Le surf, longtemps perçu comme un bastion masculin, connaît une transformation profonde. De la marginalisation historique à la reconnaissance médiatique et sportive actuelle, la place des femmes dans le milieu de la glisse a radicalement évolué. Cette mutation n'est pas seulement le fruit de performances individuelles, mais le résultat d'une mobilisation collective visant à briser les plafonds de verre, à instaurer une bienveillance durable et à valoriser la diversité des parcours féminins dans les disciplines océaniques.
Le renouveau institutionnel : la campagne « Faire des Vagues »
Dans le cadre de son plan de mixité 2022, la Fédération Française de Surf a lancé une campagne intitulée « Faire des Vagues » sur les réseaux sociaux. Le départ de cette campagne a été symboliquement donné le 8 mars à l'occasion de la Journée Internationale du Droit des Femmes. Une première série de publications destinées à mettre en lumière les données chiffrées sur la parité dans le surf a été publiée sur les réseaux sociaux de la Fédération Française de Surf. Qui prend ainsi un engagement à long terme pour faire rayonner la pratique et l’engagement féminin dans ses disciplines.
La campagne dans le détail : pendant un mois, une série d’interviews dynamiques de modèles féminins seront diffusées. Qu’elles soient athlètes professionnelles, débutantes ou en poste dans les instances de la Fédération, l’objectif sera de leur donner la parole et d’inspirer celles qui souhaiteraient se lancer. « La campagne « Faire des vagues » est le point de départ d’une action annuelle récurrente pour valoriser la pratique féminine et la bienveillance dans toutes les sphères de la glisse en France, pour les amateurs comme pour les professionnels », explique Nadia Ghali, la vice-présidente de la FFSurf en charge du plan mixité.
Il n’est question ni de « jeter un pavé dans la marre » en créant une forme d’opposition de genres, ni de « noyer le poisson » avec des paroles et des engagements non tenus. Il s’agit de renforcer un mouvement commun à tous les acteurs du surf en France veillant à instaurer une bienveillance au sein de la pratique de nos disciplines. « Faire des Vagues » pour rendre la pratique plus coopérative, conviviale, équilibrée. On parle alors de Glisse Collective.
L'émergence des structures associatives et communautaires
Au-delà des institutions, le besoin de se regrouper entre femmes répond à une réalité sociologique. Margot Gourmelen, fondatrice du projet « Les femmes prennent le large », souligne que dans un sport où les femmes sont en minorité, il n’est pas toujours facile pour elles de trouver leur place ou de se sentir légitimes. Se regrouper entre femmes permet de créer un climat rassurant, où règne la bienveillance et l’entraide. Margot nous confie par exemple que le simple fait de voir une autre femme à l’eau, même si elles ne se parlent pas, booste son moral, parce qu’elle se sent moins seule.
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Margot a décidé de fonder son entreprise « Les femmes prennent le large » suite à un constat simple : les femmes sont nettement en minorité à l’eau. Elle a donc souhaité lever les freins des femmes par rapport au surf. Psychologue de formation, elle a voulu mettre ses compétences au profit de la pratique du surf. Elle a eu un vrai déclic lorsqu’elle s’est rendue à un apéro de surfeuses à Bordeaux. Elles étaient énormément et cela contrebalançait avec ce qu’elle voyait sur les spots. Des filles de tous les niveaux et qui avaient les mêmes difficultés.
D'autres initiatives comme Siska Girl Surf Crew, ancrée à Anglet, illustrent cette dynamique. Pensée par et pour les femmes, Siska revendique une approche collective où l’entraide, l’apprentissage et le partage occupent une place centrale, avec une ambition claire : rendre le line-up plus inclusif et accessible. Au-delà de la glisse, l’association développe une vision globale du surf, envisagé comme un outil de bien-être, d’expression culturelle et de développement personnel. À travers des actions collectives, des retraites, des ateliers, des projections ou des temps de rencontre, Siska tisse des liens entre sport, culture océanique et connaissance de soi. Chaque initiative vise à encourager le dépassement personnel tout en cultivant la sororité, valeur fondatrice du projet.
