Quitter la zone de nage peut revêtir une multitude de significations, allant de l'abandon physique d'un espace familier à une métaphore profonde du passage de la vie, en passant par la perpétuelle réinvention des techniques sportives et la confrontation à des situations d'urgence inattendues. Cette notion englobe la résilience de l'esprit humain face à la perte, le désir ardent de liberté, et la quête incessante de performance et d'efficacité qui redéfinit les frontières de ce qui est possible.
L'Adieu à l'Eau ChloRée : Une Métaphore de la Perte et du Grand Âge
Le départ de la zone de nage trouve une résonance particulièrement poignante dans l'exploration du grand âge et de la démence, comme le dépeint Julie Otsuka dans son très beau livre, Lauréate du Femina étranger il y a dix ans avec Certaines n’avaient jamais vu la mer. La romancière américaine d'origine japonaise publie un livre poignant sur la fin de vie d'une vieille dame atteinte de démence, Alice. L'histoire débute par un quotidien rituel : chaque jour, Alice se rend à la piscine pour faire ses lignes de nage. Ce huis clos chloré, baptisé "là en bas", devient un microcosme où se croisent toutes sortes de gens, dont les différences se diluent dans le bleu du bassin, dans le dépouillement de leurs corps presque nus.
La description de cet environnement souligne son caractère clos et presque existentiel : "Ni esplanade, ni horizon, ni sieste, ni ciel - c'est cela le plus triste." Alice fait partie de cette communauté de nageurs et trouve un grand réconfort à venir "là en bas" faire ses lignes de nage. La piscine, nichée en retrait de la ville dans son sous-sol, exige de ses utilisateurs le respect de règles tacites ; elle devient pour beaucoup un refuge face à une vie rythmée et permet de garder juste l’équilibre nécessaire. Tous les milieux sociaux sont réunis autour de ce qui constitue (paradoxalement) le centre de la vie des individus. Parmi ce peuple se trouve par exemple « […] Alice, ancienne technicienne de laboratoire à la retraite qui en est aux premiers stades de la démence - [elle] vient ici parce qu’elle y vient depuis toujours. » Les séances de nage prennent le pas sur l’existence ordinaire, qui devient du même coup périphérique. Il semble bien que cet espace soit réellement celui de la tranquillité contre les problèmes de l’extérieur - d’où son caractère spécialement apaisant.
Mais cet équilibre est fragile. Alors que la piscine ferme ses portes, la vie d'Alice prend une tournure qui l'emmène inéluctablement vers son terme. Une première moitié du livre est consacrée à la piscine. Le personnage d'Alice surnage dans un décor décrit avec une minutie d'anthropologue, comme un monde à part, à étudier. Puis se déclarent les mystérieuses fissures qui annoncent la fermeture de la piscine aussi certainement et définitivement que les fissures du cerveau d'Alice annoncent sa mort. Mais en même temps, elles ouvrent une perspective sur un autre monde, une nouvelle réalité où les nageurs deviennent "plus attentionnés, moins coincés", où les "rancunes sont oubliées". On y lit une métaphore de ce qui va suivre pour Alice, de ce qui adviendra pour elle une fois remontée à la surface, la dernière longueur terminée, "dans le monde du dessus plein de lumière aveuglante".
Dans la seconde partie du livre, on quitte la piscine pour plonger dans l'intimité lacunaire d'Alice, atteinte de démence. Le récit passe alors à la deuxième personne. C'est la fille d'Alice, la quarantaine, écrivain, qui nous raconte. On est passés au "tu", et le "tu", c'est la narratrice parlant d'elle-même. La fille essaie de trouver des solutions, cherche une institution pour accueillir sa mère, trouve le Bellavista, un genre d'Ehpad de luxe à l'américaine. Le texte, empreint de mélancolie, explore cet espace hors du temps qu'est la fin de vie quand la mémoire s'échappe, et les difficiles relations entre une mère et sa fille. Les pertes variables de mémoire se sont infiltrées en Alice ; certains événements s’évanouissent aléatoirement sans que soit colmatée la fuite. Alice oublie peu à peu presque tout, mais elle se remémore les moments importants de sa vie : son enfance, la guerre, l'internement dans un camp, son amoureux Franck, son mariage avec un autre et la perte de sa première fille une demi-heure après sa naissance.
