d'adduction ou de créer une voie navigable, Napoléon trancha en faveur d'un canal-aqueduc par la loi du 29 floréal an X. Il choisit l'ingénieur Pierre-Simon Girard (1765-1835) pour superviser la création des canaux Saint-Martin, Saint-Denis et de l'Ourcq. Le canal Saint-Martin fut conçu pour relier le bief aval du canal de l'Ourcq, aujourd'hui connu sous le nom de bassin de la Villette, à la Seine.

Le Bassin de la Villette : Un Carrefour Fluvial Essentiel

Les premières eaux atteignirent le bassin de la Villette en 1808, mais il s'agissait initialement des eaux de la Beuvronne. Le bassin de La Villette alimente les canaux Saint-Denis et Saint-Martin, et fournit également de l'eau potable aux fontaines et réservoirs parisiens. Le volume d'eau arrivant à Paris passa ainsi de 4 000 à 80 000 mètres cubes. Sous le Second Empire, l'arrivée d'Haussmann et de Belgrand permit un développement important du réseau de distribution de l'eau de l'Ourcq.

Cependant, la qualité médiocre de l'eau de l'Ourcq, sa température variable et l'altitude peu élevée du bassin de La Villette, ne permettant pas une distribution dans les étages élevés, limitèrent son usage. Paris se tourna alors vers des sources plus lointaines, créant un double réseau de distribution d'eau potable et non potable, une particularité unique au monde.

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Les travaux commencèrent en 1806 et furent menés si rapidement que, trois ans plus tard, pour la Fête de l'Empereur, les Parisiens virent l'eau de l'Ourcq jaillir à la fontaine des Innocents aux Halles. Les eaux du bassin de La Villette se déversent dans deux canalisations en fonte de fer. L'une, dite "galerie Saint-Antoine", suit le canal pour aboutir à l'Arsenal, puis est prolongée sous le pont d'Austerlitz jusqu'aux réservoirs Saint-Victor. L'autre, appelée aqueduc de ceinture, rejoint le réservoir de Monceau après un parcours de 4 350 mètres.

L'Ourcq : De la Source au Bassin de la Villette

Le bassin de La Villette est un vaste canal de dérivation alimenté par l'Ourcq, qui prend sa source près de Fère-en-Tardenois dans l'Aisne. La partie canalisée de la rivière commence au lieu-dit du Port-aux-Perches, près de Silly-la-Poterie, en bordure de la forêt de Retz. L'Ourcq se jette dans la Marne après un cours d'environ 87 km à Mary-sur-Marne, près de Lizy-sur-Ourcq.

Les travaux de canalisation ont détourné la rivière à partir de Mareuil. La majeure partie de son eau se dirige alors vers Paris par le canal de l'Ourcq, long de 96,6 km, construit par Pierre Simon Girard à partir de 1802. Pour pallier la baisse des apports d'eau, Girard construisit également deux usines élévatrices à Villers-les-Rigaux et à Trilbardou, pompant l'eau de la Marne.

L'usine de Villers-les-Rigaux utilisait deux roues en fonte de 10 mètres de diamètre actionnant quatre pompes volumétriques, refoulant 38 000 m² d'eau par jour. L'usine de Trilbardou était mue par une roue à aubes en sapin de Lorraine de 11 mètres de diamètre.

Inauguration et Popularité du Canal de l'Ourcq

Le canal de l'Ourcq fut inauguré le 2 décembre 1808 par Napoléon Ier. Les berges, baptisées "petite Venise parisienne" ou "Champs-Élysées de l'Est", attirèrent les Parisiens, les bourgeois et les notables de l'Empire, avides d'air pur, qui en firent un lieu de promenade à la mode. Le bassin de La Villette devint un rendez-vous chic, notamment en hiver, où l'on pouvait patiner durant les hivers rigoureux de 1810, 1816, 1820 et 1827.

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Le "grand bassin", long de 700 mètres et large de 70 mètres, commence après la double écluse du canal Saint-Martin, face à la Rotonde de La Villette, ancien pavillon des gardes d'octroi construit par Ledoux en 1784. Ce bâtiment a servi de caserne de gendarmerie, puis d'entrepôt pour le sel. Aujourd'hui restauré, il abrite la Commission du Vieux Paris. Un pavillon abritant le Service Central des Canaux et les bureaux de perception des droits des canaux est visible au début du quai de Seine. Un projet prévoit de lui attribuer un nouveau rôle dans la vie du quartier.

Évolution du Bassin de la Villette au Fil du Temps

De part et d'autre du grand bassin, deux entrepôts identiques provenant de l'Exposition Universelle de 1878, construits en charpente métallique, ont été transformés en complexes cinématographiques avec des cafés. L'un d'eux abrite également une gare et l'embarcadère d'une société de croisières sur les canaux parisiens. Une passerelle, dite de la Moselle, permet aux piétons de traverser le bassin en son centre. Ce pont métallique remplace une passerelle en cuivre réalisée par Gustave Eiffel en 1882. Une halte nautique pour bateaux de plaisance a été aménagée sur la rive droite du grand bassin.

