Aspects environnementaux du surf et enjeux de durabilité : une analyse holistique

Le surf, bien plus qu’un simple sport, est une façon de vivre en harmonie avec l’océan et la nature. Il nous rapproche d’une simplicité et de valeurs aujourd’hui laissées à l’abandon. Dans la réalité, cela ne se passe pas exactement comme ça. Depuis la fin du XXème siècle, l’environnement est devenu un argument commercial utilisé pour promouvoir certains produits plus vertueux que d’autres. Tantôt greenwashing, tantôt progrès environnemental, il est parfois difficile de faire la part des choses entre un produit qui se veut vert et un produit qui l’est réellement. Cet article se propose de fournir des outils pour analyser, de la manière la plus objective possible, les produits et les solutions qui existent pour réduire votre impact environnemental lors de la pratique du surf et dans les habitudes de consommation qui y sont liées.

L’Analyse de Cycle de Vie (ACV) : un outil de mesure rigoureux

L’analyse de cycle de vie, ou ACV, est un outil qui permet d’évaluer l’impact d’un produit ou d’un service sur l’environnement sur toute sa durée de vie, « du berceau à la tombe ». C’est le principal outil utilisé pour valider des démarches d’écoconception, dont l’objectif est de mettre au point les produits les plus respectueux de l’environnement possible. L’écoconception passe autant par le choix des matériaux que par celui des procédés. Un autre élément important à prendre en considération est le sourcing, c’est-à-dire le choix du lieu d’approvisionnement.

Toutefois, la démarche de l’ACV est encore relativement récente et très dépendante des données récoltées. Lors de la définition de l’étude, des frontières très précises doivent être fixées. Par exemple, du bois est souvent utilisé dans la conception du surf afin de confectionner les lattes de renfort. On prendra généralement en compte la provenance de la matière première, mais pour que l’ACV soit le plus précis possible, on pourrait prendre en compte la quantité d’eau utilisée pour faire pousser l’arbre. L’important est de trouver un juste milieu, mais cette analyse reste malheureusement soumise à l’empirisme et à la subjectivité.

Empreinte carbone et impacts spécifiques

L’empreinte carbone désigne la quantité de carbone émise par une organisation ou une activité, généralement en tonnes de CO2. Le dioxyde de carbone est l’une des molécules responsables de l’effet de serre anthropique ou additionnel : c’est l’effet de serre causé par les activités humaines. L’empreinte carbone est un outil de mesure assez restrictif : en effet, certains gaz ont un pouvoir de réchauffement global (PRG) bien supérieur à celui du CO2. Le méthane (CH4), par exemple, a un PRG 24 fois supérieur à celui du CO2. Le Bilan Carbone, marque déposée par l’ADEME, est quant à lui un outil permettant la comptabilisation de ces émissions. Par ailleurs, l’empreinte écologique représente la surface terrestre équivalente nécessaire pour répondre à vos besoins. À titre d’exemple, si l’ensemble de la population de la Terre vivait comme un européen, il faudrait l’équivalent de 3,4 planètes pour subvenir aux besoins de tous.

Le cycle de vie du matériel de surf

Considérer l’impact de votre planche seule n’a pas de sens. Lorsqu’on pratique le surf, on achète tout son matériel et on le renouvelle, on prend sa voiture pour vérifier les spots, et on achète des consommables divers pour préparer sa planche et son corps à affronter l’élément marin. Il est estimé que l’empreinte carbone d’une planche de surf 6’0 de 2,5 kg correspond à 270 kg de CO2. La forte empreinte des planches s’explique par l’utilisation de nombreux produits issus de la pétrochimie et par la forte demande énergétique des procédés utilisés pour produire les différents constituants.

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Les pains de mousse représentent en moyenne 26% de l’empreinte carbone de la planche. Les matériaux classiquement utilisés pour la confection des pains de mousse sont tantôt la mousse polyuréthane, tantôt le polystyrène expansé ou extrudé (EPS). L’EPS, globalement plus résistant dans le temps que le polyuréthane, émet 50 à 75% moins de composés organiques volatils (COV) que son homologue. C’est d’ailleurs le matériau privilégié par la marque française NOTOX, qui a réduit considérablement l’impact environnemental de ses produits en réalisant du sourcing local, en diminuant la quantité de solvants utilisés pour la conception de ses produits, et en mettant en place un système de collecte et de recyclage de ses déchets.