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Pourtant, Alice sait certaines choses : « Elle se rappelle son nom. Elle se rappelle le nom du président. Le nom du chien du président. Elle se rappelle dans quelle ville elle vit. Dans quelle rue elle vit. Dans quelle maison. Celle avec le gros olivier, dans le tournant. » D’autres s’effacent : « Elle a oublié comment elle s’est fait ces bleus sur les bras, et puis qu’elle est allée se promener avec toi un peu plus tôt dans la matinée. » Ce toi désigne la fille qui accompagne sa mère tandis que sa mémoire se fissure, comme le fond du bassin, et avec elle son être. Resurgissent des thèmes que les amateurs de l’œuvre de Julie Otsuka connaissent : se déposent là les fragments d’une vie, dont celle vécue par les Nippons-Américains, internés dans un camp pendant la Seconde Guerre mondiale ; des souvenirs plus personnels surtout transparaissent pour restituer une existence et ses points d’obscurité ou de lumière.
Le roman pose la question fondamentale : que faire de ce moment éphémère, de cette dernière longueur autorisée ? C'est ce que raconte ce très beau roman mélancolique mais heureux, déployé comme une litanie dans une langue métaphorique saturée de vitalité. Le Bellavista devient alors le point de chute (au sens littéral) d’Alice : « Nous sommes une résidence privée, spécialisée dans les troubles de la mémoire, accueillant des patients en long séjour […] ». Ce qui se présente comme un lieu haut-de-gamme à destination de quelques dizaines d’individus devient l’espace où se vit, de l’intérieur, un progressif déclin, où se ressent l’isolement et le diktat de règles immuables imposées à tous. Le Bellavista se révèle être l’endroit d’une violence crue. La narratrice tisse dans la trame du texte le lien à cette mère, ramasse les fragments de l’autrefois et du maintenant fuyants pour les faire résonner.
L'évolution de l'état d'Alice est marquée par un dialogue minimaliste, mais lourd de sens : "Elle ne regarde plus par la fenêtre. Elle ne demande plus après ton père. Elle ne demande plus quand elle va rentrer chez elle. Parfois, des jours entiers passent sans qu'elle prononce un mot. D'autres jours, tout ce qu'elle dit, c'est "oui"." Les questions de sa fille, « Tu te sens bien ? - Oui. - Les nouveaux médicaments sont efficaces ? - Oui. - Tu as mal ? - Oui. - Tu aimes cet endroit ? - Oui. - Tu te sens seule ? - Oui. - Tu rêves toujours de ta mère ? - Oui. - Mon chemisier me serre-t-il trop ? - Oui. - Si tu avais quelque chose à me dire, ce serait quoi ? Silence. » soulignent cette perte progressive. De temps à autre, l'éclat de son vieux moi réapparaît. « Tu aimerais avoir des frères ? » te demande-t-elle un jour (tu réponds que tu adorerais ça). Ensuite pendant les cinq mois suivants, plus un mot. La dernière phrase qu'elle prononce : "C'est bien que les oiseaux existent." Julie Otsuka juxtapose ainsi chaque touche avec une douce insistance. Elle suscite une lecture lente, où s’ajoute chaque élément par empilement.