Le pont-levant de la rue de Crimée sépare les deux bassins. C'est le dernier ouvrage de ce genre à Paris. Jusqu'en 1885, le canal de l'Ourcq, large de onze mètres dans la partie séparant les deux bassins, était bordé des ruines de deux entrepôts incendiés en 1870. L'ancien pont tournant en bois a été remplacé, en 1871, par un pont tournant métallique, qui, une fois tourné, ne laissait que 7,80 mètres de largeur pour la navigation. Son remplacement par un pont levant a permis une meilleure circulation terrestre et un élargissement de la passe navigable à quinze mètres.

La seconde partie du bassin, plus petite, mesure 600 mètres de long et 30 mètres de large, rejoignant le rond-point des canaux qui réunit ceux de l'Ourcq et de Saint-Denis.

Les Magasins Généraux et l'Activité Portuaire

À l'autre extrémité du bassin, près du pont de Crimée, les entrepôts des Magasins Généraux, construits en 1845 et 1853, étaient réservés au stockage des grains, des graines et des farines. Les deux bâtiments, identiques, formaient un rectangle de 35,80 mètres de large sur 59 mètres en bordure du canal. Incendiés en 1871 pendant la Commune de Paris, ils ont été reconstruits en 1884 avec cinq étages au lieu de six. La Compagnie des Entrepôts obtint le droit de stationnement contre ses quais des bateaux à destination de ses magasins, transformant cette enclave en port privé.

En 1868, la Ville de Paris racheta la concession des canaux de L'Ourcq et de Saint-Denis, car l'ancienne compagnie n'avait effectué aucun travaux d'entretien. En 1876, elle entra également en possession de la concession du bassin de La Villette et y effectua des travaux importants. Le canal de l'Ourcq est la seule voie d'eau en France qui n'appartient pas à l'État.

Avec le déplacement des activités portuaires et industrielles du canal Saint-Martin autour du bassin de La Villette entre 1863 et 1866, celui-ci devint un important centre de transit fluvial. En 1882, le port de La Villette occupait la quatrième place des ports français, derrière Marseille, Le Havre et Bordeaux. Le trafic de chargement et déchargement s'élevait à 1 300 000 tonnes et celui du transit à 610 000 tonnes. L'élargissement du bassin et la construction de nouveaux quais furent supervisés par les ingénieurs Buffet et Durand-Claye en 1880.

Déclin et Renaissance du Bassin de la Villette

Les magasins généraux assurèrent le stockage du bois, du charbon, du fourrage, des matériaux de construction et autres produits destinés à l'économie de la capitale. L'activité périclita progressivement à partir des années 1920, et la disparition des abattoirs de la Villette en 1973 sonna le glas des activités portuaires du bassin. Les entrepôts du pont de Crimée fonctionnèrent jusqu'en 1974, avant d'être investis par des artistes. Un incendie ravagea celui de la rive droite en 1990.

Aujourd'hui, l'entrepôt de la rive gauche a été réhabilité et abrite la base d'initiation au canoë-Kayak et à l'aviron de la Ville de Paris. Celui de la rive droite a été reconstruit et abrite un hôtel et une auberge de jeunesse.

L'Aviron au Bassin de la Villette : Une Tradition Renouée

Bien avant l'achèvement des canaux de Saint-Denis et de Saint-Martin, le bassin de la Villette était un lieu à la mode, où les guinguettes rencontraient un vif succès. Les Parisiens s'adonnaient au canotage, aux naumachies et à des concours de pêche. Aujourd'hui, le bassin de La Villette retrouve sa destination première à la grande joie des Parisiens.

Initiation et Pratique de l'Aviron à Paris

Envie de voguer sur les flots de la Seine, de l'Oise ou de la Marne et de commencer l'aviron à Paris et en Ile-de-France ? L'apprentissage de l'aviron comprend la maîtrise des techniques de rame, la compréhension des principes de base de la navigation et l'adoption de la bonne posture dans le bateau. Les rameurs apprennent à naviguer en eau calme et agitée, en tenant compte des marées, des courants et des conditions météorologiques. Avant de rejoindre un club, il est conseillé de se renseigner sur les horaires d'entraînement, les niveaux de compétence requis, les tarifs et la disponibilité.

L'Aviron aux Jeux Olympiques de Paris 2024

Les épreuves d'aviron des JO de Paris 2024 se tiendront au stade nautique de Vaires-sur-Marne, du 27 juillet au 3 août 2024, et du 30 août au 1er septembre 2024 pour le para aviron. L'aviron est un sport olympique depuis 1900 pour les hommes et 1976 pour les femmes. Les épreuves se déroulent sur 2 000 mètres, avec des embarcations de pointe (une seule rame par rameur) et de couple (deux rames).

Histoire de l'Aviron : Des Régates de Bateliers aux Compétitions Olympiques

La première régate mettant aux prises des bateliers, le Doggett's Coat and Badge, se déroula en 1716 sur la Tamise. La première course annuelle opposant les universités d'Oxford et de Cambridge eut lieu en 1829. En France, les premières régates furent organisées en 1834 sur le bassin de La Villette à Paris par Hippolyte Duchesne. La Société des régates parisiennes (S.R.P.) fut créée en 1853 et organisa les Championnats de la Seine, considérés comme la première compétition sportive au sens moderne du terme en France.

La Fédération internationale des sociétés d'aviron, la plus ancienne fédération sportive mondiale, fut créée en 1892. Les Championnats d'Europe cessèrent d'exister en 1974, année à partir de laquelle les Championnats du monde devinrent annuels. L'aviron est un sport accessible à presque tous les handicapés.

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