Une alternative à ces pains en mousse est le bois. Des marques comme Kun_tiqi ou Lacanau Surf Design proposent des planches en bois, tandis que des entreprises comme Uhaina Po proposent des planches creuses en bambou. Concernant la stratification, la résine polyester contient des styrènes qui sont listés comme des composants chimiques carcinogènes. La résine époxy n’émet quant à elle que peu ou pas de composants cancérigènes mais peut être responsable de réactions allergiques à long terme. SICOMIN propose des résines époxy contenant plus de 50% de molécules d’origine végétale. Enfin, si la fibre de verre possède une faible empreinte, la fibre de chanvre, de lin ou de bambou constitue une alternative végétale prometteuse.

Consommables et accessoires : vers le naturel

La wax classique est composée à 60-70% de paraffine, produit issu du raffinage du pétrole. Sa composition comprend également d’autres produits dérivés du pétrole et des solvants. Des alternatives existent sur le marché français comme GreenFix ou SimWax, qui utilise exclusivement de la résine de pin maritime et de la cire d’abeille.

Le néoprène, dérivé du pétrole, reste la norme pour les combinaisons. Des marques comme Yamamoto, Xcel, Patagonia, Matuse et Body Glove proposent des produits à base de calcaire (géoprène). Cependant, l’impact de ce dérivé n’est pas neutre : pour fabriquer du géoprène, le calcaire doit être extrait, broyé, et chauffé à une température de plus de 1650°C. Les recherches pour obtenir des néoprènes « verts » continuent, notamment avec l’utilisation du guayule, un arbuste mexicain permettant la confection d’un caoutchouc naturel.

Concernant la protection solaire, les filtres chimiques se dissolvent dans l’eau de mer et sont toxiques pour les organismes aquatiques sensibles comme les coraux. Les filtres minéraux ne pénètrent pas l’épiderme et constituent une alternative bien plus respectueuse de l’océan, malgré les traces blanches parfois laissées sur la peau.

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Transport et mobilité côtière

Surfrider Foundation Europe surveille les sources de pollutions sur les spots d’activité nautiques de plusieurs zones côtières européennes, rappelant que la pollution n’est pas toujours là où on l’attend. Dans le cadre d’un surf trip, le véhicule ancien est souvent synonyme d’émissions de gaz à effet de serre importantes. Alors certes, le combi fait joli sur la photo souvenir, mais il n’est pas franchement « jojo » côté bilan carbone. Une fois sur place, privilégiez donc les déplacements à pied et à vélo. Ce mode de transport est parfait pour profiter du paysage et découvrir de nouveaux spots. Pour les appareils électroniques, il existe des kits solaires comprenant un panneau, un régulateur de charge et les câbles nécessaires.

L’impact environnemental de l’alimentation

En France, l’alimentation représente 22% de l’empreinte carbone des individus. La plus grande part de cette empreinte (61 %) provient de la production des aliments, en particulier des produits d’origine animale. Contrairement à une idée reçue, le transport des aliments ne représente qu’une faible part : entre 6 % et 14 % selon les produits.

Les produits d’origine animale, et notamment la viande rouge, ont les impacts environnementaux les plus élevés. La production de 100 g de protéines de bœuf génère en moyenne 100 fois plus de gaz à effet de serre que la même quantité de protéines provenant des noix ou des légumineuses. L’usage d’engrais et de pesticides peut entraîner une pollution des rivières, des lacs et des nappes souterraines. Par ailleurs, l’élevage génère des émissions d’ammoniac issues des déjections animales, lesquelles favorisent la formation de particules fines secondaires, nocives pour la santé humaine. Pour un repas à moindre impact, privilégiez les marchés locaux, de producteurs, et réduisez la part de protéines animales dans votre assiette.

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