S'Évader par la Nage : La Conquête des Zones Inconnues
Quitter la zone de nage peut également symboliser une évasion, une quête de liberté face aux contraintes. Des requins, des méduses, des courants forts, des changements de températures importants… Les obstacles sont nombreux en pleine mer mais rien n’arrête Jacquet Tuset. Ce nageur de l’extrême de 54 ans "s’évade de prison" à la nage, depuis 2000. C’est le projet "The Prison Island Swims" ou en français dans le texte "Les Îles-Prisons à la nage ". Comme beaucoup de sudistes, le weekend, Jacquet Tuset va à la plage pour se baigner. Mais pour lui pas question de rester sur sa serviette à bronzer ou de juste barboter au bord de l'eau. Non, Jacques est un nageur de l’extrême et cette année, pour la huitième fois, il va parcourir les cinq kilomètres qui séparent l’île du Château D’If, une ancienne prison en Mer Méditerranéen, à la plage du Prado à Marseille. Cette course, le défi Monte Cristo, se tient samedi et dimanche.
Des défis sportifs comme celui-ci, le nageur lyonnais en relève régulièrement, parcourant le monde entier, pour relier à la nage des prisons célèbres implantées sur des îles au continent le plus proche. Ces courses, il les fait pour la bonne cause : mettre en avant et lever des fonds pour l'association "France Choroïdérémie". La Choroïdérémie est une maladie rare, évolutive et héréditaire qui rend progressivement aveugle. Le champ de vision du malade se rétrécit, « comme quelqu’un qui regarde au travers des barreaux d’une cellule », explique Jacques. C'est une envie de liberté immense en opposition au milieu carcéral qui le pousse. Pour aider ces patients à s’évader l’espace d’un instant, Jacques a décidé, il y a déjà 17 ans, d’enfiler son short de bain et son bonnet afin de partir à la conquête des océans. Il a commencé en 2000 avec la prison d'Alcatraz dans la baie de San-Francisco, aux États-Unis, et il a ensuite continué avec l'évasion de Fort Boyard, au large de La Rochelle, l’île de Gorée, au Sénégal ou encore l’île de Rottnest en Australie. Au total, il a réalisé plus de 300 traversées à la nage, soit 1 552 kilomètres.
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À chaque fois, il doit s’adapter au milieu environnant. Sans palmes et sans combinaison, il a parcouru jusqu’à 36 kilomètres en une fois, entre Capri et Naples. Les courants peuvent gêner sa progression, la vie marine est parfois abondante et dangereuse, "les méduses sont les gardiennes des prisons, j’en ai gardé quelques traces" confesse Jacques ; l’eau peut-être très chaude ou extrêmement froide, comme en Irlande où il a rejoint l’île de Spike au port de Cork dans le sud du pays dans une mer à seulement 12°C. « Dans l'eau, je me considère comme un intrus », affirme Jacques Tuset. Ses évasions aquatiques, Jacques les fait soit dans le cadre de courses organisées, comme le défi de Monte-Cristo, à Marseille, ce weekend ; ou en solo, toujours accompagné d’un bateau qui le suit pour s’assurer que tout se passe bien. "Parfois, il est plus difficile pour moi d’organiser le parcours que de nager", affirme Jacques. Cette démarche illustre une manière active et volontaire de quitter une "zone" de confort ou de routine pour embrasser l'inconnu et le défi, en un geste d'ultime liberté.
La Quête Perpétuelle de Performance : L'Évolution des Nages
Le concept de "quitter la zone de nage" s'applique également à l'évolution constante des techniques de natation, où les nageurs et les entraîneurs cherchent sans cesse à surpasser les limites établies. Les nages évoluent d’abord dans un souci de sécurité, de façon à conserver la tête hors de l’eau. Puis les nages évoluent dans un but de performance. Les nageurs et leurs entraîneurs, encore aujourd’hui, cherchent les solutions les plus rapides pour répondre aux exigences du règlement dans les 4 nages.