Dans le même esprit, l’association Elles Surf regroupe des passionnées qui partagent la même vision : une communauté 100% féminine, où le surf rime avec plaisir, partage et fun. Le but de l’asso est de créer du lien social autour de notre passion : se rencontrer, surfer, papoter, conseiller, découvrir, évoluer mais surtout se marrer ! C’est une association ouverte à toutes les filles qui aiment le surf, qu’elles soient débutantes ou confirmées. L’idée est de se rassembler et non pas d’être la meilleure. Avec Elles Surf, nous remarquons que les filles se mettent à l’eau plus facilement. Choisir du matériel adapté à son niveau, ne pas vouloir faire comme « les vrais surfeurs » et se cantonner aux mousses pour apprendre, ce sont les bases avant tout !
L'histoire des pionnières et la conquête du professionnalisme
L'histoire du surf féminin est riche en exploits et en détermination, marquée par des femmes qui ont défié les normes sociales pour tracer leur propre chemin sur les vagues. D'abord marginalisée, car longtemps dominée par les hommes, la pratique du surf par les femmes est devenue une discipline dans laquelle ces dernières excellent et inspirent.
Isabel Letham est souvent citée comme la première surfeuse à avoir marqué l'histoire. Elle est même considérée comme la « mère du surf australien ». En 1915, elle a fait ses « premiers pas » sur une planche en surfant aux côtés de Duke Kahanamoku en Australie. Linda Benson, dans les années 1950, a émergé comme une figure emblématique du surf féminin. À seulement 15 ans, elle a remporté le prestigieux Makaha International Surfing Championship en 1959 et fut la première femme à surfer dans la baie de Waimea. Lisa Andersen, dans les années 1990, a joué un rôle majeur dans la popularisation du surf féminin. Quatre fois championne du monde, elle a non seulement dominé les compétitions, mais a également brisé les stéréotypes de genre en prouvant que les femmes pouvaient être des athlètes aussi compétitives et passionnées que les hommes.
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La World Surf League ou WSL est une entreprise américaine chargée de l'organisation de toutes les compétitions professionnelles de surf dans le monde. La première compétition de surf féminin, la World Championship Tour (WCT), a réellement vu le jour en 1977. Durant de longues années, les surfeuses professionnelles n’obtenaient pas les mêmes prix que leurs homologues masculins. Ce n’est qu’en 2019 que la World Surf League et ses organisateurs ont mis en place le changement, en proposant des prix similaires et égaux, peu importe le genre.
En 2023, la World Surf League annonce une nouvelle politique pour les athlètes transgenres : les surfeurs nés hommes, sous certaines conditions (taux de testostérone), pourront participer à des compétitions féminines.
Portraits de figures contemporaines et rayonnement international
Aujourd'hui, de nombreuses surfeuses portent le sport vers de nouveaux sommets. Justine Dupont est une figure emblématique du surf français, particulièrement reconnue pour ses exploits dans le Big Wave Surfing. En 2020, elle a remporté le Nazare Tow Surfing Challenge, consolidant sa position parmi les meilleures surfeuses de grosses vagues. Johanne Defay, quant à elle, participe régulièrement à la World Surf League et se retrouve souvent sur le podium, représentant brillamment la France.
Carissa Moore, originaire d'Hawaï, a été la première femme à gagner une médaille d'or en surf aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, un moment historique pour le sport. Stephanie Gilmore, australienne, avec sept titres mondiaux, est l'une des surfeuses les plus titrées de l'histoire. Pauline Ado, autre française, a marqué le surf européen et mondial. Son parcours est un exemple de persévérance et de succès dans le surf professionnel.
Le rayonnement dépasse les frontières occidentales. Au Maroc, Fatima Zahra Berrada, 42 ans et originaire de Casablanca, est LA surfeuse la plus reconnue du pays. Elle se bat contre les stéréotypes qui cantonnent les femmes à rester à la maison plutôt que d’aller surfer. Parmi les grands espoirs féminins du Maroc, on compte notamment Meryem El Gardoum et Lilias Tebbaï, 14 ans, qui a détrôné ses aînées lors du Grand Prix Agadir Open en 2018.
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