La Brasse : De l'Instinct de Survie à la Révolution TechniqueLa Brasse est une nage occidentale et son origine remonte à l'Antiquité. Certains témoignages persistent de cette période. Elle émane d'une visée utilitaire, inspirée avant tout par l'instinct de conservation. À la fin du XIXe siècle, la Brasse était la seule technique réellement pratiquée. Le 25 août 1875, le capitaine anglais Matthew Webb participe largement à construire la réputation de la brasse comme nage d’endurance en traversant le premier le chenal de la Manche à la nage, en 21 heures et 45 minutes. La brasse « Anglaise » se nage sur le côté avec les bras alternés. Le retour reste malgré tout sous-marin. En contrepartie, elle est vivement contestée sur le plan de la vitesse. Très vite, on abandonne la Brasse anglaise à quatre temps en faveur de la Brasse allemande à trois temps, beaucoup plus efficace. La française Cartonnet, elle, ramène les mains hors de l’eau vers 1935, dans le but de limiter les résistances. Les nageurs sortent tellement de l’eau, qu’ils n’y mettent même plus la tête ! Les nageurs cherchent de nouvelles solutions et aux JO de Rome les chronos de l’américaine Jastremski descendent grâce à une technique coudes hauts, genoux serrés. On passe alors d’un coup de pied qui ne propulse guère qu’avec la plante de pied, à un véritable ciseau avec les jambes en « W » (les talons sont plus écartés que les genoux). La propulsion se fait alors par l’intérieur des pieds et les tibias. À Munich, en 1972, les nageurs de l’ex-URSS introduisent un style ondulé en brasse. Rien ne l’empêche alors dans le règlement. Et dans ce cas, le règlement l’autorisera par la suite : l’immersion totale de la tête est autorisée en brasse en 1986. La recherche de performances et l'absence de réglementation des nages entraîne l’apparition de nouvelles techniques, plus efficaces.
Le Crawl : Une Nage Libre en Perpétuelle MutationLa FINA ne réglemente pas le Crawl mais la nage libre. Au XIXe siècle, les marins reviennent des Antilles, de Somalie, des Îles Pacifique, avec de nouvelles techniques, empruntées aux populations indigènes. En respirant sur le côté en brasse, la nouvelle technique répond à l’objectif de vitesse. Mais la poussée des jambes en brasse devient incompatible avec l'inclinaison du corps et se transforme en ciseaux de jambes (dans un plan sagittal). C’est la technique de « l’english side stroke », inventée (ou importée) en 1840 environ. Jusqu’alors, comme en brasse, le retour des bras est réalisé sous l’eau. Cependant, on se rend compte que le retour sous-marin des bras produit une grande résistance à l'avancement. Dès lors, les bras auront une action alternée (semblable à la nage indienne) mais avec un retour du bras supérieur hors de l'eau. Vers 1880, Trudgen, après avoir observé les amérindiens, repositionne le nageur en nage ventrale pour permettre un retour alternatif des deux bras hors de l'eau. Le « trudgeon » est alors adopté, car bien plus rapide que « l’over arm stroke » sur les courses de vitesse. Puis la greffe des ciseaux de jambes de brasse sur sa technique donne naissance en Australie au « double over arm stroke ». En effet, cette technique permet plus facilement d’obtenir un ciseau de brasse, comme celui connu actuellement. En 1893, les frères Wickham prennent modèle sur les habitants de l’île Salomon du Pacifique. Ils transforment l’action des jambes en battement. Ce sont les frères Cavill qui rendront cette technique populaire. En 1902, Richard Cavill bat le record du monde du 100 yards en nageant l'épreuve de bout en bout en crawl. La technique du crawl est alors à la fois la plus rapide des nages et celle qui offre le meilleur rendement. Et puis, en 1906, un certain Tartakover impressionne en France. En compétition, il fait la démonstration de cette nouvelle technique à Joinville-le-Pont, près de Paris. « Tartakover » sera d’abord le nom accordé à cette technique, et plus tard elle deviendra le « crawl » reconnu actuellement.
À partir de 1900, il existe 3 épreuves en compétition : la brasse, le dos et la nage libre. En effet, le crawl n’a jamais été codifié. C’est ce qui explique que sa technique est en perpétuelle mutation. En 1922 sous la barre mythique de la minute au 100 mètres nage libre, son compatriote Johnny Weissmuller - le futur Tarzan - confirme la suprématie du crawl. Ensuite, Gertrude Ederle devient la première femme à traverser la Manche en 1926. Non seulement elle établit le record de la traversée, mais aussi, elle utilise le crawl pendant toute la durée de l’épreuve. Si le crawl est à la fois la nage la plus rapide et la plus économique, c’est parce qu’elle résout les problèmes respiratoires qui permettent de nager à plat sur des longues distances. Dans son livre Swimming the American Crawl, Johnny Weissmuller [1] donne sa conception sur ce point : "The instinctive thing for a beginner to do is to hold his breath." En France aussi, les nageurs savent nager en crawl en endurance, puisqu’en 1931, la française détient le record du monde du 400m nage libre, et Alex Jany le détiendra (ainsi que celui du 100m nage libre) en 1946 et 1947. En 1952, c’est le tour de Jean Boiteux d’être sacré champion Olympique du 400m nage libre à Helsinki. Il a d’ailleurs été le premier champion Olympique de la natation française. Plus tard, dans les années 1960, les coordinations se différencient entre le sprint (battements 6 temps) et le demi-fond (battements 2 ou 4 temps). En 1956, à l’image de Fraser qui deviendra la première femme sous la minute au 100m crawl quelques années plus tard (en 1962), les Australiens dominent les épreuves de crawl aux JO de Melbourne. Leur battement 2 temps, libère toute l’énergie sur les bras, le véritable moteur en natation. Malgré tout, la première à avoir nagé en battement 2 temps en crawl est elle aussi Australienne et se nomme Healey. En 1963, c’est la fin de l’obligation de toucher le mur avec la main qui provoque la chute des records. Grâce à sa culbute, l’américaine Schollender sera la première femme sous la barrière des 2 minutes au 200m nage libre. En sprint, en 1976 à Montréal, Montgomery devient le premier homme sous la barre des 50 secondes en crawl. Les techniques et coordinations du crawl se multiplient. Ian Thorpe sera le précurseur d’une coordination en semi-rattrapé avec un battement 6 temps sur les distances de demi-fond (200-400m). Sur les mêmes épreuves, Laure Manaudou nage en superposition avec un battement 2 temps. Alors que Michael Phelps plus tard, lui utilise une coordination appelée « crawl boiteux », avec un battement 4 temps, sur le 200m nage libre. Parallèlement, le corps ne doit plus rester à plat mais osciller autour de l’axe horizontal pour permettre l’augmentation de la longueur des trajets et par conséquence l’amplitude de nage ou la distance parcourue par cycle de nage (autour de 3 mètres à pleine vitesse pour les meilleurs nageurs). Et d’un autre côté, certains nageurs préfèrent laisser leur corps à plat sur l’eau. Récemment, depuis les années 2000, le traditionnel « S » du trajet du bras sous-marin, est parfois abandonné en crawl.
Le Dos : La Quête d'Efficacité en Position InverséeL'origine du Dos est probablement lointaine. Au départ, l’atout principal de cette nage était sa capacité à maintenir le visage émergé. En 1907, la première épreuve de Dos apparaît aux championnats de France ; la technique utilisée est alors celle du « Dos brassé ». La position est assise, avec action simultanée des bras et des jambes de Brasse. Aux jeux olympiques de Stockholm (en 1912), Hebner, un nageur américain, utilise une technique dorsale fortement inspirée du « Trudgen » ; le « Dos trudgen ». Positionné à plat, le nageur pédale et appuis bras tendus. Le retour des bras est aérien, alterné et fléchi. Le battement de jambes arrive au cours des années 20 notamment sous l'influence des nageurs japonais : c’est le « Dos crawlé » connu actuellement. Amster nage en position dorsale, avec une action alternée des bras, un retour aérien axé, et un battement de jambes. Et oui, en dos comme en crawl, les Japonais mettent le paquet sur les jambes. Les évolutions suivantes concerneront les oscillations (les épaules roulent sur l’eau pour rechercher des appuis plus profonds), et les virages. Avant 1920, les nageurs réalisent un retournement simple après avoir touché le mur à la main. Puis, dans les années 30, 3 techniques coexistent. Le virage japonais et le virage hollandais consistent en une translation horizontale plus ou moins en surface, en restant sur le dos à partir d’un appui de la main sur le mur, alors que le virage Kiefer, du nom de son inventrice, est une technique de culbute. Elle réalise une sorte de culbute tout en conservant les épaules orientées vers le haut, pour rester sur le dos : le « cross over turn ». À croire que c’est une bonne technique puisque la nageuse américaine conservera son titre de championne du monde durant 17 années !! Et c’est une française qui la détrônera : Bozon, en détenant le record du monde du 100m dos. Les diverses techniques posent des problèmes de jugement, c’est pourquoi, en 1991, on laisse la possibilité de toucher le mur avec n’importe quelle partie du corps. Et, en 1994, on autorise le passage sur le ventre avant le déclenchement de la rotation. La culbute actuelle est alors inventée : « le roll over turn ». À Séoul, en 1988, Berkoff, le nageur américain et Suzuki, le japonais, réalisent d’excellentes performances sur leurs épreuves de dos grâce aux ondulations sous-marine qu’ils placent au début de la course et après les virages.
Le Papillon : L'Innovation Née d'une Faille RéglementaireLe Papillon est la dernière des 4 nages à avoir été reconnue par la FINA. Il est apparu grâce au manque de précision du règlement de la Brasse. Certains nageurs s’inspirent du « trudgeon » pour inventer l’ancêtre du papillon : alors que la grande nouveauté du « trudgeon » est de faire passer les bras alternés au-dessus de l’eau, les nageurs essaient de les faire passer de façon simultanée. Le mouvement est bien plus en adéquation avec le ciseau de jambes de brasse. Ainsi, en 1926, lors d'une course de brasse, l'Allemand Erich Rademacher termine l’épreuve en ramenant ses bras au-dessus de l'eau pour toucher le mur plus rapidement que ses adversaires. En prenant idée, c’est Myers qui systématise le retour aérien des bras comme la technique de « Brasse-Papillon ». Elle est de plus en plus utilisée dans les années 30 en compétition car elle est bien plus rapide que sa petite sœur, la brasse. Malgré tout, la « brasse-papillon » est aussi plus éprouvante que la brasse. C'est pourquoi on assiste pendant environ 25 ans (1920-1945) à des courses de Brasse mélangeant différentes techniques (Brasse sous-marine, Brasse, et Brasse-Papillon). En 1946, on imposa tout d'abord au nageur l'obligation de conserver le même style de nage pendant toute la course. La « brasse-papillon » trop fatigante sur les courses longues étaient alors parfois abandonnée. Mais pas toujours, car les nageurs arrivaient de mieux en mieux entraînés. Ainsi en 1952, aux jeux olympiques d'Helsinki, les 8 finalistes du 100 mètres Brasse nageaient en « Brasse Papillon ». En 1953, on sépare nettement la Brasse et le Papillon. En brasse, le retour de bras se fait obligatoirement sous la surface de l’eau, les mains ne peuvent dépasser la ligne des hanches. Aux JO de Rome, en 1960, Counsilman, de l’université Indiana aux USA, nagera en papillon avec 2 ondulations par mouvement de bras. En papillon aussi les coulées se prolongent, comme en dos à la fin des années 1980. Le russe, Pankratov, en est le roi avec ses 40m de coulée au départ des épreuves de papillon aux JO d’Atlanta en 1996. [2] Pink, Jobe, Perry, The normal shoulder during freestyle swimming : An EMG and cinematographic analysis of 12 muscles. Journal of sports Sciences, 9, 102. [3] Pelayo, De l’art de nager à la science de la natation : evolution des conceptions biomécaniques, techniques et pédagogiques.
Ces évolutions des nages illustrent une constante volonté de "quitter" les techniques et les zones de confort établies pour explorer de nouvelles méthodes, plus rapides et plus efficaces, repoussant sans cesse les limites de la performance humaine.
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